‹ L'enfance de Je?sus-Christ :Chapitre 43 sur 66 · PU · texte numérisé non relu

PU

2 Marc, mt, 21, dit oi rxp° aùroÿ, sui ; s'agit-il des parents de Jésus ou de certains de ses disciples ? re ëfé:r7, quoniam in furorem versus est ; faut-il prendre ces mots au pied de la lettre ou y voir une hyperbole ? Du reste « ils ne disent pas que Jésus ait perdu la raison, le mot dont se sert l'évangéliste n'ayant pas cette acception précise dans l'usage du Nouveau Testament ets’employant pour désigner tout transport d'étonnement, d’admiration, de stupeur, d'enthousiasme ; mais ils le croient dans un état d’exaltation

Mais, acceptons ici les pires conditions. Marie a bien pu se joindre au cortège de ses proches, inquiète qu’elle était sur les dangers que courait son divin Fils : les indiscrétions de la foule ne lui laissaient pas même le temps de manger, et la jalousie des Pharisiens com-

… mystique qui lui fait perdre le sens réel de la vie et de sa propre condition ». M. Loisy, dans la Revue d'Hist. et de

« Jittér. relig., 1904, p. 439. — ‘Edsyo, dicebant ; est-ce un

… propos de la foule, des envieux de Jésus ou de ses proches ? Et s’il vient de ces derniers, parlent-ils de la sorte par conviction, ou bien pour excuser Jésus auprès de ses ennemis ? Par-dessus tout, les proches du Seigneur dont il est question au verset 21, sont-ils à confondre avec ceux qui sont appelés ses frères au verset 31 ? — Autant de questions controversées et dont plusieurs sont réellement controversables. On peut s’en tenir au sentiment de Maldonat, in Marc., 11, 21, qui croit les versets 21 et 31 parallèles, sans pour cela admettre que la sainte Vierge ait partagé les sentiments de ceux qui disent ére &écrn. — D'après G. Herzog, Revue d'Hist. et de Littér. relig., 1907, p. 129, MaTTIEU, xui, 46, et Luc, vint, 19, retranchent à dessein le propos ëre &ëé:rn; et, de la sorte, «ils ont fait au texte de Marc une cicatrice qui saute aux yeux ). La difficulté est de mise si l’on admet le caractère primitif du second évangile, mais je soupçonne fort M. Herzog d’adhérer à l’opinion actuelle de M. Loisy (dans la même Revue, 1903, p. 513), qui ne voit pas dans le Marc canonique un document primitif. Dès lors, si le second évangéliste s'est servi lui-même d’une source écrite, de quel droit nous affirme-t-on qu’il a trouvé ëre &*écrn dans son document et qu’il l’a reproduit ? Il a bien pu l'ajouter pour préparer ce qui suit immédiatement dans son texte : Quoniam Beelzebub habet. Dans ces conditions, Matthieu et Luc n’auraient fait à Marc aucune cicatrice, ils seraient, au contraire, plus près que lui du document primitif.

mençait à s’allumer contre le jeune thauma-

turge!. Saint Luc qui nous avertit expressé-"

ment que Marie sait d'avance, de la bouche

d’un ange, les destinées messianiques de Jésus, «

fait quand même observer que « son père et sa mère étaient dans l'admiration » de ce qu'on disait à son sujet?. Dans le même évangile,

Marie interroge son fils sur les mobiles de «

sa conduite, la première fois qu’il entreprend

ostensiblement l’œuvre de son Père; et saint Luc ne craint pas d'ajouter que ses parents « ne comprirent pas la réponse qu’il leur fit? ». Il faudrait avoir une bien pauvre psychologie pour être déconcerté par l’étonnement de Marie, à mesure que se réalisaient sous ses yeux les merveilles qui lui ont été prédites. La description que l’on nous fait d'avance d'un événement ou d’un ohjet n'empêche pas les sentiments d’admiration ou de terreur, quand il nous tombe sous les yeux pour la première fois. Ce qui est particulièrement vrai des prophéties, dont l’objet reste plus ou moins obscur avant que l'expérience ne vienne à les constater. Enfin, celui-là n’a rien compris d’un cœur de fnère qui s'étonne des sentiments qui

agitent la sainte Vierge, en voyant se dérouler

1 Marc, ur, 20, 22.

2 Luc, 11, 33.

3 Luc, 1, 49, 5o.

PONT Te ,

SEE Eee

le drame qui doit mener Jésus sur le Calvaire. La mère du Christ surnaturellement renseignée, jusque dans les détails, sur tous les événements qui doivent remplir la vie de son Fils, et assistant impassible à leur réalisation, serait un personnage digne des évangiles apo-

cryphes.

