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A l’époque où nos évangiles canoniques ont été rédigés, on disputait couramment dans les écoles rabbiniques sur le point de savoir si le Messie devait descendre de David par Salomon ou bien par Nathan!. Salomon était mort dans l’idolâtrie; Jéchonias, le dernier de ses descendants sur le trône avant la captivité, avait été rejeté de Dieu par la bouche du prophète Jérémie (xxir, 30). Les généalogies de l'Evangile donneraient satisfaction aux deux points de vue, qui ont, indépendamment lun de l’autre, leur vérité respective.
Grotius semble avoir été le premier à proposer cette théorie, qui ne tarda pas à trouver faveur parmi les catholiques. Le P. Poussines, S. J., la développait en 1646?, et bientôt après elle était accueillie par les Bollandistes dans
sonne de Jéchonias. Reste encore une difficulté. Dans I Paralip., 1, 19, Zorobabel est fils de Phadaia, et non pas de Salathiel, comme dans saint Matthieu et saint Luc. En
mettant que le nom de Phadaia soit authentique et qu'il :
désigne un personnage distinct de Néri, —ce qui est contesté, — ne peut-on pas supposer ici un cas de lévirat? L'un des deux noms serait celui du père légal de Zorababel, par exemple Phadaia, et l'autre le nom de son père réel, Néri.
1 Voir dans Eusèse, Quæst. evang. ad Stephanum, 151, 2; Micne, P, G., xxu, 896.
2 De concordia Evangelist. in genealogia Christi, Tolosæ, 1646.
la notice qu'ils consacrent à saint Joseph, le 19 mars!.
d) Dans cette dernière hypothèse, qui nous parait la plus acceptable, la généalogie de saint Matthieu n’a guère qu’une valeur conventionnelle, tandis que celle de saint Luc garde des prétentions plus historiques. Du reste, le caractère artificiel du document généalogique qui figure dans le premier évangile, s’accuse par plus d’un côté. C’est d'abord sa division ternaire en séries de deux septaines chacune. En comparant les quarante-deux générations récapitulées au verset 17, avec les généalogies parallèles de l'Ancien Testament, on acquiert la conviction que dans l'Evangile, des générations intermédiaires ont été passées à dessein, pour obtenir une symétrie mnémotechnique, peut-être symbolique, voulue d’avance®. D'autre part, et contrairement aux
! De nos jours, cette théorie est favorablement exposée par P. Giropon, Comment. critique et moral sur l'Evangile selon S. Luc, 1903, p. 182; et défendue à fond par F.-C. Burirr, Evangelion da Mepharrashe, 1904, nu, pp. 258-266.
2 D'après GrRÔRER, Die heilige Sage, u, p.9, note, l’ordonnance de la généalogie dans saint Matthieu serait fondée sur un procédé de gématrie, qui aurait été courant chez les Juifs pour la rédaction des documents de ce genre. La valeur numérique du nom de David, en hébreu pwp, égale 14, de là les séries de 14 générations; et comme ce même nom de David compte trois lettres, on a divisé toute la généalogie en trois séries homogènes. Cf. ALLEN, op. cit, p. 6.
habitudes littéraires des Juifs, saint Matthieu fait mention de quatre femmes, dont trois pécheresses et une étrangère, pour mieux aflirmer que les vues miséricordieuses de Dieu sur le salut du monde n’ont pas suivi constamment la voie, où le « légalisme » des Pharisiens les aurait volontiers confinées. Cette généalogie a été manifestement conçue d’un point de vue doctrinal très défini; et c’est une preuve nouvelle que saint Matthieu donne ici au verbe éyéws15 un sens assez large.
On ne surprend pas les mêmes préoccupations dans saint Luc. Son texte donne l’impression que l’évangéliste a reproduit tel quel le document à sa dispositistifs
e) D'où viennent ces généalogies ? Evidemment, les évangélistes ne les ont pas inventées. Dans saint Matthieu, les noms de la première série (1, 2-5) sont pris du premier livre des Paralipomènes (11, 1-15); ceux dela seconde série (1, 6-11) viennent de la même source (rm, 1-16), maisavec des omissions. Quant aux noms
1 Saint Luc lui-même n'est pas exempt de toute combinaison artificielle. « Ce n’est point par hasard que sa généalogie compte 77 noms, sept fois onze, et que les diverses parties se répartissent selon la même loi ». P. Giropon op. cit., p. 183. Sur les différents systèmes de rédaction, quand il s'agit des généalogies de l'Ancien Testament, on peut lire F. Prat, dans les £Etudes, t. LXXXVI, pp. 488-494; t. XCOIII, pp. 617-620.
