‹ L'enfantChapitre 30 sur 37 · L A V I E P II I V K E I) ' A U T R E F 0 1 S · texte numérisé non relu

L A V I E P II I V K E I) ' A U T R E F 0 1 S

lité Dorceval, son premier page, qui fit la route en trente-trois minutes1. Gomme il chancelait en descendant de cheval, la foule, apprenant la cause de son arrivée, le porta triomphalement jusque dans la grande salle de l'hôtel de ville, aux cris de Vive le roi ! La nouvelle se répandit bien vite et « excita les acclamations publiques dans les rues et aux fenêtres, où les bourgeois paroissoient en chemises, en bonnets de nuit et en cornettes. » Pour le récompenser de sa diligence, la Ville accorda à Dorceval une pension de quinze cents livres.

A cinq heures, arriva le comte de Saugeon, enseigne des gardes du corps, qui reçut de la municipalité une tabatière d'or enrichie de diamants. Trois heures après, se présentait le marquis de Brézé, grand maître des cérémonies. Il apportait les ordres du roi pour organiser les réjouissances publiques.

La nouvelle n'en fut pas plus tôt connue, par le bruit du canon et des cloches et par les différens courriers qui étoient arrivez de Versailles, que la joye éclata, et qu'on entendit partout des cris réi-

1 Versailles esta 23 kilomètres de Paris par la rive droite, à 18 kilomètres par la rive gauche. La durée du trajet est aujourd'hui de cinquante minutes par le chemin de fer de la rive droite, et de trente-huit minutes par la rive gauche.

térez de Vive h Roy! vivo la Heine! vive monseigneur le Daupliin! Ces acclamations durèrent tout le jour. Elles furent plus grandes encore le soir, pendant les illuminations et les feux qui furent faits devant toutes les maisons; ce qui fut continué pendant toute la nuit.

Le soir de ce même jour, à sept heures du soir, il y eut une décharge du canon et des boëtes de la Ville, el un feu de bois dans la place de Grève, qui fut allumé par les corps de ville, avec les mômes cérémonies observées au feu de la fête S. Jean-Baptiste. Le prévôt des marchands jeta de l'argent au peuple, et pendant le feu on fit distribuer du pain, de la viande et des cervclats au peuple, pendant que quatre fontaines devin couloient dans la place de Grève : et ce n'étoit pas la denrée qui avoit le moins de débit. A neuf heures, on fit une autre décharge de canons et de boëtes, et toute la façade de l'hôtel de ville fut illuminée.

Cependant, les magistrats, toujours attentifs et zélés, firent paroître dès le môme jour i septembre divers règlemens ; sçavoir une ordonnance du prévôt des marchands, qui enjoignoit à tous les bourgeois et habitans de la ville de Paris de faire des t'tsux devant leurs portes et des illuminations devant leurs maisons pendant trois jours.

Parmi ces règlements de police, il y en a trois qui méritent d'être mentionnés. Le premier a pour objet de prévenir les incendies qu'eussent pu provoquer les illuminations, les

feux de joie, les feux d'artifice et autres manifestations de l'allégresse populaire. Il y est dit :

Sur ce qui nous a été remontré par le Procureur du Roy, que dans une occasion aussi importante que celle de la naissance du Dauphin, les citoyens, entièrement occupez du soin de marquer leur zèle et d'exprimer par des réjouissances publiques la joie dont ils sont pénétrez, ne manqueront pas de négliger ce qui intéresse leurs biens et même leur propre conservation.

Que les peuples de cette capitale du royaume, accoutume/ à signaler leur fidélité et leur attachement respectueux pour leur souverain, souffriroient à la vérité avec peine que, dans un si grand événement, on mît quelques bornes aux justes témoignages de leur sensibilité. Mais, qu'en y applaudissant, il est de notre ministère de prévenir les accidens que leur extrême satisfaction leur cachera, et qui cependant sont presque toujours les suites des ré|ouissances publiques.

