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I. PauUian, Psychologie de Vinvention, Paris, igoi, cli. iv

l'effort d'invention 187

Il s*en faut d'ailleurs que le schéma reste immuable à travers l'opération. Il est modifié par les images mêmes -dont il cherche à se remplir. Parfois il ne reste plus rien du schéma primitif dans l'image définitive. A mesure que l'inventeur réalise les détails de sa machine, il renonce à une partie de ce qu'il en voulait obtenir, ou il en obtient autre chose. Et, de même, les personnages créés par le romancier et le poète réagissent sur l'idée ou le sentiment qu'ils sont destinés à exprimer. Là est surtout la part de l'imprévu ; elle est, pourrait-on dire, dans le mouvement par lequel l'image se retourne vers le schéma pour le modifier ou le faire disparaître. Mais l'effort proprement <llt est sur le trajet du schéma, invariable ou changeant, aux images qui doivent le remplir.

Il s'en faut aussi que le schéma précède toujours l'image explicitement. M. Ribot a montré qu'il fallait distinguer deux formes de l'imagination créatrice, l'une intuitive, l'autre réfléchie. (( La première va de l'unité

aux détails , la seconde marche des détails à l'unité

vaguement entrevue. Elle débute par un fragment qui «ert d'amorce et se complète peu à peu... Kepler a consacré une partie de sa vie à essayer des hypothèses bizarres jusqu'au jour où, ayant découvert l'orbite elliptique de Mars, tout son travail antérieur prit corps et s'organisa en système*. » En d'autres termes, au lieu d'un schéma unique, aux formes immobiles et raides, dont on se donne tout de suite la conception distincte, il peut y avoir un schéma élastique ou mouvant, dont l'esprit se refuse à arrêter les contours, parce qu'il attend sa décision des

I, Ribol, op. cit., p. i33.

i88 l'effort intellectuel

images mêmes que le schéma doit attirer pour se donner un corps. Mais, que le schéma soit fixe ou mobile, c'est pendant son développement en images que surgit le sentiment d'effort intellectuel.

En rapprochant ces conclusions des précédentes, on aboutirait à une formule du travail intellectuel, c'est-àdire du mouvement d'esprit qui peut, dans certains cas, s'accompagner d'un sentiment d'effort: Travailler intellectuellement consiste à conduire une même représentation à travers des plans de conscience différents, dans une direction qui va de l'abstrait au concret, du schéma à V image. Reste à savoir dans quels cas spéciaux ce mouvement de l'esprit (qui enveloppe peut-être toujours un sentiment d'effort, mais souvent trop léger ou trop familier pour être perçu distinctement) nous donne la conscience nette d'un effort intellectuel.

A cette question le simple bon sens répond qu'il y a effort, en plus du travail, quand le travail est difficile. Mais à quel signe reconnaît-on la difficulté du travail.^ A ce que le travail (( ne va pas tout seul », à ce qu'il éprouve une gêne ou rencontre un obstacle, enfin à ce qu'il met plus de temps qu'on ne voudrait à atteindre le but. Qui ^ dit effort dit ralentissement et retard. D'autre part, on pourrait s'installer dans le schéma et attendre indéfiniment l'image, on pourrait ralentir indéfiniment le travail, sans se donner ainsi la conscience d'un effort. Il faut donc que le temps d'attente soit rempli d'une certaine manière, c'est-à-dire qu'une diversité toute particulière d'états s'y succèdent. Quels sont ces états? Nous savons qu'il y a ici mouvement du schéma aux images, et que

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