LOUIS XV ET LOUIS XVI
Filiation de Louis XV. — Sa naissance. — Marie Leszcinska accouche de deux jumelles. — - Naissance d'un Dauphin.
— Réjouissances à Versailles. — La nouvelle apportée à Paris. — Mesures de police qui y sont prises. — Louis XV vient à Paris. — Te Deum à Notre-Dame. Festin à l'hôtel de ville. — Mort du Dauphin père de trois rois.
Naissance de Louis XVI. Fâcheux présages qui l'accompagnent.— Longue stérilité de Marie-Antoinette. — Operation faite au roi. — La reine accouche d'une fille. — Naissance d'un Dauphin. — Fêtes et réjouissances pendant trois semaines. — Représentations gratuites à l'Opéra et au Théâtre-Français. — Privilège des poissardes el des charbonniers pour ces représentations. — Les députations des arts et métiers à Versailles. — Compliments faits par les poissardes à la reine, au roi et au Dauphin.
— Mort du Dauphin.
Naissance et mort du Dauphin qui devint Louis XVII. Filiation de la branche cadette des Bourbons.
On connaît de Louis XIV douze enfants naturels, et il eut six enfants légitimes. Cinq
1 J.-F. Scnaull, Horoscope de monseigneur le Dauphin, discours prononce' dans l'église des prestres de l'Oratoire. Paris, 1661, in-4°.
de ces derniers, deux fils 1 et trois filles 2, moururent jeunes. L'aîné des fils, Louis de France, dit le grand Dauphin ou Monseigneur, ne en [661, mourut en 1711. Il laissait trois fils, dont l'aîné était Louis, duc de Bourgogne 3. Ce dernier mourut en 1712, laissant trois enfants : les deux premiers 4 moururent jeunes, le troisième fut Louis XV, qui se trouvait ainsi arrière-petit-fils de Louis XIV5.
Il naquit à Versailles le 15 février 1710, à huit heures, trois minutes, trois secondes du matin0, et fut nommé duc d Anjou. Il avait deux ans à peine quand moururent son père, sa mère et sou frère, tous emportés presque subitement par une même et mystérieuse maladie. Lui-même, faible et malingre, semblait prêt à les suivre dans la tombe. Malheureusement, on le sauva. Sa santé se raffermit peu à peu, et il ne mourut, usé par la débauche, qu'à soixante-quatre ans.
1 Philippe, duc d'Anjou, mort en 1671. — -Louis-François, due d'Anjou, mort en 1672.
s A nne-Klisabeth, morte en 1662. — Marie-Anne, morte en 166'*. — Marie-Thérèse, morte en 1672.
3 Les deux autres étaient Philippe, due d'Anjou, mort en 1746, et Charles, ducdeBerry, mort en 1714.
4 Ils eurent tous deux le titre de duc de Bretagne. s Voy. ci-dessous, p. 178.
8 Dangeau, Journal, 15 février 1710, t. XIII, p. 102.
De sa femme, Marie Leszcinska, il eut dix enfants, deux fils et huit filles. Mariée le 5 septembre 1725, la reine ne devint grosse qu'en 1727. Au mois de mai, Louis XV écrivait à l'archevêque de Paris pour solliciter des prières en faveur de la reine : « Mon cousin, lui mandait-il, la grossesse de la Reine, ma très chère épouse et compagne , est une nouvelle marque de la bénédiction de Dieu sur nous. La loi que je me suis faite de soumettre à sa Providence tous les événemens de mon règne m'engage à vous faire celte lettre, pour vous dire que vous ferez chose qui Nous sera bien agréable si vous ordonnez une collecte ou prière particulière pour la conservation de sa personne et du sujet de notre espérance'. » Marie Leszcinska accoucha le 14. août, mais de deux filles2. Ce n'était pas que la France attendait; aussi, le jour même, Louis XV écrivait encore à l'archevêque : « Il a plu à Dieu de commencer à bénir mon mariage par la naissance de deux filles, dont la Reine, ma très chère épouse et
1 Lettre du Roy écrite à Son Emineucc Mgr le cardinal de Nouilles, pour lui demander des prières au sujet de la grossesse de la Heine. Paris, 1727, in-4°.