de la troisième série, on ne retrouve dans l'Ancien Testament que ceux de Salathiel etde Zorobabel. Il est impossible de préciser avec certitude la source où saint Luc a puisé la moitié de sa généalogie, de saint Joseph à Nathan, fils de David. On peut conjecturer qu’à défaut de documents officiels, les évangélistes auront recouru à des papiers de famille. Jules Africain raconte que le roi Hérode avait, par jalousie, fait brüler toutes ces généalogies1. La chose ne paraît guère vraisemblable, et Josèphe n'en parle pas. Ce que Jules Africain ajoute mérite plus d'attention. Les parents du Seigneur, avec lesquels il a conversé, lui ont dit avoir reconstitué leur généalogie, du mieux possible, en s’aidant de la tradition et de monuments écrits?. Ceci se passait au ne siècle. Il est permis de supposer que cent cinquante ans plus tôt, les évangélistes se trouvaient dans de meilleurs conditions encore.
f) Quelle portée les évangélistes ont-ils reconnue et entendue donner à ces généalogies ? Il va de soi que la foi chrétienne en la descendance davidique de Jésus ne se fonde
1 Dans Eusbse, A. E.,1, 9; Miane, P. G., xx, 06.
2 Jbid., col.. 93 et 97: les Desposynes ou parents du Seigneur sortaient de deux centres principaux : de Nazareth et de Cochaba.
pas sur ces documents. Saint Marc et saint Paul l’enseignent tout uniment sans en appeler à aucune pièce justificative. Par leur contenu, ces listes de noms ne présentent aucun intérêt dogmatique, et si elles ne faisaient pas partie intégrante d’un texte inspiré, leur étude serait une affaire de pure curiosité. Pour les premiers fidèles l’origine humaine du Christ a été une doctrine, avant que d’être un fait historiquement établi. Jésus était le Messie, et donc le Fils de David. Du reste, il était de notoriété publique que Jésus-Christ sortait d'une famille issue de David; tout comme on reconnaissait cette même prérogative à ceux de ses parents qui, vers la fin du siècle, furent trainés à cause de cela devant le tribunal de Domitien!. Il ne semble pas que, de son vivant, Jésus se soit vu contester ce titre, pas même dans saint Jean, vit, 27, 41, 42. Mais, autre chose est un fait de notoriété publique, et autre chose la valeur d’un document écrit ayant la prétention de létablir.
Aux yeux des évangélistes, les généalogies avaient évidemment la valeur requise pour le but que chacun s’est proposé en les produisant. Est-ce à dire que ces listes soient garanties par eux comme représentant, jusque dans
1 Eusèse, À. E., im, 20,
les derniers détails, la réalité même des choses ? Nous touchons ici à la délicate question des citations implicites incomplètement garanties par l’hagiographe. On convient assez généralement que si cette théorie est recevable quelque part c'est, en matière de généalogie !. Est-ce ici le cas d’en faire usage? A-t-on des raisons suffisantes de penser que saint Luc s’est borné à citer son document? La question se pose à propos de Rhesa, au v. 27, et surtout de Caïnan, au v. 36. Pour son propre compte, le P. Pesch estime qu’on peut répondre à la difficulté, sans recourir à une citation implicite incomplètement garantie; mais il ajoute aussitôt: « Je ne blâme pas pourtant le sentiment de ceux qui pensent que saint Luc se contente de rapporter la généalogie que les chrétiens venus de la gentilité lisaient dans la version des Septante, sans ajouter ni enlever à l'autorité des renseignements qui y
1 « L’historien sacré — par là même qu’il nous livre ces documents sous leur forme particulière, hiératique, conventionnelle, et qu’il les laisse en dehors et pour ainsi dire en marge de ses récits — nous dit suffisamment, me semblet-il, que nous pouvons les considérer comme des pièces, qu'il reproduit, surtout à raison de leur intérêt pour ses lecteurs juifs, sans avoir jugé nécessaire de les contrôler et sans leur attribuer d'autre autorité que celle de la tradition ou des registres publics qui les lui ont fournies ». P. Bruc- KER, dans les Ztudes, 20 janvier 1903, p. 229; cf. vo décembre 1906, p. 801.
