CHAPITRE VII
Si en effet la transition qui mène de la petite criminalité à la moyenne est aisée, celle qui conduit de la moyenne à la grande est souvent aussi presque insensible. Enfin, qui s'expose à passer en cour d'assises pour vol qualifié ou pour viol ncst pas moins exposé à devenir — qu'il l'ait voulu ou non de prime abord — un meurtrier, un assassin.
J'en ai dit assez, je crois, tant sur les causes lointaines que sur les causes prochaines de ces chutes. Je me bornerai donc à analyser quelques affaires qui, parmi toutes celles que jai pu étudier, m'ont paru les plus caractéristiques de la criminalité contemporaine. Elles résumenttrès suffisamment toutes les descriptions et toutes les explications qu'on pourrait fournir à l'infini. La principale est une affaire de vol par association. Nous y trouverons un échelon de plus à noter et à distinguer de celui qu'il faut descendre encore pour rouler jusqu'au fond de l'abîme.
Du 10 au 12 février 18901a cour d'assises delà Seine jugeait, puis condamnait à des peines variant de quatre ans de prison à dix ans de réclusion, cinq jeunes gens organisés depuis quelque temps en association.
Ils s'appelaient :
Alplionse Burkart, âgé de dix-sept ans, employé de commerce.
Charles Grenat, âg-é do dix-huit ans, récemment engagé (depuis les actes incriminés) au 8""^ régiment d'artillerie.
Jean-Edouard Becq, âgé de dix-huit ans, copiste.
Paul-Augustin Becq, frère du précédent, âgé de vingt-deux ans, employé de commerce.
Henri Clausse, âgé de dix-neuf ans, employé au Crédit Lyonnais.
De ces jeunes Parisiens, trois se connaissaient depuis assez longtemps : c'étaient Clausse, Grenat et Burkart. Clausse avait fait ensuite la connaissance des deux Becq et les avait incorporés à la bande.
D'où venaient les uns et les autres? Aucun ne sortait d'un milieu vicié ni misérable ; aucun ne descendait d'une famille déclassée par la ruine ou par l'inconduite. Leurs parents étaient des travailleurs ordinaires, qui leur avaient fait donner une éducation moyenne. Chacun d'eux. Grenat à un moindre degré, avait l'écriture et l'orthog'raphe des employés de commerce ou de banque, et ils avaient trouvé de bonne heure des occupations modestes encore, mais déjà lucratives. Ils gagnaient 50 à 60 francs par mois et ils avaient leurs parents dont ils n'étaient pas séparés. La mère de Clausse était veuve, mais elle n'était point dans le dénùment, elle occupait avec son fils un loyer de 400 francs. On verra tout à l'heure, par la nature même de leurs vols, qu'ils fréquentaient un monde de petites gens économes et se créant quelques ressources. Nous n'avons donc ici sous les yeux ni l'entraînement du luxe ni les mauvais conseils de la misère.
Leur conduite avant leur arrestation n'avait non plus rien d'anormal ou du moins rien de saillant. On croit, il est vrai, qu'ils surent dissimuler leurs premiers vols : l'instruction eut des raisons de croire qu'ils avaient commencé par dérober de petites sommes ou des objets de peu de valeur chez leurs parents, chez des oncles, chez un patron, dans des magasins. Les rapports des commissaires de police (après enquête) ne portent que des mentions banales comme celles-ci : « Sa conduite ne paraissait pas très régulière. « « 11 fréquentait des jeunes gens dont l'allure était suspecte ; on n'avait rien eu cependant à lui reprocher sous le rapport de la probité. Ses patrons ne se plaignaient pas de lui, on le considérait simplement comme un employé médiocre, »
Leurs mœurs n'étaient assurément pas irréprochables. L'un d'eux avait, dès l'âge de dix-sept ans, une maîtresse, femme mariée, en instance de divorce et dont je parlerai tout à l'heure. Quand ils vont faire une partie de campagne, avec l'argent de l'un des vols, le hasard les fait passer par Versailles ; ils ne manquent pas alors de séjourner toute une nuit dans une maison publique. Ils fréquentaient les courses et y pariaient, cela va sans dire. C'est là tout ce qui est à signaler dans leurs dossiers.
