OT 4 OR TT
! On peut voir ces diverses solutions dans Dict. of the Bible (Hastings), Il, 645, où le Révérend Sanday les a bien formulées.
? Il est à remarquer que toutes ces variantes ont été relevées dans le groupe de manuscrits qu'ou appelle oceidental. On lui accordait une médiocre attention, à cause de l’étrangeté de ses divergences; et voilà que, depuis quelques années, cette circonstance même lui vaut de la considération.
Une généalogie, qui rattache le Christ à la famille de David par Joseph, ne pouvait manquer de créer des difficultés aux orthodoxes, le jour où la naissance virginale devint matère à controverse. On y fait sans doute mention de Marie, mais les noms de Thamar, de Rahab, de Ruth et de la femme d’Urie y figurent pareillement. C’est ce qui explique que Cérinthe, Carpocrate, et peut-être Symmaque, aient osé se réclamer de l’évangile selon saint Matthieu pour y appuyer leur sentiment sur l’origine de Jésus-Christ selon la chair. Ils n'avaient qu’à raisonner comme fait le juif du dialogue de Timothée et Aquila.
On conçoit que le commentaire orthodoxe, fondé du reste sur le contexte et le sentiment traditionnel, ait, de-ci de-là, pris la place du texte. Nous connaissons d’autres exemples du procédé. Cependant, ces tentatives sont restées isolées, elles n’ont pas réussi à supplanter la lecon primitive.
… Le récit de l'Enfance, tel qu'il se lit dans saint Luc, porte en lui-même une preuve de Son authenticité. Le récit y coule si limpide Qu'il donne l'impression de fraicheur qu'on éprouve près des sources. Se peut-il imaginer rien de plus homogène, de mieux lié queces
deux premiers chapitres ? E. Renan dit qu’on ne saura jamais assez le plaisir que saint Luc a eu d'écrire son Evangilef. Si la parole a quelque vérité, c’est surtout ici qu’elle doit se vérifier. Aussi, n’était-il encore venu à la pensée de personne de méconnaître le caractère.
primitif et l'unité de cette page. Marcion luimême, n’osant pas en prendre et en laisser, s'était décidé à la retrancher en entier de son texte. Ceux qui nous apprennent le fait nous“ ont dit pourquoi il en agissait ainsi. Comme“ le gnostique-docète refusait au Christ toute naissance humaine, il n'avait que faire de sa généalogie et d’un récit où l’on racontait comment il était né d’une femme?.
Il était réservé à des critiques modernes de porter la main sur le texte de saint Luc pour le mettre en pièces. Ils partent manifestement
LO HÉETERR. à.
1 « C'est le plus beau livre qu’il y aït. Le plaisir que l’auteur dut avoir à l'écrire ne sera jamais suffisammen compris » (Les Evangiles, 2° édit., p. 283).
2 Sant IRÉNéE, C. Hæres., I, xxvu, 25 HIL xu, 7, 225 Terru., adv. Marc., 1,1;1x,2; SAINT Epipx., Hæres., 1, 3, 11 D'ailleurs, le critère interne suffit à démontrer que le tex de Marcion était mutilé et que le nôtre n'a pas été obten avec le sien par voie d’addition. Cf. PLuumer, The Gosp according to S. Luke, 1900, 3° édit., pp. Lxix-zxx. Nou avons déjà dit que M. Schmiedel renouvellerait volontiers la tentative de Marcion; tandis que M. Harnack, Sitzungs ber, der Kais.-Preuss. Akad. der Wiss., 1900, p. 538, so tient que l'ensemble des deux chapitres fait partie de l'œuvre de Luc.
d’une hypothèse qui ne tarde pas à prendre pour eux la valeur d’un fait indiscutable :
l'Eglise primitive adû étreébionite ;et donc sa croyance sur l'origine de Jésus n’a pas puêtre celle que réfléchit le texte du troisième Evangile (1-11, 20), si manifestement dominé par l’idée d’une conception surnaturelle. D'où il suit que cette portion du récit ne représente pas la première étape de la pensée chrétienne. Au contraire, la seconde partie (11, 21-52), où l’on voit l'enfant de Joseph et de Marie se soumettre à la loi de Moïse et progresser sous l'influence de la grâce divine, a toute chance d’être plus ancienne; on peut y reconnaître un fragment de la littérature judéo-chrétienne.
