COTE TU TS
160 L'ENFANCE DE JÉSUS-CHRIST de compter parmi les historiens, bien qu'ils aient usé de cette licence. À n’envisager que la question de possibilité, Pinspiration ellemême n’est pas incompatible avec ce procédé littéraire, pourvu que l’analyse du texte permette de le reconnaitre. Quand l’hagiographe rapporte un dialogue soutenu entre Josué et tout le peuple d'Israël, il interprète les sentiments réels de la situation, sans prétendre pour autant donner un sens rigoureusement historique aux termes par lesquels le discours se trouve introduit : « Responditque populus et ait : etc.! ». Mais rien n'oblige de recourir ici à cette solution radicale. |
On peut admettre que les cantiques du troisième évangile ont été réellement prononcés, du moins en substance, par les personnes auxquelles l’évangéliste les attribue. Et pourquoi non? La forme stéréotypée, qui leur donne l'air de composition artificielle, n’est pas pour nous surprendre. Les Juifs d'alors avaient l’habitude d'emprunter aux Ecritures la formule de leurs prières, on peut voir dans leurs eucologes modernes qu’ils sont restés fidèles à cette tradition. La chose était d'autant plus aisée qu'ils se familiarisaient de bonne heure avec la Loi et les Prophètes, la Bible représentant
1 JosuÉ, xx1v, 16.
once intimes
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toute leur littérature nationale. Le Christ luimême s’est montré en ceci homme de son pays.
Non seulement il repousse, au désert, les suggestions du démon avec une citation biblique, et, sur la croix, emprunte au psalmiste sa suprême parole; mais le Notre Père lui-même, qui devait rester sa prière, est beaucoup plus original par l'esprit nouveau, dont il est pénétré, que par la nouveauté des paroles, prises dans leur réalité matérielle.
Au reste, c’est une loi de toute âme d'homme, qu'aux moments solennels de la vie, pour rendre les grandes émotions, chacun recourt instinctivement aux formules les plus sacrées qu'il connaisse. L’antiquité classique tout entière a pensé que la langue naturelle des oracles était la poésie, et même la poésie en verst.
Est-ce à dire que la strophique des cantiques
1 Le P. Didon en a fait la remarque. « La poésie est le langage des impressions véhémentes et des idées sublimes. * Chez les Juifs, comme chez tous les peuples d'Orient, elle jaillit d'inspiration. Toute âme est poète, la joie ou la douleur la fait chanter, Si jamais un cœur a dû faire explosion dans quelque hymne inspirée, c’est bien celui de la jeune fille élue de Dieu pour être la mère du Messie. Elle emprunte à l’histoire biblique des femmes qui, avant elle, onttressailli dans leur maternité, comme Lia et la mère de Samuel, des expressions qu’elle élargit et transfigure. Les hymnes nationaux qui célèbrent la gloire de son peuple, la miséricorde, la puissance, la sagesse et la fidélité de Dieu, reviennent sur ses lèvres habituées à les chanter » (Jésus-Christ, éd.
1890, 1, pp. 40, 41).
de saint Luc remonte, telle qu’elle est, à ceux là mêmes qui les ont dits pour la première fois ? Pas nécessairement. L'auteur qui les a écrits, quel qu’il soit, a bien pu donner à ces morceaux la forme régulière que nous leur connaissons, afin, peut-être, d’en faire des hymnes à l'usage de la liturgie chrétienne. On a pris occasion de cette structure artificielle pour prétendre que les cantiques en question ne sont rien autre chose que des formules de prières, déjà usitées chez les Juifs, et dont les personnages de saint Luc se sont servis pour rendre leurs propres sentiments; tout comme nous faisons aujourd’hui, quand nous récitons le Miserere ou le Te Deum. En soi, l'hypothèse ne manque pas d’une certaine vraisemblance ; seulement elle a contre elle deux diflicultés, qui semblent insurmontables.
