‹ L'enfantChapitre 25 sur 37 · LES DAUPHINS DE LOUIS VI A HENRI IV · texte numérisé non relu

LES DAUPHINS DE LOUIS VI A HENRI IV

naissance miraculeuse de Philippe-Auguste. — Allégresse qu'elle excite. — Louis VIII. — Blanche de Gastille et sailli Louis. — Les trois Bis de Philippe le Bel. — Application de la loi salique. — Naissance de Charles V. Délivrance de prisonniers. — .Naissance de Charles VII. Etait-il hls de Charles VI? Lui-même en cloutait. Témoignage de Jeanne d'Arc. — Lettre par laquelle Charles VII annonce à ses hounes villes la naissance de Louis XL — Les filles naturelles de Charles VII : Charlotte tuée par son mari. Marie reconnue par son père. — Naissance de Charles VIII. Sa légitimité est contestée. — Avènement des Valois-Orléans et des Valois-Angoulême. — La postérité de Henri IL

La naissance cl un enfant, surtout d'un fils aîné, dans la famille royale était attendue avec une extrême impatience par le pays tout entier. La venue du petit être qui allait perpétuer la race élue de Dieu, épargnera la France

un changement de dynastie et peut-être une longue période de troubles, se voyait accueillie par d'universels témoignages de joie et de gratitude, dont nos historiens ont pris soin de nous conserver le souvenir.

A vrai dire, ils n'ont encore pu s'entendre sur la date de la naissance de Louis le Gros 1 . Mais nous sommes mieux instruits en ce qui concerne ses successeurs.

Louis VII fut marié trois fois. Éléonore d'Aquitaine lui donna deux filles; puis un divorce, sous prétexte de parenté, vengea les soupçons d'un mari jaloux. Il eut deux filles encore de Constance de Castille, qui mourut en couches. Alix ou Adélaïde de Champagne lui succéda, et une fille naquit encore de cette union.

Louis VII était marié depuis vingt-huit ans, il en avait quarante-cinq, et le ciel ne lui avait pas encore accordé d'enfant mâle. Il se désespérait, passait ses journées en oraisons, multipliait les aumônes, comblait de présents les églises et les abbayes. S'd faut en croire une légende plus naïve que vraisemblable, le

1 Voy. A. Luchaire, Dissertation sur la date de la naissance de Louis VI. Dans ses Annales de la vie et du rètjne de Louis le Gros, p. 285 et suiv.

roi se présenta un soir à Gîteaux, au moment où le Chapitre était réuni pour la prière. Il se prosterna la face contre terre devant l'abbé, et déclara qu'il ne se relèverait pas avant <|ne le Chapitre eût obtenu pour lui du ciel le don d'un fils. On eut beau le supplier de quitter cette humble attitude, il s'y refusa formellement1. Il fallut bien satisfaire le monarque. 1 1 'abbé lui promit ce qu'il voulait 2, et l'année même, la reine devint miraculeusement mère d'un fils, qui fut appelé Philippe et surnommé le Magnanime ou Dieudonné 3. Les Chroniques de Saint-Denis s'expriment ainsi : « Dieu luy donna digne guerdon 4 de ses bonnes euvres. Ce fut un biau fils, qu'il engendra, par la volonté de Nostre Seigneur, en la Royne Aie5, sa femme : qui fut appellé Phelippe Dieu-

1 « JE t respondens ïïex, ait se nunqunin de terra levare, donec promitterenl ei in brevi haeredem inasculum habiturum. »

* « Divina gratis inspirante, certificavit Régi quod in brevi prolem masculinuin haberet. »

3 « Et eodem anno, quasi miraculose, in senectnte sua, 'I*' uxore sua filium {;oiniit, quem Philippum nominavit, qui postca dictus est P h i lippus M agnanimns, alias a l>c<> datas. » llistoria gloriosi rerjis Ludovici VII, dans le Recueil des historiens, t. XII, p. 133.

