‹ L'Énergétique et le Mécanisme: Au Point de Vue des Conditions de la Connaissance (volume 2)Chapitre 21 sur 23 · REY · texte numérisé non relu

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ment locaux. Le changement de couleur du fer qui s’échauffe est parallèle à un changement de volume, et de forme. Or pour qu’un volume, une forme, puissent changer, il faut que les différentes parties, les éléments se déplacent relativement les uns aux autres ; de même dans un mélange, ou dans une combinaison chimique de deux corps placés l’un à côté de l’autre : de là, la notion que tous ces changements qualitatifs sont liés à des déplacements particulaires, aux mouvements complexes d'éléments très petits, dont nous pouvons suivre superficiellement (dans la dissolution, l’évaporation par exemple; les lointains et plus considérables effets, encore sous la forme de mouvements.

En somme, la notion que tout changement qualitatif résulte du mouvement élémentaire, était le résultat d'une somme énorme d'expériences conscientes et d'une somme plus énorme encore d'expériences inconscientes. Avons-nous d’autres moyens d'agir sur les choses qu’en nous mouvant et en les mouvant ? Le germe de la notion de travail mécanique, de l’action sur une chose, grâce au mouvement de ce qui agit, continué par le mouvement de ce sur quoi s'exerce l’action. : est là. Le mécanisme résume, en somme, l’insünct de la race, parce qu’il résume toutes les expériences de la race. Ajoutons que seul il nous donne une image sensible, une représentation

intelligible de toute transformation et que tous les progrès de la science ont amené à entrevoir, sous les transformations chimiques et physiques, du mouvement. Une propagation, une vitesse, des accroissements et des diminutions, c’est-à-dire des déplacements relatifs, du mouvement, sont sensibles dans toutes les transformations qualita- “tives, tandis que celles-ci paraissent spécifiques, irréductibles, dans chaque cas particulier. Elles semblent bien des apparences, rien que des apparences, qui dépendent de l’état et de la constitution de nos sens, tandis que ie mouvement apparait comme le fond identique et homogène qui fait naître ces apparences.

7.— L'adaptation nécessaire qui devait s'établir entre notre milieu et notre être a abouti, en outre, à nous donner une vue spatiale des choses. La coexistence et le devenir des actions contre lesquelles nous avons à réagir se sont traduites en ce langage humain. Leur prévision et leur comparaison précise a engendré les notion d'ordre et de mesure. L'évolution a donc imposé à l'espèce humaine une représentation des choses, un univers bien déterminés ; et cela bien avant que la réflexion eût organisé, parfait, etrendu maniables, par la mathématique, les exigences et les divinations obscures de l'instinct. Cette représentation, cet univers, sont la seule représentation possible, le seul univers réel que nous puissions

concevoir, puisque nous ne pouvons sorir de nous-mêmes. Ils sont pour nous le réel, ce que les philosophes ont appelé la substance, l'être, la chose. Se demander si les choses en soi sont autres qu'elles nous apparaissent, est bien oiseux, à ce point de vue. Car en vertu de l'adaptation, de la réduction, de l’évolution, en vertu de tout ce que peut être l'inconnaissable, elles sont comme elles nous apparaissent, et nous apparaissent comme elles sont : être et apparaître ne pouvant faire qu’un, si l’on veut être positif. Un problème qui en double un autre ne peut pas, ne doit pas être posé, comme le faisait déjà remarquer Aristote dans sa critique des Idées platoniciennes.

De ce réalisme intégral, il résulte donc que notre représentation du monde physique doit être, elle aussi, susceptible de mesure,et d'ordonnance mathématique ; elle doit l'être, et l’évolution l’amène constamment à l'être, aussi complètement que possible. Au terme, peut-on se risquer à dire qu’elle le sera absolument ? Le mécanisme, le mécanisme cinétique actuel surtout, ne sont-ils pas alors la voie royale de la physique ? D'un point de vue évolutif, le règne de la qualité est le règne obscur de l'instinct, la période des origines ; le règne de la quantité se substitue graduellement à lui dans le domaine de la connaissance. Il est l'avenir de notre empire intellectuel.

La raison n’est pas autre chose que sa progressive organisation.

Ainsi jusque dans les particularités du cinétisme actuel on peut suivre les besoins psychologiques qui l'ont créé, et conjecturer que ces besoins ne sont pas contingents. Ce sont des nécessités de l'évolution intellectuelle.

Le rationalisme serait-il la direction unilinéaire du développement inflexible de la pensée humaine, et la physique mécaniste contemporaine représenterait-elle une étape inévitable de ce développement, un rationalisme plus souple, plus psychologique, plus près des faits, plus positif en un mot ? Ou en renversant le point de vue, le rationalisme philosophique ne serait-il pas Peffortininterrompu et progressif vers la science positive, vers la Science?

Vu, le 31 juillet 1906.

Le Doyen de la Facullé des Lettres

de l'Universite de Paris, A. CROoISET

VU ET PERMIS D'IMPRIMER Le Vice Recteur de l’Académie de Paris.

L’Inspecteur d’Académie, FRINGNET.

ÊTES AP RNIIRET

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