‹ L'Éndémicité de la Fièvre JauneChapitre 12 sur 20 · LL · texte numérisé non relu

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En vérité les médecins indigènes ont généralement nié l'existence actuelle de la fièvre jaune, et nous nous sommes laissé raconter à ce sujet plus d’une histoire. De l’avis de quelques-uns, les médecins européens, même ceux ayant déjà une longue carrière coloniale, n’entendent rien aux maladies tropicales, et ne savent surtout pas les soigner.

Combien de fois nous a-t-on répété l’histoire légendaire de l’Européen nouvellement débarqué qui atteint de la fièvre jaune et voyant qu’il allait mourir malgré les soins du médecin militaire, s’est enfin laissé soigner par sa domestique négresse, qui par de bonnes macérations de casse et autres drogues tirées des plantes indigènes, l’a arraché aux bras de la mort imminente, et enfin, qui par reconnaissance « a marié » celte négresse providentielle. Cette histoire populaire est sans doute exagérée, mais elle contient une part de vérité.

Nous-même en août 1917 souffrant un jour brusquement d’un malaise singulier alors qu’il était vaguement question en ville de fièvre jaune, nous avons reçu à l’improviste la visite d’un ami indigène venant nous offrir de mettre à notre disposition une mulâtresse réputée pour sa connaissance des remèdes du pays: cependant deux ou trois jours après, l’alerte était dissipée et nous n’eûmes pas l’occasion de faire cette expérience intéressante.

Après enquête nous apprimes que notre jeune négresse, voyant son maitre malade, courbaturé et vomissant, élait allée de suite et à son insu prévenir lJ’ami S.., en lui annonçant que le docteur « béqué » (Européen nouvel arrivé) avait la fièvre et lui de-

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mandant d'envoyer auprès de lui son amie P..., la guérisseuse réputée.

Ces cas de guérisons par la méthode indigène sont légende et peut-être légendaires, à la Martinique. En tout cas un de nos confrères indigènes et des plus réputés, nous assurait que la maladie avait disparu, que ce que nous pensions être de la fièvre jaune était tout simplement de la fièvre bilieuse : nom général qui là-bas désigne beaucoup de choses et ‘sans doute aussi certaines formes de la fièvre jaune ainsi que nous le verrons plus loin.

Les créoles nient donc actuellement l’existence ou ‘la survivance de la maladie, et bien souvent on nous a assuré que les mesures de sécurité prises sur l’ordre du Service de Santé avaient été prescrites pour satisfaire quelques ambitions personnelles, mériter une décoration, etc... et enfin faire avoir aux fonctionnaires et militaires européens et leurs familles, un séjour de vacances forcées plus ou moins longues ‘ au fameux camp Balata.

Ce camp situé à 12 kilomètres de Fort-de-France, et à 800 mètres environ d'altitude, est réputé à l'abri de toute épidémie de fièvre jaune, c’est possible car il y fait assez frais, mais les moustiques n’y manquent pas. On peut y trouver en cherchant un peu des stegomyas, c'est d’ailleurs le genre de moustique le plus répandu dans toute la Martinique, et aussi bien dans les plaines basses marécageuses ou non,

que dans les hauteurs : on trouve des stegomyas partout.

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