figurent. Cette opinion a, depuis des siècles, des partisans peu nombreux, il est vrai, mais qui sont des exégètes et des théologiens de marque. Tous néanmoins s'accordent à maintenir qu'en « citant » de la sorte, Luc n’a commis aucune erreur formelle. Les tenants des citations implicites peuvent donc se réclamer de leur patronage. Du reste, il y a ici quelque raison d'admettre une pareille citation !. »
Eusèbe est allé bien plus loin. Entre autres manières de rendre compte des généalogies
du Christ dans les évangiles, il propose d'éten- «
dre à tout le document de saint Luc la portée de l’incidente, qui se lit au commencement de son texte, dc évouitero, à ce que l'on croyait.
L'évangéliste aurait rapporté le sentiment des :
Juifs, mais en leur laissant la responsabilité
de ce qu'ils avancent. Cette opinion, qui.
repose sur un contresens, n'a jamais trouvé .
faveur; du moins, elle a l'avantage de faire toucher du doigt que la théorie des citations implicites n’est pas une nouveauté dans l’exésèse catholique.
L’'Evangile de l'Enfance diffère selon qu’il
{ Ch. Peso, S. J., De Inspiratione sacræ Scripturæ, 1906, p. 547.
est lu dans saint Matthieu ou dans saint Luc. S’ensuit-il que sa valeur historique doive, en bloc, rester douteuse aux yeux d’une critique qui veut être méthodique ?
Certes, la diversité est très réelle. Il ne faut pas pourtant perdre de vue, — et nous l’avons rappelé en commencant, — que le fond du récit reste identique, notamment en ce qui concerne la naissance virginale. L'état de ces premiers chapitres n’est qu'une preuve de plus que Matthieu et Luc ont, en outre des deux sources principales dont ils se servent couramment, une troisième source, respectivement propre à chacun. Cet état des textes atteste encore que les traditions sur l’enfance du Seigneur se sont formées et ont été transmises indépendamment l’une de l’autre. Il est à noter que les différences se sont créées ici par voie d’omission : un évangéliste raconte ce dont l’autre ne parle pas. Dans ces conditions, différer n’est pas se contredire.
L'accord fondamental de plusieurs témoins, en dépit des divergences accidentelles de leur témoignage, est une preuve qu’ils n’inventent pas de toutes pièces, qu'ils ne déforment pas foncièrement les choses. Une réalité antérieure et indépendante d’eux peut seule rendre compte de leur accord. C’est là un principe de critique historique. Les évangé-
DU “ci 2 : ne
listes dépendent donc d’une tradition sur les origines humaines et l'enfance de Jésus.
Les anciens en avaient déjà fait la remarque, et des critiques modernes trouvent qu’elle a du bon. « S'il est vrai que nos Evangiles ne dépendent point les uns des autres, il y a là de quoi nous donner confiance dans leur valeur historique. Car, dans ce cas, nous avons affaire à trois formes indépendantes d’une même tradition; et par leurs divergences mêmes qui n’altèrent point leur unité fondamentale et qui attestent leur indépendance, elles se prêtent un mutuel appui! ».
Que vaut cette tradition ? Est-elle mythe, légende ou histoire? Les différences qu'on relève dans les récits qui nous l'ont transmise ne sont pas fatales à son caractère historique ; de ce point de vue, elles n’ont que peu ou même point de portée. Il n'est pas rare qu’une histoire se propage, tout aussi bien que la légende, en des récits multiples et divers, dont aucune n’est réellement irréconciliable avec la vérité de l'événement. Les historiens classiques, et j'entends les meilleurs, nous fournissent de ce fait nombre d'exemples incontestables. Par contre, la légende prend parfois une forme tellement caractérisée
! H. Monnier, La mission historique de Jésus, 1906, p. xiv.
“qu'elle reste uniforme et invariable. L'accord absolu des évangélistes ne suffirait pas à établir la valeur historique de l’évangile de l’En- -fance, et pareillement leurs différences ne sauraient le ranger parmi les légendes. C’est par la critique du contenu, c’est par l’histoire du milieu où nos textes ont été rédigés que le problème doit se résoudre. Et c’est à sa “solution que nous avons consacré toute cette étude.