De tous ces détails vulgaires, il en est cependant un qui est à relever : c'est la fréquentation des courses, l'habitude des paris. Tout le monde sait comment cet agiotage est organisé maintenant dans la capitale : on n'a pas môme besoin de se déplacer et d'aller à Auteuil ou à Longchamp. La domestique qui va pour vous au marché, le courtier qui se rend chez ses clients, le petit camelot qui porte sa marchandise, l'employé qui regagne son bureau, tous enlin rencontrent sur
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leur route dix agents du pari mutuel. Ils déposent en passant leur pièce et sont inscrits : leur imagination travaille comme pour la loterie, avec cette différence que le pari devient, pour ainsi dire, incessant. Puis les conséquences sont doubles. Surprend-on quelque argent suspect dans les poches dun adolescent : « Je l'ai gagné au pari mutuel » est sa réponse facile et invérifiable. L'a-t-il en effet gagné de la sorte, il le dépense mal, et, quand il Ta épuisé ou quand il a perdu, il est plus tenté de voler. C'est le jeu, dans ce qu'il a de plus dangereux, étendu à tous les âges, mis à la portée de toutes les classes, allant au-devant de toutes les convoitises. Il n'y a rien qui, à l'heure actuelle, contribue autant à la démoralisation de la jeunesse et des petites gens dans Paris.
Ajoutons que l'un des individus en question était bien placé pour prendre de pareils goûts : sa mère, honnête femme, du reste, et gagnant sa vie, tenait un chalet aux courses de Saint-Ouen.
Formaient- ils une vraie bande? Ils constituaient en tout cas une association, la chose ne fait aucun doute. Ils conservaient, chacun de son côté, leur profession avouée; mais ils avaient des fausses clés, des pincesmonseigneur et autres engins dont ils se servaient, soit ensemble, soit isolément. L'instruction a pu constater que cette entente mutuelle et cette coopération remontait à 1888 : ils avaient alors de quinze à dix-huit ans. A partir de cette époque, chacun a son rôle tracé.
« L'exécution matérielle paraît regarder spécialement Grenat et Edouard Becq (les deux plus jeunes). Clausse, qui en sa qualité d'employé du Crédit Lyonnais a une compétence spéciale en matière de valeurs de bourse, se charge de vérifier si les titres qu'ils en lèvent dans leurs expéditions sont frappés d'opposi-
tion, et il cherche le moyen de les négocier. Paul Becq, le seul d'entre eux qui soit majeur (il l'est depuis bien peu), engage au mont-de-piété les objets volés. » Il lui arrive même de faire le voyage de Londres en vue d'y négocier plus aisément des titres.
« Au dire des autres et notamment de Becq Edouard, c'est Clausse qui est leur véritable chef, ils ne marchent que sous ses ordres, c'est même lui qui indique les coups à faire. » Ajoutons que c'est lui qui est le receleur habituel et le caissier. C'est la cave de ses parents qui représente la caisse centrale ; on y retrouve aussi sur de petites fiches une comptabilité des vols, écrite en lettres retournées, mais très faciles à déchiffrer, tenue assez en règle et contenant exactement l'indication de différentes circonstances. Lorsqu'il y avait eu, par exemple, une difficulté pour la négociation, il inscrivait le mot : pétard, ce qui voulait dire : il y a eu du « pétard » ou du bruit et on a commencé à être inquiété.
La différence des âges est ici à noter, elle est à comparer avec la diversité des rôles et le mode de perversité de chacun des accusés. Les deux qui sont chargés plus particulièrement de la besogne matérielle, sont, nous l'avons dit, les deux plus jeunes, par conséquent les plus audacieux et en même temps les plus naïfs. Leur dépravation n'a pas encore fait de très grands progrès : on s'en aperçoit nettement dans les pièces de la procédure, car ils avouent avec beaucoup plus de promptitude et de franchise. Une fois seuleincnt, le jeune Burkai-t revient sur ses aveux, pour décharger Clausse et pour ne i)as contredire aussi vivement les déclarations de ce dernier. 11 y avait eu certainement communication et entente, et le chef de la bande avait usé là de cet ascendant dont
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on trouve tant d'exemples dans les associations du malfaiteurs.
Clausse et Paul Becq sont plus retors : ils le doivent à une habitude qui commence à être un peu plus longue ; ce point est intéressant. Ils ne paraissent pas en effet avoir eu des natures plus foncièrement mauvaises. Paul Becq s'était engagé assez jeune : il avait fait ses trois années de service et avait été noté comme bon soldat. Il ne subissait donc pas d'entraînements bien violents; mais voici une preuve assez piquante de sa rouerie. Le dernier vol qui lui fut reproché fut un vol de trois objets enlevés fort adroitement dans les magasins du Louvre, au cours d'une pérégrination savante et calculée qu'un inspecteur des magasins suivit sans interruption. Lorsqu'il fut confronté avec le témoin, il répondit tout simplement : « Tout ce que dit le témoin est vrai, mais je ne me considère pas comme responsable de mes actes, et je demande à être soumis à l'examen médical du D"" Motet qui a déjà constaté chez moi un trouble mental. »
La vérité est que Paul Becq, arrêté déjà, quelques années auparavant, pour un vol, avait fait donner pour excuse, par ses parents ou son avocat, qu'il avait eu deux fois la fièvre typhoïde et était resté sujet au mal de tête. Le D"" Motet n'avait constaté aucun trouble, et le D"" Gilbert Ballet, commis à un second examen, n'en constata pas davantage. Il ne considéra pas comme impossible que l'état de susceptibilité nerveuse de l'accusé le rendît moins capable de résister à des entraînements « passionnels » ; mais le docteur concluait qu'un sujet pareil appartenait à la justice, nullement à la médecine mentale.
