‹ L'enfance de Je?sus-Christ :Chapitre 48 sur 66 · MU · texte numérisé non relu

MU

La scène de Jésus au Temple déconcerte ceux qui n'arrivent pas à comprendre qu'un enfant de douze ans ait eu conscience de ses destinées messianiques. Leur étonnement n'aurait-il pas sa vraie cause dans le préjugé natura-

se mt tt dt ue. à

liste, ou du moins dans une défiance instinctive qu’ils éprouvent vis-à-vis de tout texte où il est question de manifestations surnaturelles ? Tout en professant que Jésus n’est pas un homme comme les autres, certains critiques croyants ‘admettent difficilement qu’il ne se soit pas conduit partout et toujours comme les autres. Au contraire, pour l’évangéliste qui l’a écrit, et aussi pour tous ses lecteurs, exempts de la frayeur morbide que le criticisme inspire du surnaturel, ce récit se présente comme la chose la plus normale du monde. N'est-il pas tout à fait dans l’ordre que le Messie, — étant donné surtout qu'il est le Fils de Dieu, — ne s’achemine pas, à son insu, vers l’œuvre qui l’a attiré au milieu de nous? En tout cas, la tradition de Jésus enfant au milieu des docteurs de la Loi s'offre à nous avec les garanties du témoignage historique, et c’en est assez pour qu'une critique correcte ne se sente pas le droit de la reléguer parmi les légendes.

J'en dirai autant de l'apparition des Anges aux bergers de Bethléem, la nuit de la Nativité. Quoi de plus naturel qu’à l'entrée du Fils de Dieu dans le monde, pour sauver tout homme de bonne volonté, le ciel ait révélé sa présence à quelques âmes simples et pures ? L’humanité n’eût pas su mieux choisir pour accueillir son Sauveur. On a dit que cette tradition n'est

qu'un équivalent de celle qui, dans saint Matthieu, fait venir des Mages de l'Orient pour adorer le roi des Juifs; c’est la question que nous allons aborder, après avoir établi Pautorité historique du récit de saint Matthieu. Ce cas particulier rentre dans le problème général des divergences que présentent nos textes canoniques, en ce qui concerne l’évangile de l'Enfance.

$ IE, — Saint MaTTHEu, 1, u.

Rien de mieux lié que le contenu de ces deux chapitres. Les perplexités de saint Joseph donnent lieu à l'apparition de l'ange du Seigneur, qui luirévèlele mystère de la conception virginale (1, 18-25). Le Christ est à peine né à Bethléem de Juda que des Mages viennent de l'Orient pour l’adorer; et c’est précisément ce qui éveille la jalousie du vieil Hérode. Pour être plus sûr de faire périr le roi des Juifs, il ordonne le massacre de tous les enfants nés depuis deux ans, à Bethléem et dans les environs. Sur un ordre du ciel, Joseph sauve l’enfant et sa mère, en fuyant en Egypte. Après la mort d’Hérode, sous le règne de son fils, Archélaüs, il retourne se fixer à Nazareth de Galilée (n).

D'où que vienne ce récit, il coule d’une

seule et même source; on n’en saurait rien distraire sans en troubler profondément la limpidité et l'harmonie. Il n’est pas jusqu’à la généalogie (1, 1-17), qui ne soit ici à sa place. Le point de vue, d’après lequel elle a été conçue, est bien celui du premier évangile; le verset 20, où l’ange salue Joseph Fils de David suppose le premier et le dernier verset de cette généalogie. On a dit qu’à la rigueur le second chapitre se comprend indépendamment du premier. C’est une remarque sans fondement, et contre laquelle proteste le verset 13, qui met en scène le personnage de Joseph, sans le présenter au lecteur, parce qu'il se trouve introduit par le premier chapitre.

Quelle est ici la source de saint Matthieu ?

Rien dans la tradition, ni dans le texte, n’autorise à le dire avec certitude. Ce qu'il est permis d’aflirmer, c’est qu’elle difrère de celle utilisée par saint Luc. Bien que Jésus et sa mère restent l'intérêt foncier de tout le morceau, il est néanmoins manifeste qu’on entend y faire ressortir le rôle joué par le juste Joseph dans l’histoire de la nativité et de la première enfance du Sauveur. Des critiques en ont conclu que la tradition enregistrée par saint Matthieu est d’origine galiléenne, et qu’elle doit sortir du milieu où Joseph avait été particulièrement connu.