N'importe, on souhaite une réponse plus directe. Pourquoi saint Luc n’a-t-il rien dit de l’adoration des Mages, qui eût été si bien à sa place dans un évangile, dont le but est de révéler le Sauveur du monde? Est-ce ignorance ou silence intentionnel? Pourquoi, de son côté, saint Matthieu omet-il l’accomplissement des rites mosaïques, lors de la circoncision, de-la présentation et du recouvrement de Jésus au Temple, lui qui devait faire observer expressément que le Christ était venu pour accomplir la Loi? Ce sont les seules omissions qui constituent réellement la difficulté. Le silence du troisième évangéliste sur l’adoration des Mages explique sans peine + pourquoi il a passé le massacre des Innocents -ct la fuite en Egypte; ces deux derniers événements ne se comprennent plus sans le premier. Et pareillement, on voit, sans trop de
peine, pourquoi saint Matthieu omet l’appari— tion de l’Ange à Marie et se contente de celle” dont saint Joseph fut favorisé. Concevant l’Incarnation du point de vue de la légalité juive,“ Joseph, l’époux de Marie, reste, à ses yeux, le centre de tout le mystère.
Le problème de la concordance à établir ici entre le premier et le troisième évangile a reçu déjà plus d’une explication. On peut voir les combinaisons qui figurent dans les Vies de Jésus, qu’elles soient catholiques ou non. Elles ne sont pas une nouveauté, puisque, dès le second siècle, Tatien et saint Irénée ont essayé de compléter un évangéliste par un autre. La plupart de ces tentatives sont ingé— nieuses, plusieurs atteignent à un haut degré de vraisemblance; mais, en définitive, elles restent des conjectures. Peut-être que la vraie solution est encore à trouver.
Quand il s’agit de dire non plus ce qu'un auteur a connu, mais ce qu’il a ignoré, pourquoi il a mis ceci à cet endroit plutôt qu à tel autre, et surtout dans quel but il s’est tu, alors que, d’après toutes les vraisemblances, il pouvait parler, il y faut beaucoup de discrétions Les historiens, — les vrais, — ceux qui sont: familiarisés avec la critique des documents, savent que, dans ce$ sortes de questions, il y a souvent plus de sagesse à ignorer qu’à affec-
EC
“ter un savoir de mauvais aloi. Les solutions faciles et le ton tranchant constituent ici un préjugé défavorable.
A côté du récit de l'Enfance, il y a dans les évangiles plus d’un autre passage de nature à commander la modération dans nos jugements. Je me borne à un exemple que le R. P. Rose a déjà signalé. « Tous les critiques admettent que saint Luc a connu le voyage de Jésus à Tyr et à Sidon. Or, il n'a pas raconté cette excursion qui était favorable à sa thèse. Il faut donc rechercher une autre explication de ces oublis ou omissions. Bien que l’auteur nous ait avertis qu’il écrit avec ordre, on ne doit pas supposer qu’il veut rapporter tous les événements dont il est in- - formé. Nous pensons que l’étude attentive de son procédé narratif éclaire mieux les divergences de sa narration!».
Si nous avions deux récits concordant de tous points, on ne manquerait pas de dire que leur témoignage se réduit à un seul, dépendants qu'ils sont l’un de l’autre par voie de citation ou d'utilisation. Mais non, ils diffèrent! Ce n’est pas une raison de crier à l'erreur ou à l’invraisemblance, sans y regarder de plus près.
1 Evangile selon saint Luc, trad. etcomment., 1904, p. 28.
On constate du côté des critiques, y compri ceux qui ne nient pas à priori la possibilit philosophique du surnaturel, une tendance marquée à aborder les textes bibliques avec défiance, à se montrer plus exigeants à leur endroit qu'ils ne le sont pour les auteurs profanes. Si cette circonspection se borne à vouloir des preuves avant que d'admettre lexistence d’un miracle, rien de plus juste. A la condition pourtant qu'on n’exigera pas ici un mode d’argumentation que le sujet ne comporte pas, et qu'on se souviendra que l’'Histoire Sainte reste toujours, quoi qu'on fasse, un livre à part. Tout en étant soumise aux lois rationnelles de la critique, l'observation du fait surnaturel, qui doit concourir comme un facteur important à la solution du problème religieux, se trouve être contrariée ou servie par des dispositions intimes de l’observateur, qui ne relèvent plus uniquement de la méthode historique.