Saint Jean ne semble pas s’être préoccupé de l’origine humaine de Jésus, et il n'avait pas à le faire, étant donné qu'il a voulu écrire l’évangile du Verbe incarné. Ce silence s’explique ici de la même facon qu’on fait pour le reste, quand on compare son texte avec celui des synoptiques. Quant à regarder l’Incarnation comme un équivalent de la conception surnaturelle dans la christologie johannique, c'est ce que l’on fait dans plusieurs théologies du Nouveau Testament ; mais il ne suflit pas de proposer des constructions abstraites, encore faut-il les fonder sur les textes et l’histoire!. Nous aurons à revenir sur ce point.

1 D'après H. Hozrzmann, Zehrbuch der Neutestam, Theologie, 1, 419, il résulterait de Jean, 1, 45; vi, 42; vu, 28, qu'aux yeux du quatrième évangéliste Jésus est né comme le reste des hommes. A ces passages on peut opposer

1, 14 ; 11, 133 Vi, 38, 44, B1, 62 ; vin, 38, 46, 58; x, 28-31;

XI, 29, qui se comprennent beaucoup mieux dans l’hypothèse de la conception virginale. Cf. A. Carr, The testi-

A supposer qu'il soit réel, le silence de saint Jean témoigne. plutôt en faveur de la foi traditionnelle. « Il est hors de doute que l’auteur du quatrième évangile a connu saint Matthieu et saint Luc. Si sa croyance eût été contradictoire à celle des deux écrivains de l'enfance de Jésus, on se demande pourquoi il n'aurait pas opposé avec fermeté sa foi ancienne au dogme récent qui commençait à pénétrer dans les Eglises, et si le silence eût sufli pour couvrir son orthodoxie. Ne sommes-nous pas autorisés plutôt à interpréter ce silence comme favorable à notre thèse et à croire que saint Jean acceptait sans réserve le fait de la naissance surnaturelle ! ».

Ajoutons que, loin d’avoir été omise, cette vérité se trouve probablement formulée dans le quatrième évangile. Les critiques d’aujourd’hui prennenten considération une variante relevée dans le Prologue de saint Jean (r, 13), et qui avait jusqu'ici passé à peu près inaperçue. Le texte recu porte : « Qui non du sang, ni du vouloir de la chair, ni du vouloir de l'homme, mais de Dieu sont nés ». Or, la plu-

mony of Saint John on the Virgin Birth of Our Lord dans The Expositor, April, 1907, p. 311; et The Virgin Birth in S. Johns Gospel, dans The Ezxpository Times, 1907 vol. XVIII, p. 521.

ÜR. P. Rose, £tudes sur les Evang,, 1902, p. 60.

part des écrivains du 11° siècle ont lu dans le dernier membre : « mais de Dieu est né » ; ce qu'ils interprètent non de la naissance des croyants à la vie surnaturelle, mais de la naissance temporelle du Verbe de Dieu. Je sais que Tertullien seul témoigne formellement en faveur de cette lecon, seulement saint Justin, saint [rénée et peut-être saint Hippolyte semblent, à plusieurs reprises, la supposer et même la citer. Dans l’état présent de la question, ilest probable que saint Jean a entendu désigner ici la source très pure où le Verbe fait chair a puisé sa vie humaine.

