PONCTIONS DES DIFFERENTS VERTICILLBS DE LA PLEUR (SUITE
Fonction* de la corolle. — L'histoire de la fé-^ condation du pistachier femelle du Jardin des plantes, nous fait pressentir que la nature a dû recourir à des moyens tout spéciaux .pour transporter le pollen d'une fleur staminée sur le stygmate d'une fleur pistillée. Or, quels sont ces moyens? Telle est la question que nous allons nous occuper de résoudre ici. Bien des fois, sans doute, vous voub êtes amusés à sucer la liqueur sucrée qui se trouve au fond de certaines fleurs, telles que celles du chèvrefeuille, du lilas, du jasmin, de la primevère, de l'ortie blanche. Cette liqueur est produite par de petits organes désignés sous le nom de glandes nectariféree ou nectaires. En vous en emparant, *ous avez commis un vol aux dépens de certains êtres qui s'en nourrissent spécialement. Ces êtres sont les papillons, les mouches, les bourdons, les abeilles et d'autres insectes encore qui, s'inlrodui?ant au sein des fleurs, vont y pomper les sucs qu'elles élaborent. 11 ne faut pas s'imaginer que la plante, fournisse ainsi gratuitement aux insectes le vivre et le couvert. Si elle pourvoit à leur subsistance, c'est à la condition qu'eux-mêmes lui rendront un service en échange des aliments qu'elle leur aura procurés. Ils peuvent lui être très-utiles en coopérant au transport des grains du pollen sur la surface humide et gluante du slygmate. A cet effet, les insectes s'introduisent dans les fleurs, et, en se Trouant aux parties qui les composent, ils se couvrent le corps de la poussière d u pollen qu'ils vont ensuite déposer à l'extrémité supérieure du pistil. C'est ainsi qu'ils payent le service que la plante leur a Or, il est
spécialement du nectar que produit une certaine fleur. Dès lors, il est nécessaire que l'insecte reconnaisse cette fleur à distance et sache la trouver au besoin. Il lui but pour cela un signe révélateur auquel il no se (rompe jamais. Ce frigue, c'est la corolle. On voit maintenant pourquoi la nature a orné les pétales qui composent ce verlicille des couleurs les plus éclatantes et pourquoi elle lui fait exhaler les parfums les plus suaves. C'est afin de fixer l'attention des insectes, de captiver leurs sens et de les appeler là où ils pourront se rassasier. La corolle est l'enseigne qui désigne aux insectes l'hôtellerie où ils trouveront une nourriture saine et abondante. Ils savent la reconnaître et ne la quitleut pas sans s'être montrés reconnaissants du service qu'on leur a rendu. On ne doit plus maintenant s'étonner de ce que tel insecte, après être sorti d'une" fleur où il a pu savourer la nourriture qui lui convient, pénètre au Tond d'une fleur de môme nature daus l'espoir de se rassasier de nouveau du nectar qu'il est sûr d'y trouver. Mais il peut arriver qu'en pénétrant dans celto seconde fleur, il y introduise du pollen qu'il a emporté à son insu de la précédente. C'est par co procédé que s'opère la fécondation chez les plantes monoïques ainsi que chei les plantes dioïques. C'est bien certainement ainsi, c'est-à-dire par l'entremise d'un insecte, quo io pollen du pistachier mâle du quartier de l'Observatoire est parvenu jusqu'aux pistils du pistachier femelle du Jardin des plantes. Ce qui paraissait un mystère à Bernard de Jussieu n'en est donc plus un pour nous, et nous pouvons connaître par cet exemple les moyensaussi simples qu'ingénieux employés par la nature pour rendre solidaires l'un de l'autre le règne animal et le règne végétal et faire en sorte qu'ils se rendent mutuellement service. On voit ici une preuve do la merveilleuse économie qui a présidé à la création das êtres organisés. C'est à un naturaliste allemand, à Conrad Spiengel, enlevé prématurément à la science, dont il fut l'un des plus glorieux martyrs, que nous devons la connaissance du rôle important que jouent les insectes dans l'acte de la fécondation des végétaux. Avec une patience