Quant à Clausse qui était le vrai chef et qui avait
deux ans de plus que Burkart, un an de plus qu'Edouard Becq, il s'entendait mieux que l'un et lautre à tirer son épingle du jeu. Il se défendit longtemps avec un succès relatif, prétendant qu'on avait l'habitude de lui confier de l'argent ou de lui demander des renseignements sur des valeurs sans lui rien dire de la provenance. Il n'avoua enfin sans détour que lorsque les découvertes multipliées de la police eurent rendu son système de défense absolument insoutenable.
Dans une conférence publique j'ai soumis à mes auditeurs les portraits des accusés. Il était intéressant de comparer la photographie de l'un d'eux, Paul- Augustin Becq, à chacune de ses doux arrestations. La première avait eu lieu en mai 1885, pour abus de confiance ; la seconde est de juillet 1889, pour vol. De l'une à l'autre de ces deux époques, il a donc persévéré dans le mal et dans la pratique du délit. Il est devenu un voleur de profession. A-t-il pris de plus en plus la physionomie repoussante, hirsute, deVliomme criminel, et paraît-il s'être acheminé par régression vers le type du sauvage? C'est le contraire qui est arriv(''. Signe caractéristique de la criminalité contemporaine, il s'est ralfiné. A sa seconde arrestation, ses traits sont plus adoucis, sa personne est mieux soignée, de même que sa tenue est plus élégante. En 1885, c'était un gamin mal peigné, à la figure peu régulière, mais où la personne se laissait peut-être mieux voir et plus au naturel, avec la franchise, à peine encore altérée, de l'adolescence. Là il paraît, au prcîmier abord, avoir dû être plus dangereux; qu'on regarde d'un peu plus près, on pensera qu'il l'était moins. En 1889, devant cet objectif qui l'a déjà vu poser une première fois, il est impassible : l'habitude du plaisir l'a affadi, l'habitude de la dissimu-
lation lui a donné la figure banale du jeune employé parisien souple, poli, correct, peu ardent eL qui s'amuse.
Les portraits de son frère Edouard, de ses amis Burkart et Charles Grenat sont un peu dans la même teinte ; on y devine aussi la précocité du vice et la fatigue, rien de particulièrement pervers, rien d'exceptionnellement rusé ni de fougueux. Clausse a la figure plus rude ; cela tient peut-être à sa façon de poser et de regarder. L'épreuve de face lui donne un certain air de ressemblance avec Joseph Lepage ; mais rien du reste n'y dément ce qu'on a dit de lui dans l'instruction, à savoir que c'était un individu médiocre et qui n'avait rien de saillant dans aucun sens.
Comment se renseignaient et comment opéraient ces jeunes malfaiteurs ?
Leurs relations et on peut dire leurs fonctions d'employés leur faisaient connaître des personnes dont ils surveillaient les habitudes. On savait, par exemple, dans leur compagnie, que telle modiste, tel ouvrier, tel employé (comme eux) s'absentait de telle heure à telle heure ou bien partait le matin et ne revenait que le soir. On allait examiner rapidement les lieux, sous prétexte de demander un catalogue, des prix, de promettre une commande; on se communiquait ces renseignements et l'on agissait en conséquence. On allait d'abord sonner à la porte et s'assurer qu'il n'y avait personne ; un des associés restait dans la rue et faisait le guet; puis les autres entraient facilement à l'aide de fausses clés et ils opéraient tout à leur aise.
Nous sommes loin, ici, des théories romantiques sur le vol et loin aussi des préjugés populaires qui
croient que, seuls, les gens très riches sont exposés à être pillés. Ce bon peuple s'apitoye souvent sur les prisonniers, et il énerve singulièrement l'action de la justice en déclamant contre la police. C'est pourtant lui qui est le plus exposé à se voir dérober impunément le fruit de ses économies. Qu'un vol soit accompli chez un gros négociant ou dans les magasins du Louvre, les intéressés ont des moyens à eux de signaler les coupables. C'est bien ce qui est arrivé dans l'affaire dont je parle, et c'est alors la découverte de ces détournements qui a aidé à la découverte des autres, de ceux qui avaient été commis au 4"^, au 5^, au 6° étage de maisons modestes. L'analyse de ces derniers vols est presque i)artout la même : des bijoux ordinaires, boucles d'oreilles en or, bagues et broches de mariage, des porte-monnaie contenant la réserve du ménage (l'argent du terme peut-être), des carnets, des lorgnettes-jumelles, une vieille montre historiée, souvenir de famille, quelques quarts d'obligations de la Ville de Paris, une ou deux obligations Paris-Lyon- Méditerranée et l'inévitable titre de Panama, symbole d'économie, de confiance et de naïveté.
