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surnaturelle du Christ; ce qui ne se comprend pas dans l'hypothèse de la lecon actuelle, qui lui est manifestement favorable. Or, un manuscrit de la plus ancienne version latine des évangiles, porte à la place des mots: «Comment cela se fera-t-il, vu que je ne connais point d'homme? » ce qui se lit au verset 38: « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole! ».
Cette addition en aura imposé une autre, à savoir l’incise 11, 23, « alors qu'il était, & ce que l’on croyait, fils de Joseph ». Le document primitif, utilisé par saint Luc, se serait donc borné à représenter Jésus comme investi, dès le sein de sa mère, de la vocation messianique; tout comme le Baptiste l'avait été de la vocation de précurseur. H. Holtzmann va plus loin, il croit pouvoir distinguer dans le troisième évangile deux documents : mu, 21-52 (circoncision, présentation, et Jésus au milieu des docteurs) serait un morceau d’origine ébionite ; tandis que la première partie 1 et 11, 1-20 (annonciation, tant celle du Baptiste que celle de Jésus, nativité), se trouve domi-
née par l’idée de la conception surnaturelle. :
Luc aurait donc idéalisé un récit ébionite*.
1! Voir ConyBeaRe dans le Standard, 11 mai 1906. 2 Cf. Hand-Comm. zum N. T., Die Synoptiker, pp. 37-44. P.-W. Schmiedel admet aussi que les deux premiers cha-
Ces additions ou corrections ont forcément introduit des incohérences dans le texte actuel des évangiles. Nonobstant la naissance virginale, qui s’y trouve expressément enseignée, tous les personnages, sans en excepter Marie, qui entrent en scène dans le récit évangélique, parlent et agissent comme si Jésus était le fils de Joseph le charpentier. Ses frères et sa mére elle-même commencent par ne pas croire en lui, ce qui ne se comprend plus, si son enfance avait été réellement entourée des merveilles que l’on dit.
Cette persuasion survécut assez longtemps pour avoir inspiré un écrit apocryphe de la fin du ° siècle !, dans lequel l’'apôtre Thomas est représenté comme le frère jumeau de Jésus. L'Evangile de Nicodème, autrement dit les
pitres de Luc manquent d’unité, il tient pour probable que le second est antérieur au premier; il ajoute qu’on peut même supposer qu'à l’origine ni Matthieu ni Luc n'avaient l'évangile de l'Enfance, ils devaient commencer, comme Marc, avec le baptème de Jean. Les discours de Pierre, conservés dans les Actes (1, 22; x, 37), donneraient clairement à connaître que la catéchèse des Apôtres commençait avec la prédication de Jean-Baptiste. Strauss (p. 117) reprochait déjà aux rationalistes de son temps de nier l’authenticité de ces textes pour se débarrasser plus aisément de leur contenu. D'après M. WELLHAUSEN, Das Evangel. Lucae übersetzt und erklärt, 1904, la conception virginale ne figure pas dans le ch. 11 du troisième évangile, et elle est adventice dans le ch. 1.
1 Actes de Judas-Thomas.
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Actes de Pilate, semble avoir été écrit du même point de vue. Les juges de Jésus lui reprochent d’être né de l’adultère; et l’auteur se contente de repousser l’accusation en disant que Joseph et Marie étaient unis par un légitime mariage.
M. Loisy estime que c’est là une facon bien arbitraire de traiter les textes. Les raisons de M. Harnack lui paraissent trop faibles pour autoriser ses conclusions. Quant à lui, il ne niera pas l’unité littéraire des récits que Luc et Matthieu nous ont fait de l'Enfance, et, en particulier, de la naissance virginale. Les évangélistes se sont représenté les choses comme nous le faisons aujourd’hui; ils croyaient que Jésus avait été conçu surnaturellement, parce que c'était déjà la foi de l’Egliset, Ce dogme, ajoute M. Herzog, avait fait son apparition dans la conscience chrétienne, vers l'an 80; et les évangiles où il se trouve consigné, sont de la fin de premier siècle ?.
Du reste, l’unité littéraire du récit, comme aussi sa sincérité, ne nous donnent pas le droit de conclure à la réalité historique des événements. M. Loisy s’est expliqué à ce sujet :
« Les récits de l'enfance ne sont, pour l'historien, qu’une expression et une assertion
1 Revue d'Hist. et de Litt. religieuses, 1903, pp. 290-292. 2 Ibid., 1907, p. 121.
de la foi messianique, de cette foi qui s’affirme au début de l’évangile de Marc et quia transfiguré les souvenirs des Apôtres; qui s'affirme aussi et se développe dans Paul, puis dans le quatrième Evangile. Cette foi est comme la réponse que les générations de fidèles font successivement à la proposition de l'Evangile de Jésus, elle grandit en restant toujours la même, comme un écho qui, en se répercutant de montagne en montagne, deviendrait plus sonore à mesure qu’il s’éloignerait | de son point de départ! ».
| Latradition qui figure dans le premier évan- | gile est-elle antérieure à celle qui se lit dans le troisième? La croyance à la conception surnaturelle du Christ a-t-elle pris naissance dans des milieux d'influence grecque, plutôt que dans les communautés judéo-chrétiennes? Sur ces deux points, qui ne sont pas sans connexion,
1 L Evangile et l'Eglise, 2° édit., p. 31. C'est aussi la position prise par Gunkez, Zum religionsgeschichtlichen Verständnis des N. T. (1903), p. 69. La question avait | déjà été traitée du même point de vue et pour aboutir, somme | toute, à des conclusions assez semblables, par P. LoBsTeIN, | Die Lehre von der übernatürl. Geburt Christi, 1896, qui avait déjà paru en français dans la Revue de Théol. et de Phil. (1890, p. 205); et récemment traduit en anglais. Cet houvrage est peut-être le plus complet, qui ait été publié sur la matière. Depuis, on a vu paraitre : HiLLmann, Die Kind- | heitsg. Jesunach Luk. 1891; et Sourau, Die Geburtsgeschichte Jesu Christi, 1902.
