Sous la réserve qu'on vient de lire
% Le lecteur qui aura retenu ces chilîres i^ourra suivre ceux que donneront les statistiques ultérieures. Si les suicides de mineurs recommencent à baisser, ce sera l'un des meilleurs signes qu'on puisse avoir de l'infiuence bienfaisante des institutions les plus modernes. Là, en effet, on ne peut guère dire qu'il y a des actes connus et des actes inconnus et négligés. Tout suicidé est un suicidé : lorsqu'il y a baisse dans les nombres, le bénéfice est beaucoup moins contestable. Il ne faudrait cependant pas que les jeunes gens propageassent la mode d'absorber une bouteille d'absinthe, comme nous le voj'ons de temps en temps par les journaux; car alors, malgré la différence des étiquettes, le résultat est le même.
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il était fait une réponse, collective, je crois, où l'on résumait assez bien les principaux changements survenus dans les mœurs depuis la Révolution française. On signalait : l'extension des principes de 89, l'effacement du principe d'autorité, la diminution do l'esprit religieux, les progrès de l'individualisme, — l'émancipation des classes ouvrières et leur soif d'indépendance , — la mobilisation croissante des choses et des hommes, la circulation de plus en plus facile des idées, des gens et des produits, la mutuelle pénétration des marchés. Dans tous ces changements on voyait surtout les troubles qu'ils avaient causés et qui avaient eu, pensait-on, sur la moralité du dernier siècle une répercussion plutôt fâcheuse.
Reprenons-les cependant un à un. N'apportaientils avec eux que des germes malsains, et la corruption qui en est sortie était-elle inévitable? La mobilisation universelle qu'on signale à si juste titre a amené le bas prix des choses nécessaires à la vie ; elle a donc favorisé Taisance et offert bien des satisfactions légitimes à la classe qu'on dit la plus exposée aux tentations de la pauvreté. Les principes de 1789 ont poussé les hommes à réclamer plus âprement leurs droits ; mais ne pouvait-on en déduire très logiquement le devoir de respecter d'autant mieux les droits d'autrui? Dans l'indépendance qu'ils veulent et qu'ils, obtiennent, on ne voit pas pourquoi les ouvriers ne > • , puiseraient pas un plus vif sentiment de leur dignité] i , d'hommes et du respect qu'ils lui doivent. L'indivi- ^''" , dualisme peut également s'améliorer par l'intelligence de la nécessité d'une entente avec l'individualité d'autrui et par le désir de pratiquer cette entente loyalement dans tous les actes importants de la vie sociale. L'effacement du principe d'autorité est à cou[)
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(sûr une chose fâcheuse ; mais ici encore on peut très 'bien concevoir cet effacement compensé par un sentiment plus vif de sa responsabilité personnelle.
Reste la diminution de l'esprit religieux. Certes, il est infiniment plus difficile d'y trouver une compensation quelconque, et là évidemment est la cause essentielle de la déviation qu'ont subie ces grands courants sociaux dans une partie considérable de la nation. C'est cette diminution qui a laissé tant grandir l'idée si anti-chrétienne et si fausse de la bonté oriiginaire de toute nature. C'est en suite de cette idée qu'a germé la conception décevante du droit égal de chacun à tout plaisir et à tout pouvoir, et, entendonsnous bien, non pas à tout plaisir et à tout pouvoir conquis par le labeur et justifié par les services, mais octroyé à tous par un gouvernement transformé en une providence omnipotente. Il faut que cette providence soit à la fois le despote de ceux qui ont gagné le bien-être par eux-mêmes et l'esclave de ceux qui, n'ayant pas pu l'acquérir, tel qu'ils le veulent, exigent qu'onleleur donne, sans conditions et sans règlements, pour la seule raison qu'ils existent au même titre que les autres et qu'ils entendent être heureux comme eux!
Supprimez cette utopie ruineuse : l'idée que chacun doit attendre la satisfaction de ses désirs personnels, de ses efforts et de concours mutuels librement obtenus, librement organisés, eût pris un bien autre essor. Nous aurions vu s'arrêter la stérilité voulue de nos mariages; nous aurions vu s'affermir l'esprit d'entreprise, et l'excédent de notre population nous eût rendus utilement les maîtres d'un domaine vraiment colonisé. La chose est au moins bien vraisemblable; car, aujourd'hui même, à qui devons-nous ce que nous avons encore au loin de force de propa-
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g-ande et d'action forçant au respect de notre esprit national? Il ne faut pas chercher bien longtemps : c'est aux représentants les moins infidèles de nos traditions chrétiennes; c'est aux vieilles familles bretonnes, aux bonnes familles lyonnaises, aux familles rustiques du pays basque ou de l'Aveyron; \c'està ces missionnaires enfin, pour la haine desquels on vicie dans son germe le principe vital de tous les progrès sociaux, à savoir la liberté d'association. Sommes-nous loin ici de la question de l'enfance coupable? Oh non! Car d'abord toute cette corruption si vile consommée de l'esprit de 1789 a enveloppé d'une atmosphère troublante toutes les classes de la société et tous les âges. Elle a, de plus, inspiré de fausses théories et de fausses pratiques d'éducation. Celle-ci a cessé d'être une œuvre familiale : on ne compte plus les pères et mères qui reculent devant leur tâche et qui refusent de rien sacrifier pour leurs enfants, hormis la pureté, la droiture, l'énergie correctement exercée et finalement la moralité de ces enfants mêmes.
Descendons maintenant dans le détail des faits. Cherchons comment se font sentir, avec leurs périls de tous les temps, certaines impulsions venues de la chair ou de l'esprit; voyons-les en action : suivonsen les déviations les plus fâcheuses, assistons à rabaissement des barrières qui devraient les contenir ; rendons-nous compte des tristes encouragements qui leur sont donnés dans les périodes les plus récentes de notre vie nationale; cherchons enfin comment on pourrait stimuler, mais surtout libérer les louables efforts que persiste à faire en vue de la réforme de cette jeunesse coupable la partie heureusement intacte de la société contemporaine.