C'est là une assertion de tout point arbitraire, rien dans les textes, fond ou forme, ne l’autorise. On ne relève aucune différence de langue entre les prétendues sections. La seconde, qu'on nous dit être antérieure, suppose au contraire la première. Pour s’en convaincre il suffit de comparer 11, 21 avec 1, 31. L'évangéliste fait observer qu’au jour de sa circoncision on donna à l’enfant le nom de Jésus, « comme l'ange l'avait nommé avant qu'il füt conçu dans le sein » de sa mère; ce qui n’a plus de sens sans les paroles de l’ange qui se lisent dans le premier chapitre : « Voici que tu concevras et enfanteras un fils, et tu
lui donneras le nom de Jésus! ». Plusieurs autres endroits, notamment 1, 80 et 11, 40; 1, 67-79 et 11, 25-39, présentent un parallélisme non moins saillant. Le récit est tout entier d’une seule et même inspiration; Marie y tient la première place, même dans la seconde partie’. Etant donné les mœurs juives, cette préséance accordée à une femme ne se comprend plus, si Marie est une mère ordinaire.
Je ne dis rien, pour le moment, du caractère intime des renseignements fournis par l’évangile de l'Enfance, qui donnent le droit d’en rattacher le récit au témoignage des personnes mêmes quis’y sonttrouvées mêlées ; c’est une considération sur laquelle nous aurons à « revenir.
++ Une critique plus déliée accorde l’unité littéraire de l’ensemble du morceau, seulement « elle pense que, pour en faire disparaître l’idée de l’enfantement virginal, il suflit de suppri- « mer les versets 34 et 35 du premier chapitre : « « Or, Marie dit à l’ange : Comment cela se | fera-t-il, puisque jene connais point d'homme ? 1 M. Schmiedel se débarrasse lestement de ce rapproche-
ment qui fait échec à sa théorie. « Cette allusion à ce qui
précède a pu être aisément intercalée, quand on a joint ensemble les deux chapitres» (Encycel. bibl. (Cheyne), HI, 2960).
2 Cf. un, 34, 48, 51.
CRITIQUE DÉTAILLÉE DU TEXTE DES ÉVANGILES 87 L'ange lui répondit: « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre : c’est pourquoi le Saint qui naîtra de toi sera appelé fils de Dieu ». Cette parenthèse ne devait pas faire partie du récit primitif recueilli par le troisième évangéliste. Au reste, on accorde qu’elle a pu y être introduite par saint Luc lui-même, comme aussi par un interpolateur.
On doit avoir des raisons bien pressantes pour porter la main sur un texte, dont personne n'avait encore songé à contester l’authenticité. Celles que donne M. Harnack se ramènent à trois chefs : des particularités dialectales, une déchirure dans le récit, l’antinomie des caractères introduite par ces deux versets.
1° Sinous demandions à M. Harnack de tenir pour douteux tous les passages de la Bible ou des classiques où se lit un terme qu’on ne retrouve pas ailleurs, dans le reste de l'ouvrage, il nous reprocherait sans doute de forcer sa pensée. Aussi bien, nous n’insistons pas, convaincu qu'il n’accorde pas luimême une grande valeur à sa première considération ?.
1 Zu Ici, 34, dans Zeïtsch. für die neutestam. Wis-
senchaft, 1901, p. 53.
2 Les versets en question contiennent les particules
2° Est-il vrai que le verset 31 se trouve violemment séparé du verset 36 par la préten-« due interpolation ?
J'ai beau regarder, jene réussis pas à découvrir la déchirure. Autant vaudrait dire que la « réponse de Zacharie, au verset 18, a été séparée des paroles de l'ange, qui se lisent au.
verset 13. Si les deux versets 34 et 35 ne figuraient pas dans le texte, les exigences du récit permettraient de conjecturer leur suppression; mais nous n'avons pas à recourir à des hypothèses : le passage con-« testé fait bien réellement partie du texte, et rien ne donne le droit de l’enlever. Pour le rendre contestable, c’est un insuflisant témoi- «
bone
èreé et duo. Or, ère ne se lit nulle part ailleurs dans saint Luc, (vi, 1, étant contestable). Qnant à ôw, il se présente encore une fois dansle troisième évangile, vu, 7; mais M. Harnack doute de son authenticité, parce que cette particule manque dans plusieurs témoins. L'indice a paru si faible, que toutes les éditions critiques retiennent ici & comme authenti-« que, et à bon droit. N'importe, M. Harnarck en reste soucieux. Je le cite. « À cause de la constance dont l'évangile de Luc fait preuve dans l’usage des particules, la présence de êw dans les versets en question (1, 35; vu, 7) est faite pour surprendre; quant à èrc, il décèle nettement sa pro-« venance ». — Mais M. Harnarck n'ignorait pas en 1901, que à se rencontre dix fois dans les Actes des Apôtres; et tout le monde sait aujourd’hui que le docte critique vient d'écrire un livre pour soutenir que le troisième évangile et les Actes sont d’un même auteur, et que cet auteur est Luc le médecin. Cf. Lucas der Arzt, 1906.
