LETTRE DE P.-L. COURIER A SA
îuhratio*. — soutint:.
Dans celle lettre, que Courier écrit à madame Pigalte, sa cousine, il lui reproche d'abord la rareté de ses lettres, mais lui pardonne bien vile, dans la crainte de n'en plus recevoir aucune.
Puisqu'elle l'exige, il consent à lui raconter quelqu'une des nombreuses aventures qui lui sont arrivées pendant sa campagne dans le royaume de Naples, et choisit la suivante :
Il voyageait dans les Calabres, pays dont les habitants n'aiment guère les Français, avec un jeune homme de vingt ans, son compagnon d'armes. Le chemin qu'ils suivaient était bordé de précipices. Les deux voyageurs s'égarèrent, et, à l'entrée de la nuit, ils demandèrent l'hospitalité dans une maison de charbonniers. Ils furent invités à se méitro à table, ce que le jeune homme accepta» Courier, méfiant, observait ses hôtes et la maison qui était remplie d'armes. Son compagnon, au contraire, mangeait, riait, et dit d'où il venait, où il allait et qui il était. Il fit le riche, promit uno bonne aubaine, et recommanda qu'on mît sa valise au chevet de son lit, déclarant qu'il ne voulait point
la bouche do Pantagruel, aussi facilement qu'on lé s'en séparer,
L'ENÇYCLDPÉmE DES ÉCOLES
Après le souper, tout le monde alla se reposer. Les hôjtes couchaient en bas; Courier et son compagnon avaient leur lit dans une chambre haute, flous une soupente au-dessus de laquelle se trouvaient des provisions. On y montait au moyen d'une échelle. Le jeune homme se coucha de suite et s'endormit. Quant à Courier, il alluma un bon feu et s'assit auprès dans l'intention do yeitlor. Au moment où le jour no devait pas tarder à paraître, il entendit l'hôte et sa femme se disputer, et, prêtant l'oreille, il distingua ces mots : Eh bien ! enfin, voyons, faut-il les tuer tous deux? A quoi la femme répondit : Oui. Puis il n'entendit plus aucun bruit.
Courier resta terrifié. Il ne pouvait éveiller son compagnon, ni prendre seul la fui^e. ni résister presque sans armes contre douze hommes bien armés. Au bout d'un quart d'heure, il entendit quelqu'un dans l'escalier, et vit l'hôte qui montait avec sa femme. Ce dernier tenait sa lampe d'iine main, un de ses grands couteaux de l'autre. 11 ouvrit, et la femme, interceptant la lumièro trop vive de la lampe, disait à son mari : Dourement, ra doucement! Arrivé dans la chambre, il monte l'échelle. Le jeune homme, étendu, lui offrait alors sa gorge découverte. L'hôte, d'une main, saisit son couteau, et, de l'autre... coupe une tranche d'un jambon suspendu au plancher; cl se retire.
Le .lendemain, la famille vint éveiller les voyageurs. On leur servit un déjeuner où figuraient deux chapons. C'était au sujet de ces deux pauvres animaux qu'avaient été prononcées ces paroles : Faut-il les tuer tous deux?
Courier termine sa lettre en recommandant à sa cousine de ne pas raconter celte histoire, ce rôle ne convenant pas à une femme, mais à un homme à la mine quelque peu rébarbative, à lui-même, par exemple.
IUuvjon jeune.
pÇOGRAPrçiE ÉLÉMENTAIRE
Bas«lc d Enrnpn,
GKOGRAPniB rOLITIO.UK (SUITE).
La vaste étendue de terre qui s'étend à l'est de l'Europe et que Ton désigne aujourd'hui sous le nom de Russie d'Europe, était occupée, dans l'antiquité, par une branche de la grande fnmille indoeuropéenne, par la branche sake, skolote on scy thiuue. Ces peuples faisaient remonter leurs traditions jusqu'à environ 1500 an» avant J.-C.lls même être plus vieux que les Égyptiens.
Les Scythes se sont divisés des les temps les plus reculés en deux branches, la brancho tarmate e\ la branche gète.
Les Scythes étaient nomades et vivaient du produit do leurs troupeaux. Ils u'avaicul pas d'autres habitations que les chariots qui servaient à les transporter, eux et leur famille, d'un pâturage à un autre. Chez eux, comme chez presque tous les peuples septentrionaux, le dieu de la guerre était représenté par un sabre planté dans la terre. Ils suspendaient à la selle do leurs chevaux la chevelure des ennemis qu'ils avaient tués, et se servaient de leurs crânes en guise de coupes. Les tribus scylhiques qui erraient dans la contréo située à l'ouest du Tanats (Don), furent attaquées par Darius, roi des Perses, qui envahit leur pays à la tête de 700,000 hommes. Mais les Scythes furent assez sages pour ne livrer aucun combat et pour se retirer devant leur ennemi, en détruisant tout dans les endroits où ils passaient. Cette tactique obligea Darius à mettre fin à la guerre et il quitta laScythieavec 80,000 hommes au plus, seul resp» do son innombrable armée. Plus tard, les Scythes résistèrent à Alexandre et se jetèrent sur les royaumes formés des débris de son vaste empire. A une époque plus rapprochée, ils tentèrent de subjuguer les colonies grecques de la mer Noire. Çcllcs-ci appelèrent ù leur secours Milhridate, roi de Pont, qui eut la .gloire de soumettre les agresseurs.
Les Sarmatcs habitaient à l'est du Tan aïs et dans la vallée du Volga. Comme les Scythes, auxquels ils étaient unis par les liens d'une étroite parenté, les Sarmatcs avaient des habitudes nomades. Comme eux, ils élevaient des troupeaux qui suffisaient à leurs besoins. Ils avaient une cavalerie redoutable, et chez ce peuple éminemment guefrier, les femmes mêmes allaient à la guerre. Elles étaient armées de l'arc et du javelot. Aucune d'elles ne pouvait se marier avant d'avoir tué un ennemi, et plusieurs tribus étaient gouvernées par des femmes. Les Sarmatcs portèrent secours aux Scythes lorsque ceux-ci furent attaqués par Darius; mais ils se liguèrent contre eux avec Milhridate, qui leur céda les terres conquises sur leurs voisins. Les Sarmatcs furent à leur tour subjugués par les Golhs, qui s'étaient établis sur les bords de la mer Noire. Les Huns renversèrent l'empiro des Goths, et à la mort d'Attila, les Sarmates, recouvrant leur antique indépendance, étendirent leur domination jusqu'à l'Elbe. Rurik, chef de la tribu des lf'arè<ju«s ou Russes, jeta à Novogorod, les fondements do l'empire des tzars, dont il fut le premier grand prince. Rurik (862) soumit les tribus voisines et donna leurs terres à ses compagnons d'armes; il fonda l'ordre des boïarris. Ses successeurs reculèrent les limites de l'empire et