* Récompense.

s Aie, Alix. Alis, Adlis, Adèle, Adelis, Adelheit, àdelaïs, Adelaide sont des formes différentes du même nom.

donné. Car, par les mérites du père, le donna Dieu au royaume de France 1 . »

Il naquit à Gonesse2, lesamedi 21 août 1 165, au commencement de la nuit. La nouvelle s'en répandit aussitôt dans Paris, et elle y fut reçue avec enthousiasme. Toutes les cloches furent mises en branle, et les maisons s'illuminèrent si brillamment que, dit un chroniniqueur contemporain , des personnes ignorantes de 1 événement purent croire qu'un immense incendie venait de se déclarer3. Enfin, l'envoyé chargé de porter l'heureux message à l'abbé de Saint-Germain des Prés, y arriva comme les moines achevaient le cantique : Béni soit Dieu qui a visité et racheté son peuple 4 .

Louis VII était alors à Paris. Ogier, un des serviteurs d'Alix, lui fut dépêché. Le roi, plein de joie, remercia Dieu avec effusion et

1 Édit. Paulin Paris, t. III, p. 417.

2 Nos rois possédaient à Gonesse (à 20 kilomètres de Paris") un domaine considérable, très fréquemment cité dans les documents de cette époque. Voy. Léopold Delisle, Fragments de l'histoire de Gonesse, 1859, in-8°.

3 « Statim campanarum omnium per urbis amplitudinem totam, tantus undique sonus et clangor ernpit, tantaque luminaria cerea fuerunt per plateas omnes accensa... » Giraldus Cambrensis, De instructione principis, dans le Recueil des historiens, t. XVI II, p. 154.

4 De glorioso rcqe Ludovico, édit. A. Mobilier, p. 177.

accorda à Ogier une rente de trois muids de froment sur la grange royale de Gonesse. Dans cette charte , qui est venue jusqu'à nous1, mais qui pourrait bien être apocryphe, Louis VII se félicite assez impoliment d'avoir enfin obtenu « sobolem mêlions sexus, » alors qu il était affligé d une multitude de filles, « territi eramus, dit-il, multitudine filiarum. »

Rigord, médecin de Philippe-Auguste, nous apprend que Louis VIII naquit à Paris le lundi 5 septembre 1 187 2 . La ville fut remplie d'allégresse. Pendant une semaine entière, le peuple ne cessa de chanter et de danser toutes les nuits à la clarté des flambeaux de cire. Plusieurs officiers furent expédiés dans les provinces, ou chacun s empressa de bénir le Seigneur qui avait daigné accorder au royaume de France un si noble héritier3.

Cet héritier fut roi pendant trois ans à peine. Il mourut jeune, laissant le trône à un enfant de douze ans, placé sous la tutelle d une

1 Dans A. Duchesne, Historiée Francorum scriptorcs , t. IV, p. 637.

s Mais le 5 septembre 1187 était un samedi et non un lundi. Voy. l'Histoire littéraire de la France, t. XVII, p. 374.

;i Gesta Philippi Auqusti, édit. Delabordc, t. I, p. 82.

étrangère qui ne comptait pas un parent, pas un appui naturel parmi les princes du royaume. Mais cette étrangère était Blanche de Castilleet F enfant allait être saint Louis. Il était né, dit Joinville, « le jour de sainct Marc, évangéliste, après Pasques 1 , » c'est-à-dire le 25 avril J2142. Il eut dix frères et sœurs. À dix-neuf ans, il épousa Marguerite de Provence, qui n'en avait que treize. Blanche sépara les deux époux pendant six ans, et l'on sait avec quel soin jaloux elle ne cessa de les détourner du péché d'incontinence. Le séjour qu'ils préféraient était Pontoise, où leurs chambres, situées au-dessus l'une de l'autre, étaient réunies par un petit escalier sur lequel les deux époux se donnaient des rendez-vous. Si, pendant ce temps, Blanche se dirigeait vers l'une ou l'autre chambre, « li huissier batoient les huis 3 de leurs verges, » pour prévenir Louis et Marguerite, qui aussitôt « s'en

1 Édit. de 1868. p. 25.

* Voy. ]Natalis de YVaillv, Mémoire sur la claie et le lieu de naissance de saint Louis, dans la Bibliothèque de VÊcole des chartes, vic seine, t II (ISfiO), p. J05. — Ihnanjje et Ph. Lahhe se prononcent pour 1215. L'abbé Lebeuf soutenait, à tort, que saint Louis était né, non à Poissy, niais à Neuville en liez Oise).