Le vol exécuté, on allait, nous l'avons vu, chez le changeur ou au monl-de-piété ; puis Ion partait pour Uobinson ou autres lieux. Le dernier vol avait été accompli chez le patron de Burkart et avait porté sur une somme d'environ 7.000 francs. L'association pouvait donc se croire à la veille d'étendre son action et allait redoubler d'audace, quand elle fut arrêtée tout entière et placée sous les verrous.
Quelle part a eue la femme dans la dépravation de ces jeunes gens et dans leurs vols? S'ils volaient, c'était pour avoir les moyens de s'amuser, cela est évident. Une femme fut arrêtée un instant comme
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complice; on Faccusait d'avoir encouragé Tun d'eux et de lui avoir fourni des indications ; c'était la maîtresse de Charles Grenat; mais les preuves manquèrent, elle fut relâchée. Peut-être cependant n'est-il pas inutile d'en dire quelques mots.
L'instruction fît découvrir que cette jeune femme appartenait à une famille riche d'environ 25.000 livres de rente. Mais, dit un témoin sérieux, on ne s'était guère occupé de son éducation. A 16 ans, on se hâtait de la marier; elle épousait un négociant qui, lui aussi, avait quelques capitaux. Mais le ménage ne se maintient pas longtemps dans la bonne voie ; il abandonne son premier commerce pour en prendre un autre ; la femme commet des légèretés, la brouille se met dans le ménage et un procès en divorce ne tarde pas à être engagé. La chute de la femme, dès lors isolée, fut rapide. D'anciens amis, des alliés de sa famille s'intéressèrent bien à elle, et eurent ensuite le désagrément d'être cités comme des témoins suspects de quelque complaisance. Mais dans les pièces mêmes du procès, on la voit réduite à des conditions de plus en plus humbles, essayant de gagner sa vie en faisant un ménag-e, puis subsistant presque aux dépens du concierge de sa maison, dont le fils, quoiqu'elle s'en défende, devient son amant.
Elle avait un beau-frère et une belle-sœur demeurés dans une certaine aisance ; elle en parle quelquefois à Charles Grenat, elle en parle avec envie et avec malveillance, elle donne, est-ce à dessein? quelques détails sur leur genre de vie; et, peu de temps après, son confident, avec l'aide de ses associés ordinaires, va dévaliser leur appartement.
La complicité de cette femme ne put pas être établie; tout sembla même prouver que des indications
involontaires avaient dû suffire à ces jeunes voleurs si exercés, si empressés à se mettre au courant des coups à faire. Son histoire, bien banale, est un exemple de plus de ces déclassements qu'on rencontre presque toujours devant soi quand on ouvre un dossier de cette nature.
Arrivons enfin à la criminalité sanglante. Ici encore je me borne à choisir une ou deux affaires typiques, où le dénouement — pour sinistre qu'il ait été — ne semble avoir été amené par aucune exception pathologique, par aucune fatalité mystérieuse, par rien enfin que ne puissent expliquer toutes les analyses précédentes.
Joseph Lepage, qui a été arrêté en janvier 1889 et jugé le 15 juillet suivant, était né le 8 juin 1872. Son dernier crime, commise seize ans et demi, était celuici. Il avait été recueilli, hébergé, soigné (pendant le séjour de son père à l'hôpital) par un ouvrier nommé Pierre. Cet ouvrier vivait maritalement avec une femme dont il avait deux enfants, et qui, l'irrégularité de la situation mise à part, était une bonne et honnête personne. Joseph Lepage tenta d'assassiner la femme. Il le fit avec préméditation, sans provocation aucune et sans l'ombre d'un grief. D'après ses propres aveux, il avait eu l'intention de violer sa victime. Il n'était pas satisfait de voir qu'elle le traitait « comme un gosse ». 11 avait pris part à des soins qu'on lui avait donnés pour un abcès au-dessous du sein, et des désirs très ardents, dit-il, s'étaient alors allumés en lui.
« Chaque fois que je lui frôlais la peau (pendant qu'on lui mettait dos cataplasmes), je frémissais du désir de la posséder, »
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— « Oui, dit-il au docteur Garnier, il y a longtemps que ça me tenait, et comme je voyais bien qu'elle ne consentirait pas, j'ai eu l'idée de l'ég-orger, puis de me satisfaire une bonne fois. Pendant que le corps est encore chaud, ça doit être tout aussi bon. » Cependant lorsqu'il avait vu le sang couler, il s'était contenté de prendre à côté d'elle son porte-monnaie, lequel contenait? à 8 francs. Ce vol n'était d'ailleurs pas le premier qu'il exécutât ; car à quinze ans il avait été arrêté pour vol à l'étalage. — Joseph Lepage a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Deux mois après, on arrêtait la bande Sellier, Allorto, Mécrant, qui avait pénétré de nuit dans une maison d'Auteuil, y avait volé ce qu'elle avait pu et avait assassiné le jardinier chargé de la garde de la maison. Le seul que je retienne ici de cette association est Mécrant: il était âgé de dix-neuf ans. Le jury l'a condamné à mort : le Président de la République a commué sa peine.
