Comment procédera alors la déductio
1. Descarlcs répugne au fond àl'atomismepour la m«^'^ raison qu'il répugne à la philosophie de la qualité, c^5' comme la qualité pure, le vide, c'est l'absence d'une exî ^^" tonce que l'esprit puisse appréhender. Or lîi oîi il n'y a JJ«^ ^ un être, il n'y a rien.
Elle procédera, grâce à l'intuition de l'objet et de ses propriétés, par synthèses successives. La marche analytique de la méthode ce que nous appellerions aujourd'hui la méthode inductive et expérimentale, et ce qui était pour Descartes une analyse remontant peu à peu des complexes aux éléments, des conséquences aux causes, grâce à un travail exécuté par la raison sur ses propres données, nous amène aux raisons des choses; la marche déductive, d'une façon tout à fait analogue, prend pour point de départ ces raisons des choses. Elle recompose ou reconstruit avec elles toutes les propriétés de l'objet. La marche déductive n'est donc rien autre, au fond, que la marche analytique.
Le procédé de l'esprit n'est point différent : seul diffère l'ordre des matières auxquelles s'applique le procédé. Et tandis que dans la première phase, on va à l'aventure et en ttltonnant, toute hésitation disparaît dans la seconde*. La différence des deux méthodes et en même temps leur analogie profonde, se voient surtout en mathématiques, quand on compare précisément ce qu'on y appelle la méthode analytique et la méthode synthétique.
Reste à nous demander en quoi consiste ce raisonnement déductif soutenu par l'intuition, et comment s'effectue cette synthèse compatible avec la déduction, d'où la science théorique tire
140 L ÉN'ERGËTlgUE ET LE MÉCANISME
toute son ciïicacité. Dire en gros ce que cette synthèse n'est pas, est assez facile. Ce n'est pas une démarche du général au particulier, puisque c'est une synthèse. Descaries ne part jamais de l'être, d'une qualité, mais toujours d'un être : Dieu, pensée ou étendu(\ Sera-ce une démarche (lu particulier au général ? Ce serait plus plausible, car la déduction scientifique opère des généralisations successives dans les mathématiques et les théories mécanistes. Mais, comment alors comprendre que ce soit une déduction ?
Donc, dira-t-on, c'est une. démarche du particulier au particulier, et cette formule concorderait bien en effet avec le nominalisme des penseurs de la Renaissance. Mais elle est encore défectueuse, car la connaissance, si elle s'appuie sur une intuition de la réalité, et par suite sur une intuition d'une existence particulière, est commune à un nombre indélini d'objets. Elle exclut le général, au sens scolastique du mot, mais elle admet la notion commune, elle pose l'idée de loi naturelle, incompatible avec l'idée d'une méthode qui ne va que de particularité en particularité, de singularité en singularité. S'il n'y a de science que des individus, il n'y a pas de science d'un individu.
On caractériserait peut-être assez justement la synthèse qui fait la puissance de la déduction scientifique, en disant qu'elle est une assimila-
tion progressive du môme au môme, une réduction, une énonciation d'équivalence.