gnage que celui d’un exemplaire latin du vi° siècle, portant,parerreur de copiste, le verset 38 à la place du verset 34, qui se trouve de la sorte reproduit deux fois!. Ce serait faire, tout d’un coup, trop d’honneur à un manuscrit isolé, dont l’archétype est à chercher parmi ces exemplaires, que saint Jérôme décriait, en écrivant au pape Damase : « Apud nos (les Latins) #ixla sunt omnia® ».
On prétend que le v. 35, loin d’être un développement de ce qui précède, apporte une explication nouvelle, faisant double emploi avec les versets 31 et 32. Il ne s’agit plus d’un Sauveur héritier du trône de David son père, mais d’un Fils de Dieu, conçu par l’opération du Saint-Esprit. — Pour donner à la difficulté quelque consistance, on eut bien fait de nous dire pourquoi un fils de David ne pouvait
1 À savoir b, cod. veronensis, qui est édité dans Mine, P. L., XII, 506. Cf. Tiscaenporr, Nov. Test., edit. 82 maj., 1869. Les éditions critiques, où l’on ne retient que les variantes de quelque autorité, omettent complètement celle-ci.
? Le passage vaut la peine d’être cité avec plus d’'ampleur : « Si enim latinis exemplaribus fides est adhibenda, respondeant quibus : tot enim sunt exemplaria pæne quot codices…, ea quæ vel a vitiosis interpretibus male edita, vel a præsumptoribus imperitis emendata perversius, vel a librariis dormitantibus aut addita sunt, aut mutata corrigimus.. Unde accidit ut apud nos mixta sint omnia » (Miane, P. L., XXIX, 526-528).
pas être représenté un peu après comme fils de Dieu. Du reste, le v. 35 n’ajoute rien, de ce point de vue, au v. 32, où l'héritier de David se trouve déjà appelé « Fils du Très-Haut ».
Il est vrai qu'il n’est question de la conception surnaturelle qu'au v. 35; mais pourquoi s’en étonner ? Cette explication ultérieure a été rendue nécessaire par la question de Marie : Quomodo fietistud quoniam virum non cognosco ? Insister, en disant que, d’après la teneur de ce même v. 35, Jésus est appelé Fils de Dieu, précisément parce qu’il doit étreconçu surnaturellement, c'est toucher à une difficulté ultérieure, qui n’a rien à voir avec l’authenticité des versets 34 et 35, mais que nous rencontrerons plus loin.
M. Harnack estime que la question posée par Marie (v. 34) est invraisemblable. Elle demande comment se pourra accomplir la prédiction de l’ange. Marie est fiancée, et c’est évidemmentavec l'intention d'en venir au mariage. Dans ces conditions, la promesse de la maternité qu'on lui fait n’a rien de déconcertant, puisque jusqu'ici il n’a pas été question de conception virginale. Les interprètes catholiques ont, de tout temps, résolu la difliculté en disantque, nonobstant ses fiançailles et son mariage, Marie se proposait de rester vierge. Nous croyons que cette explication est la véri-
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CRITIQUE DÉTAILLÉE DU TEXTE DES ÉVANGILES g1
table; il est juste cependant de faire observer que des auteurs protestants ne la croient pas nécessaire pour maintenir la vraisemblance de la demande formulée au v. 341.
M. Loisy lui-même est loin d’être satisfait par le procédé sommaire des critiques qui décrètent d’inauthenticité Luc, 1,34, 35. « M. Harnack, écrit-il, semble passer un peu vite sur les paroles : « Je ne connais pas d'homme ».