3 Les portes.

venoient courans » chacun dans sa chambre 1 . Les écrivains contemporains nous apprennent encore que le saint roi « se contenoit tout l'Avent et par toute la quarantaine"; et avecques ce, en certains jours de chascune semaine, et aussi es vigiles et es jours de grau/, festes... Il se tenoit8 de la compaignie de la roiue tout le teus de quaresme et touz les jours de vendredi et de samedi4. » Il n'en eul pas moins onze enfants.

Philippe III était le second des fils. Né dans la unit du 30 avril au Ier mai L2456, il épousa deux femmes qui lui donnèrent six enfants.

Le second, Philippe le Bel, eut sept enfants, dont trois fils qui régnèrent successivement.

Louis le Mutin, l'aîné, était né le 4 octobre 128Î)6. Il mourut à vingt-sept ans, ne laissant qu'une fille nommée Jeanne. En outre, sa seconde femme, Clémence de Hongrie, était enceinte. Elle accoucha, cinq mois après,

1 Joinville, p. 217.

i Les quarante jours du carême.

3 II s'abstenait.

* Vie de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite, dans le Recueil des historiens, t. XX, p. lit.

5 Guillelmus de Mangiaco, C/ironicon, édit. Géraud, t. I, p. 198.

6 G. de Nangiaco, t. I, p. 275. i

d'un fils nommé Jean, qui vécut quatre jours à peine. A sa mort, Jeanne se trouvait donc seule héritière. Mais une femme pouvait-elle régner sur la France ? La question se posait pour la première fois depuis l'avènement des Capétiens. Les légistes consultés déclarèrent que lu loi salique ne le permettait pas, et les Etats généraux attribuèrent la couronne à Philippe V dit le Long, frère de Louis X.

Ce principe reçut presque uussitôt une seconde application. Philippe le Long étant décédé sans enfunt mùle, ce fut encore son frère, Charles IV dit le Bel, que l'on proclama roi.

En lui s'éteignit la dynastie des Capétiens directs, qui fut remplacée par la branche des Valois.

Charles IV, en effet, ne laissait que des filles. Aussi, trois prétendants réclamèrent-ils la couronne :

1° Philippe, comte d'Évreux, qui avait épousé Jeanne de Navarre, fille de Louis X.

2'Édouard m, roi d'Angleterre. Son père Ëdouard II avait épousé Isabelle, fille de Philippe IV- Édouard III était donc petit-fils de Philippe le Bel et neveu des trois derniers rois.

L'EHFANT. 95

3° Philippe, comte de Valois. Il était fils de Charles, comte de Valois, frère de Philippe le Bel, et par conséquent neveu de ce dernier.

L'assemblée des pairs et barons du royaume décida que Jeanne et Isabelle ne pouvaient transmettre de droits à la couronne, puisque, en vertu de la loi salique, elles n'en possédaient aucun, et Philippe de Valois (Philippe VI) fut proclamé roi. Mais Édouard III ne renonça pus à ses prétentions, qui devinrent 1 origine de la guerre de Cent ans '.

Jean, fils aîné de Philippe VI, succéda à son père, et il eut à son tour pour successeur Charles V, son fils aîné.

Charles V, dit Christine de Pisan, naquit à Vincennes « le jour saincte Agnès, vingt et unième de janvier, en l'an de grâce 1336 2; à

' Le tableau ci-dessous montre comment se rcyla la succession de Philippe IV :

Louis IX

PlIlLIPPK 1 1 I

Philippe I\ Charles de Valois

Loris X Philippe V CiunLKS IV Philippe VI

Jkan Ier

a INouv. style 1337

cj6

LA VIE PIUVKlî D'AUTREFOIS.

