‹ L'encyclopédie des écoles, journal de l'enseignement primaire et professionnelChapitre 263 sur 270 · LE DISTRAIT (SUITE · texte numérisé non relu

LE DISTRAIT (SUITE

Il se promène sur l'eau, et il demande quelle heure il est : on lui présente une montre, à peine l'a-t-il reçue que, ne songeant plus ni à l'heure ni à la montre, il la jelie dans la rivière, commo une chose qui l'embarrasse. Luimême écrit une longue lettre, met de la poudre dessus à plusieurs reprises, et jette toujours la poudro dans l'encrier : ce n'est pas tout, il écrit une seconde lettre : et après les avoir cachetées

)utes deux, il se trompe à l'adresse; un duc et pair reçoit l'une de ces deux lettres, et en l'ouvrant y lit ces mots : « Maître Olivier, ne manquez, sitôt la présente reçue, de m'envoyer ma

provision de foin » Son fermier reçoit l'autre ;

il l'ouvre, et se la fait lire ; on y trouve : « Monsei- * imcur. j'ai reçu avec une soumission aveugle les

ordre- qu'il a plu à votre grandeur » Lui-même

encore écrit une lettre pendant la nuit, et après l'avoir cachetée, il éteint sa bougie : il ne laisse lias d'être surpris de ne voir goutte, et il sait à peine comment cela est arrivé. Ménalque descend l'escalier du Louvre, un autre le monte, à qui il dit : • C'est vous que je cherche."» Il le prend par la main, le fait descendre avec lui, traverse plusieurs cours, entre dans les salles, en sort; il il va, revient sur ses pas : il regarde enfin celai qu'il traîne après soi depuis un quart d'heure, il est étonné quo ce soit lui; il n'a rien h lui dir e,i' lui quitte la main, et tourne d'un autre côté. Sou- \ent il vous interroge, et il est déjà loin de vous ptand vous songez à lui répondre : ou bien il voua demande en courant comment se porte Votre père; t commo vous lui dites qu'il est fort mal, il vous crie qu'il en est bien aise. Il vous trouve quelquefois sur son chemin, « il est ravi de vous rencontrer; il sort de chez vous pour vous entretenir d'uno certaine chose. » Il contemple votre main : « Vous avez la, dit-il, un beau rubis; est-il balais T » il vous quitte et continue sa route ; voilà l'affaire importante dont il avait ù vous parler. Se trouve* t-il en campagne, il dit à quelqu'un qu'il le trouve heureux d'avoir pu se dérober à la cour pendant l'automne, et d'avoir passé dans ses terres tout le temps de Fontainebleau : il tient à d'autres d'autres discours; puis revenant à celui-ci : « Vous avez eu, lui dit-il, de beaux jours à Fontainebleau* vous y avez sans doute beaucoup chassé. » Il commence ensuite un conte qu'il oublié d'achever; il rit en lui-même, il éclate d'une chose qui lui passe par l'esprit, il répond à sa pensée, il chante entre ses dents, il siffle, il se renverse dans une chaise, il pousse un cri plaintif, il bâille, il se croit seul. S'il se trouve à un repas, on voit le pain se multiplier insensiblement sur son assiette : il est vrai que ses voisins en manquent, aussi bien que de couteaux et do fourchettes, dont il ne les laisse pas jouir longtemps. On a inventé aux tables une grande cuiller pour la commodité* du service; il la prend, la plonge dans le plat, l'emplit, la porte à sa bouche, et il ne sort pas d'étonnement de voir répandu sur son linge et sur ses habits le potage qu'-il vient d'avaler. Il oublie de boire pendant tout le dîner, ou, s'il s'en souvient, et qu'il trouve qu'on lui donne trop de vin, il en flaque plus de la moitié au visage de celui qui est à sa droite : il boit le reste tranquillement, et ne comprend pas

L'KNCÏCLOPÉDIB DES ËCULKS

pourquoi tout le monde éclate de rire de ce qu'il a jeté à terre ce qu'on lui a versé de trop.

(La Bruyère.)

l'KKMIKRS EXKIÎCICLS DL' STYLE

Vieux français a rajeunir.

(coamoÉ.)