a) Une première preuve de l'adéquation de cette formule pourrait (Mre fournie par ce fait que, dans toute l'école (Cartésienne, il y a un e/ïort évident pour réduire la réalité au plus petit Jiornbre possible de substances. Le panthéisme est la racine de la pensée de la Henaissance et <Ie la pensée moderne. Kn tout cas, pour Des- ^-artes lui-même, l'univers, et par suite la science depuis la mathématique jusqu'à l'étude du corps ïuimain (et sa c-onception des passions humaines, <^t môme de la morale, tend à réduire autant <lu'un chrétien le peut, l'intervention d'une seconde substance) est tout entière l'étude dune seule substance et de ses propriétés. La seconde preuve, la plus décisive, est la façon môme dont ^1 pose le problème de l'intuition : ce n'est pas ^n une démarche de l'esprit que consiste l'intuition, mais en une aperception de deux propriétés ^'omme faces indissolubles d'un môme être ; ma Pensée et mon existence, le parfait et son exis- ^^nce; l'étendue et l'univers. Plus exactement J^ Vois un môme être sous deux faces, ou en un '^^iTie être la coïncidence absolue de deux prol^^iétés. De môme deux quantités respectivement ^Sr^les k une troisième seraient égales entre ^**<^s, ou la direction droite est le plus court che- ^^^^ d'un point à un autre. Ce qui fait donc la
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toute s.on cnieacilc. Dire en grtis c^i .syntlii'se n'est (>aa, csl asse;: facili- l'J une dcniarcho du général «u partifiilid c'est une sy.>tbfse. Uoscarles oc paiil Yélro, «lune inmliU\ nmin loujour* rf] Dieu, pensée <.ti él^ud.i.-. Sera-ce lUi parUcu'ier au g<Sn«Val ? Ce ser.^ sil>It^- car la dèUuclion scienlin<jMft jçènéï-alisaliuns successives ri qucs et '«"S lltéorics m6ca»»^ aJors t'»n«l»'"o>itlre que , , Dono- «lira-t-o». ,',.si „m. ,,, lier *»" jwirticulkvr. ij ,<.»(<< |.
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144 L'ÉXEnGÉTlOCE ET LK MÉCAKIS!
cilier l'individualité de robjel de la conn saîice,avec l'existence de lois naturelles uni^'<^''' selles, de notions communes au sens do II>^ rartes on de Spinoza.
Avrc Kaiit li' problème, en si* compliquant' a[>fïarence, se simplille et se modernise. Le Toi dément de la déduction mathématique et fie* t^ tln'^o^ie plïvsique, ou ce qui, pour lui, est lout lî tie la mécani((ue newtonienne, c'est le jugent *^ syntivélique a priori. La théorie de la dédueti procédant par syntht^se est, chez Kant, (^xpf> avec nne netteté et une conscience qni 1' fait passer souvent pour le créai eur d inie ** eeption dont les origines, nous venons de le v<^*^' se trouvent dans l'esprit scientifique de la Ren^**^' sauce. Mais la synthèse a priori est un jugern*^^'^ ' une relation créée par l'esprit et pour lui ' *' n'est pas uin* chose. El, tl antre part, nul [^ our Kîurt n a combîdtu [intuition rationnelles Uescartes* Tonte la critique de la raison p{n*<^ «r-'^ ime machine de guerre contre elle, et vo^^ tout do2*matisme analogue. Il reste, semble-*' que l'esprit procède uniquement par relatî*^ entre concepts, et par la ne rejoint-on pas, f^V^ ialis mu lundi 8, une conception voisine du ' malisme de la scolastiquc ? Les jugements B^ tfiéliques a priori, ce ne sont pas lesfornii*'*
n tel iigi blés dé très réels : ce sont des formel l'esprit, tout comme ces idées générales qui n<
an
représentaient les formes qualitatives des choses. Ce sont des cadres abstraits, par eux-mêmes vides, et sans support réel, sinon un esprit, dont rien n'affirme, avant la critique de la raison pratique, la réalité effective, et qui en tous cas, ne pourra jamais se constater intuitivement, ou se démontrer discursivement. Raisonner en partant de relations formelles, développer toutes les possibilités de ces relations, n'est-ce pas fetour- "^^ aux procédés formels d'une nouvelle syllogistiqtie?