Que ces deux premiers chapitres soient ali-

mentés par une autre source que le reste de

l’évangile, on peut le supposer; leur valeur historique n’est ni ruinée, ni diminuée par cette

hypothèset. Une chose certaine, parce qu’elle:

s'affirme entre toutes les lignes du texte, c’est que les récits de l'Enfance, tels qu'ils se lisent ici, se sont formés en Palestine et qu’ils nous ont été transmis par des communautés chrétiennes, converties de la Synagogue.

Il y a dans l’évangile peu de pages aussi chargées que celles-ci d’allusions aux Ecritures, aux usages et aux préoccupations des Juifs.

On y suppose connu qu'aux termes de la Loi?, les fiançailles équivalent juridiquement au mariage lui-même (1, 18). L'auteur meten

il faut se sentir bien au-dessus du vulgaire! Le dernier commentateur de saint Matthieu, W. C. Azzen, dans la collection The international crie commentary (Edinburgh, T. Clark, 1907), se montre plus conservateur. À ses yeux, les récits de l'Enfance sont partie intégrante du premier évangile, bien que saint Matthieu les tienne d'une tradition qui lui est propre. Ces récits devaient être courants dans les communautés palestiniennes, dès le milieu du x siècle. C£. pp. x, LiX-LxIN et 21.

2 Deut., xxu, 23, 24.

1 M. Wellhausen commence son commentaire de saint Matthieu (1904) avec le chapitre 11, comme si les deux premiers chapitres n'existaient pas. Pour procéder de la sorte,

relief la signification du nom de Jésus, qui veut dire en hébreu : Salut de Dieu (1, 21); il joue sur le mot de Nazaréen (11, 23), et de telle sorte qu’il ne prétend, sans doute, être compris que de ceux dont l'oreille peut percevoir l’assonance, qui rapproche, en hébreu, Nazareth de Nazir. Quels sont les fidèles que ce rapprochement intéressait, sinon ceux de Nazareth même; ceux encore de la Palestine, qu'on appelait couramment Nazaréens!? Des textes de l’Ecriture cités ici, — et dont le caractère messianique est supposé admis, — il en est un au moins qui aurait échappé à l'attention d’un auteur écrivant loin du théâtre des événements (11, 18). C’est à Bethléem seulement que les pleurs des mères des Innocents ont pu faire songer aux gémissements de Rachel, dont le tombeau est aux portes de la bourgade?. Le parallèle entre les destinées nationales d'Israël et les destinées personnelles de Jésus {, 15) se fonde sur une exégèse, tout à fait dans le goût de saint Paul, et qu’il avait apprise aux pieds de Gamaliel. La manière dont le texte de Michée est cité et utilisé par les

4 Cf. Act., xxIv, 5.

2 Etmême, l’évangéliste a probablement entendu préciser la nuance particulière du messianisme qu'il reconnait à ce texte de Jérémie, xxxt, 15, quand il emploie ici rere, au lieu de éx.

membres du sanhédrin (11, 6) rappelle en effet la méthode couramment reçue dans les écoles“ rabbiniques!. Le souci de précision qui se révèle dans l'expression « Bethléem de Judée »« (x, 1) est le fait d’un palestinien qui sait qu’une confusion est ici possible. Les quelques traits « qui nous dépeignent, au vif, le caractère om-« brageux, perfide et cruel d’Hérode ne seraient | pas désavoués par Flavius Josèphe. Notre pre-« mier évangéliste sait qu'Archélaüs a succédé à son père, mais pour la Judée seulement (1, 22). | Ce simple détail, jeté là en passant, trahit un témoin qui parle pertinemment des hommes et des choses de son pays. On sait combien il est facile de s’embrouiller dans l’histoire des Hérodes et des procurateurs romains en Palestine.

D'un bout à l’autre du récit, on sent la préoccupation d'établir les titres de Jésus de Nazareth à la mission messianique : il est Fils de David, Marie l’a conçu surnaturellement, sa naissance et sa première enfance se sont passées conformément à ce que les Prophètes avaient annoncé du Christ à venir.

Où et à qui a-t-on bien pu tenir ce langage?

Jusqu'ici les exégètes avaient été unanimes à convenir que, par leur seul contenu, les

4 Cf. Senecurer, Some rabbinic Parallels to the N. T., dans le périodique Jewish Quarterly Review, t. XIE, p. 418.

Rd NÉ Éd St tn nn OS etes

récits de l'Enfance dans saint Matthieu trahis- Saient le milieu d’où ils étaient sortis : nous avions là un produit judéo-chrétien incontes table. L'école de Tubingue, y compris Strauss, allait même jusqu'à prétendre que l’idéal mes- Sianique juif suflisait à rendre compte de la foi chrétienne : l'espérance avait fini par créer son objet!. Et voilà que des critiques déclarent maintenant la position intenable, du moins en ce qui concerne la naissance virginale; ils estiment que cette croyance n’a pas pu germer en terre juive. Elle y a été transplantée des régions de culture hellénique.

