‹ L'enfance de Je?sus-Christ :Chapitre 45 sur 66 · CN · texte numérisé non relu

CN

as b-dtrer .. dde" done.

che à Dieu comme un fils unique à son père.

L'épitre aux Romains exprime ici clairement ce qui est mis en termes enveloppés, par les trois premiers évangélistes, sur les lèvres de Jésus-Christ en personne, le jour qu’il demanda aux Pharisiens de qui le Messie devait être le fils!.

M. Herzog estime qu’en cette circonstance Jésus a protesté, au nom même de l’Ecriture, contre le titre de « Fils de David », que la simplicité populaire lui avait décerné?. L’exégèse sommaire et tranchante de cet écrivain l’a ici, tout particulièrement, mal servi. Personne ne contestera, je pense, que, pour les évangélistes synoptiques, le Messie ne doive être le fils de David, et que Jésus ne le soit en effet. Or, en rapportant la scène en question, — et ils la rapportent tous les trois, — ils n’ont certainement pas conscience que le Seigneur ait entendu le désavouer. Qui croirons-nous, des évangélistes ou de M. Herzog ?

La foule, qui dans ses acclamations emploie indistinctement les termes de « Messie » ou de « Fils de David » ne voit pas davantage le sens que des critiques modernes donnent à la question posée par Jésus-Christ aux Pha-

4 Marra., xxu, 41-46; Marc, xu, 35-38; Luc, xx, 41-45. ? La conception virginale du Christ, dans la Revue d'Hist. et de Litt. relig., 1907, p. 119. :

CNE LE" Al / risiens. Elle ge croit si bien” en communa

de pensées, avec le Maître, qu'à ce moment même, dit saint Marc, « elle prenait plaisir à l'écouter ».

Mais que voulait donc dire Jésus-Christ, quand il demandait à ses adversaires : De qui. le Christ est-il le fils? Pourquoi à Ja réponse qu'ils lui font, en affirmant la descendance davidique du Messie, oppose--il Pobjection:

«David lui-méme l'appelle Seigneur; comment donc est-il son fils »? Le texte de saint Mare. nous fournit la réponse. La foule vient d'ac-, cueillir le prophète de Nazareth, au cri de:

Béni soit le règne de David votre père, qui.

arrive !! Cette acclamation était un programme : Jésus sera le Messie de leurs rêves, il relèvera le trône deleur père David et les conduira à la. grande revanche, qu'ils ont à prendre des oppresseurs d'Israël. Or, c'est précisément ce rôle messianique que Jésus n'entend pas jouer Ils se trompent ceux qui n’attendent dans le Messie que l'héritier de David, 1 doit être « plus que Salomon? ». Son origine terrestre n'épuise pas toute sa dignité, elle n’en est pas même le trait dominant. Sa mission se fonde en definitive, sur un titre bien supérieur à cette des.

1 Marc, x1. 10.

2 MarTrH., xl, 42.

cendance humaine: et voilà pourquoi David - lui-même l'appelle son Seigneur.

Jésus ne conclut pas expressément à sa filiation divine, mais il achemine l'esprit des Juifs dans cette direction. D’après M. Dalman, si . le passage n’est pas à entendre de l’origine du - Christ, il faut y voir une allusion à la naissance s be RAA

Comment l'Apôtre peut-il appeler la paste : uité d'Abraham et de David, celui dont ie père n’est pas à chercher parmiles descendants de “ces patriarches ? Il parle de la sorte au nom

! Die Worte Jesu, p- 234. M. Herzog a pensé pouvoir … recommander son exégèse de l’autorité de H. Holtzmann. … Nous pourrions lui répondre en lui opposant Dalman, Wendt, Meyer-Weiss, Zabn, Allen, etc. Nous préférons en appeler

à M. Holtzmann lui -même. Il est vrai que la page alléguée par M. Herzog(ZLehrbuch der N.T, Theol., 1,p.244)manque

de précision; maïs pourquoi ne pas s'être réléré à la p. 258

et surtout au commentaire du même auteur sur les évanmBiles synoptiques (3e édit., 1901), p. 277? À cet endroit, le f récit. des évangiles est expressément rapproché de l’épitre # aux Romains 1, 3, 4. « L'opposition entre le Christ xurx ÿ Dre — = x omépuuros Aeutd, et le Christ xarx meîue — Kipuos mu aura vraisemblablement été présente à l'esprit de l’évangéliste ». Cf. Loisv, Le Quatrième Evangile, p. 628. Il est vrai que MM. Holtzmann et Loisy ont sur M. Hergoz l’evantage de rester conséquents avec eux-mêmes, en mettant, à ce qu'il semble, la doctrine insinuée dans les Synoptiques loc. cit., sur le compte d’une théologie postérieure; tandis que M. Herzog retient comme historique les paroles de Jésus, qui figurent dans ce passage, C’est que sa thèse e’accommodait mieux de cette manière d'entendre les choses.