Je dirai plus : au moyen de celte herbe, on arrête visiblement les substances invisibles; elles sont ainsi prises, retenues et comme mises en prison. captura et l'arrêt de ces substances permet de faire agilement tourner les grosses el pesantes meules , et la vie humaine en retire de grands avantages. Je suis étonné que cet usage soit resté inconnu des anciens philosophes r celle invention étant de la plus grande utilité el nous épargnant d'intolérables labeurs qui, san» elle, seraient inévitables dans les moulins. Au moyen de cette herbe on relient les vent-, et c'est ainsi qu'on parvient à remuer el à diriger, au gré do leurs gouverneurs, les grosses orades, les lélainons, les forls galions, les navires contenant mille hommes ou mémo dix mille. Au moyen do celte herbe, les nations quo la nature semblait tenir cachées et inconnues, dont elle paraissait nous interdire à jamais la fréquentation, ces na lions sont venues à nous, el nous sommes allés j elles : eboso que ne feraient pas les oi*eai:x, malgré la légèreté do leurs plumes el la faculté do voler, que la nature leur a départir;. Taprobana a vu Lappia; Java a vu 1rs monts Riphées; Phebul verra Thélèine; les habitants de l'Islande et ceux du Groenland parcourt ont les bords de l'Euplirale. C'est par elle que Durée a contemplé le séjour d'Auster el qu'Kurus a visité la demeure de Zéphyre.

De sorte que les divinités, les dieux lanl marins que terrestres, ont été tous effrayés do voir que, grâce ù ce sacré Panlagruelion , les peuples arctiques, opposés aux antarctiques, ont franchi la mer Atlantique, passé les deux tropiques, séjourné dans la zone torride, mesuré tout le zodiaque. Enûn ils se sont p ornenés sous la ligne équinoxialc, et ont vu les deux pôle* mettre seuls uo terme à leur horizon. Les dieux de l'Olympe se sont écrié> dans leur effroi : Pantagruel, en inventant son herbe, nou? a créé de grandes el de nouvelles inquiétudes, plus quo jamais no le firent les Alordes. Ses enfants inventeront peut-être une herbe aussi énergique, au moyen do laquelle les

humains pourront visiter les sources do la grêle, les réservoirs des pluies, Ie3 forges où se fabriquant les foudres. Ils pourront envahir les légions de la lune, entrer sur le territoire des signes célestes et y établir leur logis, les uns à l'Aigle d'or, les autres au Mouton, les autres à la Couronne, les autres à la Herpe, les autres au Lion d'argent. I!s pourront au?>si s'asseoir à notre table. Eu dernier lieu, ils ont résolu d'obvier à ces éventualités et d'en délibérer en conseil.

Hacvion jeune.

VERS A METTRE EN I nOSB (CORRIGE.)

.Sentant alors l'horreur de son destin, son cœur rempli de trouble et d'effroi roule de rêve en rêve ; il se lève, il retombe el se relève aussitôt. Quelquefois il se Iralne sur de vieux osfemenl.J, présente image de la mort qu'il veul éviter. Il marche au hasard quand, tout à coup, gon pied rencontre un léger obstacle. 11 y porte la main. Qui pourrait peindre sa surprise? Eût-il prévu jamais un miracle aussi divin? Il sent, il reconnaît le fil qu'il avait perdu. Ivre de joie, son cœur palpite d'espérance et de bonheur. Co fil, qui doil ^délivrer, il le baise, il l'adore, il s'assure que c'est bien lui et redoute de le perdre une seconde fois. Il veut le suivre et revoir la clarté du jour; mais un instinct secret et inconnu l'arrête en ce* demeure». A l'abri du danger, son Ame, encore bous l'impression d'un reste de crainte, vent jouir de ces lieux el de leur épouvante. A leur aspect lugubre, il ressent en lui-même un plaisir indicible que vient agiter un reste de sa terreur passée. Enûn, tenant en main son guide fidèle, il part, il vole vers les lieux où la clarté, l'attire. Dieu! qui pourrait peindre son ravissement, quand il revoit lus cieux qu'il ne croxait plus contempler jamais! De quels doux transports ne fut-il pas saisi en promenant ses regards sur leur immensité brillante et majestueuse! La cité, le hameau, la verdure, les bois semblent no s'être jamais offerts à sa vue ; et, rempli d'une joie ineffable, il croit assister au premier jour du inonde.

Hacvion jeune.

Vieux français à rajeunir.

COMMENT CERTAINE ESPÈCE DE PANTAGRCELION NE PEUT ESTUE PAR fKU COMSfJMMEE.