grand joye receu, comme de ses parens |>rimier né » Philippe VI régnait encore. Ravi de se voir grand-père, il voulut, pur un acte de clémence, appeler sur le petit prince les bénédictions du ciel. Il nomma une commission chargée de se rendre au Châtelet et de gracier ceux des prisonniers qu'ils jugeraient dignes de cette faveur. Je rappelle que, suivant une coutume très répandue, les femmes en couches, pour obtenir une heureuse délivrance, promettaient de délivrer un prisonnier". Nous possédons le texte de la lettre de rémission accordée en cette circonstance, le 0 février, à un sieur Jaquin Loquin, qui s'engagea, disent les commissaires, « à prier pour le Roy, pour monseigneur le duc de Normandie3, pour madame la duchesse, pour messire Charles, leur fils, et pour tout le sanc royal. » La charte ne dit pas quel méfait avait commis ce Loquin, mais elle a soin de mentionner qu il avait alors treize enfants vivants

De sa femme Jeanne de Bourbon Charles V

1 Le livre des fais et bonnes tueurs du sage roy Charles, ('•dit. Micbaud, p. 595.

- Voy. Dionis, Traité général des aecouchemens } p. 208.

3 Titre que porta d'abord le roi Jean.

4 Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. XL (1879), p. 195.

eut neuf entants. Le quatrième fut un fils, et, pour le malheur de la France, il lui succéda. Ce fut le roi Charles VI. On lit dans les Chroniques de Saint-Denis :

Le dimanche, tiers jour du mois de décembre, l'an mil trois cent soixante-huit, premier jour de l'Àvent, eu la tierce heure après naienuit, la royne Jehanne l, femme du roy Charles, lors roy de France, ots son premier fils en l'ostel de emprès Saint-Pol 1 de Paris. Et estoit la lune au signe de la Vierge, en la seconde face dudit signe, et avoit la lune vingt-* trois jours.

Duquel enfantement ledit roy et tout le peuple de France orenl très grant joie, et non pas sans cause , car oneques ledit roy n' avoit eu aucun enfant masle.

Et en rendil ledit roy grâces à Dieu et à la vierge Marie. El celui jour al a à Nostre-Dame de Paris, et tist chanter dev ant l'image de Nostre-Dame, à l'entrée du cuer4, une belle messe de Nostre-Dame. Et l'endemain, au jour de lundi, ala à Saint-Denis en France 5 en pèlerinage, et fist donner aux ordres r> de Paris grant foison de florins jusques au nombre de trois mille florins et de plus 7.

1 Jeanne de Hourbon avait été mariée le 8 avril 1-350. 1 Eut.

3 A l'hôtel Saint-Paul.

* Du chœur.

s Sur cette expression, voy. L'annonce cl la réclame, p. 58. 8 Aux ordres religieux.

7 Edit. Paulin Paris, t. V, p. 26(5. — Voy. aussi Christine de Pisan, édit. Michaud, t. H, |). 24.

xvu.

Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, eut douze enfants. Le prince qui régna sous le nom de Charles VII était le onzième de ces enfants et le cinquième tles fils1. Il naquit à Paris, en l'hôtel Saint-Paul, le 21 ou Je 22 février 1403, vers deux lie mes du matin.

En l'an mil quatre cens et deux 2 Le feu Roy fut né à Paris.

Dont tout le peuple fut joyeulx, Et fist l'en grans chière et ris 3.

Suivant la Chronique du religieux de Saint- Denis*, le roi montra de même une joie exubérante en apprenant que son épouse bien-aimée lui avait donné un fils5. Cela n'est guère probable. D'abord, Charles avait l'habitude des cadeaux de ce genre, puisque c'était le onzième que lui faisait Isabeau ; ensuite, sa paternité était très douteuse.

« Le roy d'Angleterre0, écrit Brantôme7,

1 Voy. Notes sur l élut civil des princes et princesses nées de Charles VI et d' Isabeau de Bavière. Dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. XIX (1868), p. 473.

2 Vieux style.

3 Guillaume de Paris, Les vieilles de Charles S'il, édit. Coustelier, t. I, p. 5.

4 Édit. Bellaguel, t. III, p. 69.

3 « Guin exuberanti leticia audivit dilectissiinam consorlein in doino regia Sancti Pauli tiliuin edidisse. » 0 Henri V.