A fort peu d'intervalle, l'affaire Kaps. Georges Kaps était né à Paris le l'^'' mai 1870. En décembre 1884, c'est-à-dire à quatorze ans et demi, il avait (seul ou en compagnie d'autres vauriens) assassiné un vieil ouvrier lithographe nommé Vinçard. Ce dernier était d'ailleurs un homme peu recommandable et qui vraisemblablement donnait à Kaps et à d'autres enfants des rendez-vous : on le trouva dans une attitude obscène, tué à coups de foret et dépouillé de la très petite somme qu'il devait avoir dans sa poche (car il vivait au jour le jour). Impliqué dans les soupçons, Kaps avait eu le talent de dérouter la justice par ses faux témoignages, et il avait été relâché. Condamné plusieurs fois pour vol, il s'était fait souteneur. Puis à l'issue de l'une de ses incarcérations, il tuait sa maîtresse, soit
pour l'empêcher de divulg-uer le secret qu'il lui avait confié, dans un moment d'ivresse, de l'assassinat de Vinçard, soit pour satisfaire, comme on le verra tout à l'heure, une étrange jalousie. Enfin dans le cabinet du juge d'instruction, il tentait avec préméditation de tuer un témoin. Condamné à mort, il a été exécuté, à peine âgé de dix-neuf ans.
Au mois d'août de la même année 1889, on arrêtait les auteurs de l'assassinat commis rue Bonaparte sur une vieille concierge à laquelle les meurtriers avaient volé une cinquantaine de francs environ. Les trois principaux coupables étaient Ribot, ouvrier lithographe, âgé de vingt et un ans; Pillet, garçon ])oucher, âgé de dix-sept ans, et Jeantroux, ouvrier lithographe, également âgé de dix-sept ans. Ces jeunes malfaiteurs ont été condamnés à mort, et deux ont été exécutés.
Kiefifer, qui s'est constitué prisonnier, après avoir tué sa maîtresse, ne devrait peut-être pas figurer dans cette étude, car il avait environ vingt-trois ans. Je crois cependant qu'il me sera permis de dire quelques mots de lui et de son paâsé, avec toute la discrétion voulue.
A ces personnages, dont tous les journaux ont parlé, j'en ajouterai quelques-uns de moins connus, mais dont les délits peuvent servir à éclairer d'un surcroît de lumière les forfaits des antres. Un honorable avocat m'écrivait en effet au moment même de ces procès: « Je vousenvoie une page du dossier II... et au très (8'' chambre correctionnelle, jugement du 2 janvier 1890). II... n'a eu seize ans qu'après son arrestation; il était le chef d'une bande dont la formation avait été provoquée par des brocanteurs. >-
Voilà les faits matériels. Ceux de ses lecteurs qui l'enfance coupable. 9
146 l'exfaxce coupable.
ont suivi la plupart de ces affaires se souviennent que rien de ce qui pouvait les aggraver n'y manquait : corruption personnelle aussi profonde que précoce, exploitation du vice d'aulrui, férocité, cynisme, jactance et ruse, tout était réuni pour rendre ces individus odieux et dangereux entre tous.
J'ai exposé en son temps, à l'ancien cercle Saint-Simon, les portraits de presque tous ces jeunes malfaiteurs. Bien des personnes en ont regardé avec moi les photographies : elles n'y ont certes trouvé rien, d'aimable ni de particulièrement trompeur ; elles ny ont vu non plus rien d'anormal, rien qui portât la marque d'une prédestination physiologique . Je faisais seulement observer tpie c'étaient là des épreuves prises dans le service d'identification des malfaiteurs, après l'arrestation. Il est difficile que les physionomies des sujets ne s'en ressentent pas et qu'ils n'aient pas un peu l'air de bêtes prises au piège. Des photographies qu'ils auraient fait faire un jour de fête, en compagnie de leurs maîtresses, auraient offert un autre caractère.
Le plus fanfaron de tous était Lepage : on le voyait à la mine qu'il avait essayé de se donner, à l'espèce de lippe dédaigneuse dont il avait eu la prétention de se parer. Kaps, Mécrant et Ribot avaient l'air ahuri ou sauvage que beaucoup d'honnêtes personnes ont si aisément devant l'objeclif quand elles posent avec le regard fixe et l'œil trop largement ouvert. Je ne crois pas qu"on pût y découvrir beaucoup d'autres choses avec certitude ou même avec vraisemblance.
