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Le médecin-major M... qui était, en ‘septembre 1919, allé faire avec sa famille un séjour à Balata, nous disait qu'il avait dû installer des moustiquaires pour pouvoir dormir tranquille, et d’ailleurs nous avons constaté nous-même la présence de moustiques. |
Enfin il paraît que l’on a rarement vu s'y propager la fièvre jaune.
Quoi qu'il en soit les indigènes sont très fiers de leur immunité réelle ou prétendue, et là-dessus les opinions classiques sont généralement d’accord pour penser que cette immunité est due à une ou des atteintes légères au cours de l'enfance, mais nous n'avons pu avoir à la colonie aucun renseignement précis à l’appui de ces faits connus.
Les malaises ou maladies des enfants là-bas sont si variés et en réalité si peu étudiés, que leur nature a dû rarement être éclaircie dans beaucoup de cas. En effet il n’est pas toujours possible ni facile d’obtenir d’une mère créole l’autorisation de faire un examen du sang de son enfant ou toute autre réaction de ce génre, et aucun médecin indigène ne possédait en 1918 de microscope ou la manière de s’en servir utilement.
Depuis quelques années un laboratoire d'hygiène fonctionne sous la direction d’un médecin-major, mais les médecins du pays y ont paraît-il rarement recours et nous n’avons pu avoir là aucun renseignement.
Cependant il est manifeste qu’en temps d’épidé-
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mie de fièvre jaune, les créoles sont rarement atteints, ou ne le sont que de façon généralement bénigne, tout se bornant à quelques malaïses avec fièvre, courbature et vomissements, de plus les créoles se font toujours traiter à la manière du pays.
Mais tout de même en été 1917 et 1918, pendant
la saison des pluies, on parla de quelques cas chez
des créoles, de maladie brusque avec fièvre, vomissements et quelquefois ictère, qui enleva les malades rapidement en trois à cinq jours : cerlains médecinsmäjors pensèrent à la fièvre jaune, quelques bateaux ayant quitté la Martinique furent mis en quarantaine à leur arrivée dans les ports voisins, mais les médecins indigènes nièrent la maladie et pour deux cas
au moins l’un près de Fort-de-France, l’autre dans
un petit bourg au sud de l’île, parlèrent de fièvre bilieuse survenue chez des individus grands buveurs
de rhum, ce qui expliquait leur mort rapide en deux et trois jours.
On signala ensuite quelques cas à formes frustes,
d’autres plus bénins, mais l'enquête ne donna aucun
résultat probant : la saison des pluies de l’hivernage
étant finie, la fraîcheur relative qui suivit dès no-
vembre, fit vite oublier l'alerte, et dit-on, remettre
à une date ultérieure les travaux d'assainissement prescrits par le service d'hygiène et prophylaxie. Pourtant on fit nettoyer les gouttières de quelques bâtiments publics, et couler du ciment dans la gueule
des canons d’amarrage fichés dans les quais de la darse.
Pendant cette maladie suspecte : épidémie au dire de quelques Européens, simples cas de maladie fréquente au cours de l’hivernage disaient des indigènes : on enregistra seulement cinq ou six décès suspects. La majorité des malades avaient été des indigènes, dont un douanier, un était européen établi depuis longtemps à la colonie et réputé acclimaté. |
Ceux des médecins du pays qui s’occupèrent de la question et nièrent que ce fut de la fièvre jaune, se basaient sur ce fait que peu d’'Européens avaient été atteints, même de malaises passagers : peut-être oubliaient-ils que les Européens demeurant en ville étaient les seuls habitants à se préserver des piqûres de moustiques par l'usage constant de moustiquaires ; que ceux qui étaient à bord des bateaux étaient eux aussi préservés ainsi et que de plus les bateaux étaient mouillés loin de terre sur rade ; et que les deux bateaux stationnaires de la Compagnie transatlantique quittaient tous les jours à 5 heures de l'après-midi les quais de la Compagnie pour aller passer la nuit en pleine rade, et éviter ainsi d’être envahis par les moustiques au coucher du soleil.
Cette pratique qui n’est pas toujours efficace à cause des vents venant de terre le soir et qui peuvent amener des moustiques à un ou deux milles de terre, est cependant toujours employée dans les ports où la fièvre jaune est endémique. Nous savons que les courriers de France à Vera Cruz par exemple, n’entraient dans ce port que le matin et débarquaient leurs passagers directement en correspondance avec le train montant vers Mexico: quand le
es
bateau arrivait le soir ou la nuit devant la ville, il mouillait au large en attendant le joûr.
Cela se pratiquait aussi à Colon aulrefois, mais actuellement la région du canal de Panama a été si bien assainie par les Américains que la fièvre jaune
a disparu avec les moustiques : il n’en était pas de
même du temps de l’entreprise française du canal et le cimetière français à Colon en perpétue le triste souvenir.
Nous verrons plus loin que la Martinique est engore à ce même degré d'insalubrité.
Nous avons done vu que depuis l'épidémie clas- sique de 1908, il y avait eu des cas de maladie mal définie, se présentant comme la fièvre jaune et dans la même saison. En somme il n’y a pas eu de discontinuité nette, malgré l’absence de renseignements précis et positifs, et nous pensons que l’endémicité existe toujours.