Quand même elles n'auraient pas d’autre but que de préparer la réponse de l’ange, elles doivent être autre chose qu’un artifice de rédaction insignifiant et mal venu. Il ne s’agit pas de savoir si une femme en puissance de mari pouvait s'étonner de devenir mère, mais si l’auteur de ce passage a pu croire que Marie pouvait s'étonner. Il a formulé la question conformément à l’idée qu'il se formait des relations de Marie avec son époux, et il aurait tourné cette question autrement, si l’assertion : « Je ne connais point d'homme », avait été aussi absurde à son point de vue qu’elle l’est aux yeux de M. Harnack. Le sens naturel de ces paroles est celui que leur attribue la tradition catholique : l'objection de Marie n'a de signification que si la vierge est mariée sans l'être ; et l’évangéliste a dû l’entendre ainsi? ».
1 Voir PLummer, The Gospel according to S. Luke. p. 24. 2? Revue d'Hist. et de Litt. religieuses, 1903, p. 291.
Un autre indice de l'interpolation des versets 34 et35 seraient les paroles de l'ange au sujet d'Elisabeth, aux versets 36 et:37. Ce discours, dit-on, n’a designification qu'autant qu’il n’a pas encore été parlé de conception virginale par l’opération du Saint-Esprit. Elisabeth devenant féconde dans sa vieillesse peut bien servir de signe pour la destinée messianique de Jésus, mais non pour sa conception virginale. Un miracle d’ordre inférieur ne saurait être un gage d’un miracle d’ordre supérieur.
D'autant plus que le v.37 « Rien d’impossible à Dieu » ne semble devoir s'entendre que du cas d’'Elisabeth.
Tenons-nous au texte. Son sens naturel, celui que suggère la simple lecture et que confirme une étude plus approfondie, c’est qu'on entend établir ici un parallèle entre les deux conceptions : celle d'Elisabeth et celle de Marie; et que la première, dont Marie va constater, dans quelques jours, la réalité, lui doit être une preuve que la seconde s’accomplira, comme l’ange l’a dit. Il va de soi que le fait d’une femme rendue féconde dans sa vieillesse n’est pas, à lui seul, une preuve irréfragable qu’une vierge deviendra mère ; aussi bien l'ange ajoute-t-il immédiatement « qu'il n’y a rien d’impossible à Dieu ». Si ces paroles ne concernent que la fécondité d’Elisabeth, elles man-
quent de mesure. Pourquoi en appeler à la « toute-puissance » de Dieu pour la réalisation d’un prodige qui est un des plus ordinaires dans l’histoire juive? Sara, Anne et la femme de Manué sont devenues mères dans des conditions semblables. Cette intervention de la grâce divine était censée si fréquente que le psalmiste l’a choisie pour caractériser la miséricorde de Jahvé « qui attache la femme stérile au foyer, en lui donnant des enfants! ».
Ce serait pervertir l'esprit de tout le récit de lAnnonciation dans saint Luc que de supposer que, dans sa pensée, la vertu de l'Esprit a moins éclaté dans la conception de Jésus que dans celle de Jean-Baptiste. Et pourtant c’est à soutenir ce paradoxe que sont réduits ceux qui nient la conception virginale proprement dite. Elisabeth a besoin de la grâce divine pour devenir mère, tandis que Marie peut prétendre enfanter sans aucune intervention spéciale de Dieu. Aux yeux de l’évangéliste, il n’y a manifestement rien de commun entre un « tardné » et Jésus né de Marie par l'opération du Saint-Esprit.
Enfin, il est à peine besoin de faire observer que la parole d’acquiescement prononcée par Marie : « Voici la servante du Seigneur,
1 Ps. oxut (hébr.), 9.
Lie
qu'il me soit fait selon votre parole », n’est ni une prière, ni une action de grâces, mais un acte de soumission à la volonté de Dieu.
A quoi se soumet-elle ? À l’honneur d’être la mère du Messie? Pas un exégète n’a encore songé à cette explication. Sans lPombre d’un doute, Marie consent, puisque Dieu le veut, à devenir mère; bien qu’elle eût déjà projeté de disposer autrement de sa vie. Compris de la sorte, le v. 38 suppose le v. 34, qu'on déclare non authentique!.
Autre invraisemblance qu'on aurait intro- .
duite dans le texte primitif, en linterpolant : Zacharie a été puni pour avoir dit à l'ange : Comment saurai-je la vérité de ce que tu m'annonces ? Et voilà que Marie se voit louée pour sa foi (1,45), bien qu’elle prononce ici une parole de défiance. — La demande de la Vierge
1 Sur la phraséologie hébraïque des deux versets contestés (1, 34, 35), on lira avec profit, G. H. Box, The Gospel narrative of Nativity andthe alleged influence of heathen ideas, dans ZNTW, 1905, p. 92.