Parmi les trois assassins de la rue Bonaparte, celui qui a la plus mauvaise figure est Ribot : les signalements font connaître que seul des trois il était tatoué.
Kaps avait eu, lui aussi, un commencement de tatouage, mais il avait travaillé à reflacer. Était-il déjà au courant des découvertes du D"^ Variot sur la disparition des tatouages? Il n'y aurait rien d'impossible. En tout cas cette tentative n'est-elle pas un symptôme de mœurs plus modernes et de ce désir qu'ont les criminels d'aujourd'hui de se confondre davantage avec la société qui les entoure?
J'en dirai autant de la mise et de la coiffure de la majorité d'entre eux. Quelques-uns ressemblent à des ouvriers quelconques, plus ou moins négligés. D'autres, avec leurs complets, leurs cravates et leurs faux-cols, leurs cheveux rabattus sur le front, cherchent à se donner des apparences un peu plus élégantes : il ne semble pas qu'il dût leur être bien dilïicile de faire des dupes, en cela comme dans le reste. ]Mais ce ne sont là que les dehors de ces individus. Les a-t-on examinés médicalement? Connaît-on leurs origines, leurs parentés, leurs tempéraments, leurs constitutions?
J'ouvre le dossier de Joseph Lepage et je lis les premiers rapports du commissaire de police. J'y vois que le père de Joseph était « un peu buveur, mais pas méchant », et que la mère, « pauvre femme, vraiment martyre, est morte autant de chagrin que de privations ».
Après le commissaire de police vient le médecin aliéniste du dépôt, M. le D'" Garnier, qui étudie l'affaire et le personnage pendant trois mois avec des soins exceptionnels. Les circonslances de la cause faisaient craindre que des excès si monstrueux chez un garçon si jeune ne fussent l'efTet d'un trouble cérébral ou de prédis])osilions héréditaires. F.e D"" Garnier lit donc des recherches minutieuses. Il vit souvent
L ENFANCE COUPABLIi.
rinculpé, l'examina, le questionna, lui fit rédiger à lui-même sa biographie. Voici le résultat des recherches '.
Le père était un homme « vif, emporté, intempérant », ce qui n'est pas rare chez les ouvriers; mais « on ne donne que de bons renseignements sur sa probité... C'est de plus un homme intelligent... » Cette impression favorable, le juge d'instruction dut la partager, lorsqu'il vit le père, confronté avec son fils, lui reprocher sa conduite en pleurant. — Le D'' Garnier continue en constatant que la mère avait eu un caractère tranquille et doux, et que sur les six enfants issus de son mariage, l'aîné était un « excellent sujet ». Le second, il est vrai, avait été condamné pour incendie volontaire dans l'atelier de son patron; mais on avait reconnu que ce patron « avait eu le tort de le brutaliser ». Somme toute, « en poursuivant l'enquête parmi les ascendants et les collatéraux, on ne trouve aucun cas de folie dans la famille de Lepage ».
La folie du moins a-t-elle couvé, a-t-elle été préparée chez l'accusé par des antécédents physiologiques? c( Dans le premier âge, il n'eut que des affections infantiles banales et sans gravité... Sans être vigoureusement constitué, il se développa avec rapidité et normalement... Il n'a aucun vice de conformation, aucune anomalie qui mérite d'être signalée. »
Le dossier de Kaps ne renferme point d'étude aussi longue. Le témoignage de M, Brouardel n'en est pas moins significatif. « Kaps a dix-neuf ans, il est grand, (•lancé, vigoureusement constitué. » Il avait trois frères ou sœurs, tous « très honnêtes », est-il affirmé dans l'enquête. Il en est même un qui fut particulière-
1. Je les ai lues, comme tout le reste, dans le dossier même : je les publie avec l'autorisalion du D' Garnier.
LES CHUTES. LE ClîIME. 149
ment sensible à la honte dont se voyait frappée la famille ; car, à la Roquette, le meurtrier lui dit un jour en présence de l'aumônier : « Ah! toi, tu ne fais que pleurnicher, c'est pas la peine de revenir ici. » La mère était une honnête femme travailleuse, n'ayant eu que le tort de « laisser aller » son enfant. Il est vrai c^ue le père était mort. Mais enfin, pour ce qui est de la constitution physique et des premiers exemples donnés, Kaps était né et avait été élevé dans des conditions qui n'avaient rien de bien défavorable.
Les conditions où Mécrant (de la bande d'Auteuil) avait commencé à grandir étaient meilleures encore. Qu'on en jug-e par ce fragment de son interrogatoire en cour d'assises.
