‹ L'énergétique et le mécanisme au point de vue des conditions de la connaissanceChapitre 26 sur 36 · LES LIMITES DE L ÉXERGÉTISME · texte numérisé non relu

LES LIMITES DE L ÉXERGÉTISME

théorie physique n'a pas Heu d'être séparée de la recherche expérimentale.

7. — L'œuvre de l'esprit dans la science, comme partout ailleurs, est une œuvre vivante. Une œuvre vivante est une œuvre profondément empreinte d'unité organique. L'unité organique dans la recherche scientifique exige que tout converge vers un même but : le progrès des connaissances. Psychologiquement, une physique théorique se développant arbitrairement à côté de la physique expérimentale, simplement pour la résumer et non pour la servir et anticiper sur elle, paraît assez difficile à concevoir. Une théorie énergétique, alors, ne pourrait jamais être que l'enveloppe d'une théorie physique. Elle devrait toujours subordonner ses- formules à une théorie mécaniste, et les présenter simplement comme «les procédés auxiliaires de calcul, auxquels la théorie mécaniste fournirait un sens physique, sinon immédiatement, au moins dans l'avenir.

Rev.

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1 . — 11 semble d ailleurs que, chez cerlains érierg-étistes. la conception de îa théorie comme forme d exfiosition. et miiquement comme forme d'exposition, procède d une conception logique et psycholosrique (toute conception logique ne repose-telle pas sur une conception psycholotrique ?; très accréditée depuis trois siècles par logiciens et psycliologues, au sujet des formes du laisoniiemenl.

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Cette conception consiste essentiellement à considérer que le raisonnement déducliF est distinct dans son essence du raisonnement inductif, qu'il va du général au particulier, et qu'il est incapable de nous apprendre quoi que ce soit que nous ignorions. On assimile la déduction mathématique à la déduction formelle, au syllogisme, et on considère que la science, sous sa forme théorique, doit procéder d'après une marche comparable à la marche dialectique et syllogistique, avec cette réserve que les concepts qualitatifs y sont remplacés par des notions quantitatives.

Les expressions mômes que les énergétistes emploient pour qualifier cette théorie ne sontelles pas symptomatiques ? Théorie abstractive, dit Rankine, théorie formelle, dit Mach ; et Duhem : Pour construire la théorie, le physicien n'a à se soucier que d'une chose : ses raisonnements sont-ils conformes au principe d'identité, c'est-à-dire à la loi de la logique formelle. Cette manière de voir conduit d'elle-môme à considérer la théorie surtout comme une forme d'exposition, ainsi que Descartes ou Bacon considéraient le syllogisme.

2. — 11 semble bien pourtant que la critique des Cartésiens, d'abord, deKant etdesnéo-criticistes, ensuite, enfin des partisans modernes de la contingence des lois de la nature, est, sur ce point décisive. Une théorie purement fornic^lle S(M*ait

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Comment philosophes et savants de la Renaissance, comment Kant et tous ceux qui se ratta- 'hent à lui sur ce point conçoivent-ils. paropporitiori \\ la déduction formelle ou sy Holistique,

la. déduction mathématique ? Cette coiiceplion aidera à élucider la nature de la déduction scientifique en général. On peut je pense, résumer, <lans ce qu'elles ont de commun, leurs idées maîtresses, en empruntant à Kant sa distinction des j ugements synthétiques et des jugements analytiques. La déduction scientifique est synthétique^ ^t non analytique. Si au cours des démonstrations. *1 intervient des jugements analytiques, elle est, ^^^ tout cas, partiellement synthétique, car elle lait appel, sinon dans toutes ses propositions, au ^^oins dans ses prémisses, à des jugements synthétiques. Et sa vertu scientifique, la capacité de savoir virtuel que contient toute théorie déducti ve vient de cet appel répété, sinon constant, à ^^s jugements de ce genre. Or, qu'on le prenne ^^^ï>me on voudra, un jugement synthétique^ ^^rtiporte toujours un appel à l'intuition.

r^our les empiriques qui se rattachent de plus ^^ moins près à Bacon, il est à peine besoin de le I^^ouver. L'intuition empirique seule peut justifier ^^^ proposition qui nous fasse savoir quelque "^^ose. En dehors de l'intuition empirique, il n'y '^ C|u'idoles menteuses auxquelles limagination P^iit rendre un culte, mais lorsque la raison ne ^ritrôle plus ses démarches. Des mots ou des ^^ï'eurs, voilà ce dont l'esprit humain est capable, ^^S que l'expérience rigoureuse ne soutient plus ^ faiblesse. Descartes eut une autre ambition, il

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voulut fonder en raison ce que rempirismc ne peut assurer qu'en fait : il voulut démontrer ce dont l'expérience ne peut que nous convaincre. Au comment des choses, il voulut ajouter le pourquoi. Les mathématiques, par leurs longues chaînes de raisons qui s'expliquent les unes les autres, ne lui montraient-elles pas la voie? Aussi, étonné que sur des fondements si solides on n'ait encore rien bâti qui nous fasse pénétrer la connaissance de l'univers, il entreprit une physique mathématique, une explication démonstrative de la nature, la longue chaîne des raisons des choses. Si le raisonnement rigoureu.x tel que l'École l'enseigne est incapable de faire sorlir une connaissance d une autre, si, tout au plus, il peut expliciter une connaissance, peut-être la mathématique scra-l-elle plus féconde. Le raisonnement, en effet, n'est qu une démarche de l'esprit. Cette démarche peut bien nous amener à des points de vue nouveaux, mais encore faut-il qu'on regarde en cours de roule, qu'on voie. l>r, nous verrons à laide de notre raison elle-même, considérée comme faculté de connaissance. Elle nous révélera les vérités premières. L'esprit les porte en lui et les découvre au contact des choses, grâce à l intuition intellectuelle, comme la virtualité passe à l'être grâce au mouvement, dans la physique scolastique. Ainsi le raisonnement n'est riou que la façon dont la raison articule et déve-

LA DÉDUCTION Eï l'iNDUCTION 135

loppc les notions qu'elle enferme^ et ce sont ces notions, matière de la connaissance, qui en constituent aussi le contenu réel. L'erreur de la scolasti({ue fut de croire à la vertu du seul raisonnement, et, par suite, à la vertu des idées générales : seuls éléments du raisonnement : un système d'idées générales dont on développe toutes les conséquences par syllogisme, voilà la science pour l'École ; pour Descartes c'est un néant. En effet ridée générale n'a pas plus de rapports avec l'existence que le raisonnement lui-même ; elle n'est qu'un rouage du mécanisme, un artifice dans cette technique artificielle. Rien dans la nature ne correspond à la généralité ; de même que le syllogisme est une forme d'exposition, ridée générale est une forme de notation ; les concepts sont les étiquettes de ce répertoire déductif. En eux-mêmes et par eux-mêmes ils ne sont rien. A quelle condition deviendront-ils quelque chose ? à quelle condition le raisonnement yaudra-t-il lui-même quelque chose ? à quelle condition la science aura-t-elle la rigueur de la logique formelle et enseignera-t-elle quelque chose? les trois questions n'en font qu'une, et la solution est une : à condition qu'au concept s'ajoute une intuition, qu'il recouvre une réalité, une existence. Alors le raisonnement ne sera plus une forme vide ; il correspondra aux relations véritables des choses, et la science sera, non le déve-

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