‹ L'enfance coupable. --Chapitre 9 sur 24 · Paris, Om.f.ndoiif, deuxiômc éililion · texte numérisé non relu

Paris, Om.f.ndoiif, deuxiômc éililion

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risiennc. Mais il est bon de montrer comment la tradition qu'il a surprise n'est pas près d'être suspendue. Une société récemment fondée... et récemment dissoute^ a fait connaître à son tour des faits bien instructifs.

Elle avait d'abord recueilli cet aphorisme : De l'aveu unanime des intéresses, les recettes fructueuses de la mendicité ne se font qu'avec les enfants. Puis, elle avait suivi les tristes conséquences tirées du principe. Dans son Bulletin de mai 1900 elle donnait des détails précis sur l'industrie des loueuses d'enfants à l'usage de la mendicité. Cette industrie, lisait-on, bat son plein avec les mois de décembre et de janvier. « Dans les nuits de Noël et du nouvel an, le bébé au maillot, surtout s'il est chétif, se loue de 25 à 30 francs. L'enfant de un à cinq ans ne vaut, à ces mêmes dates, que 10 francs. Au-dessus de cet âge, ils ne sont plus cotés que cent sous... Aux jours ordinaires, le même bébé au maillot qui se maintient à 10 et 15 francs durant la semaine des fêtes hivernales, retombe à 5 francs, l'enfant au-dessous de cinq ans se replace à quarante sous et va jusqu'à 3 francs les jours de froidure; et celui au-dessus de cet âge ne fait plus que vingt sous, à moins que, bien stylé, il ne soit d'un rapport excellent; mais, dans ce dernier cas, les parents trouvent souvent leur avantage à l'exploiter eux-mêmes, à moins pourtant qu'ils ne soient occupés ailleurs à quelque autre louche besogne... Généralement, quand la location commence à six heures (pour la sortie des bureaux), le loueur doit le souper à l'enfant; d'autres

I. La Société contre la mendicité des enfants. \\ n'est rien resté de sa tentative que des bulletins; mais ceux-ci sont intéressants à plus d'un jioint de vue.

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stipulent la chose par écrit... Fort souvent, pour ne pas laisser trop de facilité aux indiscrétions de la police, les loueuses vont chercher des enfants en banlieue : c'est ainsi que travaillait la bande de la Trinité... »

Supposons maintenant que ces enfants aient échappé à toutes les suites physiques de ce trafic. Ils ont grandi; on les envoie seuls..., à deux le plus souvent, une sœur de dix ans, par exemple, avec un petit frère (ou soi-disant tel). On comprend aisément la méthode. Il faut que ces enfants puissent dire : ma mère est à Thôpital, mon père est sans ouvrage, etc.. Or, il est d'expérience que ces enfants ainsi envoyés dans les rues sont taxés par leurs parents à tant par jour. S'ils n'ont pas fait la somme indiquée, deux, trois, quatre francs, ils ne rentrent que pour être battus. Aussi quelquefois ne rentrent-ils pas, et il n'est guère d'agent de police qui n'ait eu à conduire au poste, à interroger, à réchauffer surtout des enfants, après les avoir surpris s'abandonnant à un sommeil dangereux sous quelque porte cochère. Renversons l'hypothèse : ils réussissent à se procurer la somme indiquée. D'abord à quel prix? au prix do mensonges multipliés. Essayez de vous intéresser à eux, demandez-leur leur nom et leur adresse : ils vous donneront une fausse adresse et un faux nom \ Voient-ils s'avancer l'heure

I. Au cours de la deuxième annôc do son c\\!i\.cncc,\n Socicir contre la mendicili' des enfants avait reçu de ses agents cl colIai)orateurs, 29-2 demandes d'enquêtes sur les i)elits mendiants (|u'ils avaient remarques. Il est intéressant de savoir ce qu'il en était advenu.

Dans ()■> cas, les petits mendiants avaient certainement donné do fausses adresses.

Dans l'J cas, ils avaient disparu avec leur famille après une première visite.

Dans M, aucune réponse n'avait été faite, peut-être parce que les adresses données étaient fausses.

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à laquelle ils devront rentrer avec la somme attendue; il leur faut redoubler de ruse et d'insistance; c'est alors que les plaintes mensongères ou exagérées s'accumulent et que l'enfant, surtout si c'est une fille, est prêt à ne reculer devant rien, absolument devant rien, pour compléter sa recel te du jour.