En effet en 1919, après la guerre, il-y eut à la Martinique un certain mouvement parmi les fonctionnaires ou militaires européens, beaucoup obtinrent des congés pour aller en France ; d’autres, leur temps de séjour colonial achevé, rentrèrent ; il y eut pour compenser les vides un arrivage subit de nombreux Européens qui n'étaient encore pour la plupart jamais venus dans les Antilles.
En juin et juillet de cette année, nous avons eu l’occasion d’entendre parler d’une maladie ou de malaises prenant brusquement ces nouveaux arrivés,
em
et même la chance d’en observer personnellement.
La saison était chaude et pluvieuse, non pas beaucoup plus que d'habitude, car ce que l’on appelle à la Martinique « l’hivernage »' n’est pas un vain mot : il pleut copieusement, et un grain est à peine passé qu’un autre arrive; entre temps le soleil réchauffe les flaques d’eau et de boue et tous les cloaques et ruisseaux de la ville, en faisant dégager une humidité très pénible.
Dans cette saison plus particulièrement, on rencontre dans sa maison des multitudes de ravets (blattes) quelquefois des araignées, et surtout de nombreuses petites grenouilles qui grimpent au plafond et sur les lits à la recherche d'insectes. Les moustiques pullullent et avec eux se réveillent < les fièvres ».
Cependant aucun de ces Européens ne manifesta les signes d’un paludisme réchauffé ou nouvellement acquis, et parmi eux quelques-uns n’avaient jamais été aux colonies, surtout des femmes et des enfants.
L’attention des médecins européens fut éveillée d’abord par un ou deux cas de maladie bizarre, caractérisée par un malaise suivi de symptômes que nous retrouvâmes généralement dans tous les autres cas.
C’était d’abord une indisposition vague, quelquefois à peine sensible ou analysée rétrospectivement, puis elle était rapidement suivie de courbature avec rachialgie plus ou moins brusque et: intense, avec quelquefois un frisson, fièvre à 40°, un état nauséeux ou même des vomissements surtout bilieux, une albuminurie quelquefois transitoire et après deux ou trois
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jours la fièvre baissait, dans certains cas un ictère apparaissait généralement léger, quelquefois à peine sensible et fugace. Le 4° ou 5° jour KR malade se sentait mieux, et guérissait assez rapidement, aucun cas de mort ne ful enregistré.
Les examens du sang furent tous négatifs, aussi bien quand les prises furent faites à une heure quel-
conque du jour ou de la nuit.
Nous avons pu recueillir personnellement les observations suivantes :
Observations.
L — Un haut fonctionnaire militaire arrivé à la colonie depuis plusieurs semaines, reçoit à un courrier suivant sa famille composée de sa femme et de deux enfants : il avait en vue de cette réception installé un appartement avec toutes les précautions voulues : Mais ses occupations le retenaient souvent en dehors de son domicile et de l’abri des toiles métalliques ou des moustiquaires et après le coucher du soleil.
Ses deux enfants ne prirent pas toutes les précautions recommandées et furent, comme leur père, piqués par les moustiques, seule sa femme, qui craignait beaucoup les piqûres s’entoura à tout instant de toutes les précautions possibles : elle ne tut à peu près jamais piquée et n’eut aucune indisposition.
Environ un mois après l’arrivée de sa famille à la
colonie, le mari fut le premier pris de malaises avec
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les symptômes que nous avons rapidement énumérés plus haut :
« Il remarque que quelque temps avant il a dû se surme- « ner un peu à l’occasion du départ d’un volumineux courrier « et travailler de nuit dans son bureau.
, « Il a ensuite ressenti quelque fatigue, puis brusquement « a été pris d’une rachialgie intense, avec courbature géné- «"rale, frisson.
« Le jour même vers 8 heures du soir, fièvre à 40°1, la « face est rouge, le pouls rapide. Il vomit son déjeuner de « midi, puis continue à vomir, quand il boit, pendant la
« nuit et la journée du lendemain, »
Les vomissements étaient bilieux, et il ne pouvait supporter aucune boisson, sauf un peu de champagne glacé pris au chalumeau.
« Dans la nuit du 2° jour, les vomissements, bien que beau- « coup moins fréquents, sont particulièrement pénibles, avec « sensation douloureuse à l’épigastre, la fièvre se maintient « sans rémission sensible aux environs de 40°.
« Il y a un peu d’albuminurie.
« Le 3° jour au matin, la fièvre baisse un peu, les vomis- « sements ont tout à fait cessé, le pouls semble normal, et « un très léger ictère généralisé se manifeste.
« Le 4° jour, l'ictère paraît s’effacer, le malade est très « faible, la température est à 37°6 à midi, le pouls à 65.
« Le 5° jour l’ictère n’est plus guère perceptible qu'aux « sclérotiques, les liquides sont bien supportés, la fièvre est « tombée. Un lavement est administré sans difficulté. Le « malade se plaint de courbiture générale avec douleurs
« musculaires et articulaires. °