9 Anne-Henriette, morte en 1752, et Marie-Louise, morte en 1759.
compagne, a été heureusement délivrée aujourd'hui. J'espère de ses bontez l'entier accomplissement de nies vœux et de ceux de mon peuple par la naissance d'un Dauphin. C'est pour le lui demander et le remercier des grâces qu'il m'a déjà laites que je vous fais cette lettre, pour vous dire que mon intention est que vous lassiez chanter nu Te Deum dans l'église métropolitaine de ma bonne ville de Paris 1 . »
Enfin, le A septembre 1729, à trois heures quarante minutes du matin, la reine accouchait d'un Dauphin, qui fut nommé Louis.
Le 4, à deux beures du matin, la Reine commença à souffrir beaucoup, et le Roi s'étant levé, on envoya avertir les princes et les princesses du san^, le cardinal de Fleury 3, le chancelier de France et le garde des sceaux, qui se rendirent aussitôt dans la chambre de la Heine, dont l'appartement fut dans l'instant rempli des seigneurs et dames de la Cour. La Heine sentit de grandes douleurs pendant une heure et demie, et à trois heures quarante minutes du matin, S. M. accoucha heureusement d'un prince, dont la force et la santé donnent de grandes espérances pour de longs jours3.
1 Lettre du lloy, écrite a S. Lm. Mgr le cardinal de Nouilles... Paris, 1727, in-4°.
2 Premier ministre.
3 II mourut à trente-six ans.
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Le Roi, qui n'avoit pas quitte'- La Reine pendant ses douleurs, et qui lui avoit donné des marques continuelles de sa tendresse, parut louché de la plus vive joyc, et toutes les personnes qui étoient dans la chambre ou dans l'appartement delà Reine, en apprenant cette grande nouvelle, firent paraître leur amour pour le Roi et la sincérité de leurs vœux pour la satisfaction de leurs Majestés.
On commença par faire prévenir le roi et la reine de Pologne. Puis :
Le garde des sceaux, ayant le département des affaires étrangères, étant rentré chez lui, dépêcha des courriers extraordinaires aux ambassadeurs et aux ministres du Roi dans les cours étrangères, pour leur apprendre cette grande nouvelle, et tous les courriers partirent à cinq heures du matin. On envoya aussi en faire part aux ministres étrangers.
Dès qu'on sçut à Versailles que la Reine étoit accouchée d'un prince, les coursdu château et toute la ville retentirent des plus grandes acclamations de joye, et elles se renouvelèrent avec plus de vivacité sous les fenêtres de l'appartement du Roi quand il fut éveillé.
Tous les seigneurs de la Cour, les chefs des compagnies supérieures et les personnes de considération s'empressèrent d'aller rendre leurs respects au Roi, qui reçut avec bonté les marques que chacun cherchoit à lui donner de sa joye. S. M. alla à midi entendre la messe, pendant laquelle on chanta le Te Deum en actions de grâces de la naissance de Monseigneur le Dauphin.
L'après midi, le Moi reçut les complimens de S. A. R. madame la duchesse d'Orléans, des princesses du sang et des daines de la Cour. Eî, après le Salut, S. M. passa dans sa chambre, où elle vit les ambassadeurs et les ministres étrangers qui, sans avoir attendu qu'on leur eût fait part de la naissance de Monseigneur le Dauphin, s'étoîent rendus .1 Versailles tics le matin, pour complimenter le Roi sur cette heureuse naissance, dont ils paroissoient aussi conte as que les sujets de S. M.
Le soir, après le souper de S. M., on tira dans l'esplanade qui est entre la grande grille et les écuries une grande quantité de fusées et un feu d'artifice aussi beau que le peu de temps qu'on avoil eu pour le préparer put le permettre. Et ce feu fut accompagné d'une grande illumination formée par des girandoles de lumière et une grande quantité de terrines. 11 y eut en même temps, dans toutes 1rs rues de Versailles, des illuminations, des feux et toutes les autres marques de la plus grande joye.
La naissance de ce prince qui, sans régner lui-même, devait donner trois rois à la France, fut regardée comme un bienfait de la Providence. Une foule de documents contemporains nous ont transmis le souvenir des réjouissances dont elle fut l'occasion.
Paris connut l'événement dès le matin. Le duc de Gesvres' avait envoyé à la municipa-
1 Alors gouverneur de Paris.