d’une de ces fictions légales dont l'efficacité juridique n’est en rien inférieure aux situations créées par la nature. Dans le Deutéronome (xxv, 5), celui qui est né du /évir est appelé tout uniment la postérité (zéra, semen) d'un homme qui est en réalité mort sans enfant, parce que la loi le regarde comme son père, bien qu'il ne soit pour rien dans sa génération.

Cette manière d'envisager la descendance du Christ n’est pas nouvelle, on la rencontre déjà dans Origène et dans saint Augustin!.

Aussi bien, le P. Knabenbauer, a-t-il écrit dans ce sens : « Ce n’est pas sans raison que saint Augustin et Paschase Radbert tiennent que pour ce seul motif, à savoir le vrai mariage qui unissait Marie à Joseph, le Christ peut et doit être dit le fils de David, alors même que la Vierg sa mère ne descendrait d'aucune façon d David? ». Un des derniers commentateurs catholiques de saint Luc est moins heureux; quand il prétend que « Jésus ne pouvait pa descendre de David, si sa mère n’appartenai pas à la race royale? ». Il est vrai que par un sorte de contradiction, l’auteur admet un pe plus bas que saint Matthieu a entendu montre

1 ORIGEN., in Rom., 1, 3; SAainT AuG., De cons. Evang. IT, cap. 1.

2? Comment. in Evang. Matthæi, 1, p. 43.

3 P.Giropon, Comment. crit. et moral sur l'Evangile selo saint Luc, 1903, p. 119.

que Jésus est fils de David, en produisant la généalogie de saint Joseph!.

Non seulement la généalogie de Marie n’est pas nécessaire pour expliquer comment par sa nature humaine le Christ est le fils de David; mais, à elle seule, elle serait, semble-t-il, insuffisante à l’établir. Car enfin, sil’on complète saint Paul par les évangélistes, ce n’est pas une descendance quelconque, par exemple celle qui pouvait convenir à des femmes, que les textes revendiquent pour le Christ; mais bien cette descendance qui, du point de vue théocratique, le constitue héritier de son père David?. Or, chez les Juifs, le sceptre ne tombait jamais en quenouille, il passait du père à M l'un de ses fils. C’est donc par Joseph, et par Joseph seul, que Jésus a le droit d’être tenu … pour le rejeton béni, promis au saint Roi, des-

tiné à relever sa maison en ruine, et à s’as-

seoir pour toujours sur son trôneÿ. Et voilà pourquoi les évangélistes ont insisté sur la descendance davidique de Joseph.

Pour soutenir, avec quelque vraisemblance,

1! Op. cit., p. 178-185.

2 Luc, 1, 32.

3 Luc, 1, 32; Act., u, 30; xv, 16; cf. Psaume cxxx1, 11; Amos, IX, 11.

4 Marrk., 1, 20; Luc, 1, 27; 11, 4.

que la conception surnaturelle du Christ est restée complètement en dehors de l'horizon de saint Paul, il faudrait établir que, dans son système doctrinal, Jésus de Nazareth ne devient Messie que le jour de sa résurrection, que ces rapports avec Dieu y sont envisagés uniquement d’après la conception théocratique des Juifs, qui voyaient dans leurs rois des vicaires de Jahvé sur terre. Dans ce cas, la christologie de l’Apôtre ne dépasserait pas celle de Cérinthe: Jésus a commencé par être simplement un homme ({)ù ävfpwrse) et il est rèesté tel jusqu'au moment où Dieu l’a adopté pour son Fils, en linvestissant de la mission messianique,

À l'appui de cette théorie, on invoque deux textes. Dans le discours qu'il prononcça à Antioche de Pisidie!, saint Paul déclare que Dieu a accompli la promesse faite aux patriarches le jour où il a ressuscité Jésus de Nazareth: c’est alors que Jahvé lui a dit : « Tu es mon fils, aujourd’hui méme je t'ai engendré ». L'Apôtre revient sur cette idée dans son Epitre aux Romains, quand il écrit dès le début «qu'il a été mis à part pour prècher l'Evangile que. Dieu avait annoncé d'avance par ses prophètes, dans les Saintes Ecritures, concernant son Fils

1 Act.,xiu, 33.

GUMPARAISON DES ÉVAUGILES 125

fssu de la race de David selon la chair, constitué Fils de Dieu, avec puissance, selon L’'Esprit de sainteté, par le fait de su résurrection d’entre les morts!».

