‹ L'enfance de Je?sus-Christ :Chapitre 44 sur 66 · COMPARAISON DES ÉVANGILES AVEC LE RESTE DU NOUVEAU TESTAMENT · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES ÉVANGILES AVEC LE RESTE DU NOUVEAU TESTAMENT

Bien que saint Paul ne parle nulle part expressément de la conception surnaturelle du Christ, rien n'autorise à aflirmer qu’il l’ignore, etencore moins qu’il l’'exclut!. Au contraire, sa christologie se comprend beaucoup mieux dans cette hypothèse; peut-être même qu'il est tel texte des Epitres, qui lexige, par exemple dans celle aux Galates. La doctrine de la naissance virginale rend bien compte de l’idée que se fait l'Apôtre de l’origine céleste et de la sainteté incomparable de Jésus-Christ.

La réserve ou, si l’on veut, le silence de Paul sur la manière dont le Fils de Dieu est entré dans ce monde, n’a rien de déconcertant, quand on fait réflexion que d’un bout à

1 Comme font Reuss, Meyer, Sabatier, Weizsäcker, Pfleiderer, Lobstein, Holtzmann, etc,

l’autre de ses Epitres, qui représentent un tiers \ du Nouveau Testament, il ne retient qu'un « petit nombre de faits de la vie terrestre de « Jésus-Christ : l’eucharistie, la mort sur la croix, | la résurrection et l'ascension. Ce n’est que par voie d’allusion que l’Apôtre touche en « passant ce qui concerne le ministère de Jean, la prédication et les miracles du Seigneur. À Les Epitres s'adressent à des fidèles, qu'on “ suppose au courant des faits et des doctrines w essentielles de l'Evangile; elles ne font pas“ double emploi avec la catéchèse qui les a pré- « cédées.

D'autre part, il est impossible de supposer “ que l’Apôtre n'ait pas connu l'Evangile de l'Enfance, raconté tout au long par son dis-« ciple. Indépendamment du témoignage traditionnel, qui atteste les relations personnelles « de Paul avec Luc, l’étude des seuls textes“ suffit à révéler qu'il y a parenté entre les" Epitres, le troisième Evangile et les Actes?. |

1 Une fois, à Antioche de Pisidie, il fait expressément « mention du ministère du Baptiste, Act., xux, 24, 25. L'ana- b lyse de ce discours permet de constater que, dans sa catéchèse, saint Paul suivait la marche tenue par les autres | Apôtres ; cf. Act., nm, 14-36; 11, 12-26; vus, 1-53.

? TerTuLL., ad, Marc., 1v, 2; S. IRÉN., adv. Hcæres., x 1; Canon dit de Muratori, lin. IL. — A. Rescu, Das Kindheitsevangelium, pp. 264-276; A.PLuumer, Comment. on the Gospel according to S. Luke, pp. xumu-ux; A. HARNACK, «

* Lukas der Arzt, 1906, pp. 1-18.

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Les anciens ont en général cru trouver une expression assez claire de la naissance virginale dans l’épitre aux Galates (1v, 4), où saint Paul dit du Christ qu'il est né, littéralement « qu’il a été fait dela femme! ». Les exégètes modernes se montrent plutôt réservés; les plus confiants estiment que si la conception surnaturelle se trouve iciénoncée, ce west qu'à l’état d’une insinuation, intelligible seulement pour celui qui déjà croit à ce mystère. En parlant de la sorte, disent-ils, l'Apôtre à pu vouloir signifier seulement la réalité de la nature humaine dans le Christ, avec une allusion à la Genèse (nr, 15), ét s'opposer par avance aux Valentiniens et aux Docètes, qui devaient en venir à nier que Jésus eût pris un corps véritable dans le sein de la Vierge Marie. En tout cas, ajoute-t-on, l'expression biblique « engendré de la femme », evvarès quveuxds, qui parait bien proche de celle qui se lit ici dans saint Paul, yôpevos x quuurxés, n'est qu'une périphrase synonyme de &6pwros, homme *.