1 La leçon &s tysw#9n (au lieu de où eme) à pour elle l'autorité de TerTuLc., De carne Christi, ©. xix et xxiv ; SAINT IRÉNÉE, Adv. Hæres., III, xvi, 2; xx, 2 ; xx1, 5,6; V, 1, 3; le codex veron. (b) et peut-être D ; Sainr Jusnin, Apolog., I, 32; Dialog., 54, 61, 63, 96, 84; Saint Hippou., Ref. Hcær., vi, 9; cf. SainT AuGusrT., Confess., VII, 1x, 2. Il y a plus, saint Ignace d’'Antioche parait se référer à JEAN, 1, 13 et supposer la leçon ès èe»91 dans la formule si claire qu'il donne de la conception virginale, au début de sa lettre à ceux de Smyrne. Cf. Lois, Le Quatrième Evangile, p. 166, en note. De nos jours, tiennent cette leçon pour certaine, ou tout au moins pour probable : Resca, Xindheitsevangelium, dans Texte und Untersuch. (Harnack), X, 3, pp. 88, 89, 249,250; A. Lois, Le Quatrième Evangile, pp. 177-180, bien qu’il n’y voie pas une allusion à la conception virginale; V. Rose, Etudes sur les Evang., p. 61. D’autres la rejettent comme une altération du texte : Ta. CaLmes, Rev. bibl., 1900, p. 394; Wesrcorr-Horr, The New Testament in the original Greek, Appendix, p. 794; Hozrzmans, Handcomm. zum N, T.,t. IV?, p.34; Révizze, Le Quatrième

Un évêque anglican, le D'Gore a fait valoir une autre considération, qui a bien sa portée! On sait que Cérinthe fut l'adversaire de saints Jean. C’est même pour s'opposer à ses doctri= nes que l'Apôtre se décida à écrire son Evan gile. Or, Cérinthe niait la réalité de l’incar« nation du Verbe de Dieu et conséquemment lan naissance surnaturelle de Jésus. Ce raisonne ment ne semble pas concluant au R. P. Rose« « Nous proposons cet argument comme pro= bable, écrit-il; il n’a pas à nos yeux la cerüitude qui lui est parfois attribuée. Cérinthe,. sans doute, en niant la réalité de l’Incarnation« assignait à Jésus une origine purement hu maine ; mais cette conséquence n’est en somme que secondaire, puisque l’Incarnation n’est pas basée sur la conception miraculeuse et ne la requiert pas absolument. L'apôtre devait avant tout établir que l’union du Verbe avec« la nature humaine avait été substantielle, et ik a pu faire abstraction de la naissance miraculeuse? ». #

À envisager les choses d’un point de “1

epoager

Evangile?, 1902, p. 102, note; mais ces deux derniers, auteurs ne dissimulent pas qu ils rejettent cette ue cn comme originale, précisément parce qu’elle témoigne . faveur de la conception surnaturelle du Christ.

1 Dissertations on subjects connected with the Incarna= tion, 1896, p. 8.

2 Etudes sur les Evangiles, p. 62.

purement spéculatif, s’il ne s’agit que de la possibilité absolue, — et c’est le sens de l’auteur que nous venons de citer, — l'objection faite au D' Gore est insurmontable. Mais, estce de la sorte que la question doit se poser ? Dans la controverse entre saint Jean et Cérinthe, la conception surnaturelle de Jésus ne se trouvait-elle pas de fait liée à l’incarnation du Verbe, de sorte que rejeter l'une c'était, par voie de conséquence, nier l’autre ? Il semble bien que dans les églises d’Asie, les choses se soient passées ainsi. Les textes de saint Ignace et de saint Irénée, allégués au début de cette étude, le donnent à entendre; le raisonnement sur lequel ce dernier fonde la di-

vinité du Christ est particulièrement significatif !.

Nous venons de passer en revue tous les passages des Evangiles, auxquels les adversaires en ont appelé pour nier le caractère primitif de la croyance chrétienne en la Wierge-Mère. N'avions-nous pas raison de dire, à la fin du chapitre précédent, que

1 Voir plus haut, pp. 29-30, et Harnacx, Dogmengeschichte,

«I, pp. 283 et suiv. On peut lire dans Rescu, Xindheitsevange-

lium, pp. 243-255, une comparaison suggestive entre l’'Evan-

gile de l'Enfance et le prologue de l'Evangile selon saint Jean.

L'ENFANCE DE sise À

tout cet appareil d’érudition peut bien tai È impression sur Ceux qui sont ape à le

épouvantail ?

Page 1