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L'EFFORT INTELLECTUEL

Le problème que nous abordons icî est distinct au problème de l'attention, tel que le pose la psychologie contemporaine. Quand nous nous remémoons des faits passés, quand nous interprétons des faits présents, quand nous entendons un discours, quand nous suivons la pensée d'autrui et quand nous nous écoutons penser nous-mêmes, enfin quand un système complexe de représentations occupe notre intelligence, nous sentons que nous pouvons prendre deux attitudes différentes, l'une de tension et l'autre de relâchement, qui se distinguent surtout en ce que le sentiment de l'effort est présent dans l'une et absent de l'autre. Le jeu des représentations est-il le même dans les deux cas ? Les éléments intellectuels sont-ils de même espèce et entretiennent-ils entre eux les mêmes rapports ? Ne trouverait-on pas dans la représentation elle-même, dans les réactions intérieures qu'elle accomplit, dans la forme, le mouvement et le groupement des états plus simples qui la composent, tout ce qui est nécessaire pour distinguer la pensée qui se laisse

I. Cette étude a paru dans la Revue philosophique de janvier 1902.

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vivre de la pensée qui se concentre et qui fait effort? Même, dans le sentiment que nous avons de cet effort, la conscience d'un certain mouvement de représentations tout particulier n'entrerait-elle pas pour quelque chose? Telles • ont les questions que nous voulons nous poser. Elles se ramènent toutes à une seule : Quelle est la caractéristique intellectuelle de l'effort intellectuel?

De quelque manière qu'on résolve la question, on laissera intact, disons-nous, le problème de l'attention tel ([ue les psychologues contemporains le posent. En effet, les psychologues se sont surtout préoccupés de l'attention sensorielle, c'est-à-dire de l'attention prêtée à une perception simple. Or, comme la perception simple accompagnée d attention est une perception qui aurait pu, dans des circonstances favorables, présenter le même contenu — ou à peu près — si l'attention ne s'y était pas jointe, c'est en dehors de ce contenu qu'on a du chercher ici le caractère spécifique de l'attention. L'idée, proposée par M. Ribot, dattribuer une importance décisive aux phénomènes moteurs concomitants, et surtout aux actions d'arrêt, est bien près de devenir classique en psychologie. Mais, à mesure que l'état de concentration intellectuelle se complique, il devient plus solidaire de l'effort qui l'accompagne. Il y a des travaux de l'esprit dont on ne conçoit pas qu'ils s'accomplissent avec aisance et facilité. Pourraiton, sans effort, inventer une nouvelle machine ou même simplement extraire une racine carrée ? L'état intellectuel porte donc ici, imprimée sur lui, en quelque sorte, la marque de leffort. Ce qui revient à dire qu'il y a ici une caractéristique intellectuelle de l'effort intellectuel. Il est vrai que, si cette caractéristique existe pour les représen-

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