C'est d’abord la parfaite harmonie de ces cantiques avec les circonstances de personnes et de temps, qui leur servent d'introduction. dans l'Evangile. Une formule courante ne répond jamais que vaguement aux dispositions d’âme de celui qui l’emploie; ici, au contraire, l'accord est on ne peut plus parfait. La chose saute aux yeux en ce qui concerne la Salutation d'Elisabeth. Des quatre distiques dont elle se compose, il n’en est pas un qui ne s'adresse à la mère du Messie, et à elle seule. « Tu es
he:
| bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein
est béni. Comment m'est-il accordé que la
mère de mon Seigneur vienne à moi »? D'autre
part, c’est bien d’elle-même qu'Elisabeth entend parler, quand elle ajoute : « A peine le
L Son de votre voix qui me saluait avait frappé
mon oreille, que l’enfant a tressailli de joie
dans mon sein ».
Quelle autre que Marie a pu remercier Dieu
L\de l'avoir si hautement favorisée qu'elle voit
déjà toutes Les nations la proclamer bienheureuse ? On dira peut-être que, dans le texte primitif du Magnificat, il était question d’Israël lui même. Dans ce cas, comment se fait-
“il que nous lisions dans saint Luc que « Dieu
a daigné regarder favorablement l'humilité de sa servante »? Tout au moins doit-on convenir
que nous avons ici une adaptation. À qui l’at-
tribuer? A l’évangéliste, répondent certains.
Pourquoi pas à Marie elle-même !?
L'empreinte des circonstances est moins re-
connaissable dans le Benedictus, mais il faut
! La question présente n'a rien à voir avec la controverse qui se continue depuis plus de dix ans au sujet de l’attribution du Magnificat à Elisabeth, dans quelques anciens manuscrits. Que ce cantique soit de Marie ou d Elisabeth, c’est un point de critique textuelle, dont la solution laisse intacte
la question ultérieure : le Magnificat répond-il à quelque
réalité historique, ou bien faut-il y voir une composition de l'évangéliste ? Cf. ci-dessus, p. 10.
avouer, encore ici, que plus d’un verset ne saurait s'entendre que du fils de Zacharie par exemple : « Et toi, enfant, tu seras le pro phète du Très-Haut, tu marcheras devant 1e Seigneur pour lui préparer les voies ». Quant au Nunc dimittis, on ne le comprend bien que sur les lèvres du vieillard, qui vient de rencontrer le Messie, après lequel il soupirait« Son chant est le cri du dernier des prophètes M maintenant qu'il a vu se lever l'aube des temp messianiques, le suprême veilleur d’IsraëM souhaite d’être relevé de sa faction.
L'hypothèse d’hymnes juives transformées en cantiques chrétiens présente un autre inconvénient, qui est toujours grave aux yeux de l’histoire : celui d’être une supposition» gratuite. On ne connait rien dans toute la lit-« térature hébraïque, canonique ou non, qui ressemble d’un peu près à ces cantiques. En réalité, ils ne se lisent que dans saint Luc.
Des auteurs supposent que l’évangéliste avait emprunté ces morceaux à la liturgie chrétienne. Aussi gratuite que la précédente, cette opinion est, de par ailleurs, beaucoup plus invraisemblable. On conçoit malaisément un auteur aflichant la prétention de raconter plus exactement que ses devanciers les origines chrétiennes, et qui, au début même de son récit, se permet de pareilles libertés avec l’his»
“toire. Autant vaudrait prendre au sérieux un historien de la Révolution francaise, qui mettrait la Marseillaise sur les lèvres de J.-J. Rousseau. L'hypothèse perd de son invraisemblance, si l’on suppose que, dans la liturgie qui aurait servi de source à l’évangéliste, ces cantiques étaient dits par les mémes personnages que dans l'Evangile. Mais alors revient la question : A qui faut-il faire remonter leur composition !?
Il y a longtemps que saint Luc est accusé d’avoir fait erreur, quand il prétend que Jo-. seph et Marie furent conduits à Béthléem où naquit Jésus, pour se conformer à un édit de l’empereur Auguste, prescrivant un recensement général du monde romain. L’évangéliste ajoute que ce recensement eut lieu en Palesüine, alors que Cyrinus gouvernait la Syrie.