.b8 L'ENFANCE DE JÉSUS-CHRIST
les avis se trouvent partagés!. La critique textuelle appelle ici à son aide la haute critique, comme on dit, celle qui s'attache à préciser le sens et la portée du contenu même des textes. Par l’étude comparée des évangiles et, en général, du Nouveau Testament, on pense être arrivé aux conclusions suivantes.
J'en emprunte la formule à Otto Pfleiderer ?, parce qu’elle me semble représenter assez bien l'opinion actuellement courante parmi les critiques incroyants.
a) Le sentiment le plus ancien est que homme Jésus avait été élevé par adoption à la dignité de Fils de Dieu. Tout d’abord, on crut que cette filiation avait commencé avec
1 Le dogme de la naissance virginale serait plutôt d'ori-
gine hellénique d’après : HizLMANN, op. cit., p. 231 ; H. Horxz-
MANN, Lehrbuch der Neutestam. Theologie, 1897, t. I, p.414; Usexer, Religionsgesch. Untersuchungen, 1889, p.69, etdans l'Encyc. biblica de Cueyne, 1902, col. 3350; ScenwuepeL, /bid., col. 2963 ; de B. Weiss, Das Leben Jesu, 1902, 1, p. 210; H. Gunxez, Zum Religionsgesch. Verständnis des N. T., 1903, pp. 63-70,mais en insistant sur les dispositions des milieux judéo-chrétiens à accueillir cette idée; A. Lorsy, à ce qu’il semble, d’après la Revue d'Hist. et de Litt. relig., 1903, P- 292.
Au contraire, À. Harnack, Dogmengeschichte, 1, p. 100, cf. 96; ainsi que LoBsrein, 0p. cit., p. 31, maintiennent que cette croyance s’est produite dans un milieu judéo-chrétien, et qu’elle se fonde avant tout sur Isaïe, vu, 14.
2 Das Christusbild des urchristlichen Glaubens, 1903; cf. Loisy, L'Evangile et l'Eglise, 2° édit., p. 30.
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la résurrection. C’est la christologie qui se révèle dans les discours des Apôtres rapportés aux premiers chapitres des Actes et dans les premiers écrits de saint Paul!. Plus tard, on reporta l'investissement divin du Christ au jour de son baptême; et c’est ce que l’on a entendu traduire par la descente du Saint- Esprit sous la forme d’une colombe, par la voix du ciel qui accrédite Jésus en qualité de fils bien-aimé de Dieu. L’évangile de Marc ne dépasse pas cette seconde étape de la conception primitive. La doctrine d’un Dieu qui sauve le monde par son élu, son lieutenant, son Christ, son Fils, est un emprunt fait au messianisme juif, qui n'était lui-même qu'une expression de l’idée théocratique qui court d’un bout à l’autre de l'Ancien Testament ?.
b) Parallèlement à cette conception, une autre se faisait jour dans les plus anciennes communautés ethnico-chrétiennes : elle y fut propagée par Paul de Tarse, qui en avait emporté les éléments des écoles rabbiniques de la Palestine. Il reconnaît en Jésus de Nazareth la présence d’un être spirituel, personnel, existant au ciel avant que de devenir homme. L’apôtre ne le tient pas encore pour Dieu, mais il voit
1 Act., n, 30-36; v, 30, 31; xin, 33; Rom., 1, 4. 2 Il Reg., vu, 13, Ps. exxxi, 11; Psaumes dits de Salomon.
en lui le premier-né du Père (son image, son propre fils); l'idéal humain : un second Adam, qui descend du ciel, au lieu d’être tiré de la terre comme le premier. Il a apparu dans la chair pour nous délivrer du péché, de la loi et de la mort: Cette idée, qui s’enrichit encore avec l’Epitre aux Colossiens et celle aux Hébreux, atteint son plein développement dans le quatrième Evangile ; sous l'influence de la théosophie judéo-alexandrine, le Christ devient franchement une incarnation divine.
Au reste, la doctrine sur la préexistence du Christ n’envisage pas l’origine humaine de Jésus. Saint Paul et saint Jean ne le donnent nulle part comme le fils d’une vierge ; on a même des indices positifs permettant de penser qu’ils l’ont cru de la race de David, d’après les lois ordinaires de la descendance charnelle.
c) Plus tard, au cours du n° siècle, on fit la synthèse de ces deux conceptions. Si le Christ était Fils de Dieu avant que d’être homme, pourquoi lui chercher un père parmi les mortels? La naissance virginale fut la formule populaire pour affirmer son origine totalement divine. Jésus est décidément Fils de Dieu, non plus en un sens moral, ni simplement par son être métaphysique, il le devient encore physiquement, puisque sa génération terrestre est