Le moment s'approche donc à grands pas où elle voudra profiter personnellement de ce triste bénéfice. Elle a participé aux extras, aux invitations que les mendiants instruits se faisaient entre eux à certains jours ^ Elle a appris un à un tous les trucs anciens et nouveaux. Elle a étudié le grand jeu et le petit jeu; elle sait les moyens de connaître à temps les mariages, les baptêmes, les retours de campagne, les « bonnes » messes de minuit et autres, etc., etc. De bonne heure elle s'émancipe et, un beau jour, elle se trouve une habituée de la prostitution clandestine, où elle rencontrera bientôt, à l'état de souteneur, le petit frère qu'elle tenait jadis par la main pour attendrir les âmes charitables.

L'enfant ne tombe pas moins sûrement dans le gouffre qui l'attire s'il a pratiqué la mendicité déguisée où l'on vend des lacets, des épingles et surtout des fleurs. Cette dernière marchandise est la

Dans 39, on n'avait pu aboutir à aucun résultat, parce que, disent les auteurs du rapport, « nous nous trouvions en présence de situations que nous ne savions par quel côté aborder ->.

Dans 67, on n'avait pu avoir de résultats définitifs, les enfants ayant déserté, au bout de quelque temps, les écoles, et les parents s'étant refusés à agir pour les y ramener.

EnOn 39 demandes semblaient avoir été suivies de plein effet, les enfants des 39 familles ayant été retirés de la rue, placés à l'école ou en apprentissage. Ils y étaient encore au moment où le rapport était rédigé. La suite des documents donne cependant à craindre que tous n'aient pas persévéré très longtemps.

i. Voir dans M. Paulian le récit d'un souper où il s'était fait inviter alors qu'il se déguisait en mendiant.

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plus facile à placer et celle qui expose le plus la créature qui l'offre. La petite vendeuse est, à quelques égards, moins avilie que la simple mendiante. On a observé qu'en général elle donne à ceux qui la questionnent des renseignements moins inexacts. Elle a ou elle feint d'avoir le sentiment qu'elle exerce une profession réelle, parfaitement licite et avouable. On en trouve même qui, plus ou moins régulièrement, paraissent à l'école pendant la journée et s'en vont, le soir, aux portes des restaurants, des théâtres, le long des « terrasses » des cafés. Mais là, estil besoin de dire quelles apprennent vite à envier, puis à essayer de conquérir un bien-être moins coûteux encore, se disent-elles, que celui que leur assure leur métier intermittent? Comment ne pas vouloir entrer à Bullier quand on a fleuri celles qui s'y rendent? « Achetez-moi donc un bouquet pour votre bonne amie » est une phrase qu'elles ont répétée souvent à mi-voix; souvent aussi elles ont appris à reconnaître et à suivre le vieux débauché qui leur avait pris le bras ou le menton. L'on devine le reste '.

Qu'il s'agisse maintenant de garçons, je résumerai tout ce j'ai à en dire par une observation que j'ai répétée bien des fois, et qui, successivement appuyée sur les témoignages des professionnels les plus compétents, ne peut plus être contestée par personne. Des hommes d'œuvres, conduits par une idée théo-

i. Sans compler les moyens variés de se procurer des Heurs ;i bon compte. On en a surpris (pii se laissaient enfermer le soir dans le jardin du Kuxendjours et passaient à leurs parents à travers les grilles des paquets de Heurs valant jusqu'à dix ou vingt francs.

On dit aussi qu'une association de jeunes tilles protestantes ayant fondé une « OEuvre des Heurs » pour fournir des bouquets aux jeunes malades et auv tombes des (letits enfanis, il s'était formé aussitôt une association qui savait se procurer ces Heurs à bas |)ri\ ou se les faire donner par le récit d'une tristesse quelconque; et le soir même les (leurs étaient revendues sur le boulevard.

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rique, avaient demandé qu'on réservât pour les'enfants « simplement mendiants et vagabonds » (c'était leur l'ormule) des asiles, des « écoles de préservation » moins sévères que les maisons de réforme ou de correction proprement dites; car, disait-on, il ne convient pas de mêler aux petits voleurs, aux petits meurtriers, aux petits incendiaires, des enfants n'ayant eu que le malheur d'être privés de moyens d'existence réguliers. Les discussions provoquées par ces projets ont, je le répète, mis hors de doute partout, à l'étranger comme en France, que les enfants « simplement mendiants et vagabonds » étaient les pires de tous, les plus difficiles à ramener, les plus indisciplinés, sachant, il est vrai, la plupart du temps, s'abstenir des actes les plus frappés par le Code pénal, mais donnant, pour ainsi dire, et faisant circuler indéfiniment la monnaie du crime, propageant autour d'eux la paresse, le parasitisme et la dépravation des mœurs, sous les formes les plus répugnantes \ Loin de se reprocher d'avoir exposé le jeune chemineau à la compagnie du petit meurtrier, le directeur d'une colonie pénitentiaire vous fera la déclaration inverse : c'est le jeune criminel violent et égaré par la colère d'une heure qu'il s'efforcera, s'il veut le sauver, de préserver de la compagnie dégradante et dissolvante des enfants « simplement mendiants et vagabonds ^ » .