Si l’exégète n'avait, pour préciser la pensée de saint Paul à cesujet, que les deux passages allégués, son commentaire resterait incertain. Mais, plus que personne, lApôtre a le droit de ne pas être jugé sur quatre lignes; de tous les auteurs du Nouveau Testamentilestle nlus fécond, lesidées maîtresses de sa théologie ont reçu dans les Epitres tous les développements convenables. Or, ilest incontestable, parl’ensemble de la doctrine qui s’y trouve exposée, que Jésus n'a pas commencé d’être le Fils de “Dieu le jour de sa résurrection, ni à aucun autre moment de sa vie mortelle. En tant que Fils de Dieu, il existait bien avant qu'il se manifestât parmiles hommes. Dans la christologie de l’Apôtre, la préexistence du Christ est un point capital, et il faut l'avoir sans cesse présent à la pensée quand on lit les Epitres.

Assurément, pour saint Paul comme pour “les évangélistes, le titre de Fils de Dieu est

un équivalent de celui de Messie; mais parce

“que l’Apôtre veut en faire saisir toute la portée, il s'attache à marquer le rapport intime qu'il

l Rom., 1, 2-4.

y a entre ces deux prérogatives : Jésus n’est

pas Fils de Dieu parce qu'il est Messie, au «

contraire, il est Messie parce que Fils de Dieu. Si le Père l’associe au salut et au gouver-

nement du monde, c’est que le Christ a le droit « d’être traité de la sorte : non seulement, il vient

de Dieu, mais il est Dieu.

Aux yeux de saint Paul, la filiation divine de

Jésus ne résulte pas des théophanies du Jour-

dain et du Thabor, ni même de la conception

surnaturelle; c'est de son origine éternelles que le Christ tient sa position unique vis-à-vis“

du Père. Il ya en lui deux natures : l’une le

fait fils de David, membre de la famille humaine ; l’autre le fait Fils de Dieu, ineffable-

ment associé à la vie du Père.

Telle est la doctrine expressément formulée

dans les Epitres dites de la captivité, écrites «

de l'an 60 à l'an 641, On dira peut-être que ce groupe d’épitres représente une étape ultérieure de la pensée

de saint Paul sur la personne du Christ. Pour

couper court à l’objection, qui peut d’ailleurs être réfutée par raisons directes, il suflit de faire observer que la préexistence du Christ se trouve suffisamment exprimée dans le groupe des grandes épitres, écrites de l’an 58 à l’an

{Notamment Philipp., u, 5-12; Coloss., 1, 15-21 ; 5, 9.

fe

60, ou même quelques années plus tôt d’après M. Harnack ; elles représentent bien certainement la christologie primitive de l’Apôtre. Le Christ accompagnait déjà les Israélites dans leurs pérégrinations au désert! ; de riche et d’innocent qu'il était, il s’est appauvri, il a consenti d’être traité en coupable, pour l'amour de nous? ; en lui le Père nous donne son propre Fils? : un second Adam qui descend du ciel“. C’est en raccourci, ce que saint Paul développera dans son Epitre aux Philippiens ; le Christ s’est anéanti, puisque de condition divine par nature, il a pris spontanément la condition d’esclave, en devenant l’un de nous.

M. H. Holtzmann avoue que « seule, une exégèse dominée par le désir de rencontrer dans les textes la conception rationaliste a pu faire penser qu'il n’est question ici que d'une existence idéalei ». De son côté, M. Harnack a bien fait voir la différence qu’il y a entre la préexistence que saint Paul (et aussi saint Jean)

WWCor, x 4.

PL COr- AV, 21t; VIT, 0°

3 Galat., 1v, 4-5; Rom., vi, 3, 32. Dans II Cor. 1v, 4, le Christ est dit image de Dieu, appellation significative, si on la compare avec Coloss., 1, 15.

I Cor., xv, 45-48.

Philipp., n, 6-8. On trouvera l'équivalent dans l’£pitre aux Hébreux, 1.

6 Lehrbuch der neutest. Theologie, 1897, IL, p. 82.

revendiquent pour le-Christ, et cette sorte d'existence céleste que les Juifs d’alors attribuaient aux œuvres de Dieu sur terre, principalement aux plus excellentes.

