FAMILLE DES RENONCU LACÉES
ÉTUDE DU LA 7 LEUR DE l'aNCOLIE.
Dans les endroits les plus ombragés des grandes forêts, au sommet des monticules qui en forment le sol, vous rencontrez pendant tout le courant de mai une plante d'un aspect assez triste, aux feuilles d'un vert glauque et profondément découpées, ainsi qu'on le voit (fig. 7), aux jolies fleurs d'un bleu foncé, penchées à l'extrémité de leurs pédoncules. Cette plante est l'ancolie. L'un des verticilles de sa fleur, le second, auquel, vu la place qu'il occiipe, nous accorderons la dénomination de corolle, est composé de cinq pièces, d'une couleur bleu foncé, semblable à de petits capuchons ou à de petits cornets. Ces élégantes parties de la fleur pourraient encore être comparées aux doigtsdu gant qui chausserait une main lilliputienne. Les gens de campagne n'ont pas méconnu cette similitude. Aussi ont-ils baptisé la plante dont il s'agit du nom gracieux de Cant-de-Notre-Dame. En français, on l'appelle ancolio, et les botanistes se conformant à la belle nomenclature linnéenne, la désignent par ces deux mots: aquUajia vuigaris. Aquilegia est tiré du latin. Il est formé des deux vocables aqua, eau, et le. 1ère, recueillir. Un fait facile à vérifier justifie cette dénomination. Le matin, après une rosée abondante, on voit do larges gouttelettes d'une eau limpide recouvrir presque toutes les feuilles de l'ancolie. Sans nous attacher davantage à la description du port général de la plante, occupons-nous de la structure intime de sa fleur. A l'extérieur , vous trouverez un premier verlicille, composé de cinq pièces en forme de feuilles, mais colorées, tout aussi bien que la corolle, en bleu intense. SB (fig. 8) est une do ces pièces. Malgré leur colora- Jon inaccoutumée, et vu la place où elles sont, on ne peut s'empêcher de reconnaître en elles les cinq sépales qui consliluent le calice. Toutes les fois que ce calice présente ainsi les nuances que l'on est ha-
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L'LNCVcLOl'lvDtE 1>ES liCOUKl
bilué à ne rencontrer que dOHfl li» comlle, on liai il o une ila qualification de \>H'ilvi>le. Après que le> sépales ont été arrachés do la base du réceptacle, on trouve les cinq .petits capuchons ou. cornets que nous avons déji mentionnés. Leur ensemble forme la corolle, et, chacun d'eux est un pétale. Tout uu fond de ces pétajes existe une glande nectariléro. assez dure et résistante au kiucher cl dont le sue sert à nourrir un nombre considérables d'insectes. TE Ifig. 8) représente un de ces pétales. Ql|imd vous les aurez tous enlevés, vous trouverez groupée autour du pistil, une véritable forêt d'élamiucs. Ce© élamines ordinairement au nombre de cinquante, composent dix verticiiles dans chacun desquels sont rangées cinq d'entre elles.
Un examen attentif lait déi ou\rir que ces dix verticiiles ne sont pas disposés exactement en cercles concentriques. Us constituent, au contraire, une sorte de spirale dont les tours vont en se rétrécissant à mesure que l'on approche du pistil. Après te dernier rangd'étamincs, entre celles-ci v\ lu pistil, on voit dix écailles blanclies, transparentes, et légèrement plisséea, composant deux nouveaux verticiiles foi mes chacun de cinq écailles. Eiilin, tout à fait au centre de la fleur, so dresse, un pistil qu gynécée, composé de cinq pièces, dont chacune forme ce que l'on nomme un cnr\>eUt>. Ces cinq carpelles montrent tout le long de leur bord intérieur un petit our(< t qui se dédouble et so découd au moment de la maturité pour étaler ad jour ses deux bords garnis de graines. Quand un carpelle s'est ouvert, et, pour ainsi dire, éveotré, il offre, à s'y méprendre, l'aspect d une petite fouille. Nous reviendrons avec détail sur cette similitude.
Maintenant que nous avons prix une idée générale de l'ancolie sauvage, arrachons-la a sa patrie naturelle et transplantons-la flans nos jardins. Nous j'y venons croître en subissant des modifications remarquables, et nous obtiendrons, en quelque sorte, une plante nouvelle, tant elle différera de l'ancolie native' A la vérité son calice demeure ce qu'il était auparavant, mais des changements considérables surviennent dans les verticiiles intérieurs. Au lieu d'une seule rangée de pétales, on en trouve un grand nombre: tous on i la for me de capuchons et s'embuilent les uns dans les autres en diminuant de gtandour depuis le premier jusqu'au dernier. En même temps le nombre des étaniines est beaucoup moindre. Ici se préscutc une double question. D'où viennent lespéiales surnuméraires? ou sont passées les étaniines qui ont di-paru ? Un examen quelque peu attentif nous permettra de résoudre le problème.
