‹ L'Endocardite à Pneumobacille de FriedländerChapitre 4 sur 19 · BACTÉRIOLOGIE · texte numérisé non relu

BACTÉRIOLOGIE

Aperçu hislorique et rôle pathogène. — Dans un mémoire paru en 1882, Friedländer annonçait qu’il avait découvert l’agent générateur de la pneumonie en même temps qu’il donnait une description assez fidèle du micro-organisme auquel son nom est resté attaché. Pareille inovation en une matière qui passionnaïit alors le monde scientifique ne manqua pas de susciter de vives controverses et de nombreuses recherches.

Au reste l’ère des discussions dura peu et fut défi- . nitivement close par les travaux de Sternberg, Talamon, Fraenkel, Netter, ces auteurs ayant fourni la

preuve décisive du rôle spécifique du pneumocoque dans la pneumonie lobaire aiguë.

Ainsi dépossédé de cé rôle pathogène. éminent, le -pneumobacille tombe dans un oubli immérité ; c’est l’époque où il est généralement considéré comme un saprophyte banal, sans importance en pathologie humaine.

Une réaction s’imposait. Netter eut des premiers le mérite d'attirer à nouveau l'attention sur ce microorganisme. « Je ne saurais m'empêcher, » disait-il en

1890, « de proclamer l'intérêt que présente pour le médecin l’étude d’un microbe qui après avoir joui

d'une si grande vogue et resté depuis si négligé. il s’agit là d'un micro-organisme très important. » Dès lors une série de travaux viennent confirmer le bien fondé de cette opinion. On ne tarda pas à connaître les méfaits du pneumobacille et son rôle dans maintes affections locales : rhinite, stomatite, amygdalite, paro-. tidite, affections oculaires, otite moyenne, bronchopneumonie, pleurésie purulente, méningite, infections génito-urinaires, suppurations des plaies de guerre. L'intérêt grandit encore lorsque Weichselbaum eut montré la dissémination du pneumobacille dans les viscères d’une malade atteinte d’otite moyenne suppurée due à ce micro-organisme. Un peu plus tard, Canon procédant à l’ensemencement du sang chez un septicémique obtint des cultures pures de pneumobacille. Depuis ce temps, de nombreuses hémocultures positives ont été observées et le pneumobacille, considéré comme agent d'infection sanguine, a définitivement conquis la place qu'il mérite d'occuper.

Aspect microscopique. — La morphologie du pneumobacille est.essentiellement variable suivant le milieu etles conditions de développement, à tel point que sa place dans la classification est longtemps restée incertaine.

Dans les exsudats pathologiques (crachats, suc pulmonaire, pus...) et dans le sang des animaux morts de septicémie, il apparaît sous un aspect intermédiaire entre la forme allongée du bacille et celle arrondie du coccus. Les éléments sont rarement isolés et présentent une tendance nette à se grouper en diplobacilles ; par-

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fois même, on trouve de courtes cféthetlés ou des dispositions en croix, en palissade. Caractére important, le pneumobacille est pourvu à sa périphérie d’une capsule à la fois plus volumineuse et plus facile: à colorer que celle du pneumocoque,

Cultivé dans les milieux ordinaires, il revêt les” formes les plus diverses : grains plus ou moins arrondis souvent difficiles à distinguer d’un microcoque ; aspect en navette par suite de la coloration maxima aux deux pôles ; bâtonnets de longueur variable : enfin même véritables filaments. Il est à noter que ces différentes formes peuvent être observées : simultanément au sein du même milieu de culture : saisissant exemple de polymorphisme microbien. En milieu de culture le pneumobacille perd sa capsule, exception faite cependant pour les milieux très riches en albuminoïdes (sérum de lapin) où même alors, elle est beaucoup moins nette que dans les exsudats.

Examiné à l’état frais, le Pn. F. est absolument immobile. On ne lui connaît pas de spores. Il se colore facilement au moyen des couleurs d’aniline et ne prend pas le Gram.