Nous avons déjà dit ce que cette opinion a d’anormal, d’arbitraire et d’invraisemblable; ici, il suflira de tirer la conclusion qui se dégage de l’analyse critique des deux premiers chapitres de saint Matthieu. Ces pages sont d’une inspiration palestinienne trop prononcée, elles ont en outre trop d’unité interne pour qu’on songe sérieusement à y introduire du dehors ce qui en fait l’âme : la naissance virginale du Christ. De l’aveu des adversaires, nous sommes sur le terrain où la question doit se résoudre définitivement, puisqu'ils admettent, en y insistant, que saint Luc est ici tributaire de saint Matthieu. Et donc, préciser

4 Voir ci-dessus, pp. 43etss.

la source du premier évangéliste, c’est trouver du même coup la porte par laquelle cette croyance est entrée dans le Nouveau Testa= ment et dans le symbole de la foi chrétiennes

Est-ce à dire que l’idée de la Vierge-Mèré faisait partie des doctrines messianiques cou rantes, au siècle qui précède l’ère chrétienne® Les textes ne donnent pas, semble-t-il, le droit, d'aller jusque là. La première parole de Marië à Gabriel qui lui propose, au nom de Dieux de devenir la mère du Messie, a été pou” demander comment cela se ferait. Aux pré= tentions des apologistes chrétiens du n° siècle, les Juifs répondent que les Prophètes, y com pris Isaïe, n’ont jamais rien prédit de sem blable. Aussi bien, leurs versions grecques; faites à cette époque, affectent-elles de traduir l’'hébreu ‘alma par vw, jeune fille, au lieu de ragôésos, vierge. Le juif Tryphon, dans sa con férence avec saint Justin, proteste que le Mes sie attendu par ses congénères sera un homm né comme tous les autres!. La plupart de critiques modernes qui ont fait une étude par ticulière des doctrines de l’antique synagogu ne sont pas d’un autre avis*.

1 Dial., 48.

2 Weser, /üdische Theologie, 1897, pp. 354,357; OreLu, dans la 2. R. E. de HerzoG, 1903, t. XII, p. 936; DaLman, Die Worte Jesu, 1898, 1, p. 226. Il est vrai qu'ils atténuen

En dépit de leur conclusion, il reste à expliquer pourquoi les Septante ont traduit Isaïe (wir, 14) idoù % rucbéos… Dire qu’ils se sont contentés, ici comme ailleurs, d’un à peu près et que le dogme chrétien a largement bénéficié de leur contresens!, ce n’est pas dénouer le

nœud, mais le trancher inconsidérément. Les critiques plus mesurés continueront sans doute à penser que cette traduction peut bien réfléchir quelque ancienne tradition sur le sens du texte d’Isaïe, dont la portée se sera précisée par la comparaison avec Michée (v, 1-5), qui manifestement lui est parallèle.

Il est possible que le peu de faveur accordée: parmi les Juifs à l’état de virginité ait été cause que l'esprit public, chez eux, ne se soit jamais orienté nettement dans la direction marquée par les Prophètes. Mais, encore ici, ilne faut rien forcer, si l’on ne veut pas donner un démenti à d’autres textes. Il semble bien qu’au premier siècle de notre ère, le célibat ait été volontiers la portée de certains textes qui plaident en faveur de la conclusion contraire. A deux reprises, le livre d'Enocx appelle le Messie le Fils de la Femme, mais cette leçon est regardée par eux comme inauthentique; bien qu’au chapitre zxu, à, elle soit soutenue par tous les manuscrits à l'exception de G. Or, ce témoin, qu'on préfère ici à tous les autres, se voit donner tort au chapitre LxIx, 29, précisément parce qu’il y témoigne en faveur de la leçon condamnée.

Voir R. H. Cuances, The book of Enoch, 1893, p. 164. 1 C’est l'avis de G. HerzoG, loc, cit., p. 126.

regardé par beaucoup de Juifs comme un état plus parfait, plus favorable au culte de Dieu; puisque, au dire de Philon et de Josèphe, il y aurait eu, de leur temps, plus de 4.000 Esséniens à faire profession publique de continence!. Ce que le Juif redoutait, ce n’est pas. tant le célibat que la stérilité dans le mariage, parce que l’épouse stérile était censée n'être telle que par l'effet de quelque châtiment de Dieu.