Ce renseignement serait doublement erroné.
D'abord, il n’y a pas eu, en Palestine, de re-
1 Sur le caractère essentiellement hébraïque et pré-chré- “tien des cantiques de saint Luc, on lira avec profit : Ryze AND James, Psalms of Salomon, surtout pp. xar, xeu; sur leur rapport avec les dix-huit prières de la Synagogue : Onase, The Lord's Prayer in the early Church dans la collection « Texts and Studies », 1, 3, p.147; en ce qui concerne le Benedictus : W. Sanpay, Critical Questions, p. 191, et Nese, Die Kindheitsgeschichte unseres Herrn Jesu Christi, 1893, p. 166.
censement, l’année de la naissance de Jésus.
En tout cas, Cyrinus n'était pas légat de Syrie à cette époque. Ensuite, accorderait-on qu'il y ait eu, cette année, un recensement, Joseph n'aurait pas été obligé de ce chef d'aller à Bethléem, le berceau de sa famille, vu que les Romains ne pratiquaient pas le recensement familial !.
À cette difficulté on pourrait répondre tout d'abord que le fait d’une erreur de ce genres n'enlèverait pas toute autorité à saint Lue, et surtout n'abolirait pas le caractère historique .de son œuvre. Quel historien résisterait à l'épreuve, si, pour être regardé comme un auteur recommandable, son texte ne devait pré senter aucune erreur, même dans les détails ?
Mais, encore ici, rien n’oblige de recourir à une solution aussi désespérée; on peut maintenir l'exactitude de saint Luc. La question de Cyrinus a exercé les apologistes. Je n’entends pas rapporter toutes leurs explications, mais seulement mettre sous les yeux du lecteur les conclusions certaines, ou du moins très probables, qu'il est permis d’en dégager*.
1 Cette attaque est encore maintenue, dans son ensemble par Pfleiderer, Schmiedel et surtout E. Scnürer, Geschichte des jüdischen Volkes im Zeitalter J. C., 1901, 1, pp. 508-543. L'exactitude de saint Luc est défendue par Ramsay, Zück-
ler, Chase, Knowling, Kenyon, etc.
? Je ne m'attarderai pas à rapporter les textes, ni à citer
a) Il est certain que l’empereur Auguste avait projeté et qu’il entreprit en effet tout un ensemble de recensements, devant aboutir à un rôle des forces et des ressources du monde romain.
b) Il semble non moins certain que des recensements périodiques par familles ont eu lieu pour l'Egypte, vers cette époque, en exécution du décret impérial. Une inscription de Lyon nous apprend qu'il en fut de même dans les Gaules. Dès lors, pourquoi n’y en auraitil pas eu en Palestine ? Comme dans tous les autres royaumes tributaires, on y payait au fisc romain une taxe personnelle, véritable capitation'; et il vade soi que, pour la percevoir, on devait tabler sur un cens différent de celui qui réglait l'impôt foncier. Le recensement familial se conçoit d'autant mieux en Palestine qu’il était dans les habitudes des Juifs. Si celui qui eut lieu en l’an 6 de notre ère donna occasion à un soulèvement populaire conduit par Judas de Gamala, ce fut précisément parce que cette fois on prétendit conduire l'opération d’après la méthode romaine, qui se bornait à enregistrer sur place l’état
mes autorités; ce matériel de la question se trouve dans tous les auteurs et, beaucoup mieux, dans l’excellent livre de W. Ramsay, Was Christ born at Bethlehem ? 1898.
! C'est de cette taxe qu'il est question dans MATTH. XXI, 17.
civil des individus. Tel est du moins le sentiment d'auteurs recommandables!.