SÏj l'on considère les pétales intérieurs, ceux qui sont les plus voisins Ues élamines restées intactes, on s'apercevra, non sans surprise, que ce
dont le filet n'a subi aucune modification, mais dont l'anthère s'est creusée, vidée de son pollen et a pris des dimensions colossales. En outre, elle a passé du jaune d'or, qui est sa couleur naturelle, au bleu violet. Ainsi nul doute là-dessus. Un certain nombre d'étatuines se sont transformées en pétales, et il en résulte que, dans la fleur de l'ancolie cultivée, il n'existe pas une seule corolle, mais bien plusieurs, emboîtées les unes dans les autres. Toutes les fois quo celle circonstance se produit dans une fleur, on dit que cette fleur est double. Aux yeux de celui qui ne considère les choses que superficiellement , une fleur double semble plus parfaite qu'une simple, c'est-à-dire que celle qui n'a qu'un seul rang de pétales. Elle semble réunir en elle -toutes les qualités qu'on puisse espérer do trouver dans une fleur. Hais, au\ veux de I observateur philosophe, il n'en est plus ainsi. Pour lui, toute fleur double n'est qu'une anomalie de la nature, une monstmmitè. Cette rose à cent feuilles quo vous proclamez la reine des (leurs à cause de la suavité de ses parfums et de l'harmonieux arrangement do ses (létales si multipliés, n'est pour le botaniste qu'un véritable montre. L'ulilo a été sacrifié à l'agréable. Par la métamorphose des eu mines en pétales, le pistil est privé du pollen qui l'aurait dù féconder. Les graines qu'il produit se flétrissent bien avant qu'elles ne soient inùros, la fleur est complètement stérile. Imaginons pour un momeal que les fleurs de tous les pieds d'uno plante apparl à une espèce annuelle, c'est-à-dire à une dont la vie ne se prolonge pas au delà d'un an, imaginons que toutes ces fleurs soient devenues complètement doubles, qu'aucune étamine n'y aoit demeurée inticte. Eh bien ! la plante ne se reproduira plus et nous la verrons disparaître de Ifi surface de notre globe. Ainsi ces élamines qui jettent si peu d'éclat qu'à peine lenr existence est soupçonnée du vulgaire, ces élamines remplissent un rôle infiniment plus sérieux et plus utile que celui des brillants pétales dont elles sont environnées. Souvent, sous l'influence d'une nourriture trop abondante, quand les sucs affluent vers -toutes le» parties de la fleur, on voit lesétaminea, trop gorgées d'aliments, prendre ainsi un développement exagéré et se transformer en pétales. Mais, loin qu'il y ail lieu de se réjouir du phénomène, il n'y « qu'à s'en lfliger, car c'est aux dépens de la fructification qu'il s'accomplit. Djus ce cas les éuwinus ont préféré un rôle brillant à un rùle utile; mais du même coup elles ont rendu la fleur stérile et ont agi contre les lins que la nature se propose d'atteindre par la floraison.
Revenons aux carpelles. Nous avons vu qu'au momeut de la maturité, le petit ourlet (ûg. qui le long dç leujr \#?\ «ajerne, te. ^dequ^
fMPVGLO.I'IJlMB DKS KU»LKS
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dédouble, ppuf fflt'Urc au jqur les gaines qui garnissent les deux bords du carpelle devenu* libres. £n mémo temps la paroi carpcllairc venant à s'étaler, nous lait involontairement songer à une feuille. Cette apparence qu'offre tout carpelle d an-, colie à «ta maturité est tellement frappante, qu'elle a suggéré, au célèbre Gfpthc., l'un des plus sum^ poêles et des plus grands naturalistes do l'Allemagne, cette idée féconde qu'un carpelle pourrait bien n'être qu'une feuille modifiée. Avant d'expo-, scr les preuves qui changeront cette conjecture eu certitude, dj^ns quelque? mots do l'organisation de la feuille.