toute germanique, Sprcngel s'allait coucher, immobile, au pied de certaines plantes, au moment où leurs fleurs s'épanouissaient, pour épier l'instant où quelque insecte pénétrerait dans le calice de celles-ci pour s'y repaître de nectar, et en môme temps favoriser le contact des étamines avec l'organe porte-graine de la fleur. Le naturaliste allemand demeurait ainsi immobile pendant des journées entières, le visage exposé aux ardeurs d'un soleil brûlant. Mais aussi comme il se trouvait amplement récompensé de son altentelorsqu il voyait l'insecte, messager de la Providence, s'approcher de sa fleur de prédilection I Avec quelle joie Û épiait ses démarches el
notait les ruses qu'il employait pour s'introduire au milieu des fleurs à peine épanouiesl Avec quelle joie plus grande le conlemplail-il au moment où il s'envolait tout chargé de la poussière dorée du pollen pour l'aller répandre avec profusion sur une plante de môme espèce que ceUe qu'il abandonnait! Conrad Sprengel croyait n'avoir pas perdu sa journée, quand il avait ainsi découvert quelque nouveau lion entre un insecte et un végétal. C'est à lui, c'est à ses patientes observations que nous devons de connaître les fonctions de la corolle, qui sert principalement a attirer les insectes destinés à favoriser l'œuvre de la fécondation. Outre ce rôle, qui est le plus important, la corolle en remplit encore un second : elle sert d'enveloppe protectrice aux parties essentielles de la fleur, c'està-dire aux étamines et au pistil. C'est ce que démontrent évidemment et la position qu'elle occupe el la forme la plus ordinaire des pétales, qui constituent pour les parties intérieures de la fleur un abri aussi sûr que commode.
Fonctions du calice. — Le calice est bien certainement un organe de protection. Il forme ce que l'on nomme d'ordinaire le bouton de la fleur. Il l'enveloppe tout entière pendant son premier âge et la protège à la fois contre l'intempérie de l'air el les attaques des animaux qui chercheraient à s'en nourrir. A mesure que la fleur se développe, le calice perd de son importance. Dans un trèsgrand nombre do plantes, on le voit même tomber tout à fait dès qu'elle s'est épanouie. On donne dans ce cas au calice l'épitbète de caduc.
Glandes nectarifires ou nectaires de la giroflée.— Si l'on examine avec soin de quelle manière les sépales de la giroflée s'attachent inféricurement sur le bord du réceptacle, on 6'apercevra bien vite qu'il y en a deux dont le point d'insertion est placé plus bas que pour les autres. Ces deux sépales sont dits les sépales latéraux de la giroflée. Il est, en outre, facile de remarquer qu'ils se terminent en dehors par une espèco de petite bosse, dans la concavité de laquelle vient se loger une des deux petites étamines. On peut se demander pourquoi ces étamines sont plus courtes que les autres. Un examen attentif montrera que cela tient à ce que la base de leur filet, au lieu d'ôtre droite, se trouve recourbée el comme reployée sur ellemèmo. Elle forme un angle dont l'ouverture regarde le centre de la fleur. Il semblerait que le fdet ait pris cette disposition par suilê d'une pression qui aurait été exercée sur sa base de dedans en dehors, et il en est réellement ainsi. En effet, si l'on considère attentivement l'espace qui se trouve entre le pied do chaque étamine courte et l'ovaire, on y trouvera une petite protubérance arrondie, d'un vert foncé tranchant sur le jaune du réceptacle. C'est la pression exercée par celte
L'ENCYCLOPÉDIE DBS ÉCOLES