1 Act., V, 37, à rois fuépous rs dnsypuss. Le recensement en question eut lieu l’année même que l'ethnarque Hérode Archélaüs fut déposé et que la Judée commença d'être gouvernée par un procureur romain. Saint Luc connait ce recensement, puisqu'il en parle dans les Actes; et il le confond si peu avec celui qui avait une dizaine d'années plus tôt, amené Joseph et Marie à Bethléem, qu'il prévient toute méprise en disant expressément dans l'évangile qu'il s'agit du premier recensement, à ënsypxph mpürn. Le recensement, entendu à la manière juive, se faisait non seulement par famille, mais encore par tribu. Il ne faudrait pas s'exagérer les exigences de la mesure. Un israélite, à qui la loi mosaïque prescrivait le pèlerinage de Jérusalem trois fois par an, ne devait pas trouver exorbitant d’avoir, de loin en loin, à faire acte de présence au lieu d’origine de ses ancêtres. Au reste, le déplacement n'était obligatoire que pour ceux qui habitaient la Palestine; et l'on sait que trois ou quatre jours suffisent à franchir le pays en son entier. Un mot de saint Luc laisse entendre que les descendants de David s'étaient empressés d’obtempérer au décret impérial : les hôtelleries de Bethléem regorgeaient de monde quand Joseph et Marie y arriverent. Ils avaïent dû faire coïncider leur voyage avec la solennité de la Dédicace, qui amenait toujours beaucoup de monde à Jérusalem. A qui s'étonne qu'un pauvre artisan, comme Joseph, ait pu justifier ses prétentions à la descendance davidique, on rappellera que, cent ans plus tard, sous Domitien(81-96), les deux petitsfils de saint Jude, présentés à l'empereur comme des descendants de David, étaient laboureurs (Eusèse, H. E.,IlL, xx). — Indépendamment de sa généalogie, Joseph pouvait avoir une autre raison, plus pressante encore, de se faire inscrire à Bethléem. Bien que résidant à Nazareth depuis son récent mariage avec Marie, il avait peut-être encore légalement son domicile à Bethléem. Si cette bourgade n’eût été pour lui que le berceau des ancêtres, on ne s'explique guère
Une mesure prise par Tibère, lors du recensement qui suivit, — en l’an 20 de notre ère, — semble bien avoir été motivée par les inconvénients de cette tentative de romanisation.
L'empereur prescrivait de ne recenser à la romaine que les provinces proprement dites ; dans les pays simplementtributaires,on devait
. se conformer aux usages reçus. On peut penser que trente ans plus tôt, alors que la puissance de Rome était en Palestine bien moins sûre d'elle-même, les agents impériaux n'avaient pas même eu l’idée de procéder autrement.
Et puis, ne fallait-il pas ménager les susceptibilités du roi Hérode ?
c) Si le cycle censitaire a suivi régulière-
pourquoi sa première pensée fut d’y retourner, quand l’ange lui annonça, en Egypte, qu'il pouvait ramener en Paechee . l'enfant et sa mère. Pour l'en dissuader, il ne fallut rien de moins quela crainte d'Archélaüs et un nouvel avertissement du ciel. — Pourquoi Marie accompagnait-elle Joseph? Les femmes payaient la taxe personnelle, mais il ne paraît pas qu’elles aient été obligées de se présenter en personne pour
se faire inscrire. Dans le recensement familial le mari déclarait son épouse et ses enfants. Il est donc inutile de recourir ici à l'explication qui a passé, par manière de ‘glose, dans le texte de la version sy riaque dite du Sinaï : ( Parce qu'ils étaient tous deux de la maison de David ». Le texte de saint Luc &é£n 0 zut lucie... ëroypébosber by Mepuép peut, à la rigueur, se traduire : « Et Joseph, lui aussi, monta avec Marie, pour se faire inscrire ». Le fait capital est ici le voyage de Marie à Bethléem en compagnie de Joseph; si dans le récit on fait mention du recensement, c'est qu'il en fut l'occasion.
ment son cours, le recensement qui a précédé celui de l’an 6 tombe quatorze ans plus tôt, c'est-à-dire en l’an 8 avant notre ère!. Cette date ne concorde pas avec le renseignement de saint Luc, puisqu'on ne saurait remonter, pour la naissance de Jésus-Christ, au delà de l’an 6 avant notre ère. C’est exact, mais est-il interdit de supposer que les opérations du recensement auront demandé plusieurs années, tout au moins deux? Le cens par familles exigeait forcément du temps, à cause des déplacements qu'il imposait. Nous savons, en
outre, qu'à cette époque les rapports étaient
tendus entre Hérode et Auguste. Peut-être :
même que les lenteurs du recensement en,
Palestine expliquent la mention que saint Luc fait ici de Cyrinus.
