Plusieurs passèrent en cour d'assises
3. On trouvera peut-être que ces deux lettres ne font pas tant do tort à ceux qui les ont écrites, .le suis de cet avis; mais ou comprendra Cacileinenl deux choses : la première est (|ueles petits détenus ne
118 l'enfance coupaijle.
La première est double : trois pages sont pour la mère et une pour la sœur.
« Chère maman, je t'écris ces quelques mots ^ pour te donner de mes nouvelles et en môme temps pour que tu me donnes des tiennes. . . Jeudi tu n'es pas venue me voir, c'est qu'il y aurait quelque chose. Florineest peut-être mariée et t'es peut-être seule, .le ne sais pas ce qu'il y a, réponds-moi de suite ou viens me voir... Donne-moi des nouvelles de Florine et tâchez de venir toutes les deux me voir et je serai content... S'ilny avait eu que Florine pour venir me voir j'aurais eu le temps d'attendre. Je n'en veux pas à Florine, car je ne vois pas pourquoi elle m'en veut; si j'ai fait le voyou, cela n'est pas son affaire. Quand elle ferait ce qu'elle voudrait je n'irais pas m'occuper de ses affaires. Si je suis parti de chez nous, qu'est-ce que cela pouvait lui faire? Cela était mes affaires... Si tu m'en veux réellement et si tu ne veux pas venir, dis-moi le et je ne t'écrirai plus et je ne parlerai plus jamais de toi. Je vais t'écrire une lettre pour te donner l'explication de quoi je vivais, tu regarderas à une des pages de la lettre, et tu verras que je n'étais pas malheureux dans le temps que je n'étais pas chez nous. Maintenant je voudrais que tu me fasses mettre dans la maison où mon copain a été, on est très bien, on va se promener avec les frères qui nous conduisent et on fait des exercices de mousse et on n'est pas malheureux et on n'est pas prisonnier, on s'en va quand on veut. Je te demande de me mettre dans la maison que mon copain a été
tiennent pas à se charger eux-mêmes dans leur correspondance; la seconde c'est qu'il est des détails qu'on répugne à reproduire... même en supposant les lecteurs très familiers avec les descriptions de l'Assommoir et de Nana.
i. On aime quelquefois avoir < l'orthographe » réelle de ces écrits. Ici elle est telle que j'ai voulu épargner au lecteur le soin de la déchiffrer.
parce que je ne veux plus retourner à la Petite-Roquelte. Tu n'as qu'à aller trouver ma sœur Saint-Léon, elle se chargera de me placer. »
Suit encore une page où il est toujours question de Florine qui ne vient pas et du Monsieur qui passe dans les cellules. On voit que je n'ai rien dit de trop en parlant d'inconscience.
On voit aussi combien est fragile et sujette à métamorphose l'affection que ce petit parisien conserve pour sa mère et pour sa sœur. Celle-ci l'occupe davantage ; on devine bien clairement qu'il la voudrait plutôt comme confidente — à charge de revanche — et que la complicité dans certains usages de la liberté lui plairait infiniment mieux que ces reproches muets doiit il s'étonne... Voyons maintenant le fragment de lettre adressé à cette Florine.
« Chère Florine, je t'écris pour que tu ne sois pas étonnée de ne pas savoir comme la vie que j'avais était pas malheureuse. Voilà comme je vivais, voilà, j'ai figuré au théâtre du Chàtelet, j'ai figuré juste une semaine, j'ai gagné six francs, moiet mon copain ça faisait douze, à deux avec ces douze francs-là nous avons mangé très bien les premiers temps, je n'étais pas fâché avec lui. Alors comme il y en avait qui étaient comme moi, j'ai été avec eux, j'allais coucher dans les bateaux u blanc sur le canal, mais j'ai eu trop peur d'être pris dans une rafle, et je n'avais pas seize ans, j'aurais pu aller jusqu'à vingt ans à la Roquette. Mais je me suis remis avec mon copain et ce jour-là j'ai bien mangé. Un jour il pleuvait, alors nous avons été à l'église et j'ai été rôder en dessous des fenêtres à maman et voilà que tout d'un coup qu'un homme sort par la rue d'Oran ' et me met la main au collet, et moi je voulais