Dans ces conditions, rien n’est plus éloigné | de la pensée de saint Paul que de se représenter Jésus de Nazareth devenant Christ ou Fils de Dieu le jour de sa résurrection. Et donc, le texte de l’Epitre aux Romains, &, 4, n’est pas à traduire, comme on fait en vue de l’objection, mais plutôt comme il suit : « éntronisé Fils de Dieu avec la puissance [qui lui convient}, selon l'Esprit de sainteté, par le fait

de sa résurrection d’entre les morts ». Si Dieu le Pere déclare avoir engendré son Christ ce jour-là, c'est qu'il l'a mis alors en pleine possession de la gloire et de l'autorité que mérite le Fils unique, l'héritier universel. Aux yeux de l'Apôtre, la résurrection de Jésus-Christ n’est que l'aboutissement normal de son origine divine. Il n’est peut-être pas de doctrine aussi clairement enseignée que celle-là dans les Epitres ; et saint Pierre n’est pas d’un avis différent, quand il déclare que si Dieu a ressuscité Jésus, c’est « qu'il était impossible que l'enfer le retint captif? ».

1 Lehrbuch der Dogmengeschichté, 3° édit, 1894, 1, pp. 755-766.

2 Act., n, 24.

On peut pousser plus loin la comparaison entre les Epitres de saint Paul et les discours de saint Pierre, rapportés au commencement du livre des Actes. La première fois que Pierre prêche aux Juifs ce Jésus de Nazareth qu'ils viennent de crucifier, il leur déclare que « Dieu a fait de lui (érois®) le Seigneur et Christ» promis à David'; ce qu'il explique lui-même quelques jours après, en disant que « Dieu a glorifié (éëes) son Fils Jésus? ».

Ailleurs, il parle de l’onction que le Christ a reçue de Dieu; mais saint Jean en faittout autant, bien qu’il ait déjà dit expressément que Jésus est le Verbe de Dieu fait chair dès le commencement, en tout cas, avant son baptêmei. En lisant ces premiers essais de catéchèse apostolique, on sent que la pensée va plus loin que l'expression qui, à dessein, veut être discrète et réservée. Pour ces pré-

1 Jbid., 1, 36.

2 Ibid., 11, 13.

3 Ibid., 1v, 27; x, 38.

4 Joann., 1, 29-34; x, 36; 1, 14.

5 Dans leurs premiers discours aux foules, les Apôtres aiment à appeler Jésus prophète, Christ, homme approuvé de Dieu, saint, juste, enfant ou servileur (rt) de Dieu, rejeton de David, etc. Il y a là une adaptation pédagogique. Dans ce premier contact avec les Juifs, qui viennent de rejeter Jésus, parce qu'il s’est dit Fils de Dieu, les apôtres affectent de parler la langue reçue en matière de messianisme. Cependant, ces locutions de plano n’ont d'autre

dicateurs d’un Christ ressuscité, Jésus de Nazareth n’est pas simplement un instrument de salut entre les mains de Dieu, ils le proclament « prince de la vie, épynyèv rüs Euwñs! »; ce que la Vulgate a traduit par auctorem vitæ. Saint Paul n'aurait pas désavoué l'expression.

Il fallait faire ces rapprochements. Les Epitres de saint Paul sont, avec les discours qui figurent dans les premiers chapitres des Actes, les plus anciens monuments écrits de la tradition chrétienne. Puisque c’est là que, de l’aveu de nos adversaires, nous avons à chercher « le type primitif et franc de la prédication apostolique », l’histoire nous donne le droit d'affirmer que, dans la conscience chrétienne des premiers jours, il y avait place pour la foi en la naissance virginale; tellement que les textes en autoriseraient l'hypothèse, alors même que cette croyance n'aurait dans tout le Nouveau Testament aucun témoignage exprès.

Devant ces faits, que devient la théorie qui

but que d'introduire celle de Fils de Dieu. Cf. 1x, 20; xl, 33. Le parallélisme que Corssen, Usener et d’autres encore ont essayé d’établir entre Luc, 1, 3, et les Actes, 1, 22, repose sur une confusion. Autre chose le récit complet que le premier évangéliste entend écrire, à l’usage des fidèles, et autre chose l’objet de la première catéchèse apostolique, à l'adresse de ceux que l’on voulait gagner à la foi de Jésus-Christ.