Ce que ie vous ay dict esl grand el admirable. Mais, si vouliez vous hazarder de croyre quelque aultre divinité de ce sacre Pantagruelion, ie la

L'ENCYCLOPÉDIE DBS ÉCOLES

vous diroys. Croyez la ou non, ce mest tout ung. Me suffit vous auoir dict vérité.

Vérité vous diray. Mai», pour y entrer (car elle est dacces assez scabreux et diflicille) ie vous demande : Si ie auoys en ceste bouteille miz deux colyles de vin, et une deaue, ensemble bien forl meslez, comment les demesle riez vous, commen les sépareriez vous, de manière que vous me rendriez leaue a part sons le vin, le vin ?ans leaue. en mesure pareille que les y auroys miz?

Aultremenl, si vos chartiers rt nautonnkrs, amenans pour la prouision de voz maisons certain numbre de lonncaulx, pippes et bus-arsde vin de Grsuo, riOiléans, de Beaulne, de Mireuaulx. les auoyenl buflelez et benz a demy, le reste emplissons deaue , comme font les Limosins a be'z esclotz. charroyans les vins dArgcnlon et Sanguaulticr, comment en ousteriez vous leaue entièrement? comment les purifieriez vous? Icntendz bien, vous me parlez dung entonnouer de lierre. Cela est escript, il est vray, et ancre' par mille expériences. Vous le scauiez desia. Mais ceux qui ne ionl sceu, et ne le veidrent oneques ne le croiroyent possible.

Passons oultre. Si nous estions du temps de Sylla, Marius, César, et aultres romains empereurs, ou du temps de nos antirques druydes, qui faisoient brusler le* cors morlz de leurs parens et steignours, el voulussiez les cendre de vos femmes ou père* boyre en infusion de que'que bon vin blanc, comme feit Artemisia les cendres de Mausolus son mary, ou aultroment les reseruer entières en quelque urne et relicquaire, comment saulucriez vous y col les cendres a pari, et séparées dos cendres du bustet feu funecal? Respondez.

Par mangue, vous seriez bien empeschez. Je vous en depesche; et vous dy que, prenent de ce céleste Patitagruelion autant quen fauldroyt pour couurir le cors du defunct, et lodicl cors ayant bien a poinct enc'onz dedans, lié et cousu de me sme matière, iectez le on feu, tant grand, tant ardent que vouldrez. le fou, a trauers le Panlagruelion, bruslera rt rédigera en cendres le cors el les oz : le Pantagruclion non seulement ne sera consumé ne ardz, et ne doperdra ung seul atome des cendre* dedunsenclouses, ne recepura un seul atome des cendres hustiiaires, mais sera enfin du feu extraict plus beau, plus blanc el plus net que ne ly auiez ieclé. Pourtant est il appelé Asbeston. Vous en treuuerez foison en Carpasie, et soubz le climat Dia Cyenes, a bon marché.

iHadeuus.)

EXPLICATION bF. QUELQUES MOTS.

Cotyle, mesure pour les liquides.

Bussarl, mesure ou barrique de vin contenant une d« mi pipe. Cette mesure était surtout en usage en Anjou et dans le Poitou.

Buffetez, de buffeler, tirer du vin d'un tonneau el y remettre de l'eau; le frelater. On disait servir (i buffet quand on mêlait de l'eau dans le vin des convives. Autrefois les marchands de vin étaient souvent appelés buffeturs.

Esiïotz, sabot, ou chaussure de bois.

Artemise, reine d'Halicarnasse. Cette femme, à la niai t de Mau?o!e son m3ri, 3o"> av. J.-C, lui fit élever un monument connu sôus le nom de Mausolée. Depuis cette époque, on donne aux riches tombeaux le nom de mausolées.

Buxt, du latin buslitm, bûcher, lieu où les Romain» bnVaienl !c cerps de leurs morts.

Depctcher, céder, décharger, libérer.

Ardz, du verbe ardre, arser, provenant du latin ardere, brûler, consumer, incendier.

Bustuaires, c'est-à-dire du bûcher.

Asbeston, c'est-à-dire inextinguible, incombustible. On appelle asbeitus l'amiante, dont on fait du papier, de la toile et des mèches do lampe.

Hauvion

COSMOLOGIK

OU GÉOGRAPHIE SUPÉRIEURE

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