Le Président : « Vous ne pouvez pas vous plaindre du sort, vous : vous appartenez à une famille honorable et aisée, et si vous vous êtes perdu, c'est bien vous qui l'avez voulu. Education, instruction, bons exemples, vous avez eu tout. »
Réponse : « C'est vrai. »
Oui, c'est bien vrai. Je tiens en eiïet de source très sûre que Mécrant fit ses premières études au lycée d'Amiens, qu'il fréquenta ensuite à Paris une école de hautes études commerciales, enfin cju'il fut placé dans une des plus grandes et des plus célèbres maisons d(! commerce de Paris. Là, il avait inspiré une telle confiance, que lorsqu'il y avait une succursale à fonder en province, c'était lui qu'on envoyait pour l'organisation et la mise en train. J^u- malheur il fit la connaissance d'Allorto. Vinrent alors successivement les courses, les paris, les femmes, les dissipations et l'idée du crime.
Parmi ces jeunes condamnés, je n'en vois qu'un pour lequel on ait pu concevoir des doutes : c'est
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Jeantroux (affaire de la rue Bonaparte). Mon ancien élève et ami, le si regretté M. Léon Marillier, appelé comme témoin à décharge, vint affirmer qu'il avait connu la famille et que la mère et la grand'mère étaient positivement folles '. M. Marillier ajoute que Jeantroux ne lui semblait pas être un aliéné, mais que c'était un caractère faible. Bien discipliné, il eût pu faire un travailleur utile ; entraîné dans de mauvaises compagnies, il ne pouvait que mal tourner. — Ceuxlà sont nombreux en effet dans la carrière criminelle, mais surtout dans les associations de malfaiteurs et dans les bandes, où à côté de ceux qui commandent il y a toujours ceux qui obéissent "-. Quoi qu'il en soit, la physionomie, l'attitude et les réponses de Jeantroux, sans exprimer la vigueur ni la santé, donnent à croire que les influences maternelles n'ont été ni prépondérantes ni décisives dans la formation de son tempérament. Nul ne devinerait en lui un fou ou un imbécile. « Vous êtes très intelligent, mais très paresseux, «lui dit le président. Quand on lui fait raconter le crime, il l'explique à sa manière.
« J'ai mis le couteau sous la gorge pour l'empêcher de crier; j'ai peut-être appuyé un peu. — Et alors le couteau est entré tout seul ? — Oui, Monsieur. »
Ce genre de défense ne fît pas une grande impression sur les juges. La cour, à laquelle on demandait un supplément d'examen mental, passa outre, et le jury condamna Jeantroux à mort, malgré ses dix-sept ans. Celte condamnation fut un des symptômes les
1. Je dois dire que Jeantroux, à la Roquette, a démenti cette assertion...
•2. Voyez, dans notre livre Le Crime, le chapitre sur l'association criminelle.
plus graves de cet effroi que la criminalité croissante des adolescents commençait à inspirer.
Je viens de parler de l'intelligence de ces coupables. Il y a lieu d'insister ici un peu plus longuement et de donner des preuves.
« Joseph Lepage, écrit le D"" Garnier dans son rapport, avait le caractère sournois, irascible, méchant ; mais il avait l'esprit ouvert... Sans être bien studieux, il fit preuve de vivacité intellectuelle. » Seulement cette vivacité fut singulièrement exercée. « Il eut toujours un goût très marqué pour la lecture. Les récits d'actes sanguinaires, les forfaits des grands criminels avaient surtout le don de le passionner. Il s'identifiait avec les héros de roman et plus volontiers encore avec les meurtriers célèbres. « On lui eût donné à lire des récits de batailles, il serait peut-être devenu un soldat courageux, un sergent modèle... Qui ne sait l'action qu'exercent sur la vie entière ces premières lectures ^ ?
L'autobiographie que Lepage a composée dans sa prison, sur la demande du médecin-expert, est assurément emphatique ; elle est toute remplie de cette prétention : imiter les criminels célèbres et devenir à son tour célèbre comme eux. Mais elle est d'un style assez ferme et qui dit ce qu'il veut dire : les nuances même ne manquent pas : « J'ai voulu, écrit-il, avoir la femme et l'argent. Peut-être l'attentat que j'ai commis ne serait- il pas arriv*; sans la malheunmso passion et l'envie de poss(''der la maîtresse de M. Pierre qui était
1. Cette liypoUièse me rappelle la réllexion d un homme extromoment lin et absolument impartial devant la iihotogropliie do I,epage (ou me permettra de dire que c'est M. Allred Croisel). » oui, disail-il, voilà uue vilain(; (igure, mais (lu'il faudrait peu de cliose pour la transformer et en faire, par evcmple, la ligure d'un soldat qui va hniler sa dernière cartouche! »
152 l'enfance COUPABLi:.
comme sa vraie femme... Oui, c'est de sa faute si je lui ai iilé le coup de scion... INIe sentant allumé comme je l'étais à la vue de son bel estomac, je m'étais dit : je l'aurai morte ou vivante. Il me semble que c'eût été chouette de faire ça, alors que le corps palpite encore. Quant à la petite, si elle eût bougé pendant ce temps, je l'éventrais d'un seul coup. «
Dans cette orgie d'images erotiques et féroces, remarquez bien ces mots : « qui était comme sa vraie femme ». Ce garnement de 16 ans n'était pas embarrassé pour trouver des filles sur la voie publique ; mais il était surtout tenté par la maîtresse de son hôte : il éprouvait là comme l'attrait dun fruit plus défendu, comme un ragoût d'adultère. 11 a senti la différence et il l'a exprimée clairement.