Le mot de P. Feine, reproduit par le R. P. LAGRANGE, Rev. bibl., 1895, p. 176, est admirable de justesse : { Supprimer ces deux versets (1, 34, 35), c'est enlever le diamanten laissant la monture ». M. Conyseare, 7he Guardian, mars 1903, insiste sur le fait que Luc, 1, 34 et 35 ne figurent pas dans l’apocryphe le Protévangile de Jacques, x1; mais on lui a répondu qu'ils sont implicitement contenus dans les paroles de l'ange, x, 2. Cf. KnowuxG, The Virgin Birth, P- 94.
titoutcil
n'implique pas un sentiment de défiance, elle ne témoigne pas même de l’étonnement. Et pourquoi une fiancée s’étonnerait-elle du discours que lui tient Gabriel : Æcce concipies et paries filium ? Seulement, elle exprime le désir d’être renseignée sur un point qu’elle a le droit de connaitre. Entendant rester vierge, Marie ne voit pas distinctement comment elle pourra devenir la mère du Messiel!.
3° M. Harnack trouve que la demande de Marie n’est pas dans le caractère de celle à qui on la prête. Dans tout ce récit, le trait distinctif de la Vierge est son silence : elle ne répond rien à Elisabeth, rien aux bergers, rien à Siméon, rien à Jésus lui-même; elle se contente d’ensevelir dans son cœur ce qu’elle entend.
Et ici, elle est assez audacieuse pour répliquer à l’ange : Comment cela se fera-t-il? — L’objection suppose comme définitivement acquis que le Magnificat n'a pas été dit par Marie.
L'attribution de ce cantique a soulevé, il y a
1! «Elle ne demande pas une preuve, comme a fait Zacharie(v. 18), et ce n’est que parla forme de l'expression qu'elle s’informe du mode dont tout cela s'accomplira... Non dubitantis sed admirantis (Grotius). Saint Ambroise dit, en l’'opposant à Zacharie : Hæc jam de negotio tractat, ille adhuc de nuntio dubitat. I est clair qu’elle ne doute pas de ce qu’on lui promet; elle ne suppose pas davantage, pas même un moment, que son enfant doit être l'enfant de Joseph ». PLummer, loc. cit.
dix ans, une controverse, et voilà qu'on la tient pour résolue contrairement au sentiment traditionnel. C’est aller vite et se contenter de peu, en fait de preuves!. Mais, passons. Marie sortiraittout d’un coup de son rôle de silencieuse, pour avoir répondu cinq paroles au plus extraordinaire des messages! Pourquoi ne pas supprimer 1, 38 : Voici la servante du Seigneur; et encore 11, 48? Alors, oui, elle serait silencieuse!
Telles sont les raisons sur lesquelles des critiques de grand renom ont cru pouvoir fonder les conclusions suivantes : @) dans le récit primitif du troisième évangile, il n’était pas question de naissance virginale; b) lincidente de évouifero, à Ce que l’on croyait, est une addition exigée par l’interpolation #, 34, 35; €) d’où il suit qu'on peut retrancher lPépithète de achève, vierge, qui se lit deux fois dans 1, 27, et que là même iwmsrouém, fiancée, signifie comme dans 11, 5, où il n’est qu'une surcharge accolée à yrwaxi, épouse*.
Au lecteur de dire ce qu’il reste de cette triple assertion.
M. Conybeare a tenté de joindre l'autorité d'un témoignage historique aux arguties —
! Voir ci-dessus, p. XXVH, nn. 1.
2 Cf, Usexer, dans Æncycl. bibl. (Cheyne), 3349.
ne “I St <
le terme n'a rien d’excessif — que l’on peut fonder sur l'examen du texte même de saint Luc; mais il faut convenir qu'il a eu la main malheureuse !. Théodote le corroyeur, dont on pense avoir déterré le témoignage, ne se réclamait pas du troisième Evangile (1,35), pour contester la conception virginale du Christ, — que probablement il admettait, — mais pour nier sa divinité. L'ange, observaitil, a dit: « L'Esprit du Seigneur surviendra en toi », et non pas « sera en toi ». Le texte de saint Epiphane est entre les mains de tous, et il est loisible à chacun de s'assurer que cet auteur, — le seul qui nous renseigne en détail sur les textes allégués par Théodote — a bien compris de la sorte l'erreur du corroyeur de Byzance, et notamment son attitude vis-à-vis de Luc 1, 35?.
