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l'œuvre du Saint-Esprit!. D’après Holtzmann?, le rapprochement s’est fait ici sans précaution, on aurait réuni des choses incompatibles. La synthèse semble s'être effectuée dans les milieux ethnico-chrétiens, bien qu'elle ait été préparée par des écrits juifs, tels que le livre d’'Enoch et l’Apocalypse d’'Esdras. Quoi qu’il en soit, ajoute-t-on, la croyance en la parthénogénèse est tributaire de la mythologie grecque aussi bien que de la littérature religieuse des Juifs. Si elle a bénéficié des spéculations rabbiniques sur la préexistence du Christ et peut-être aussi d’une exégèse courante qui entendait du Messie Isaïe, vu, 14, elle doit pareillement, et beaucoup, à la tradition des Grecs habitués à diviniser leurs grands hommes et à faire descendre des dieux leurs héros.
M. Herzog trouve cette solution trop complexe. On peut contester l’originalité de celle qu'il propose; mais il faut reconnaître qu’elle est simple et radicale. Voici à quoi elle se ramène. La conception virginale répugnait à
4 Cf. A. Loisy, L'Evangile et l'Eglise, 2° édit., p. 30.
2 Lehrbuch der N. T. Theologie, 1897, I, pp. 415, 356, 381 ; II, 458.
3 Ceux qui ont lu H. Hortzmanx, op. cit., 1, pp. 409-415 et Sozrau, Die Geburtsgeschichte Jesu Christi, 1902, conviendront sans peine que “la thèse de M. Herzog ne présente rien de nouveau.
l'esprit hébraïque. Aussi bien n’entrait-elle pas dans l’idée messianique du peuple juif, pas plus dans l’école prophétique que dans l’école apocalyptique. «On peutaffirmer avec certitude que cette croyance n’est pas l’œuvre de l'Eglise judéo-chrétienne.. Elle est le produit de l’esprit hellénique. Quand les chrétiens d’origine païenne apprirent que Jésus était, à la fois, le Messie et le Fils de Dieu, ils firent à ces deux notions un accueil très différent... Les fidèles s’habituèrent, il est vrai, de bonne heure, à donner à Jésus le titre de Christ — traduction grecque du terme hébreu Messie; — mais ce mot resta pour eux une formule mystérieuse et sans portée. Il n’en fut pas de même du titre de Fils de Dieu. Ici, l'imagination des chrétiens d’origine païenne se donna libre carrière. En apprenant que Jésus le Sauveur du monde était en même temps le Fils de Dieu, ces hommes dont l’enfance avait été bercée dans les légendes du paganisme, ne pouvaient manquer de se rappeler les poétiques récits, dont leur âme était pleine. Des Fils de Dieu! La Grèce et, à sa suite, Rome en avaient possédé. Tous ceux qui avaient dépassé le reste des hommes par leur force, leur puissance ou leur génie, ne les avaient-ils pas dépassés par leur naissance? Sans parler des guerriers des temps héroïques, ne disait-on pas que Pytha-
gore, Platon, Scipion, Auguste avaient eu un dieu pour père! » ?
On voit que les mythologistes d'aujourd'hui sont moins scrupuleux que Strauss. Non contents de fouiller minutieusement dans tous les auteurs classiques, pour augmenter le nombre de ceux que l'on a dit être nés d’une femme et d’un dieu?, ils ont mis à contribution la littérature de l’Extrême-Orient. C’est surtout dans les livres bouddhiques que l’on prétend avoir trouvé des cas caractérisés de naissance virginale. Récemment encore, M. Albert Edmunds? a écrit un ouvrage sur ce sujet. Il estime que le dogme chrétien est un emprunt.
Vraisemblablement, la légende bouddhique de la reine Maya, qui vit en songe le Bouddha entrer dans son sein sous la forme d’un éléphant blanc, pour s’y incarner, est à l’origine du récit de Luc. Finalement, l’auteur est disposé à regarder plutôt du côté de la Perse;
1 La conception virginale du Christ, dans la Revue d'Ifist. et de Littér. relig., 1907, pp. 121-123. Du reste, l’auteur admet qu’on eut recours plus tard au texte d’Isaïe, vu, 14, entendu à contresens, pour justifier le dogme nouveau.