Quoi qu'il faille penser de la mentalité juive en matière de virginité, il est certain que le sens de la prophétie d’Isaie ne s’imposait pas suffisamment au nom du seul texte?; d'autre part, il se trouvait trop faiblement appuyé par la tradition pour exercer sur la foi des chrétiens en la conception virginale de Jésus l’influence décisive que Strauss lui attribuait, et que lui maintiendraient volontiers Keim et Harnack. Cette croyance reste un dogme spécifiquement chrétien, bien qu’elle se soit produite dans un milieu où des idées d’origine juive lui ont préparé les voies.

On voit, par ce seul exemple, combien hasardée et tendancieuse était l'affirmation de Baur et de ses partisans, quand ils prétendaient

! PiLon, édit. Mangey, Il, 457; JosëpaEe, Ant. jud., XVIII, 1, 5.

2 Cf. Coruy, Spicilegium, 1, p. 406.

que le portrait du Messie existait déjà tout fait dans l'Ancien Testament et que les chrétiens n'avaient eu qu'à l'appliquer à Jésus de Nazareth, par une exégèse rétrospective.

Les prophéties messianiques, et bien plus encore l'interprétation qu’on en donnait, n’ont ni la simplicité, ni la clarté que cette théorie suppose. Faites de traits épars, elles ne prennent de précision que dans une vue d'ensemble. Or, la difliculté est ici précisément de faire la synthèse d’éléments dont les rapports ne sautent pas aux yeux, et qui semblent même s’exclure. De là, parmi les Juifs, des opinions contradictoires sur les origines du Christet le caractère de son œuvre. Les Scribes peuvent bien déclarer que le Messie doit sortir de la famille de David et naître à Bethléem! :

les foules croiront quand même qu’il se révélera tout d’un coup, sans qu’on sache d’où il vient?.

Il en est qui peuvent résoudre cette antinomie, en disant que « dans le siècle qui précéda l'ère chrétienne, l’idée messianique prit chez les Juifs deux formes différentes... Le Messie de l’école prophétique devait sortir de la famille de David, le Messie de l’école apoca-

4 Marre. u, 6; xx, 42.

2 Jean, vu, 27.

lyptique devait faire son apparition sur les nuées du cielt ».

On a vite fait de parler d’école prophétique et d’école apocalyptique, de Christ davidique et de Christ céleste; ces généralisations peuvent bien en imposer à ceux qui sont étrangers aux textes, mais les autres savent à quoi s'en tenir. M. Bousset, qui jouit en cette matière d’une compétence incontestée, avertit qu'il faut se garder ici des classements sommaires. « Ces nouvelles conceptions [les apocalyptiques] s'unissent et se fondent avec les anciennes en images étranges et contradictoires. Dans ces compromis, celles-ci dominent encore souvent, tandis qu'ailleurs celles-là donnent leur caractère spécial à Pensemble de l'espérance [messianique], et il ne reste plus que des rudiments de l’antique Espérance nationale. Et finalement, sur la fin de notre période, les deux cycles d’Espérances marchent simplement confondus? ».

1 G. HerzoG, La conception virginale du Christ, loc. cit., p-2176:

2 W. Bousser, Die Religion des Judentums im neutestam. Zeitalter (2° édit.), 1906, p. 278. J'ai cité la traduction du P. L. de Grandmaison, qui ajoute : ( Et, de fait, parmi les documents de ce temps, qu’ils proviennent de Palestine ou de la Dispersion, de la fraction hellénisante, ou purement judaïsante, d'Israël, tous ceux qui nous parlent d’un Messie personnel, mêlent les traits apocalyptiques aux traditionnels. Jusque dans le psaume XVII de Salomon, qui repré-

Dans la mesure où ces conceptions se distinguent, elles ne se séparent pas tellement l’une de l’autre, qu’on puisse dire avec vérité que le Christ des Prophètes ait été exclusivement un Christ d'école, tandis que le Christ des Apocalypses était celui des foules. Dans “le même chapitre de saint Jean où des Juifs, venus à Jérusalem pour la fête, déclarent “attendre un Messie, dont les origines seront “inconnues, d’autres rappellent;iqu’aux termes des Ecritures, il doit naître à Bethléem et descendre de David.