Les feuilles se parlaient en deux calories bien distinctes, suivant qu'elles appartiennent à un végétaj iimtyW#>«* OH à ^W-I^V '«onofo/;/^ Yedone. Nous donnerons comme type de la feuille du végétal décotyléddnc une feuille bien connue de, tout |e ajoute, celle du tilleu|. Que pré^etr-ello au premier aspect? \° Une partie rétrécie en forme de fil et qu'on appelle vulgairement lu qneue do la feuille. C'est cette partie que les botahitfês désignent sous le nom de pétiole. 2° l'ne partie pu'nce, élargie ctàpcu pris plane, qu'its appellent le. limbe. Le pétiole no s'arrête pas brusquement à l'endroit où il s'attache au limbe. Au contraire, il »e Continue dans toute la longueur de ce dernier, et ce prolongement du pétiole à travers le limbe est Ce que Ton nomme la Mercure médiane de la feuille. De chaque cote de cette nervure médiane 00 voit, disposées à la manière des barbe» d'une
daire x. Cetles-ei, à leur tour, portent des nermres tertiaires rangées de chaque coté d'elles de la môme manière que les nervures secondaires se groupent autour de la nervure médiane ou primaire. A leur tour, les nervures tertiaires donnent naissance à des nervures d'un ordre imruédialement plus élevé, et ainsi de suite. L'ensemble de toutes les nervures d'une feuille en forme, pour ainsi dire, la charpente, et ce* nervures consli tuent une espèce de réseau dont les mailles sont Templies d'une matière verte qui est le parenchyme " de la feuille. Le limbe se termine par deux mcirï- 'branes qui enveloppent le parenchyme et qui constituent, l'une |a fcico supérieure do la feuille, l'autre sa face inférieure. Quant aux nervures, elle* sont formées par la réunion de petits tuyaux dont les parois sont composées de filaments contournés ei} spiralo à la façon de* reports métalliques ou élastiques de bretelles. Telles sont sommairement les particularités les plus essentielles dé l'organisation d une feuille dans un végétai dicotylédone. Chez les végétaux monocotylédones, dont nous donnerons pour type l'iris d'Allemagne ou glaïeul si fréquemment cultivé dans les jardins,
viiics qui so rencontrent dans l'épaisseur d'une feuille sont parallèles enlu: elles dans pivsque toute l'étendue, du limbe. plies ne coin errent tipsemble que \ers sou, extrémité. Mais jamais eilcs ne se ramifient comme celles des feuilles dico|\lédyiirs, f)i ne se partagent en neutres «je diilérçnts ordres. Celle, différence capitale dnps ja distriliufmii des nervures permet presque, toujours de distingue,!', au premier abord, un végétal dicotylédone d'un végétal inonocotylédone. Elle a été signalée, pour la première fois, par le botaniste François Desfoiilaincs. On peut |a vérifier sur le blé- ol sur toutes les autres graminées.
Maintenant que nous avons une connaissance un peu plus exacte de la fe iille, reprenons l'idée do tîu tlie relativement à la nature intime des carpelles. I)'apiës ce grand homme, un carpelle n'est pas mitre chute, qu'une feuille «jwi s'eut replier le l»u;i dç sa nervure f/o'rJéinr et doit les deux bord.* libres se font xoudés entre eur pour former la çueitè de l'oeaire dans l'intérieur de Impolie doivent mûrir les ijraines. 11 ne sulli-ait pas à G u lltc d'énoncer celte assertion. Il lui fallait encore la prouver. C'est à quoi il parvint par ur.e série d'observations attentives qui se sont beaucoup multipliées, après lui et dont nous allons rapporter quelques-unes: 1 « Il exifle dans la plupart dis prairies une plante connue de tout le monde sous le nom de bouton d'or. Cette pjante est de la même famille que l'ancolie, c'est-à-dire «Je la famille' des renonculact'es, el les botanisies lui donnent le nom de renom nie un e, ramtuculus un is. Quand le bouton d'or croit spontanément et dans sa patrie naturelle, sa fleur est parfaitement simple, sa corolle n'est formée que do cinq pétales au dedans desquelles s'épanouissent un grand nombre d'étamines. Mais vient-on à transplanter un boulon d'or dans un jardin? La fleur ne tarde pas à y subir des modifications prb. fondes. La plupart des étamines qui étaient pour elle un heureux présage de fécondité se changent en pétales, par suite de la nourriture trop succulente «pt 'elles reçoivent, et souvent la métamorphose est si complète qu'il pe reste plus un seul grain de pollen qui puisse être mis en contact avec le pistil. Savcz-vou* ce qui arrive alors? Comme toujours une première faute en fait commettre une seconde, Us étamines, en se changeant en pétales, en ne restant pas dans leur rôle, ont donné un mauvais exemple que les petites feuilles du centre de la fleur, destinées à se transformer en carpelles, n'ont que trop toi imité. Pressentant en quelque sorte l'inutilité de leur labeur, ces rouilles ont négligé de se plier le long1' de leur nervure médiane et «le se souder par leurs bords pour former la cavité do l'ovaire. N était en etlet complètement inutile qu'elles accomplissent ce
il n'en «tt fin» tout à M\ ainsi -, car, toutes les ner- travail, puisqu'elles eussent constitué un ovaire
L'ENCYCLOPÉDIE DBS ÉCOLES
qui fût demeuré vide de graines. Aussi, sont-elles demeurées à leur état natif. Elles forment au centre de la fleur un petit bouquet de feuilles un peu ratatinées qu'il est bien facile d'apercevoir en écartant un peu les innombrables pétales dont elles sont entourées. Voilà donc un premier fait important qui démontre la nature originelle des parois carpellaires.