Enfin, que les incendies dont on veut parler sont d'autant plus à craindre dans ces occurrences, que le dedans des maisons cesse d'être occupé, et que les fusées et autres feux d'artifice peuvent pénétrer dans les caves, dans les boutiques et même jusques aux greniers.

Sur quoi, nous ordonnons à tous propriétaires et locataires de maisons de faire fermer et boucher exactement les fenêtres, lucarnes, veux de bœuf et généralement toutes les ouvertures des greniers,

soit que lesdits greniers soient vu ides on t'emplis. Connue aussi de fermer les fenêtres et portes des chambres, remises, bangards el écuries; de môme que les soupiraux et ouvertures des caves, caveaux et autres endroits où il v aura de la paille, du foin, du bois, des tonneaux, du suif et autres matières combustibles : lesquels endroits resteront fermez et bouchez pendant et si longtemps que dureront les réjouissances publiques, à peine de deux cens livres d'amende contre les contrevenans.

Ordonnons, en outre, aux marchands épiciers, pendant ledit temps, de fermer leurs boutiques à six heures précises du soir, et de n'en laisser ouvert que la porte seulement. Et aux grainetiers et chandeliers de retirer à la même heure les bottes de foin 61 de paille qu'ils ont coutume d'étaler en dehors de leurs boutiques, lesquelles seront pareillement fermées à six heures du soir.

Le lendemain, ordre est donné à tous les habitants de « tenir allumés des feux devant leurs portes, et d'illuminer leurs fenêtres aujourd huy, demain et mercredy prochains. »

Le G, une autre ordonnance renouvelle les prescriptions de la veille, mais interdit les illuminations et les feux de joie dans les rues que traversera le roi pour se rendre à l'hôtel de ville.

Dans l'attente de cet heureux jour :

Les grandes démonstrations de la joye publique

ont continué. Les boutiques ont été fermées. Les soirs, les illuminations ont recommencé partout.

Les princes du sang', les ministres et les seigneurs delà Cour se sont distinguez par les marques qu'ils ont données de leur joye, et ils ont fait mettre des fontaines de vin devant leurs hôtels, qui ont été magnifiquement illuminés, ainsi que ceux des ambassadeurs et ministres étrangers.

Le prévôt des marchands et les échevins ont fait sortir un grand nombre de prisonniers pour dettes.

Le 7, le roi vint prendre pari aux réjouissances. Parti de Versailles à trois heures, il arriva vers cinq heures à la porte de la Conférence l. Il se rendit aussitôt à Notre-Dame, où fut chanté en grande pompe un Te Deum d'actions de grâces « au bruit des canons de la Bastille, de l'Arsenal et de la ville. » Puis, Louis XV remonta en carrosse, et à sept heures il entrai; à l'hôtel de ville, décoré avec une extrême magnificence. « Sa Majesté étant montée dans la grande salle, se mit à la fenêtre, d'où elle vit l'affluence et le mouvement du peuple, dont la place de Grève étoit pleine, et dont les acclamations de Vive le Roi furent très vives et continuelles. On distribua

1 Elle était située sur le quai des Tuileries, entre les ponts actuels de SolférinO et de la Concorde, exactement à la hauteur du grand bassin octogone qui termine le jardin. Elle fut démolie vers 1730.

au peuple, par les Fenêtres, du pain et de la viande, et il fut aussi jeté de l'argent. Il y avoit quatre fontaines de vin sur la place, comme les jours précédens. » A huit heures, un magnifique feu d'artifice, dont nous possédons le programme, fut tiré sur la place. On se mit ensuite à table.

Vers le milieu du repas, le duc de Noailles se leva, et demanda au Roi la permission de boire à la santé de Monseigneur. Ce que S. M. ayant permis avec beaucoup de bonté, tous les convives burent la santé de l'Auguste Enfant très solennellement.