protubérance qui a forcé les filets des élamines' courtes à s'incurver peu à peu de dedans en dehors. Maintenant quelle est la nature de celte protubérance? Il sera facile de répondre à celle question, si Ton considère qu'elle laisse suinter continuellement des gouttelettes d'une liqueur limpide el sucrée que sa saveur agréable a fait désigner sous le nom de nectar, par allusion au breuvage des dieux de la mythologie. Chacune des deux petites protubérances interposées entre les élamines courtes et la base du pistil est donc un organe destiné à la production du nectar. Aussi a-t-on donné à cet organe, en raison de cette circonstance, le nom de glande nectarifire ou nectaire. Comme dans la giroflée les nectaires sont situés dans le voisinage du pistil, et que ce dernier organe est souvent appelé carpelle, les nectaires qui nous occupent ont reçu le nom de nectaires carpellaires. La giroflée appartient è une grande famille de plantes que l'on nomme la famille des plantes crucifères ou porte-croix, à cause du nombre et de la disposition des pétales de la fleur, lesquels Ggurenl réellement une croix. A cette même famille appartiennent beaucoup de plantes connues de tout le monde. Tels sont les choux, les sisymbres, les cardamines, etc. Dans chacun de ces genres de plantes, le nombre et la place des nectaires varient. Ainsi, dans les choux, il existe quatre nectaires ; deux de ces nectaires sont carpellaires, c'est-à-dire que comme dans la giroflée, ils sont situés chacun entre l'une des petites élamines et 1 ovaire. Les deux autres nectaires sont placés chacun au pied des deux grandes élamines, mais en dehors. Ils ont reçu le nom de nectaire* placentaires. La fleur du chou peut être considérée comme la plus parfaite de toutes celles des crucifères par rapport au développement de ses nectaires. Chez quelques crucifères , chacun des nectaires placentaires se dédouble en trois autres. Dans d'autres, comme le sisymbrium acutangulum, les nectaires carpellaires el les nectaires placentaires sont soudés tous ensemble et forment un disque complet. Dans la cardamine des près, dont les pétales sont d'un blanc plus ou moins teinté de violet, et qui fleurit actuellement en abondance dans toutes les prairies un peu marécageuses, les • nectaires carpellaires sont placés entre les <5 Lamines et les sépales. Enfin on trouve des crucifères dans lesquelles ces mêmes nectaires entourent complètement la base des petites élamines.
Pour étudier facilement la structure du pistil de la giroflée, le mieux est de prendre un pistil appartenant à une fleur défleurie depuU un certain temps déjà. Sur le milieu de chacune de ses faces on aperçoit une saillie longitudinale assez fortement accusée, et sur 9cs deux bords régnent des sillons qui annoncent que ces deux faces se sont soudées
ensemble pour former la cavité de l'ovaire. Si maintenant, avec la lame d'un canif, on soulève légèrement une des faces du pistil en allant de bas en haut, on voit celle-ci se décoller facilement el mettre à nu une cloison centrale et transparente CL, pl. t\ (ûg. 6), portant sur ses bords deux ourlets saillants auxquels sont attachées les graines. Ces ourlets ont reçu le non de placentaires.
La seconde face du pistil peut se soulever comme la première et mettre au jour l'autre côté de la cloison, qui porte aussi des graines le long de ses deux bords. De celte disposition des graines des deux côtés de la cloison médiane, il résulte que cette dernière partage l'intérieur de l'ovaire en deux poches ou loges complètement distinctes l'une de l'autre et renfermant chacune un assez grand nombre de graine?.
Au moment de la maturité, chacune des faces du pistil se détache spontanément de la cloison centrale; cette séparation naturelle s'opère de bas en haut et absolument de la môme manière qu'a été failo la séparation artificielle dont il vient d'être question. La figure 7 montre l'aspect qu'offre le pistil de la giroflée après que ses deux faces se sont séparées spontanément de la cloison centrale. Dès que le pistil est arrivé à cet état d'extrême maturité, la cloison se perfore et les graines ne tardent pas à tomber sur le sol où elles finiront par germer, si elles se trouvent dans des conditions favorables de température.
MbrlEttb et Haoyion ainé.
VARIÉTÉS
COURS ÉLÉMENTAIRE D'ARCHÉOLOGIE NATIONALE