7 T. II, p. 358.

disoit haut et clair que le roy Charles VIT estoit fils d'un adultère incestueux, » et qu'il avait pour père Louis, duc d'Orléans, frère du roi. Étant donné le caractère du duc et celui de In reine, le fait n'a rien que de très vraisemblable. Mais il y a plus, Charles VII lui-même, a-t-on prétendu, ne se croyait pas fils légitime. Le jour où Jeanne d'Arc se présenta devant lui comme une pauvre petite bergerette1, elle l'aborda par ces mots : « Gentil Daulpbin, j'av nom Jehanne la Pucelle, et vous mande par ma voix le roy des cieulx » que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims; je vous dis de la part de Dieu, « qu'estes vray héritier de France et filz du roy'2. » A ces mots, Charles VII pâlit, renvoya tous les assistants, resta seul avec la Pucelle, et lui demanda une preuve de la mission qu elle prétendait avoir reçue :

A quov elle respoudil : « Sire, se je vous dis des choses si secrettes qu'il n'y a que Dieu et vous qui les saches, croirez-vous bien que j<" suis envoyée «le

1 « Quando ipsa praesentavit se in conspectu rejjiiK majestatis, cuiii magna humilitate et simplicitate, uuaa paupercnla bergereta... » Procès de Jeanne d'Arc, publié par J. Quicherat, déposition de Raoul de Gaucourt, t. III, p. 17.

2 Déposition, moitié en latin, moitié en français, de Jean Pasquerel, t. III. p. LOI.

I 00 LA VI E P R 1 V É E D ' A 1 T Ii EFO I S .

par Dieu ? » Le roy respond que la Pucelle luy demande '. « Sire, n'avez-vous pas bien mémoire que le jour de la Toussaint dernière, vous estaut en la chapelle du chasteau de Loclies, en vostre oratoire, tout seul, vous (vis! es trois requestesà Dieu?)' Le roy respondil qu'il estbitbien mémoratif de luy avoir fait aucunes 2 rcquestes. Et alors la Pucelle luy demanda se jamais il avoit dict et révélé lesdictes requestes à sou confesseur ne à autres. Le roy dist que non. « Et se je vous dis les trois requestes que luy feistes, croirez-vous bien en mes paroles? »Le roy respondit que ouy. Àdonc la Pucelle luy dist : « Sire, la première requeste que vous lestes à Dieu fut que vous priastes que, se vous n estiez vray héritier du royaulme de France, que ce (ust son plaisir vous oster le courage de le poursuivre, affin que vous ne fussiez plus cause de faire et sousteuir la guerre dont procèdent tant de maulx,

pour recouvrer ledit royaulme » Le roy con-

gnoissant qu'elle disoit vérité, adjousta foy eu ses paroles et creut qu'elle estoit venue de par Dieu 3.

C'est la première fois que nous voyons contester la légitimité d'un prince appelé à régner sur la France. Ce ne sera pas la dernière.

(maries VII eut treize enfanls, dont l'aîné

1 Dit à la Pucelle de l'interroger.

2 Quelques.

3 Abrégé du procès, écrit par ordre de Louis XII. Dan» Quicherat, t. IV. p. 258.

lui succéda et fut Louis XI. Quand il naquit, le 3 juillet 1 423, Charles VII, roi de France en droit, était en fait roi de Bourges, et c'est dans le palais archiépiscopal de cette ville que le nouveau Dauphin vit le jour. >< En ce temps, écrit Monstrelet, la royne ', femme du roy Charles, accoucha d'un lilz, pour la nativité' duquel fut faite grande leesce2 et grande joye par toute son obéissance ;?. »

La lettre suivante avait annoncé cet heureux: événement aux bonnes villes :

Dr. PAR le Roy :

Chiers et bien amez,

l'ouï' ce que nous savons certainement que grigneur 4 joye et consolacion ne povez avoir que de ouïr en bien de nostre prospérité, vous signifions qu'il a pieu à Nostre Seigneur, de sa grâce et clémence, délivrer nostre très chère et très amée coinpaigne d'un très beau filz, à sa bonne santé et de son dit enffent. De quoy nous avons regraçié et regracions Dieu, nostre créateur.

Donné à Bourges, le IIIe jour de juillet, Tan mil 1111e XXIII, environ cinq heures après-midi 5.