Je dirai — pour les curieux de graphologie — que son écriture accuse elle-même une grande fermeté de main et une correction sèche, mais d'une netteté remarquable. Sans doute, l'esprit de celui qui la regarde est prévenu; mais on est tenté de se dire que cette main, ornée de la plume, dessinait le trait comme elle enfonçait le couteau, avec attention et avec sûreté. L'écriture de Kaps est plus onduleuse, elle rappelle davantage la rondeur des formes de l'adolescent. Quant à la lucidité, à la précision du style, à la propriété des expressions, elles sont surtout remarquables chez Kaps : on en jugera par quelques fragments des lettres que j'ai pu lire dans son dossier.
Il s'adresse d'abord au procureur de la République. Une fille Chemin avait dû être citée comme témoin; et certes, elle l'était à bon droit : elle était couchée (troisième dormeuse) dans le lit même où Kaps avait brûlé la cervelle à sa maîtresse... Mais elle sortait à peine de l'hôpital où elle avait demandé qu'on lui
épargnât la vue de l'assassin. Il avait paru juste et humain d'accéder, au moins pour un temps, à son désir. De là un retard dans la confrontation dont Kaps se plaignait comme on va le voir.
« Monsieur,
« Je me permet ' de vous écrire pour vous demander si il y a dans le Code criminel un article autorisant un juge d'instruction à refuse la confrontation à un accusé. Je suis inculpé d'un double assassinat, et depuis 4 mois que je suis arrêté, !M. Guillot qui sur bien des points c'est montrer très bienvaillant à mon égard me refuse sous divers prétexte la confrontation avec un témoin dont la déposition en partie mensongère est très accablante pour moi. «
En lisant cette lettre pour la première fois, on se demande si elle n'a pas été dictée par le défenseur de l'accusé. Les personnes qui avaient le plus d'autorité pour se prononcer m'ont affirmé bien hautement qu'il n'en était rien. On va lire d'ailleurs d'autres lettres où très certainement nul avocat n'aurait voulu tremper. Enfin toutes les réponses orales de Kaps ont le même caractère de précision. Cette « qualité » tient chez lui à deux causes : à la lucidité native de son intelligence d'abord, puis à la connaissance si complète qu'à Paris les jeunes gens de cette espèce prennent si vite de lout ce qui louche à la police, au tribunal, à la prison. — « Vous avez fait un livre.,, n'esl-cc pas, INI. Guillot, disait Kaps à son éminent juge d'instruclion. Moi, si vous voulez, je vous donnerai bien des détails sur notre monde, ils pourront vous intéresser... »
1. Nous respectons l'orlhograplic : elle n'est dailleurs pas Irrs dcloctueuse.
154 l'enfance C0UPAI5LE.
Qu'on ne soit donc pas surpris si, de sa cellule de Mazas, il écrivait si souvent, comme ses prédécesseurs Cille et Abbadie ^. C'est la manie des détenus, surtout quand ils sont en prévention, de vouloir écrire à tout propos. Leur imagination travaille ; à toute minute ils voudraient parler au juge d'instruction, faire valoir auprès de lui un nouveau moyen de défense, exercer une pression sur les témoins... Ils aiment aussi ces déplacements qui les distraient et qui peuvent leur offrir — ils le croient — une chance d'évasion. C'est pourquoi Kaps écrivait :
« La loi ordonne la confrontation, et je ne réclame que mon droit. Je comprend, Monsieur, que vous évitiez des choses déplorables et qu'avec un. individu aussi violent que je le sui, vous cherchiez à éviter des choses qui ne pourrait être qu'à mon desavantge, mais je vous promet que dorénavant quoiqu'il advienne je ne donnerait plus prise à la critique et que vous pourrez me mettre en présense des témoins sans inquiétude.
« ... J'espère, Monsieur, que vous ferez suite à ma demande aussitôt que vos occupations vous le permettront.
a Croyez, Monsieur, à mon profond respect. « Votre très humble serviteur,
« Georges Kaps, détenu à Mazas. »
11 ne désirait pas seulement se voir confronter avec la fdle Chemin, témoin de son dernier meurtre. Il voulait détourner une partie des crimes qu'on lui reprochait sur quelques-uns de ses compagnons. L'un