i. Récemment un avocat lillois, M. P. Drillon, secrétaire d'une importante société de patronage, confirmait une fois de plus cette opinion : « Pour ma part, écrivait-il dans YEnfanl, j"ai toujours eu les plus grandes difficultés avec les jeunes mendiants qu'il m'a été donné de recueillir : ils sont souvent rebelles à tout amendement, corrompus de bonne heure par cette triste école de la rue. »

2. A Paris, une dame, voulant sauver une jeune fille de la prostitution, s'était aventurée dans un bouge des environs des halles. Le lendemain, la police lui dit : « Vous avez été, Madame, dans un endroit où les plus honnêtes gens sont des assassins. »

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Toutes les misères morales du petit mendiant viennent de ce qu'il n'a été habitué ni à gagner ni à voir gagner le pain quotidien par le travail. On doit donc retrouver les mêmes tares chez d'autres catégories, comme les fraudeurs ou les braconniers.

Déjeunes braconniers, on n'en voit pas beaucoup, si ce n'est dans certaines contrées montageuses ; mais là, ils ont du moins cette excuse que le pays leur fournit moins de travail productif et moins de ressources ; puis, quoique la poursuite du gibier défendu pousse à I)lus d'un excès en développant la haine du gendarme et la haine du propriétaire, la vie au grand air et dans les vastes solitudes ne connaît pas les influences avilissantes des grandes villes et les compromissions non moins périlleuses dos pays frontières. Le défilé ^ des jeunes vauriens vivant de la fraude est plus triste-

Celui qui profite d'une occasion pour apporter au logis quelques kilogrammes de denrées, ou encore celui qui, sans le savoir, accepte d'un plus habile un petit paquet à faire passer devant les douaniers, ne sont assurément ni dangereux ni pervertis. Mais il y a le métier, exercé le plus souvent sous la direction de maîtres fraudeurs. « Il y a des gens qui recueillent chez eux des mineurs de neuf, dix, douze, treize, quatorze, quinze ans et les font frauder pour leur compte. Les plus grands foncent pendant la nuit; les autres portaillent. Ceux qui foncent sont en droit de réclamer le salaire ordinaire ; les autres sont logés (deux ou trois dans le même lit), nourris (ils ne se plaignent pas de la nourriture) et rhabillés (quand ils sont là depuis quelque temps). On leur donne, pour leur dimanche, entre cinquante centimes et un franc. »

1. Dans le ressort d'un Irihiiual coininc celui de Lille, par excmi)lc.

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« Que peuvent apprendre de bon ces petits ? dit avec raison le jeune avocat dévoué ^ qui nous communique ces détails. Ils sont dès leur plus jeune âge accoutumés à la paresse et au vagabondage; ils s'habituent à vivre ainsi hors la loi, et plus tard, quand ils seront grands, croyez-vous qu'ils ne préféreront pas cette vie au grand air, qui rapporte gros, au pénible labeur quotidien? Et quelle démoralisation de tous les instants ! Dans leurs longs repos ils ont à leur portée toutes les tentations. Ils vont se charger, en Belgique, dans des cabarets borgnes. Ils marchent dans la promiscuité des fraudeurs et des fraudeuses. La fraudeuse se livre infailliblement à la prostitution : le fraudeur est aussi cambrioleur à l'occasion : ce n'est pas lui qui reculera, ni devant un coup de gourdin, ni devant un coup de couteau pour se dégager du douanier qui le gêne. » Lorsque après dix ou douze arrestations l'on se décide à les envoyer en correction, eux aussi doivent éprouver une peine singulière à se soumettre à la régularité de la discipline et aux exigences du véritable travail.

Les mendiants et les fraudeurs qui ont fait le métier dès l'enfance sont, pour ainsi dire, déclassés tout de suite, puisque n'ayant jamais exercé de profession utile, ils ne se sont jamais encadrés dans aucun groupe accepté de la société. Il en est d'autres qui se déclassent plus ou moins rapidement, parce que changeant à tout instant de profession et coupant chacun de leurs engagements par des périodes d'oisiveté, ils ne réussissent à se fixer nulle part.

Celui qui visite des enfants à la Petite-Roquette n'a qu'à ouvrir ses carnets au hasard pour y trouver

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