1 Marie d" A njou. " Liesse.

3 Edit. Douët-d'Arcq, t. IV, p. 173.

4 Pour greigneur, grande.

5 Bibliothèque de l'École des chartes, t. XWIX (18781 p. 586.

Outre sestreizeenfanls légitimes, Charles VII eut quatre filles naturelles, ne'es d'Agnès Sorel, et qui méritent une mention spéciale. Elles se nommaient Charlotte, Marie et Jeanne. Il n'y a rien à dire de la quatrième, qui mourut en bas âge et dont on ne sait pas le nom ; mais la vie des autres présente des particularités assez intéressantes pour que I on me pardonne à leur sujet une courte digression.

Charlotte épousa Jacques de Brézé, grand sénéchal de Normandie. Déjà mère de cinq enfants, elle fut surprise en flagrant délit d'adultère et tuée par son mari. « Mené de lescherie 1 désordonnée, elle mena avecques elle un gentil-homme du pays de Poictou, Pierre de La Vergne, lequel elle fist coucher avecques elle. Laquelle chose fut dicte au sénéchal par un sien serviteur et maislre d'hostel. Lequel sénéchal incontinent print son espée et vint faire rompre l'uys 2 où estoient lesdits dame et veneur..., trouva sa femme mucée dessous la couste 3 d'ung lict où estoient couchez ses enfans, laquelle il print et tira par le bras à terre. Et en la tirant à bas, luy bailla

1 Libertinage.

s La porte.

3 Cachée sous le matelas.

de lad it te espée parmy les espaules; et puis, elle descendue à terre et estant à deux genoulx, luy traversa ladicte espée parmy les mamelles et estomach, dont incontinent elle ala de vie à trespas. El puis l'envoya enterrer en l'abbaye de Coulons l. » Mais on ne tue pas ainsi une fille de sang royal, sœur naturelle du souverain régnant, Louis XI le prouva bien a Brézé, qui se vit privé de ses offices et de sa liberté, puis ruiné par une amende de cent mille écus.

Nous possédons l'acte par lequel Charles VII , à l'occasion du mariage de sa fille Marie, la reconnaît officiellement, et lui donne le nom de Valois :

Savoir taisons, y esl-il dit, à tous présens et avenir que, comme jà pieças par nostre ordonnance et commandement, nostre chière et amée fille naturelle, Marie, dez son enfance et jeune aage ait esté amenée ou chastel de Taillebourg, en nostre pays de Xaiutonge, et illeeque3 nourrie et alimentée jusques à présent qu'elle est en aage de marier *, sans ce que nous encores lui ayons donné ne

Coulombs, abbaye île Bénédictins. — Jean de Troyes, Chronique, 13 juin 1470, édit. Michaud, p. 324.

2 Depuis longtemps.

3 Et là.

1 Elle était née en 1436, et avait, par conséquent, vingtdeux ans.

ordonné surnom ou tiltre honnorable, comme il appartient, pour démontrer véritablement que la tenons et advouons nostre fille naturelle.

Nous, désiranl qu'elle soit honnorablement colloquée et pourvue par mariage, et elle et les siens à toujours jouir des honneurs, prérogatives et prééminences qu'il appartient : icelle .Marie avons, de nostre certaine science et propre mouvement advoué et advouons nostre fille naturelle. Et en signe de ce, afin que elle ait nom et tiltre honnorable, avons voulu et octroyé, et par ces présentes voulons et octroyons et nous plaist, qu'elle porte le surnom de Valois; ainsy qu'elle et ses successeurs puissent porter nos armes, à la différence de la bande, telle que en fans naturels doivent et ont accoutumez de porter 1 .

On voit que Marie avait été élevée au château de Taillebourg. Confiée d abord à l'amiral Prégent de Goëtivy, tué en 1450, elle passa ensuite sous la garde de son fils Olivier. Des lettres patentes de 1458 exposent que « pour les bonnes mœurs et vertu qui sont en la personne de nostre chère et amée fille naturelle Marie de Valois, et principalement pour le désir et affection qu'il a de soy approcher de nous et plus estre en nostre bonne grâce, » Olivier de Goëtivy avait demandé en mariage ladite Marie. Charles VII lui donna en dot

1 Novembre 1458. — Dans leambert, Anciennes lois françoises, t. IX, p. 35V.

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