Dans ces conditions, comment les chrétiens auraient-ils pu sérieusement songer à compo- -ser, avec les seules Ecritures, sans point d’appui dans l’histoire, une sorte de Vie du Christ, “applicable, en bloc, à Jésus de Nazareth? Et “si, malgré tout, ils eussent tenté l'aventure, on peut croire que leur texte se présenterait “autrement qu'il n’est en effet. Dans quel but auraient-ils soulevé, comme à plaisir, des difi-

sente, à l'état de plus grande pureté, la conception nationale du Messie, roi et fils de David, nous trouvons des traces md'idéalisation, très justement relevées par les auteurs que cite M. Herzog. Ce dernier néglige également, dans son “verdict final, les correctifs très nets de MM. H. Hozrzmann, “(Lehrbuch der N. T. Theologie, 1, 411) et W. Bousser (loc. cit., p. 493, note 1)». De la Revue Etudes, 20 mai 1907, p. 506.

—… 1 JEAN, vu, 27 et 42.

cultés contre leur thèse, en citant des textes, : dont le caractère messianique est difficile à | défendre, alors qu'ils en laissent d’autres, qui devaient, ce semble, solliciter leur attention! ?

C’est surtout à propos de saint Matthieu que l’on a parlé de mythe et de légende dans les récits de l’enfance du Seigneur. L'ange de Dieu qui apparait invariablement en songe, des Mages appelés et conduits par une étoile, le massacre de tous les Bethléémites de deux ans et au-dessous, la fuite en Egypte : autant d'événements qui sortent du cadre ordinaires de l’histoire évangélique, et quisemblent avoir | leur pendant dans la légende des héros. |

Des protestants libéraux, du reste d’une eritique assez conservatrice, ont été si émus de cet état de choses, qu'ils croient devoir sacri-w fier ici le caractère historique du récit, pours n’en retenir que la valeur religieuse. C’est la position prise notamment par E. Reuss?. Sans aller jusque là, d'autres ont cru résoudre la difficulté par la théorie du midrash hébraïque : nous aurions une histoire racontée très libre-

1 Par exemple, pourquoi saint MarrmiEu, 1, 18, cite-t-il JéRÉMIE, xxXx1, 15, alors qu'il se tait sur les Nombres, xxiv, 17, et Isaïe, Lx, 6?

? Histoire évangélique, 1876, p. 197.

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ment, pour édifier, à l'effet surtout de donner à la foi messianique une expression concrète et populaire!.

Tout en accordant qu’une certaine manière populaire de conter ait pu influer çà et là sur la forme du récit, par exemple en ce qui concerne l'étoile des Mages, nous maintenons que la critique purement historique ne se trouve pas ici en si mauvaise posture qu’on veut bien le dire. L’évangéliste entend raconter. Il ne confond pas le sens et la portée de sa tradition avec le caractère didactique des paraboles, qu'il rapporte un peu plus bas, au chapitre xur. La simple lecture du texte laisse l'impression très nette de son état d'esprit à ce sujet; et c’est bien de la sorte qu'on la toujours compris. Dans ces conditions, un croyant n’hésitera pas à entendre le récit de l'hagiographe dans le sens même que celui-ci a entendu lui donner, et à le tenir pour vrai. Avec un incroyant, l’apologiste se bornera à faire voir que l’histoire de l'enfance de Jésus a dù paraître croyable à l’évangéliste, et qu’elle nous arrive, dans son texte, entourée de garanties suffisantes, pour que l'historien ne se sente pas le droit, sans plus d’examen, de la reléguer en bloc parmi les légendes.

1 C'est l'opinion de G. H. Box, loc. cit., p. 80.

1. Les songes. — Cinq fois, au cours de ces deux chapitres, la volonté de Dieu se révèle dans des songes; quatre fois à Joseph, et une fois aux Mages. On sait que chez les anciens, les rêves jouaient un grand rôle dans la divination. Les Juifs devaient être pareillement persuadés que le sommeil était favorable aux communications de Jahvé. Ne lisaient-ils pas dans les Ecritures que plus d’un, parmi leurs ancêtres, avaient été favorisés de songes divins ? Il est vrai que Jérémie s’élève à plusieurs reprises contre les « prophètes songeurs »f, parce que l'illusion ou la supercherie sont plus à craindre dans les visions nocturnes qu'à l’état de veille; mais il n'entend pas fermer cette voie aux révélations célestes. IL n'aurait pu le faire qu’en mettant contre lui les traditions juives et le texte même de la Loi?.

Les songes divins sont plus rares dans le Nouveau Testament que dans l’Ancien ; mais ils y figurent encore. Ce n’est pas seulement dans l’évangile de l'Enfance qu'on les rencontre ; l’auteur des Actes en rapporte plusieurs qui se trouvent étroitement liés à l’histoire de saint Paul. Si saint Luc a accueilli ces visions

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