Dès que le Moi fut à table, on servit dans les autres salles plusieurs tables 1 pour les seigneurs et pour les personnes de la suite du Roi, et on distribua a tout le monde une très grande quantité de rafraîchissemens. Tout ce qu'il y a de plus exquis en vins et en liqueurs chaudes et froides y fut prodigué.

En sortant de table, le Roi reçut la serviette des mains du prévôt des marchands.

Vers les onze heures et demie, S. M. sortit de l'hôtel de ville, et fut reconduite jusqu'au bas de l'escalier par le corps de ville, auquel S. M. eut la bonté de témoigner qu'elle étoit satisfaite de la manière avec laquelle elle avoit été reçue.

Ce Dauphin, sur qui reposaient tant d'espérances, mourut en 1765. Marié deux fois, il avait eu neuf enfants, quatre filles et cinq fils.

1 II y avait trente couverts seulement à la table du roi.

Trois de ces derniers lui survécurent : le duc de Berrv, le comte de Provence et le comte d'Artois. Quand mourut Louis XV, la couronne échut donc à l aine, au duc de Berry, qui prit le nom de Louis XVI l.

Il était né le vendredi 23 août 1754, à six heures vingt-quatre minutes du matin"2. La venue au monde de cet enfant, destiné à une fin si tragique, fut accompagnée de présages qui eussent vivement frappé les esprits s'il se lût agi d'un Dauphin. Mais nui ne pouvait prévoir alors qu'il dût jamais occuper le trône, car le Dauphin, son frère était encore jeune 3, et son fils aîné /4 vivait encore

Le vendredi était un jour regardé comme néfaste; dix ans auparavant, il avait fallu rendre une ordonnance pour forcer les marins à mettre à la voile un vendredi 6. Aucun prince n'assista à l'accouchement, car la Cour était

1 Voy. ci-dessous, p. 178.

- Mercure de France, n° d'octobre 1754, p. 203. — Le duc de Luynes dit dans son Journal : « un peu avant six heures du matin. » Tome XIII, p. 316.

3 11 avait vingt-cinq ans à peine.

* Louis-Xavier, duc de Bourgogne, né en 1751.

4 II mourut en 1761. — Un second fi ls du Dauphin, Marie-Xavier-Joseph, duc d'Aquitaine, était mort au mois de février 175 V.

Duc de Luynes, Mémoires, avril 1744, t. V, p. 405.

alors à Ghoisy. Dès que les douleurs se firent sentir, on expédia au roi un piqueur; celui-ci tomba de cheval, se blessa grièvement et ne put continuer sa route'. De plus, l'enfant, Faible et délicat, ne semblait pas devoir vivre. Je rappelle qu'arrivé à l'âge d'homme, il devint d'une vigueur exceptionnelle2, tempérament qu'il tenait de sa mère, issue de la maison de Saxe :{, si célèbre par ses robustes générations.

On attendit 1 arrivée du roi pour transmettre La nouvelle a Paris, de sorte qu elle n'y parvint que fort tard, vers onze heures. Elle y fut portée par M. de La Luzerne, et je ne vois pas qu elle y ail. donné lieu à de grandes réjouissances.

A seize ans, le duc de Berry avait épousé Marie-Antoinette de Lorraine, née le 2 novembre 1755, jour du tremblement de terre de Lisbonne, qui avait fait trente mille victimes. En signant son acte de mariage sur le registre de la paroisse de Notre-Dame à Versailles, elle avait effacé, d'un énorme pâté

Luynes, 27 août i754, t. XIII, p. 317. Soulavie, Mémoires du règne de Louis A 17, t. II, p. 48. 3 Mario Joseph e, Hlle de Frédéric- Auguste III, électeur de Saxe

d'encre, la fin de sa signature 1 . Plus tard, on lui vola son anneau nuptial, « dans l'intention de servir à des maléfices pour l'empêcher d'avoir des enfants2. » Les fêtes donnés à l'occasiondeson mariage avaientété ensanglantées; pins de mille personnes y avaient péri, et avaient été ensevelies dans le cimetière de la Madeleine qui, vingt ans après, devait recevoir son corps décapité 3. Enfin, les deux époux, montés sur le trône en 1 7 74, furent sacrés a Reims l'année suivante; au moment où l'archevêque posait sur la tête du roi la couronne dite de Gharlemagne, il v porla la main, cl murmura : « Elle me gène4. »