Cultures. — Anaérobie facultatif, le Pn. F. se cultive avec une grande facilité dans tous les milieux liquides ou solides avec une préférence marquée pour les milieux légèrement acides, Il pousse à partir de 15 degrés, la température optima étant aux environs de 37 degrés.

Sur gélatine, en piqûres, on obtient le phénomène presque caractéristique de la culture en clou. Dès le

None , deuxième jour de l'ensemencement on voit apparaître R en surface un disque bombé, blanc porcelaine, cependant qu’au-dessous de cette tête de clou la culture plonge profondément en une mince traînée blanchâtre. Autour d’elle on peut observer un dégagement de bulles gazeuses; la gélatine n’est pas liquéfiée.

Avec le sérum et la gélose, on obtient des cultures épaisses, blanc grisâtre, coulant comme du miel au fond du tube.

La pomme de terre ensemencée fournit un enduit luxuriant, visqueux, blanc jaunâtre, soulevé par de grosses bulles gazeuses. |

A la température de 35',le En, F. met vingt-quatre

heures à troubler le bouillon. Il se forme d’abord un

voile superficiel qui tombe ensuite au fond du tube : le bouillon devient trouble et visqueux.

Le sérum liquide de lapin, milieu électif suivant Besançon et Griffon, donne une culture abondante où

l'on retrouve le microorganisme sous sa forme typique

de diplococcobacille encapsulé.

Jl convient de noter particulièrement l’aspect filant et visqueux des cultures, aspect qui se retrouve dans les foyers de suppuration pneumobacillaire chez l'homme et les animaux. Il y a là un caractère qui n’appartient à aucun autre microbe davantage qu’au pneumobacille.

Propriétés biochimiques. — D'après Grimbert, le pneumobacille fait fermenter non seulement dextrose, saccharose, maltose, lactose, raffinose, dextrine et

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— 15 — | mannite mais aussi et contrairement à l'opinion des auteurs anglais la glycérine et la dulcite.

Les cultures sont toujours exemptes d’indol; du moins Brissaud l’affirme:t-il, n'ayant pu en déceler des traces malgré l'emploi d’un procédé extrémement sensible.

Le pneumobacille fait virer au rouge le lait tournesolé, | |

Son pouvoir réducteur vis-à-vis de nl natine a été mis en évidence par Labbé. Le Pn.F.réduit complètement et rapidement cette substance après avoir donné naissance passagèrement à une cerlaine quan-

tité de méthémoglobine. | Inoculation aux animaux. Virulence.— La virulence du pneumobacille varie dans de larges limites suivant les échantillons employés. D'une façon générale on peut dire cependant que la souris et le CAPENE sont les animaux réactifs de choix.

L'injection sous-cutanée chez la souris détermine une septicémie capable d'évoluer selon deux modes principaux. Tantôt la généralisation est immédiate, à peine remarque-t-on un peu d’œdème visqueux au point d’inoculation : l'animal succombe en deux ou trois jours. Tantôt il se forme à l'endroit de l’injection un abcès à pus crémeux et filant qui évolue en trois jours environ, après quoi, l'étape locale étant dépassée, la septicémie éclate et emporie l’animal très rapidement.

Le cobaye, d'ordinaire moins sensible, résiste à une dose très faible, À dose suffisante, il succombe ordinai-

. rement à des lésions de broncho-pneumonie, L’inoculation intra-péritonéale donne lieu à une péritonite

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avec exsudats glaireux mélangés de flocons d’aspect myxomateux. ; =

Le lapin n'est point réfractaire comme on l'avait pensé tout d’abord, mais il convient de l’inoculer par voie veineuse. On obtient alors : soit une septicémie simple sans lésions apparentes, soit une septicémie hémorragique avec tuméfaction et infarctus des plaques de Peyer, hémorragies intestinales, hémorragies des capsules surrénales, soit enfin une maladie chronique dans laquelle les lésions rénales occupent le premier plan, et qui cliniquement est caractérisée surtout par de l’albuminurie et un amaigrissement extrême.