Et cette remarque vaut bien davantage quand il s’agit d'apprécier les faits ou de critiquer le document qui en témoigne. C’est dans les profondeurs mystérieuses de l’âme humaine que se résout en définitive le conflit entre le dogme et l’histoire.
J'ai plaisir à citer ici une belle page du P. L. de Grandmaison. « Le dogme de la.
naissance virginale fait partie d’un ensemble doctrinal qui l’autorise en le débordant, et l'acceptation de cet ensemble est subordonnée à l'attitude qu’on adopte à l'égard de Jésus- Christ et de son Eglise. Si l’histoire du Sauveur loyalement étudiée, si l’infinie fécondité de son œuvre encore vivante au milieu des hommes nous amènent à voir en lui l'Envoyé et le Fils de Dieu; si l'autorité de l'Eglise catholique se manifeste comme seule capable d'interpréter les paroles de vie et d'ouvrir les voies du salut, alors nous n'avons plus à épiloguer sur les détails; à restituer, comme à tâton, un symbole plus ou moins cohérent...; notre foi n’est plus à la merci de recherches que, seuls, quelques privilégiés peuvent entreprendre ! ».
Du reste, les recherches minutieuses sur les origines, la conservation et la portée historique des textes seront grandement utiles, pourvu qu'on les conduise avec méthode et
1 Etudes, 20 mai 1907, p. 526. D’après saint Thomas, le miracle de la naissance virginale ne nous a pas été donné en preuve de la vérité du christianisme, mais il est bien plutôt l’objet mystérieux de notre foi. « Sciendum quod miraculorum Dei quædam sunt, de quibus est fides : sicut miraculum virginei partus et resurrectionis Domini, et etiam Sacramenti LIT et ideo Dominus voluit ista A on esse, ut fides eorum magis meritoria esset; quædam vero
miracula sunt ad fidei comprobationem : et ista debent esse manifesta ». Summæ theol., 3 p., q. 29, a. 1, ad.
équité. Il est indigne d’un vrai savant de les aborder avec le dessein arrêté d’y faire tourner toutes les circonstances, même les plus banales, au discrédit de l’histoire évangélique. Ce n’est pas là une simple réflexion de croyant. Des critiques, que le souci de maintenir l’inerrance de l’Ecriture ne gêne pas, protestent hautement contre le traitement exceptionnel dont on use à l’égard des historiens sacrés. Au livre des Actes (v, 36) se lit un renseignement qui semble incompatible avec le récit que l'historien Josèphe fait de son côté. D’emblée, on décrète que saint Luc a tort. Et pourquoi pas Flavius Josèphe?... demande M. Harnack!. On pourrait étendre la remarque à bien d’autres cas.
En critique biblique peut-être plus qu'ailleurs, toute explication qui ne repose pas sur une analyse exacte et impartiale des textes, soulève plus de difficultés qu’elle n’en résout; elle est condamnée à disparaître tôt ou tard.
1 Lukas der Arzt, 1906, p. 88.
La question des « frères du Seigneur » ne comporte plus de solution nouvelle, on a déjà écrit sur le sujet tout ce qui pouvait être dit. Il ne reste qu’à préciser dans quelle mesure ces explications cadrent avec les textes. Et ici, la tâche n’est pas aisée ; par le nombre et le caractère de ses données, le problème reste un des plus complexes du Nouveau Testament. Cette complexité même est cause que, dans la préférence accordée à telle solution, il est facile de prendre le change ou de le donner. En ne tenant compte que d’une partie des éléments du débat, en perdant de vue la langue, les mœurs et les croyances du milieu où nos évangiles ont été rédigés, on lèvera sans peine la difliculté créée par l’expression de « frères du Seigneur » : il suflit de dire que Jésus n’a pas été le fils unique de sa mère; mais cette solution sommaire, séduisante par sa simplicité, n’est en définitive qu'un leurre. On ne tarde pas à s’apercevoir qu'à la place d’une difficulté, réelle sans doute, mais pas insurmontable, on en a sou-
1 Cette étude a paru tout d'abord dans la Revue biblique, janvier, 1908.
levé plusieurs autres, dont l’ensemble fait sur l'esprit une impression autrement décisive.
Pour mettre quelque ordre dans cette étude, nous l’avons divisée en trois parties : to Les faits, 2° Les explications qui en ont été données, 3° Critique et conclusion.