Sept ans s'étaient écoulés depuis le mariage de Louis XVI, et Marie-Antoinette restait stérile. La comtesse d'Artois, plus heureuse, était mère déjà, et mère d'un fils '. Le jour ou

1 Feuillet de Gonches, Louis XVI et Marie- Antoinette, t. I, p. XXVIII.

- .Mine Campan, Mémoires, t. I, p. 208.

3 Marie-Antoinette écrivait à sa mère le 30 juin i770 : « Au feu d'artifice des fêtes de la Ville, la foule doit si grande qu'il v a eu des accidens horribles, des centaines de personnes écrasées... M. le Dauphin est désespéré. Moi, je n'en dors plus, et j'ai toujours devant les yeux cette foule de victimes don t nous avons été l'occasion . » Feuillet de Couches, 1. 1, p. 8.

* Mme Campan, t. I, p. 115.

* Louis-Antoine, duc d'Angoulème , né en 1775, mort sans enfants en 1844.

elle le mit au monde, «la reine donna toutes les marques possibles de tendresse à la jeune accouchée, et ne voulut la quitter que lorsqu'elle fut replacée dans son lit. Ensuite, elle traversa les escaliers et la salle des gardes avecun maintien fort calme, au milieu d une foule immense. Les poissardes, qui s'étaient arrogé le droit de parler aux souverains dans leur ridicule et grossier langage, la suivirent jusqu'aux portes de ses cabinets, en lui criant, avec les expressions les plus licencieuses, que c'était à elle de donner des héritiers. La reine arriva dans son intérieur très agitée et précipitant ses pas, elle s'enferma seule avec moi pour pleurer, non de jalousie sur le bonheur de sa belle-sœur, mais de douleur sur sa position 1 . »

Louis XVI était timide avec les femmes, fuyait leur société, celle même de la reine qu'il paraissait beaucoup aimer. On sut plus tard qu'il était né avec un vice de conformation qui devait lui faire redouter les caresses conjugales. Une opération très simple l'en délivra ", et en 17 78 la reine devint en-

1 Campan, t. I, p. 116.

2 Voy. Les chirurgiens, p. 214.

ceinte ICI le accoucha le 19 décembre : l'enfant était une fille2. La déception fut immense, et se traduisit par des épigrammes et des couplets satiriques. A Paris, il y eut des spectacles gratuits et même des illuminations, mais on remarqua leur « mesquinerie, » écrit Bachaumont 3.

Le 18 janvier 1779, la reine fit ses relevailles à Versailles, dans la chapelle du château, et le 8 février elle vint à Notre-Dame de Paris remercier Dieu de son heureuse délivrance. A Versailles les deux curés de la ville reçurent douze mille livres pour leurs pauvres, et douze mille livres furent répandues en aumônes. A Paris, on maria cent jeunes filles4. On donna à chacune d'elles, outre la toilette

1 En juin, Louis XVI écrivait à la reine d'Espagne : « Je ne puis tarder davantage à faire part à Votre Majesté de l'heureux événement de la grossesse de la reine, qui me comble de joie. Elle a déjà passé le troisième terme et s'en porte fort bien. Elle sera saignée lundi pour la première fois. » Feuillet de Conches, t. I, p. 117. — Sur la saignée des femmes enceintes, voy. les Variétés chirurgicales, p. 9".

2 Marie-Thérèse-Cliarlotte, dite Madame royale, mariée en 1799 à son cousin le duc d'Angoulême, morte en 1851.

3 Mémoires secrets, t. XII, p. 201 et suiv.

4 Lors de la naissance du duc de Bourgogne, la Ville maria « six cents personnes, artisans, apprentis, ouvriers, inanouvriers, gens de peine, etc.» Voy. Arrêté du prévôt des marchands du 13 septembre 1751.

