‹ L'encyclopédie des écoles, journal de l'enseignement primaire et professionnelChapitre 239 sur 270 · AU DUC DE RETZ · texte numérisé non relu

AU DUC DE RETZ

Monseigneur,

Vous vous savez peut-être bon gré d'être généreux ; détrompez-vous-en : c'est la plus incommode qualité que puisse avoir un grand seigneur. Nous autres écrivains, nous n'avons qu'à être obligeV une fois, nous importunons tous les jours de notre vie. Vous me donnâtes l'autre jour les œuvres de Voilure; j'ai bien à vous demander une chose de plus grande importance. Je connais tel seigneur qui aurait changé de couleur à ces dernières paroles de ma lettre; mais un duc de Retz les aura lues sans s'effrayer; et je jugerais bien qu'il est aussi impatient de savoir ce que je lui demande que je suis assuré de IVbtenir. Voici ce que c'est. Un gentilhomme de mes amis, qui, à l'âge de vingt ans, a fait vingt combats, aussi beaux que celui des Horaces et des Curiaces, et qui e-t autsi sage que vaillant, a tué un fanfaron qui l'a forcé de se battre. Il ne peut obtenir sa grâce hors de l'an*, et voudrait bien y être en sûreté, à cause qu'il a une répugnance naturelle à avoir le col coupé. Je le logerais bien chez un grand prince, mais il \ ferait mauvaise chèic; cl je liens que mourir de faim esl un malheur plus à craindre que d'avoir le col coupé. Si votre hôtel lui sert d'asile, il est ii couvert de l'un et de l'autre, et vousjcriizbien ais d'avoir protégé un jeuuc 'gentilhomme do ce mérite-là. Au reste, vous auicz le plus grand plaisir dt, monde à le voir moucher des chandelles à coups

de pistolet, toutes les fois que vous en voudrez avoir le passe-temps, et vous me remercierez sans doute, comme vous êtes très-généreux, de vous avoir donné un si beau moyen d'exercer votre générosité; et moi, je vous promets de no vous en laisser point manquer, et qu'aussitôt que vous m'aurez accordé ce que je vous demande, je v ous unpoituiierai tous les jours d'employer votre crédit et celui de vos amis pour obtenir la gnice dn mien. La muse burlesque ne s'en taira pas et '"acquittera esse/, bien d'un remerciment, quoique jusqu'ici elle n'ait guère eu à travailler en pareille natière. Je vous demande mille pardons de la ongueur de ma lettre, et vous Uiise autant de fois les mains blanches, ou telles qu'elles sont. Obligez d'un mol de réponse,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Scarron.

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