‹ L'énergétique et le mécanisme au point de vue des conditions de la connaissanceChapitre 7 sur 36 · PREMIÈRE LOI GÉNÉRALE DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LOI GÉNÉRALE DE LA CONNAISSANCE

en éclairant les derniers par le premier. La conîiaissance, aussi bien dans la perception de Tenfant, que dans les régions encore inexplorées de la science, se fait de proche en proche, par une assimilation continue. La science semble progresser comme semblent se propager les ondes dans une eau tranquille, en s'élargissant d'une façon uniforme et continue autour d'un centre unique. Or la systémalisalion mécaniste reproduit nettement dans ses grandes lignes ce processus psychologique. Elle est l'expression manifeste de cette tendance intellectuelle. L'énergétique suppose au contraire, implicitement qu'à chaque découverte nouvelle la physique théorique est complètement remaniée et transformée, car elle prend po.ur point de départ de sa systématique les dernières généralisations de la science. Ceci était parfaitement légitime avec une psychologie qui comme la psychologie Platonicienne admettait un intellect capable de saisir immédiatement le général.

Ce n'est plus aussi logique, ni aussi compréhensible avec les données de la psychologie contemporaine, avec les données de riiistoirc des sciences depuis la Renaissance, enfin avec la philosophie même de l'énergétique, qui est un phénoménisme empirique. Tous les savants admettent depuis trois siècles que la marche de toutes les sciences est une ascension souvent lente et pénible, pleine d'erreurs, du particulier Rey. 4

au général. Les lois les plus générales auxquelles nous nous élevons ne sont donc bien souvent que (les cas particuliers d'une loi plus générale ignorée encore. Qu'une découverte nouvelle vienne la. révéler et toute la systématisation, comprise comme la comprend l'énergétique, est à refaire. La physique théorique de l'école précédente n'existe plus. Il faut la remplacer par une autre, puisque la proposition générale prise pour base n'est plus que la conséquence, la dérivée d'une proposition nouvelle.

N'est-ce pas cette conclusion qu'énonce Brunctière lorsqu'il prétend que la science tout entière est à refaire à chacune des époques que traverse la civilisation? Si la conception énergétique «triompliait, je crains bien qu'il ne faille lui donner raison en ce qui concerne les sciences physicochimiques.

La systématisation physique S(fi*a sans cesse à refaire, puisque les points de départ de cette systématisation — les bases mêmes de l'édifice — devront être renversées et remplacées par d'autres. Sans aller jusqu'à ce paradoxe dont l'interprétation pourrait être récusée à bon droit par les j)hysicieiis et Ta été en termes durs par quelques-uns d'entre eux, à tout le moins faudrait-il reconnaître que la physique aurait à chaque épo- ([ue besoin d'un remaniement très profond et très <;énéral. Or. l'histoire (h^ la physi({ue, depuis

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quelle est devenue positive, indique que les principes, une fois posés, s'ils ont parfois une (\\1(mision trop générale, trop arbitraire, si, d'autres fois, ils ne suffisent pas à expliquer les [)hénomènes auxquels ils avaient d'abord été a[)pliqués, restent pourtant des conditions fondamentales, nécessaires de la tbéorie pliysi(|ue. Kt des énergctistes comme Mach ou Duliem, sont les j)remicrs à montrer la continuité bistorique des sciences pbysico-cbimiques, el renchaînemenl interne de leur transformation. La lbéori(» mécanistc ne répond-elle pas alors plutôt à ces particularités de rbistoire de la pbysique, particularités si constantes qu'elles paraissent bien essentielles cl émanées de la nature môme de cette science* ? 4. — Avec le mécanisme, l'organisation générale (le la physique Ibéorique procède des exj)érienc(\s particulières qui ont permis d'établir les relations les plus simples, en général les premières aperçues, aux expériences nouvelles qui [)ermettenl, soit d'élargir l'extension des premières relations, soit de les compléter en en modifiant le sens, pour les rendre plus extensives, soit, enfin, de leur ajouter des relations nouvelles également nécessaires si les premières sont insuffisantes. Ainsi la pbysique ressemble, à travers la systématisation mécaniste, à un édifice dont le plan général reste identique et qui s'accroît d'unt» façon continue* (raj)rès ce plan, à ui» édifice* epii

s'achève, sans qu'on ait jamais besoin d'en détruire les parties primitives. Il suffit de le débarrasser, à mesure, des parties provisoires et des charpentes adventices, ou de lui imposer quelques remaniements toujours assez superficiels et d'ordre secondaire. Cette continuité dans la construction générale, cette fidélité aux plans antérieurs semblent s'accorder d'une façon remarquable avec le développement historique des sciences physico-chimiques.

Le mécanisme procède donc toujours du connu h l'inconnu. Toute démarche de la pensée est fonction de ses démarches précédentes. La connaissance progresse non en supprimant, en substituant, en créant et faisant de chacun de ses pas une sorte de commencement absolu, mais en remaniant et corrigeant ses premières affirmations, dont quelque chose d'essentiel, à y prendre bien garde, reste toujours posé.

L'ordre systématique suivi par le mécanisme A ce grand mérite de rester fidèle aux nécessités de notre connaissance, en ce qu'il respecte son aspect organique, et sa loi de continuité, en ce ([u'il évite le bouleversement complet de nos manières de voir à chaque grande généralisation nouvelle, à cliaque grande période de l'histoire (le la physique. Les vues du physicien se changent, se transforment, se complètent, se généralis(Mit ou se précisent, eu resp(»clant toujours en

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gros l'édifice du passe, Tacquis dos àgos pivcédents, pourvu, bien entendu, que cet acquis ail été conforme aux exigences de la méthode.

5. — Mach n'hésite pas k reconnaître « qu'mie hypothèse peut faciliter considérablement rintelligence de faits nouveaux, en leur substituant (les idées déjà familières : elle est alors efficace. « rS'e donne-t-il pas là une des preuves de Tenicacité du mécanisme, et l'une de ses raisons psychologiques ?

L'avantage d'établir une systématisation à partir des représentations les plus abordables et hîs plus familières (par conséquent, les premières acquises), est incontestable. De même que l'idée résulte de l'évolution d'une image ou d'un groupe d'images, une idée plus générale (»st toujours le résultat de l'évolution d'une idée ou d'un groupe d'idées qui l'étaient moins. C'est cette évolution qui la crée, qui la façonne, et (fui l'impose. La science sort du sens commun. La systématisation pliysico-cliimi(jue résulte, soniuK^ toute, de l'évolution du système de la percc^plion extérieure. La science doit donc continuer le sens commun, et la systématisalioii physico-chimique a intérêt à se présenter comme assise sur les expériences les plus simples et les j)lns familières ^ Il paraît utile, indispensable menu», de

•1. Cf. sur les rapports de la science avec le sens coin-

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