L'EN l'A NT.

de noce, une dot de cinq cents livres, un trousseau de deux cents livres, avec promesse de quinze francs par mois à la naissance du premier enfant si la mère le nourrissait, de dix francs si elle le mettait en nourrice.

Les futurs époux furent conduits en carrosse jusqu'au Pont-Rouge Là, ils ont mis pied à terre et se sont rendus ainsi à la métropole, où chaque pasteur, revêtu de son étole, a célébré ses mariages. On a renvoyé les pères et mères, et les amoureux conjoints ont été menés à l'archevêché, où l'on leur a donné des rafraîchissemens. (Is se sont trouvés de nouveau à Notre-Dame et se sont rangés sur une double haie, à travers laquelle ont passé Leurs Majestés, accompagnées de toute la famille royale. Les princes et princesses du sang les y avoient précédés séparément.

Le cortège étoit de vingt-huit carrosses. Il étoit accompagné de détachemens des gardes-du-corps gendarmes, chevaux légers et des officiers de la fauconnerie.

M. l'archevêque a donné, le même jour, une seconde bénédiction nuptiale à deux vieillards, unis depuis cinquante ans; ils étoient entourés de leurs enfuis, petits-enfaus et arrière-petils-enfans 9.

Le 22 octobre 1781, à une heure vingt-trois minutes du matin, Marie- Antoinette enfanta

1 II réunissait l'île Saint-Louis à la Cité, allait du quai Mourbon au quai aux Fleurs actuel

2 Mémoires secrets, t. XIII, p. 278.

k;2 la vie privée d'autrefois.

un fils, Louis- Joseph -Xavier-François. La France avait un Dauphin.

Au moment de l'accouchement, prirent place dans l'intérieur du paravent qui entourait le lit de misère, le roi et les princes, puis le garde des sceaux, occupant sa place officielle, aux pieds du lit, à genoux. L'enfant aussitôt né, on le lui présenta, afin qu'il constatât le sexe. Un si profond silence régna alors, que la reine crut avoir, celte fois encore, donné le jour à une fille. Mais le roi se pencha vers elle, et lui dit assez haut pour être entendu de tous : « Madame, vous avez comblé mes vœux et ceux de toute la France, vous êtes mère d'un Dauphin. » Tous les regards se porlèrent alors sur le comte de Provence, frère puîné du roi, à qui cette naissance semblait devoir enlever la couronne. « On crut remarquer sur son visage un mouvement d'humeur et de chagrin ; mais son ànie magnanime, surmontant bientôt cette foiblesse, s'est livrée ensuite à toute la joie... l. »

Le petit Dauphin pesait treize livres, et sa taille était de vingt-deux pouces2. Pendant

1 Mémoires secrets, 26 octobre 1781. t. XVII, p. 102. * Bachaumont, 8 novembre, t. XVIII, p. 130. — Mercure de France, n" de novembre, p. 82.

trois semaines, Versailles et Paris furent en liesse; les réjouissances que j'ai racontées plus haut se renouvelèrent, avec un surcroît d'enthousiasme peut-être. Je ne les décrirai pas de nouveau ; je vais me borner à extraire des relations contemporaines certains faits curieux, dont la population en délire ne nous avait pas encore offert le spectacle.

Un courrier, annonçant les premières douleurs, avait été expédié à Paris à une heure trois quarts; un second courrier, arrivé à deux heures sept minutes, fit connaître l'heureuse délivrance de la reine. Le jour même, salves d'artillerie, feux de joie, sonneries de cloches, distribution de pain et de vin. Aux Italiens, la Billioni, qui jouait dans la pièce le rôle d une fée, reparut après la représentation, et chanta ce couplet, improvisé pour la circonstance :

Je suis fée et veux vous conter

Une grande nouvelle.