On peut se demander si ce changement de position n'est pas l’effet d’une timidité exces-

1 Efwméoreuey 0 Oeds roy vid œdTod, yevoueEyoy èx yuvauxoe, yevouevoy üro vous. On trouvera dans Perau, De Incarnatione Verbi, V, xvi, le commentaire des anciens sur ce passage ; celui de saint Irénée, ill, xx, 1, est particulièrement remarquable.

"2 Jog, x1v, 1 ; MATTH., XI, 11.

sive devant les dénégations des exégètes indépendants!. Car, enfin, il y a une différence entre l’hébraïsme poétique « fils de la femme »; et la locution singulière qui ne revient nulle part ailleurs, pas même sous la plume de saint Paul, «né d’une femme ». Les Septante avaien rendu par yewarès yovauxés l’hébreu ialoud ishsha, qui fixe l'attention sur ce qu'il y a d’infirme, d faible et de souillé dans le fruit de la femme: et cette nuance n’est peut-être pas absente d texte de saint Matthieu (x1, n), où la bassess native de l’homme contraste facilement ave la gloire de la mission prophétique. Que 1 but de saint Paul soit d’insister sur la réalité de la nature humaine dans le Christ, on e convient; mais pourquoi employer une expres= sion aussi caractérisée, alors qu'il avait à s disposition celle de yewrrûs vus facilement saisie de tous? On a quelque peine à se per suader qu'il n’y ait là qu'un fait grammatical sans portée, surtout sous la plume d’un écri

1 «L'exégèse traditionnelle voit dans la détermination Jevéuevoy Ex yuvouxés une allusion à la conception surnaturell de Jésus dans le sein d’une vierge, c'est-à-dire à l'exclusio de tout père humain On ne peut pas tomber dans une plus grande méprise. Non seulement cette idée n'est pas dans @ texte, mais il y en a positivement une toute contraire. L’êtr né de la femme est ici appelé de ce nom pour être assimil à tous les autres hommes, non pour en être distingué » A. SABATIER, L'Apôtre Paul, 3° édit., pp. 415, 416.

vain qui, conformément aux idées juives, ne devait pas être enclin à insister sur la génération maternelle. N’est-il pas plus naturel de penser que l’Apôtre aura voulu donner à entendre que le Christ était vis-à-vis de sa mère dans un rapport exceptionnel et unique?

C’est une question controversée entre exégètes protestants si la naissance virginale est oui ou non un corollaire obligé de la doctrine paulinienne sur la rédemption. A. Sabatier tient pour la négative, tandis que Fr. Godet prétend que saint Paul ayant mis à la base de son système théologique le péché originel, il suit logiquement que l’innocent seul a pu payer pour le coupable. C’est du reste la pensée expresse de l’Apôtre?. Mais, comment expliquer cette innocence native du Christ, si sa vie s’est allumée au même foyer impur que le reste des hommes ?

Nous avons déjà dit qu’à s’en tenir à la question de pure possibilité, le raisonnement n’est

4 Dans la locution yevousvos èx yuoucacs, la particule à: peut signifier la cause matérielle adéquate, tout comme dans un autre passage trop peu remarqué, je veux dire Î Cor., x1, 12, où se lit, avec une allusion manifeste à la Genèse, 1, 23, yurn x vod dèpc:, la femme tirée, faite de l'homme. Les anciens ont déjà fait observer que 7:14 ne s'oppose pas nécessairement à napô2vos. Cf. Sainr JÉRÔME, Comm. in Galat., IV, 4; SAINT AuG., Sermo, czxxxvi (al. xx), De temp., 3.

211 Cor., v, 21; £phes., n, 3-5; cf. Rom., xu, 21.

pas péremptoire; on peut, à la rigueur, concevoir un Christ sans péché, sanctifié dès le sein de sa mère, et qui, néanmoins, serait entré dans le monde à la façon des autres hommes. Mais, il faut convenir que cette hypothèse est moins conforme au mouvement d'idées qui court d’un bout à l’autre du système de saint Paul. Saint lrénée a été frappé du parallèle que l’Apôtre établit entre le premier et le second Adam: il en conclut que celui-ci a dû naître d’une mère vierge, tout comme l’autre avait été tiré d'une terre vierge!.

Comment la déclaration formelle de saint Paul, qui fait du Christ selon la chair la pos* térité de David”, est-elle compatible avec la croyance de la conception virginale?