2 CF. P. Ronrsac, Geboren von der Jungfrau, 1898.
3 Buddhist and Christian Gospels, Tokyo, 1905. A lire encore sur le sujet Seypez, Evangelium von Jesu, 1882 ; Buddhalegende, 1884; Das älteste Evangelium, 1897. W. Bousser, Tlheolog. Rundschau, Febr. 1899, a attiré l’attention sur le caractère ( partial et même extravagant » de ces publications.
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c'est, paraît-il, dans l’Avesta qu’on rencontre surtout des vierges-mères.
De son côté, un chanoïne anglican de Rochester, M. le professeur T.-K. Cheyne, s’appliquait, dans un livre retentissant, à vulgariser, en Angleterre, les conclusions de la critique radicale allemande contre l'autorité historique de l'Evangile de l'Enfance. Au même moment, un autre « scholar » d'Oxford, M. Fred. Conybeare envoyait au journal The Standard un réquisitoire violent contre le sentiment traditionnel au sujet de la naissance virginale du Christ?. On ne tarda pas à constater combien l’exemple tombé de si haut avait été funeste. Un des symptômes les plus alarmants de cette action dissolvante est la déclaration publiée en janvier 1906 par cent un membres du clergé anglican, et qui a rallié près de deux mille signatures tant en Angleterre qu'aux Etats-Unisÿ. Or, un des points pour
1 Bible Problems, 1905; et dans le même sens Beesy, Doctrinal Significance of a miraculous Birth, dans Hibbert Journal, oct. 1903. M. GuiGneserr, Manuel d'hist. ancienne du Christianisme, 1, les Origines, 1906, pp. 163-169, a essayé de vulgariser parmi nous les mêmes conclusions.
2 Numéro du 11 mai 1905, p. », résumé par M. Hour, La question biblique au XX° siècle, ch. xw, sur un ton qui est, tout au moins, offensant pour la foi chrétienne.
3 A declaration on Biblical Criticism by 1725 Clergymen of the Anglican Communion, etc., edited by Huserr Hanozey, M. A., mars 1906.
lesquels on y réclame la libre recherche se trouve être précisément le caractère historique du récit qui concerne la conception de Jésus-Christ.
Il est vrai que ces audaces ont provoqué des réfutations, surtout en Amérique, de la part des protestants conservateurs {! La plus motivée est peut-être celle du D' Briggs. Elle revient à dire que la croyance en la naissance virginale du Christ est au-dessus de la critique historique. L'église chrétienne ne saurait biffer cet article de son Credo, mais l’auteur estime qu’elle n’a pas à le présenter comme essentiel à la foi ou à la vie religieuse des individus. Il conclut que le croyant peut se dispenser de donner une adhésion positive à ce dogme, et surtout d'entrer en explications pour le défendre.
1 L'autorité de l’évangile de l'Enfance, notamment en ce qui concerne la naissance virginale du Christ, a été défendue parmi les protestants :
a) En Allemagne, par Hase, Geschichte Jesu, $ 28, p. 280 (édit. de 18gr) : il réfute les objections soulevées par Strauss, mais admet du reste, en partie, l'explication mythologique ; Rescu, Das Kindheitsevangelium, 1897; Hircenrern, loc. cit. supra; ZaAuN, Das apost. Symb., 1803, p. 57; Das Evangel. des Matthäus, 2° édit., 1905, p.66; GRuTzmacHER, Die Jungfraugeburt, 1906.
b) En France (ou mieux en langue française), par Goper, Comment. sur l’évangile de S. Luc, 1, 186-196 ; Zntrod. au N. T., 1900, Il, p. 483; Evo. Roruricm, La composition des
Jusqu'ici, les catholiques n'avaient pas été amenés à traiter le sujet du point de vue apologétique; des attaques récentes ont été cause qu'ils ont publié, coup sur coup, plusieurs études sur le sujet. Les unes s’attachent à
établir que les deux premiers chapitres de
saint Matthieu et de saint Luc méritent, tout autant que le reste des Evangiles, d’être tenus pour de l’histoire et de l’histoire véridique; les autres font voir combien arbitraires ou
Evangiles, 1897, pp. 81-89; Bovon, Théologie du N. T., p- 214.