Un fds de roi vient d'enchanter

Tout mi peuple fidèle.

Ce Dauphin que l'on va fêter

Au trône doit prétendre :

Qu'il soit tardif pour y monter,

Tardif pour en descend re.

Gomme toujours, il y eut délivrance de prisonniers pour dettes :

Le jour de la naissance de M. le Dauphin, messieurs de Boissv, trésoriers de la compagnie de l'assistance des prisonniers, reçurent une lettre d'un inconnu qui leur faisoit part de son intention de consacrer 15,000 livres à la délivrance des prisonniers pour dettes de mois de nourrice, dont il leur déféroit le choix. En effet, le lendemain 23, l'argent fut apporté, et ils procurèrent la liberté à 194 personnes

Le 26, le roi se rendit à Paris, et assista au Te Deum qui fut chanté à Notre-Dame, « au bruit d'une salve ge'nérale des canons de la Bastille, des Invalides, de l'Arsenal et de la Ville; les re'gimens des Gardes - françoises y répondant par trois salves de leur mousquelerie. »

Après le Te Deum, le Roi vint faire sa prière devant l'autel de la Vierge, d'où Sa Majesté fut reconduite à la porte de l'église avec les cérémonies qui avoient été observées à son arrivée. Le Boi étant remonté en carrosse au bruit des acclamations publiques et des cris répétés de Vive le Roi, expression de l'amour d'un peuple toujours transporté du bonheur de le voir, mais plus particulièrement

1 Bachaumont, t. XVIII, p. 111. — 168 hommes et 88 femmes, dit le Mercure de France.

encore dans cette circonstance désirée si ardemment, Sa Majesté trouva dans sa route les maisons illuminées1, et fit jeter de l'argent au peuple, comme elle avoit fait à son arrivée5.

L'opéra, brûlé le 8 juin précédent, venait d'être reconstruit. C'était un bâtiment en bois, qui avait été élevé en soixante-quinze jours, rapidité regardée alors comme prodigieuse. Il fut décidé que, pour fêter la naissance du Dauphin, l'inauguration de la nouvelle salie aurait lieu le 28 octobre, par une représentation gratuite. Le public avait manifesté quelques doutes sur la solidité de l'édifice, et les architectes désiraient qu'une expérience concluante vint démontrer l'inanité de ces craintes 3. En effet, plus de six mille per-

1 Parti de Versailles à trois heures, il arriva aux Invalides vers quatre heures, et Ht son entrée dans 1 é;;l ise vers cinq heures. Il « avoit ordonné que les chevaux n'allassent qu'au pas, pour donner à son peuple le temps de le voir. »

8 Gazette de France, n° du 13 novembre, p. -V26.

3 « Le public paraissant douter de ln solidité d'une construction faite si vite, une circonstance heureuse s est présentée pour lever ses doutes et le rassurer... Une afHuencc prodigieuse constata la solidité de ce monument. » Thiéry, Guide des voyageurs à Paris [1787], t. I, p. 540.

« La solidité de ce monument a été éprouvée hier de façon à rassurer les plus timides. Il y est entré plus de six mille personnes, et l'on en a compté jusqu'à vin<jt dans une lo{]e. » Bachaiwnont, t. XVIII, p. 108.

<* On peut dire que l'on a fait l'épreuve de cette salle

sonnes s'y entassèrent, sans qu'aucun affaissement résultât de cette surcharge « Après le spectacle, il s'est fait, sur le théâtre même, une distribution de pain et de vin , et les poissardes avec les charbonniers ont formé des danses et ont chanté des chansons qu'on n'est pas accoutumé d'entendre en pareil lieu, mais qu'autorise la licence du jour » En effet, à la suite des représentations de ce genre, le public avait la liberté d'envahir la scène. « Après la pièce, écrit Séb. Mercier, Melpomène, Thalie et Terpsichore donnent la main au porte-faix, au maçon, au décrotteur. Préville et Brizard dansent avec la fille de joie sur les mêmes planches où l'on a représenté Polieucte et Athalie. Les comédiens ne se prêtent pas par amour du peuple à ces danses bruyantes, mais par politique; ils voudroient bien pouvoir s'en exempter. Leur dépendance leur fait un devoir de cette corvée, et ils jouent très bien le contentement3. »

comme celle d'un canon, en y mettant double charge. IL s'y est porté une foule prodigieuse, et il n'est arrivé aucun accident. » Correspcuidance secrète, t. XII, p. 127.