fo h existe dans les jardins une variété de merisier dite merisier à /leurs doufAet, et dans chacune des fleurs de laquelle toutes les étamfnes se sont changées en pétales. Qu'est-il résulté*de ce changement? C'est que les deux ou trois petites feuilles qui occupent le centre de la fleur et qui auraient dû se changer en carpelles, n'en ont rien fait. 11 y a eu seulement un commencement d'exécution, car on voit que les feuilles se sont pliées le long de leur nervure médiane. Hais tout s'est arrêté là. Elles ne se sont pas soudées par leurs bords. Pourtant, la nervure médiane s'est prolongée au-dessus du limbe en un filet grêle terminé par une petite boule. Évidemment, cette boule serait devenue un stigmate; ce filet grêle aurait formé un style, et les feuilles en se soudant par leurs bords auraient constitué un ovaire destiné à abriter les graines' jusqu'à leur maturité. La nature intime des carpelles est donc encore ici bien
3° Dans une de nos excursions botaniques, nous rencontrâmes, il y a quelques années, au milieu d'une prairie parsemée d'arbres touffus qui répandaient leur ombre à une grande dislance autour d'eux, une plante dont l'aspect insolite nous frappa au premier abord. Nous hésitâmes même un moment à lui assigner un nom, tant elle était défigurée. El cependant c'était une plante des plus communes, le geum urbanum, la benoite, de la famille des rosacées. Ce qui la rendait difforme à ce point , c'était un bouquet de petites feuilles qui s'étaient développées après la floraison à l'endroit où l'on aurail dû trouver les carpelles. Sans nul doute, ces feuilles n'étaient pas autre chose que les matériaux destinés à la structure de ces carpelles. Nais elles n'étaient pas restées à l'état rudimentaire, à l'instar de celles dont nous avons rappelé la présence dans le boulon d'or et dans le merisier à fleurs doubles. Elles s'étaient largement développées et atteignaient presque les dimensions des feuilles normales de la plante: nouvelle el convaincante preuve de l'origine foliacée des carpelles.
Bien d'autres exemples viennent corroborer l'ingénieuse théorie de Goethe sur la nature et l'origine <lca carpelles. Nous ne les rapporterons paiici ; car nous finirions par en fatiguer le lecteur. Néanmoins chaque fois que dans le cours de botanique nous aurons l'occasion de décrire un phé-
nomène de ce genre, nous la saisirons avec empressement. Il n'y a que la reproduction et la multiplicité de faits analogues qui puissent à la longue convaincre les esprits les plus prévenus.
et Hauvion ainé.
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SOMMAIRE
Crammniri frnnfaiu : Suite des verbe» frcrgulicrt «Je 1» seconde conjugaison; verbes irrcjuliers de U Irouéme eonjiiQitMiii. — Exercise» franfais : sur le» verbe* irreftiili'ri de la première conjugaison. — />iV/#* d'orlhogr^pht VMUttttr tutlre àe Scarrnn au duc d* ttets. — Prtmim exertice* -U tlyle: Nanalum U Greii.le-C.barirv use, diWeluppciitcnl; vieui français i rajeunir, corrigé — Géographie élémentaire : Suile de U pemuiiule Scandinave. — Solution des probléme$ tt arithmétique du cUrnnr net- > tnero. - Géométrie tltmtntaire: Suite «lit lignes proportwnnelbs. — Chimie: Suite de l'air alwon lirmiue. — Hùtmre naturelle : Bo»aui<iuc : suite de la famille des ienonculacee».
GRAMMAIRE FRANÇAISE