Si, dans les Actes de Pilate (Evangile de Nicodème), les amis de Jésus n’en appellent pas au fait de sa naissance miraculeuse pour le défendre contre les calomnies des Juifs, c'est que l’auteur les suppose encore ignorants du mystère. D'ailleurs, eussent-ils été au cou-
, 1 The Standard, 11 mai 1906, fidèlement rendu par son écho français, M. Hourix, op. cit., p. 245.
2 Saint Epipx., Adv, Hcær., L, Liv, 3. Cf. Saumon dans Dict.
of Christ. Biography, 1v, p. 979; et surtout J. TixeRonT,
Histoire des dogmes, 1 La théologie anténicéenne, p. 311.
rant, le sens commun leur signifiait assez qu'une pareille raison n'était pas de mise devant le Sanhédrin ou le tribunal de Pilate. L'apocryphe a le mérite d’être resté ici dans la vraisemblance. Une fois n’est pas coutume.
Pour contester le caractère primitif de l’évan-. gile de l'Enfance, on insiste sur le fait qu'il. est absent du texte de saint Marc, qui représente le type le plus ancien du récit évangélique.
Les critiques s'accordent assez à dire que le second évangile suit, de plus près que les autres, la catéchèse primitive. Le presbytre de Papias précisait davantage, en parlant de laÿ catéchèse de Pierre.
Or, la prédication primitive, telle qu’elle se révèle dans les écrits de saint Paul, s’attachait aux faits de la vie du Seigneur, qui intéressaient particulièrement l’œuvre de salut, qu'il était venu accomplir dans le monde : son baptême, sa prédication, ses miracles, par-dessus tout sa passion et sa résurrection!. Si le silence
1 Au lendemain del'Ascension, saint Pierre caractérise d'un mot celui des disciples qu'il convient d’élire à la place du traître Judas, pour prêcher l'Evangile : il doit être un témoin de la vie publique du Christ. (Il faut donc que parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur
TA
de Mare est ici un aveu d'ignorance, pourquoi ne serait-il pas permis de dire qu’il n’a connu de la vie publique du Sauveur que ce qu'ilen raconte? Les plus radicaux reculeraient peutêtre devant la conséquence. Est-il vraisemblable que l’on ait attendu le dernier quart du 1° siècle, pour s’enquérir des origines et de l'enfance de Jésus ? Que les renseignements à ce sujet soient restés au second plan des préoccupations des Apôtres, qu'ils aient défrayé les conversations, encore plus que les prédications, que tous les détails n'aient pas joui du premier coup et universellement de l’autorité suffisante pour être admis sans réserve, on en convient volontiers; mais il est inadmissible que les récits de Matthieu et de Luc se soient formés, et aient trouvé crédit dans l’espace des quelques années, qui séparent le second évangile du premier et du troisième.
Mais nous avons mieux que cette réponse indirecte. Est-il exact que l’idée de la naissance surnaturelle de Jésus soit complètement absente du second évangile ? Il est permis d’en douter. Alors que les trois autres évangélistes parlent de Joseph et ne craignent pas de l’appeler le
Jésus a vécu parmi nous, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où il a été enlevé d’au milieu de nous, il y en ait un qui nous soit associé comme témoin de sa résurrection ). Acles, 1, 22,
père de Jésus, Marc se tait constamment sur l'époux de la Vierge; pour lui, Jésus est le « fils de Marie! ». C’est là une particularité remarquable, et, en y réfléchissant, on se persuade aisément que le second évangéliste n'ayant pas raconté de quelle manière le Fils de Dieu était devenu l’un d’entre nous, a surveillé de très près ses expressions pour ne rien dire qui püt induire en erreur ou simplement choquer les fidèles.
Peut-être aussi faut-il voir dans l’insistance avec laquelle saint Marc appelle Jésus « Fils de Dieu? », une allusion au fait de sa naissance virginaleÿ.
