I. E.NEUGETUJUE ET LE MECANISME
conserver clans la science les traces de son évolution, car il y a là une condition nécessaire de clarté, d'intelligibilité et de progrés. La concept tion formaliste de la physique, surtout entre les mains de Duhem (car Mach accorde une grande importance à l'histoire de la science, encore qu'il sacrifie volontiers le souvenir de cette histoire dans la forme idéale et définitive qu'il assigne à la science) ne prépare-:t-elle point à en faire trop bon marché ?
6. — Il faut d'ailleurs faire quelques réserves ou plutôt prendre certaines précautions au sujet des traces laissées par l'évolution de la physique dans la théorie mécanistc. D'abord l'ordre historique n'est conservé qu'en gros, et cette conservation n'apparaît jamais qu'avec un recul assez considérable. Au contraire, au moment d'une grande découverte, il semble toujours que la systématisation physique soit remaniée profondément. Là où plus tard se dessinera une évolution, les contemporains sont toujours portés à voir une révolution. — Ensuite les principes ne conservent pas une ampleur constante. A l'origine toute loi très générale est érigée en principe universel d'explication, car sa découverte se présente comme la résultante de tous les travaux
niun : Lv ilov, Hev. de ïnélap/tysujue, 3 janvier 1901, p. 1W...;JI.
PllEMIÈHE LOI GÉ.XÉHALE DE L\ CONNAISSANCE Trô
antérieurs, ou de la plus grande partie d'entre eux. Elle les exprime. Aussi croit-on qu'elle n'a d'autres limites que celles de la science [)liysique. Mais peu à peu des ob.stacles s'élèvent; des faits nouvellement aperçus se réduisent mal au principe considéré ; ou ils amènent à formuler une nouvelle loi générale qui s'ajoute h celui-ci, soit comme une restriction nécessaire, soit comme une extension légitime. Le premier principe ne s'applique donc plus, sous la même forme, à tout le contenu delà physique; il ne commande, sous cette forme, qu'à la partie de la physique pour laquelle il a été vérifié expérimentalement, et qui constituait autrefois à peu près toute la physique. Au delà son sens se modifie, tout en restant en continuité avec le premier; ou bien un nouveau principe est considéré à côté de lui.
Tandis donc que l'énergétique veut qu'il y ait eu après les découvertes de la thermodynamique une réformation complète de la physique, entraînant l'abandoi) de théories figuratives au moyen du mouvement, le mécanisme considère que toutes les acquisitions nouvelles se relient aux anciennes. Ces dernières ne sont que les cas privilégiés qui ont permis d'entrevoir tout d'abord, et d'ordinaire dans une signiticalion partielle, les principes fondamentaux. Mais le développement de la science, comme celui de la connaissance, n'en réagit pas moins, par un choc en retour sur
o6 L ÉXEUGÉTIQUE ET LE MECANISME
les acquisitions antérieures. Le développement général des théories mécanistes, en est la preuve. Toutes les grandes découvertes ont modifié les théories en cours, en fournissant un angle nouveau sous lequel on a envisagé le domaine entier de la physique, et par suite les bases sur lesquelles la théorie physique était établie. Seulement un tassement n'a pas tardé à se produire, et sous des conditions nécessaires d'extension et d'élargissement des vues primitives, la physique mécaniste continuait son évolution à partir des vues primitives : les hypothèses mécanistes se sont donc substituées les unes aux autres après des périodes passagères de bouleversement, en persévérant dans la même voie. Si bien que le mécanisme a, selon l'époque, une nuance caractéristique tirée des découvertes à Tordre du jour. Avec Galilée, ce sont les lois de la chute des corps, de la balistique et des machines simples qui fournissent les bases de la première grande théorie mécaniste moderne ; ensuite les découvertes hydrostatiques avec Stévin, Torricelli, Descartes (la part de Pascal semble très exagérée^) paraissent avoir leur aboutissant dans la théorie tourbillonnaire. L'étude des lois du choc avec Huyghens se relie aux spéculations de
1. Cf. à ce sujet : Matliieu, l'expérience du Puy-de-Dôme, Revue (le Paris. IDOO, !<" semestre.
PREMIEUE LOI GENEUALK DE LA CONNAISSANCE o7
Galilée et Gassendi et rajeunissent l'atomisnie. La critique de la physique cartésienne par Leibniz, et surtout la découverte de l'attraction universelle et les vues de Newton imposent au mécanisme une forme qui régnera pendant tout le xviii® siècle et le commencement du xlk". VicMinent ensuite les études de Fresnel d'une part, les découvertes de la thermodynamique (les conceptions de Gibbs, Helmholtz, lord Kelvin) entin, les dernières en date, les découvertes et les idées de Maxwell, Hertz, Zeqmann, et les travaux relatifs à la radioactivité. De nouveau ces découvertes retentissantes donnent à la théorie physique fondée sur la représentation du mouvement une orientation nouvelle. Mais de même que les découvertes de Galilée sont toujours restées à la base de toutes les théories antérieures, déjà les efforts se multiplient pour intégrer les résultats nouveaux, dans la systématisation, en continuité avec les principes delà mécanique. Ceux-ci, manifestement, ne sont plus vus sous le môme angle que dans les théories précédentes; mais, manifestement aussi ils restent, à un titre de plus en pluâ partiel, parmi les fondements de réditlce. De ce point de vue, l'énergétique pourrait être considérée comme une déviation de la physique théorique sous l'influence des découvertes du milieu du xix® siècle dans le domaine de la thermodynamique. Les principes relatifs à la théorie