On devrait poser la inême question au sujet du premier et du troisième évangile. Tout en faisant observer expressément que Joseph ne fut pour rien dans la génération humaine de Jésus, saint Matthieu et saint Luc tiennent

1 Ado. Hæres., NI, xxi, 10; V, 1, 3. Cette idée a été réprise par Néander, Life of Jesus (trad. angl.), p. 17; et plus récemment par Lec bhler, Schmid et B. Weiss.

2 Rom., 1, 3;1v, 13: ik, 5; xv, 12 (cf. Apoë., v, 5; xx, 16); Galat., nr, LE Il Tim., u, 85 Act., xx, 33, où le terme employé par saint Paul est particulièrement significatif : omépux, semence, traduisant l'hébreu zèra.

que le fils de la Vierge est réellement le descendant, l’héritier de David, promis par les Prophètes. La plupart des auteurs s’attachent ici à établir que Marie était, aussi bien que Joseph son époux, de la famille de David. Ge sentiment est sontenable, et même certain, 81

l’on veut!, mais est-il nécessaire, est-il suflisant pour rendre compte de la descendance davidique de Jésus-Christ, au sens de saint Paul? Il est permis d’en douter.

Pour l’apôtre comme pour ses contemporains, un féls de David est celui que lalci juive reconnait pour tel. Or, aux termes de cette loi, Joseph est réellement le père de Jésus, bien que sa paternité charnelle ne soit que présumée. Il est clair que le cas d’un homme dont l'épouse conçoit surnaturellement n'a pas été prévu dans la législation mosaïque; mais les droits de Joseph sur Jésus sont légalement aussi

1 On peut lire à ce sujet Parrizr, De Evangeliis, ur, Diss. vi, p.14; Kem, Jesu von Nazara, 2° édit., I, p. 327; P. Di- Don, Jésus-Christ, I, pp. 416-418. SaT Jusnin, Diul., 43, 45, 100 ; Saut IRÉNÉE, HI, xxx, 5; le Protévangile de Jacques, x; l'Evangile de la Nativité de Marie, 1; la version sinaïtique des Evangiles; Luc, n, 5, tiennent que Marie était de la maison dé David; Sainr Auausrin, De Cons. Evang., 1, 1, va jusqu'à dire que ce sentiment s'impose, »D'ordinaire, les commentateurs traitent la question à propos de Luc, 1, 27. A lire sur le sujet O. Barpenxewer, Wariä Verkündigung dans Biblische Studien, t. X, 190b, 5° fasc., pp. 74-82.

réels, et bien davantage, que ceux conférés par la loi du lévirat!. Au point de vue légal, si important chez les Juifs, le seul dont on tienne compte dans les généalogies, Jésus est bien le descendant de Joseph, puisqu'il est né de son épouse légitime, sans être le fruit de l’adultère. C’est pourquoi saint Matthieu, et très probablement saint Luc lui-même, rattachent le Christ à David par la généalogie de Joseph son père putatif.

Il n’y a pas lieu d’insister spécialement sur les termes employés par saint Paul. L’incise ZUT COPA; secundum carnem, mise en opposition avec xari mwôue, Secundum spiritum?, signifie la nature humaine dans toute son intégrité, et non pas seulement la chair de Jésus.

Le Christ en tant qu'homme est fils de David, mais ce n’est là ni sa seule ni sa principale dignité. À cette prérogative, qui prend sa source dans la chair et le sang, il en joint une autre d'ordre spirituel et céleste; et celle-là le ratta-

1 Cf. Grimm, Die Einheit der vier Evangelien, p. 239, et Das Leben Jesu, 1, 122, 206; Funk, dans Zeitschrift für Kat. Theol., 1888, p. 657.

2 Rom., 1, 4. Le texte des Actes, 11, 30, èx zœprod rñs drguos adroÿ, de fructu lumbi ejus, n'est pas plus pressant que ceux que nous venons d'étudier. Saint Pierre se sert de l’hébraïsme courant pour dire descendant, rejeton. Du reste, il y a ici. une allusion directe à IT Aois, vu, 12, qui doit s'entendre littéralement de Salomon.

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