ANSE TES
pole, à l’arrivée à Saint-Nazaire en septembre 1908 du paquebot France contenant des stegomyas infectés dans ses cales et qui inoculèrent quelques débardeurs et gens du bord, faisant 7 ou 8 victimes, on n’entendit plus guère parler en France de cette maladie.
La fièvre jaune ne parait cependant pas avoir disparu ou être devenue très exceptionnelle dans certains pays : elle existe encore à l’état latent au moins à la Martinique où nous avons eu l’occasion de faire dernièrement un séjour de trois ans au service de la Marine ou de la colonie (janvier 1917 à septembre 1919).
Entre temps des collègues nous avaient parlé de quelques cas constatés en 1911 et 1913, sans extension ni gravité sérieuse.
En réalité la maladie est parfaitement endémique et presque lous les ans des médecins européens du Service de Santé colonial ou de la Marine constatent quelques cas, généralement bénins, plus ragement avec un ou deux morts.
L'hôpital militaire de Fort-de-France possède d'’ailleurs une salle d'isolement grillagée de toile métallique, avec doubles portes, cage centrale pour le ou les malades, etc. et cette installation a eu l’occasion de servir.
Les agents consulaires et particulièrement le consul américain installé en ville, sont à l'affût de ces cas de maladie, et à la moindre alerte préviennent le Service de Santé des ports de leurs colonies voisines.
| Rebouillat 2
LS ee
Tous les ans à peu près dans la même saison, au moment des pluies, entre mai et octobre, le vieux bateau Abd-el-Kader qui faisait le service entre Fort-de-France et Santiago de Cuba, pouvait s’attendre à être retenu en quarantaine à San Juan de Porto Rico où le Service de Santé américain le visitait méticuleusement : il restait d’ailleurs presque toujours sur rade à bonne distance de terre.
Au contraire au retour de Cuba, Haïti après vingt à vingt-cinq jours de mer le bateau ne rencontrait jamais la moindre difficulté à Porto Rico, et quand il arrivait à la Martinique, sur le vu de patentes parfaitement nettes, on lui donnait de suite libre pratique.
Cet état de choses constant ou presque n’allait pas sans quelques désagréments : un passager pouvait hésiter à embarquer à Fort-de-France pour Porto Rico, à trois jours de voyage seulement, car il cou-
rait ensuite la chance d’une quarantaine américaine
à ses frais. |
Enfin la réputation sanitaire de la Martinique laissait beaucoup à désirer.
Les médecins indigènes, établis dans leur île, ne manquaient d’ailleurs pas de protester bruyamment chaque fois qu’on parlait de fièvre jaune : et les médecins européens du Service de Santé avaient fort à faire pour convaincre les autorités locales de la nécessité des mesures à prendre, car ces mesures ne paraissaient destinées qu’à protéger les Européens : les créoles forts de leur immunité se souciant fort peu, disait-on, du sort réservé aux autres en cas de propagation de la maladie.