En l’an 6 d'avant l’ère chrétienne, la province «
de Syrie n'était pas gouvernée par Cyrinus, mais par Sentius Saturninus, ou bien par Quinctilius Varus, qui lui succéda l’année même. Celui-ci resta en place jusqu’à l’an — 4, qui est la date extrême à laquelle l’on puisse descendre la naissance du Christ; puisqu'elle eut lieu avant la mort d’'Hérode, arrivée vers le printemps de l’an 750 de la fondation de
1 Le fait de recensements périodiques, tous les quatorze ans, est établi par des documents positifs; du moins en ce qui concerne l'Egypte,
te te né
sf tte
Rome. Pour seconder le nonchalant Varus, notamment dans l'affaire du recensement, l’empereur lui aura adjoint Cyrinus, dont Tacite écrit qu’il était «impiger mililiæ et acribus ministertis ». N’en avait-il pas agi de même avec le légat précédent, Surturninus, en lui associant Volumnius ? Il est à remarquer que saint Luc ne donne pas à Cyrinus le titre de légat, ni de proconsul; pour désigner sa charge, il se sert d’un terme vague, qu’il semble affecter quand il s’agit de l’administration de Palestine.
Ce n’est pas là une pure hypothèse. On admet généralement que Cyrinus a exercé à deux reprises une magistrature en Syrie; c’est la conclusion des études de Mommsen et de Zumpt sur l'inscription dite de Tivoli. Or, il est certain qu’en l’an 6 de notre ère, Cyrinus est envoyé comme légat dans la province impériale de Syrie. À quel moment placer l’autre mission? On peut faire à la question une
1 “Hyepovedoyras Ts Zupéus Kupnriou, 11, 2; cf. it, XX, 20; xx1, 12. Saint Justin dit que Cyrinus était épitrope (procurateur), lors du recensement(I 4pol.,34).Joskpne(Antiq., XVI, x, 1) donne pareillement à Volumnius le titre de Kaësxpos wycvs; c'était le titre officiel de ceux qui, par délégation impériale, gouvernaient la Palestine : de Ponce Pilate, par exemple. L'hypothèse qui associe Cyrinus au gouvernement du légat de Syrie, en vue du recensement, rend bien compte d'un passage de Tertullien, adv. Marc., 1v,19, qui fait naître Jésus-Christ sous le gouvernement de Sentius Saturninus, bien qu'il connût et admiît l'autorité du texte de saint Luc.
Lex. di DS
réponse satisfaisante avec le texte de saint Luc, qui nous permet d’aflirmer qu'entre l’an 8 et l'an 4 d'avant l’ère chrétienne, Cyrinus a eu une part au gouvernement de la Syrie. Il est même très probable qu’en l’an — 3, peut-être même vers la fin de l’an — 4, il aura succédé à Varus, avec le titre de légat. Entre Varus, qui quitta sa charge peu de temps après la mort d'Hérode, et C. César, petit-fils d'Auguste, qui reçut en l'an — 1 la légation de Syrie, et la garda jusqu’en l’an +4, il y a, dans la série des légats, une période de trois années, sans titulaire connu, Mieux que personne, Cyrinus se trouve désigné à l’historien pour remplir ce vide.
Dans ces conditions, on comprend pourquoi l’évangéliste dit expressément qu’il entend parler du premier recensement; soit que le recensement qui eut lieu vers la fin du règne d’'Hérode ait été le premier tenté par les Romains en Palestine, soit plutôt qu'il ait été le premier exécuté par Cyrinus, qui devait encore présider à celui de l'an 6 de notre ère.