^^ serait évidemment effectuer cette retraite vers l'antique théorie de la connaissance, si l'on ^"^lîait qu'avec Kant « toute connaissance ne ^^nnixïçnce qu'avec l'expérience », et que Kant l^nt à la fois de Leibniz et de Hume, des empi- *4Ues et des rationalistes. Ce n'est qu'abstraitement et pour les besoins de la critique que Kant r^^re les formes a priori de la pensée, les cadres "^^thétiques qui fondent sa possibilité, d'une P^rt, et son contenu empirique, les représenta- ^tig çYi quoi consistent sa réalité et sa matière, ^^ ^Utre part. La relation formelle n'est anté- . ^Vire à l'expérience que logiquement ; elle n'est ^lée d'elle que logiquement. Réellement elles « ^^t contemporaines parce qu'elles s'impliquent ^îssolublement. Et un jugement synthétique a ^^CDri, sans des représentations, c'est-à-dire sans ^^ intuition empirique, sans un objet.de per- Rey. 10
146 LKNERGÉTIOrE ET LE MÉCANISME
ceplioiî, est un néant. Dans la théorie do Kant, plus que partout ailleurs, on voit justement le senlimcnt profond que la pensée considérée à un point de vue formel n'est qu'un cadre vide et stérile, que la pensée réduite à cette ratiocination scolastique ne pourrait pas en réalité penser. Pour qu'elle puisse penser et raisonner, il laut que l'intuition lui ait fourni une matière.
Nous retrouvons donc ici la nécessité de l'intuition aftirmée avec autant de vigueur que par Descartes. Nous y trouvons, de plus, aftirmée la nécessité de l'intuition empirique. La sensibilité enveloppe l'entendement et ne fait, dans la réalité, qu'un avec lui. Ce qui fait, dès lors, la vigueur et la fécondité de la déduction scientilique, c'est que chaque articulation de cette déduction implique une synthèse, et que cette synthèse implique, à son tour, intuition empirique. Le passage par le raisonnement, d'un terme à un autre est possible, parce qu'ils forment à eux deux une unité irréfragable dans la représentation.
Et là encore il se trouve vrai que nous n'allons ni du particulier au général, ni du général au particulier, ni du particulier au particulier, mais du même au même. Les catégories de Tentendement sont les conditions nécessaires et suffisantes de l unité de l'expérience. La synthèse nécessaire opérée dans toute connaissance c'est l'assimila-
tiom-:^, runitication, la maiiifeslation de l'équival^îi:i.c^e des données primitivement hétérogènes.
1-^si nécessité de l'intuition et d'mie synthèse <^i^o.i^s la déduction scientifique, l'impossibilité <-l'u.Tie déduction purement analytique sur le terï*"^iîi.^de la connaissance efïeclive sont désormais ^^<^ cj uises ; ce sera le point de départ de la critique ^^oderne de la science.
X^a méthodologie des sciences de la nature
1^^- Vit donc affirmer que la déduction synthétique,
*^^ cJéductîon qui sert à systématiser les connais-
^^^ïices scientifiques, qui a donné à la mathéma-
■"'^^A de et à la mécanique sa forme, et qui prétend
*^^ donner à la physique théorique, n'est pas le
^^-îsonnement analytique de. la logique formelle.
^— ^^ considération d'un objet particulier (qu'on le
^^^^i:>sidère comme donné dans une intuition a
ï^'^îori ou dans une intuition empirique, il n'im-
l><^ï*te) est essentielle à ce processus, tandis qu'il
^^t au contraire essentiel de l'éliminer dans la
^^^cJuction formelle.
^ Il se déduit de là cette conséquence capi-
^*c, au point de vue de la forme générale des ^-'^éories scientifiques et de leur nature : la science ^^ciuctive, en gros, conserve la marche de Tin- ^^Uetion : seulement, tandis que celle-ci n'établit ^^'en fait le passage d'un terme à l'autre, ladéduc- *On l'établit en droit en construisant le second fait ^^c le premier, en engendrant théoriquement le
i48 L ENERGETIQUE ET LE MÉCAXÎSME
second avec le premier. Ce que la déduction ajoute à l'induction, c'est la justification de l'induction ; elle la fonde. Et ce que la déduction ajoute à notre connaissance de la nature, c'est (dans les limites humaines) le pourquoi, la raison, des relations dont l'induction ne donne que le comment et qu'une vue, en quelque sorte, descriptive. C'est par ce biais qu'elle rationalise la science : en entendant le mot raison en un sens immanent à l'expérience et non transcendant.