Le pigeon peu réceptif ne nes Sr l'injection de races très virulentes.

Habitat. — Le pneumobacille est un des microbes les plus répandus dans la nature. On le rencontre dans les eaux de ruissellement, les eaux d’égout, la vase des rivières, la couche superficielle du sol, les poussières atmosphériques. Sa vitalilé est considérable puisqu'on l’a retrouvé avec toute sa virulence dans les poussières d'appartements qu'avaient quittés depuis plusieurs mois des malades alteints d’affections à pneumobacille. |

Caractère plus intéressant encore, il est capable de vivre en saprophyte dans les cavités naturelles de l’homme. Netter l’a identifié plusieurs fois dans la salive de sujets sains. Bezançon et Griffon l'ont rencontré à la surface des amygdales. Plus rarement il est un hôte de l'intestin, des voies.urinaires, de la peau.

Mais ce saprophyte banal en apparence peut à la pre-

mière occasion favorable, relever sa virulence et pénétrer plus ou moins profondément dans l’économie pour y déterminer les désordres locaux ou généraux les plus variés. |

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE

D'une façon schématique, la pathogénie de l’endocardite pneumobacillaire peut être conçue de la façon suivante. Après une premiére étape locale, apparente ou cachée, le microbe pénètre dans le sang. Si les conditions nécessaires de virulence microbienne et de moindre résistance du terrain sont réalisées, une septicémie éclate avec déterminalion viscérale inflammatoire sur l’endocarde. Dès lors il n’est pas difficile d’entrevoir la genèse des accidents consécutifs. D’une part le pneumobacille engendre localement auniveau de l’endocarde, en particulier des valvules, une série de lésions propres à troubler gravement le fonctionnement du cœur. D'autre part les toxines pneumobacillaires diffusant dans l’économie vont imprégner tous les organes sans exception, allérer leur fonctionnement et y déterminer des lésions (surtout hémorragiques). Enfin, le foyer endocardique, rendant avec usure au milieu sanguin l'infection qu'il en a reçue, laisse échapper des embolies septiques, source de nombreux foyers secondaires que l’autopsie révèle quand la clinique est restée silencieuse.

Le processus d’endocardite étant nécessairement sous la dépendance d'une infection sanguine préalable, nous

sommes amenés à nous demander quelles sont les voies habituelles de pénétration dans le milieu sanguin. L'examen de 60 cas environs de septicémie à Pn. F. montre que le plus souvent nous restons dans l'ignorance à cet égard. Sans doute, il est des cas rares où l'existence

d’un foyer de suppuration à Pn. F. (mastoïdite sup-

purée, plaie ombilicale infectée...) indique nettement la porte d’entrée. D’autres fois la localisation des pre-

miers troubles ressentis par le malade (toux, bronchite

diffuse.) permet de la soupçonner. Mais en règle géné-

rale elle nous échappe ; dans ce cas il nous semble assez rationnel d'envisager la possibilité d’une pénétration latente par la bouche ou les voies respiratoires supérieures. La grande diffusion du pneumobacille dans la nature, et en particulier dans les poussières atmosphé- riques, sa présence constatée dans la salive et le mucus

nasal des sujets sains rendent pour le moins vraisem-

blable cette manière de voir.

Les conditions favorisantes d’âge et de sexe ne présentent que peu de particularités. L’infection sanguine par le Pn. F. s’observe surtout chez les adolescents et les adultes mais on l’a vu quelquefois évoluer chez le nouveau-né et le vieillard. Les deux sexes sont à peu près également atteints, avec une légère RSROAMAREE pour le sexe masculin.

Le relevé des antécédents pathologiques montre l’importance des facteurs banaux de débilitation du terrain : alcoolisme, diabète, tuberculose pulmonaire, surmenage, gestation. Encore faut-il remarquer que la septicémie à Pn. F. a été observée plusieurs fois chez des

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