Deux fois, il est vrai, saint Marc parle des frères et des sœurs de Jésus“; mais saint Matthieu et saint Luc, qui ont mentionné expressément la virginité de sa mère, ne tiennent pas un autre langage?. D'ailleurs, cette circonstance, qui est une difliculté contre la per-
4 Marc, vi, 3.
2 Marc, 1, 1, 1135 11, 11 (12); V, 95 42x, 7, (6); xiv, 61; XV, 39.
3 C'est une circonstance sur laquelle le P. Mc Nabb, O. P., S. Mark's Witness to the Virgin Birth, dans Journal of theological Studies, April, 1907, a attiré l'attention. Cf. E. Vacanparp, dans la Revue pratique d'Apologétique, 1907, t. IV, p. 412.
EVT OS UIIT, 92:
5 Marru., xu, 46 ; Luc, vit, 20.
CRITIQUE DÉTAILLÉE DU TEXTE DES ÉVANGILES IO1 pétuelle virginité de Marie, n’a rien à voir avec la naissance miraculeuse de Notre-Seigneur!.
1 À moins que l'on accorde quelque attention à un écrit gnostique du nu‘ siècle, les Actes de Thomas, dans lequel lapôtre Judas-Thomas est appelé une fois, peut-être deux, « le jumeau du Seigneur ». Cf, W. Wricra, Apocryphal Acts of the Apostles, Il, p. 180 (trad. angl., 1871); M. Box- NET, Suppl. cod. apocr., II, p. 148 (texte grec, édit. 1908), et E. Hennecxe, Neutest. Apokryphen, p. 493 (trad. allem., 1904). Si l’on supprime cette appellation singulière et tout à fait incidente, il ne reste plus rien dans ce long roman, — il est divisé en treize actes, — qui donne à entendre que Thomas soit le jumeau du Seigneur. On l'appelle couramment l’Apôtre, le disciple, le serviteur, l'esclave de Jésus. Lui-même n'a certainement pas conscience de cette parenté quand il dit : « Je ne suis pas Jésus, mais le serviteur de Jésus; je ne suis pas le Messie, mais un de ceux qui servent devant lui; je ne suis pas le Fils de Dieu, mais je prie pour que je puisse être trouvé digne de Dieu ». Cf. Bonxer, Il, 270. Il est vrai que Jésus l'appelle « son frère », mais cette appellation n’a pas ici une autre portée que dans les Evangiles (Mar., x, 49; XXV, 40; xxvIN, 10, et endroits parallèles dans les autres évangélistes). Ta. Zaun (Forschungen, VI, p. 348) pense que nous avons affaire € à une invention pure, qui n’a pu se former que dans la tête d’un homme qui niait la prérogative singulière de la génération de Jésus ». Je crois qu’on peut expliquer la chose plus simplement par une légende populaire locale. Elle appartient aux Syriens qui donnent assez couramment à Thomas le nom de Judas : Eusèse, HE, 1, 13, ‘Ioÿôxe, à xui Ouuzs. La légende semble être fondée : a) sur l'étymologie de Thomas surnommé Addupos ; cf. JEAN, x, 16; xx, 24. Dans les Jomélies clément., , 1, on donne le nom de son jumeau : Eliézer; b) sur la puissance surnaturelle qu’a l’apôtre des Indes de prendre, par moment, les traits physiques de Jésus ou inversement; ce qui amène le Seigneur à déclarer au gendre du roi Gundafor : « Je ne suis pas Judas, appelé Thomas, je suis son frère » (Cf. Bonner,
La Vierge Marie, dans l’évangile selon saint Marc, ne semble pas avoir conscience des hautes destinées de son fils; ce qui ne se comprend pas si l'ange Gabriel lui a réellement tenu le langage que lui prête saint Luc (1,30-37). Au début du ministère publie de Jésus, elle ne croit pas plus en lui que ses frères; un jour même elle se joint à eux pour s’emparer de sa personne, jugeant « qu'il était hors de lui », ditle texte de saint Marc!.
L'objection envisage comme certaines plusieurs choses qui sont, pour le moins, contestables ; et notamment qu'il y ait parallélisme complet entre les deux versets allégués ?.
Il, p. 116). Ces légendes n'ont aucun respect des données de l'histoire, elles n’ont pas même le souci d’être conséquentes avec elles-mêmes. Un autre conte donne à Thomas une sœur jumelle appelée Lysia. On trouve peut-être un dernier vestige de la légende de Thomas, jumeau du Seigneur, dans PrisciLureN, édit. Schepss, Corp. script. eccles. lat. Vindob., 1889, p. 44. « Judas apostolus clamans ille didymus Domini » ; et pourtant Priscillien croit à la naissance virginale du Christ (/bid., p. 36).