1 Act., 1, 15; cf. Hebr., n, 10.

figure dans nombre d'ouvrages, dont la prétention est de représenter le développement historique des idées du Nouveau Testament ?

D'après la formule empruntée à Otto Pfleiderer!, le dogme chrétien sur les origines de Jésus-Christ aurait franchi une triple étape: naissance d’après les lois ordinaires suivie d’une adoption divine (lors de la résurrection ou lors du baptême), naissance miraculeuse par l’opération du Saint-Esprit, incarnation du Verbe de Dieu. C’est là une de ces constructions fantaisistes, qui peuvent bien tenir quelque temps, en s'appuyant à des idées préconçues; mais elles doivent crouler tôt ou tard, faute d’être fondées sur les textes.

Et ici, l'adversaire aux abois nous ramène à l’évangile selon saint Marc. Pourquoi n’a-t-il rien à dire sur l’enfance de Jésus? Pourquoi symboliser sa mission messianique par la descente de l'Esprit et une voix céleste, qui disait : Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis mes complaisances? — Longtemps avant que le second évangile füt mis par écrit, saint Paul prêchait la doctrine que nous venons d’exposer. Or, faire figurer dans sa christologie un Christ qui n’est fils de Dieu que par adoption, c’est y introduire un énorme contresens.

1 Voir plus haut, pp. 58-61.

7 n € , . Li à

On dira peut-être que le texte de Mare reproduit une catéchèse antérieure, celle de Pierre. Mais comment sait-on que l’évangile de Paul différait de l’évangile de Pierre? Un jour, — c'était vers l’an 51, — des judaïsants brouillons le prétendirent. Paul les provoqua sur-le-champ à une expérience publique: il partit pour Jérusalem, pour y soumettre sa prédication au cost des autres Apôtres.

On sait que l’épreuve lui fut favorable !. Si Pierre et Paul avaient représenté des traditions différentes, personne n'était mieux placé que, Marc pour le savoir, lui qui avait été le com, pagnon des deux Apôtres.

Prétendrait-on enfin que le récit du secondk évangéliste n'avait plus qu’un intérêt historis que, au moment où il écrivait, entre l’an 60 et l’an 70, dépassé qu'il se trouvait déjà par la foi actuelle de l'Eglise, notamment par les théories de saint Paul? En raisonnant de 1 sorte, l'adversaire méconnaît le principe fon damental de l’école dont il relève, à savoi que le récit des évangiles ne représente pa les réalités historiques de la vie vraie de Jésus Christ, mais seulement l'impression produit sur la génération contemporaine des évan gélistes par la croyance en sa mission mes sianique. C’est là un postulatum erroné, mai

4 Galat., un; cf. Act., xv

encore faut-il en tenir compte, quand on la mis au point de départ de ses études sur l'Evangile.

On veut que l’incarnation du Verbe dans saint Jean soit une manière différente d’expliquer les origines de Jésus, faisant double emploi avec la naissance virginale; la synthèse des deux explications daterait du jour où le quatrième évangile eut conquis sa place à côté des synoptiques. L’assertion manque de vraisemblance, tellement elle tient peu de compte des conditions concrètes des origines chrétiennes. Et d’abord, on se figure la foi de l'Eglise à la merci d'une production littéraire : lapparition d’un Quatrième évangile ou de l’Apocalypse aurait sufli à en changer le cours. C’est oublier qu’elle est avant tout une réalité vivante. Confiée par les premiers témoins à la conscience collective des croyants qui en vivent, cette foi, pour rudimentaire qu’on la suppose, se trouve fondée sur ses éléments essentiels et la loi de son développement. Elle connait déjà des limites. Il ne suflit pas d’un livre, se réclamät-il d’un nom d’apôtre, pour y ajouter. ou en retrancher; la tradition vivante a exercé un contrôle souverain sur l'activité littéraire des premiers temps!. Que d’évangi-

1! Nous avons à ce sujetle témoignage de Papias. CF. Fuxk, Patres Apostolici, 1901, 1, p. 354.

les apocryphes sont venus se briser contre les exigences primordiales du dogme chrétien!

Ensuite, et ceci est décisif, bien avant que l’évangile de l'Enfance fût écrit par saint Matthieu et saint Luc, on lisait dans les Epiîtres de saint Paul une christologie équivalente à celle de saint Jean. Les termes diffèrent, maïs la doctrine est identique. Celui que Jean appelle le « Verbe de Dieu », Paul l’appelle le « propre Fils du Père »; là où Jean parle d’« incarnation », Paul parle d’« anéantissement ».

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