c) En Angleterre, par A. Wricur, À Synopsis of the Gospels in Greek, 1903, Introd., p. xu1; Gore, Dissertations on Subjects connected with the Incarnation, pp. 12-40, et encore dans Bampton Lectures, 1891, p. 78; puis dans Church Times, 1902, 24 Dec. ; 1903, 6 Febr.; dans Chris-
tian World, 1901, 26 Dec. etc.; Swere, The apostiles’ :
Creed, ch. 1v; W. Ramsay, Was Christ born at Bethlehem ? 1898 ; Ranpozem, The Virgin birth of our Lord, 1903 ; Sanpay, The Virgin birth of our Lord J. C., dans Christian World Pulpit, 4 février 1903 ; Outlines of the Life of Christ, 1905, p. 191; 7he Standard, 16 mai 1905; Daily Mail, 1° et 8 août 1905; KnowunG, Our Lord's Virgin Birth and the Criticism to-day, 1903; Orr, Ritchlianism, 1903, p. 237 ; J.-G. Macuen, dans Princelon Theological Review, 1906, pp. 37-81 ; R.-J.Cookr, Did Paul know of the Virgin birth ? dans Methodist Review, 1906, pp. 248-26r. Dans l'American Journal of Theology on a ouvert un Symposium sur la question, janv. 1906, pp.1-30 ; il débute par un article de M. Warfield, dont la conclusion est que la naissance virginale est postulée par l'œuvre du Christ. Le même journal avait déjà donné, en 1902 (juillet et octobre), deux articles de T. Azcen Hoëen, The Virgin Birth.
même invraisemblables sont les explications des mythologistes!.
Nous venons d'exposer, sans rien amoindrir, pas même l'effet d'ensemble, tout ce que les critiques indépendants ont fait valoir contre l'autorité de l’évangile de l'Enfance. Ille fallait, ne füt-ce que pour enlever aux adversaires le prétexte facile de dire que les apologistes catholiques laissent ignorer à leur public le véritable état des questions?. Le croyant aurait
1 R.P. LAGRANGE, dans la Revue biblique, 1895, p. 160, Le récit de l'enfance de Jésus dans saint Luc, Ibid., 1899, p- 618; 1906, p. 502; R. P. Rose, Etudes sur les Evangiles, p. 39; M. Lerin, Jésus Messie et Fils de Dieu, 1906, 3e édit., p- 55, et dans le Dict. de la Bible (Vigouroux), IV, col. 1386, 1414; V. Me Nass, O. P., Saint Mark's Witness to the Virgin Birth dans Journalof theological Studies, April, 1907; E. Mawcexor, La conception virginale de Jésus, dans la Revue de l'Institut cath. de Paris, mai-juin, 1907; P. L. De GRaNDMaIsoN, La conception virginale du Christ dans les Etudes, 20 mai 1907, p. 503; O. BARDENHEWER, Die Geburt Christi aus der Jungfrauund die moderne Theologie, dans Monats blätter für den Katholischen Religionsunterricht, 1907, pp. 84-91; S. Prorin, La conception virginale du Christ, dans la Revue Augustinienne, 15 juillet 1907, p- 5; E. VacANDARD, Saint Marc et la conception virginale, dans la Revue prat. d'Apologétique, juillet 1907, p. 412; P. Camuser, La conception virginale du Christ, Ibid. 1 sept. 1907, p. 701. H. Dr La Vierge-Mère, dans la Revue du Clergé français, 15 juillet 1907, p. 113. Celles de ces études parues en 1907 sont des réponses à l’article de M. Herzog paru dans la Revue d'Hist. et de Litt. religieuses,
2 C’est encore l’accusation formulée par M. Houtin, op.
tort de s’émouvoir de tout ce déploiement d’érudition, et encore plus de s’en laisser imposer par l'audace des négations. Pour s’en convaincre, il suffira d'examiner les choses d’un peu près.
cit., p. 242, note 1, quand il écrit de ces objections « qu'il n’y a plus guère que les théologiens qui ne les sachent pas, parce qu'ils ne veulent pas les savoir ». M. Houtin les connaît, mais on s'aperçoit sans peine qu’il les a apprises dans des journaux.