Ce qui rend d'ailleurs possible cette forme de raisonnement, ce qui la rend d'une compréhension et d'une application plus faciles que dans la métaphysique antérieure, c'est le relativisme de la science moderne : la science ne porle que su7' des relations, et non sur des êtres, sur des substances, sur des individus. Bien entendu le nominalisme général des savants prend la relation comme un fail individuel. Ayant abandonné toute spéculation sur les choses elles-mêmes, c'est-àdire, si Ton veut bien l'approfondir, sur des essences qualitatives, sur la qualité, la « relation » est le terme élémentaire de toute connaissance. Plus exactement toute connaissance se présente sous forme de jugement, donc sous forme de relation, et ceci est encore un accord remarquable avec la psychologie moderne qui pose phylogéniqucment le concept après le juge-
ment *. Toute connaissance, tout fait (scientifique ^^^ rnême perceptif) étant une relation, nous pouvons construire un fait avec un autre fait, et ^ï^gendrer tous les faits les uns des autres, les relations plus complexes se déduisant nécessaiï'ement des relations plus simples ; toutes les ^^lations peuvent donc finalement s'établir à par- ^-'^ des relations élémentaires. Ces relations élé- '^entaires étant les plus simples et les plus
^*^quentes de toutes, ont été vraisemblablement ^^ général les premières étudiées. I.a déduction
cientifique n'est rien autre que la mise en pra-
"Tue perpétuelle de ce procédé.
On peut alors se faire une idée d'ensemble de
^^Uîsation et de la portée de cette méthode.
^^ déduction synthétique en réalité ne générapas, mais, à l'aide de la déduction et de la
^^le déduction, on aboutit à des résultats qui,
en • •
^ixx-mêmes, sont de véritables généralisations,
^' plus exactement, une extension à des cas
^^ Veaux d'une proposition démontrée antérieu-
'^Cînt pour un autre cas ; ce dernier peut donc
*^^ considéré comme un cas particulier, et la
lise
^^^position qui le réunit aux cas nouveaux consi-
^^^s, comme une généralisation de la première
^"^^^position, encore que l'on n'ait jamais, comme
^^ ' Yoip Riiyssen, Essai sur Vévolulwn psycholof/iqve du ^'Oement (passim)!
LA DEDUCTION ET L INDICTIOX loi
vertu explicative. Elle procède du raéine au même.
On peut montrer par une construction intuitive f je veux dire par là à l'aide d'éléments figrurés. donnés comme représentables ou comme possibilités de représentations) que le cas nouveau n'est qu'une complication du cas ancien, se ramène à une multiplicité de cas identiques. Le polygone sera une juxtaposition de triangles. Les relations qui constituent les données d'une nouvelle question sont identiques, — quoique en plus grand nombre, et autrement présentées, — à des relations dont on connaît déjà les conséquences. Donc elles doivent avoir les mêmes conséquences et les mêmes lois. Partout on fera voir que le cas nouveau est réductible à des éléments identiques au cas déjà examiné, si bien que les conclusions formulées à propos de ce cas valent nécessairement pour le cas nouveau. Au fond le passage à la limite, si fréquent et si fécond en mathématiques, n'est pas autre chose, si on y veut bien réfléchir, que l'établissement d'une identité de ce genre, par une suite indéfinie d'identités intermédiaires. Le nerf de la déduction scientifique est donc le passage du même au même, l'identification continue ^ Il résulte de là que la marche
i. Sur la transformation du lien de succession (ou do causalité) en lien d'identité, (qui donne k la causalité son vrai sens, ou plutôt complète sa signification),, voir Ribot,
1 *l f...l II- : I. 1- 11. . ' ÎI
il. I . I . ' 1 1 1 n ' 1 1 1 ' I ■ ' ' ' if!'.'
ijii • .[. In ■ I' • it liMilv ( .'i '.
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