1 Les portes furent ouvertes dès neuf heures du matin, et l'on ne commença que vers deux heures.

2 Bachaumonl, t. XVIII, p. 108.

3 Tab'cau de Paris, t. III, p. 18.

Dans toutes les fêtes auxquelles le populaire était convié, la place d'honneur appartenait, de longue date, aux poissardes et aux charbonniers, représentants attitrés de la classe ouvrière. Les jours de spectacles gratuits, 1 on réservait aux premières le balcon de La reine et aux seconds le balcon du roi. Lors de la naissance de Madame royale ( 1 778) , les poissardes et les charbonniers étant arrivés trop tard à la représentation gratuite du Théâtre français se virent refuser Feutrée de

la salle, faute de place. Ils se fâchèrent et demandèrent « pourquoi I on avoit laissé occuper les Loges du roi et de la reine qui, en pareille cérémonie, leur appartiennent de droit. Grande rumeur. Il a fallu appeler le semainier; et la troupe des comédiens s'étant assemblée pour délibérer, on a reconnu, par la compulsion des registres, la légitimité de leur réclamation. Pour y suppléer, on a mis des banquettes sur le théâtre de chaque côté, où les charbonniers ont pris place du côté du roi et les poissardes du côté de la reine '. » En 1781, 1 on eut soin de laisser libres les places appartenant à ces deux importants corps

1 Bachauinout, 24 décembre 1778, t. XII, p. 205. — Voy. aussi le Mercure de France, n" de janvier 1779, p. 50.

Mis

d "état. Ils les occupèrent à L'Opéra et encore le lendemain aux Italiens qui donnèrent aussi un divertissement gratuit. Les charbonniers, parodiant les grands seigneurs, arrivèrent dans une charrette, qu'ils renvoyèrent en criant à leur conducteur : « A ce soir, cinq heures1. »

Le 4 novembre les corporations d'arts et métiers allèrent rendre au roi la visite qu'il avait faite à Paris.

Les arts et métiers, écrit madame Campan8, dépensèrent des sommes considérables pour se rendre à Versailles, en corps, avec leurs différens attributs. Des vêtemens frais et élégans formaient le plus agréable coup-d'œil ; presque tous avaient de la musique à la tête de leurs troupes.

Arrivés dans la cour royale, ils se la distribuèrent avec intelligence, et donnèrent le spectacle du tableau mouvant le plus curieux.

Des ramoneurs, aussi bien vêtus que ceux qui paraissent sur le théâtre, portaient une cheminée très décorée, au haut de la quelle était juché un des plus petits de leurs compagnons.

Les porteurs de chaises en avaient une très dorée, dans laquelle on voyait une belle nourrice et un petit Dauphin.

1 Bachaumont, t. XVIII, p. 115.

* Mémoires, t. I, p. 216.

Les boucliers paraissaient avec leur bœuf gras.

Les pâtissiers, les maçons, les serruriers, tous les métiers étaient eu mouvement. Les serruriers frappaient sur une enclume, les cordonniers achevaient une petite paire de bottes pour le Dauphin , les tailleurs un petit uniforme de son régiment.

Le roi resta Longtemps sur son balcon pour jouir de ce spectacle, qui intéressa toute la Cour.

L'enthousiasme fut si général, que la police ayant mal surveillé l'ensemble de cette réunion, les fossoveurs eurent l'impudence d'envoyer aussi leur députation et les signes représentatifs de leur sinistre profession. Ils furent rencontrés par la princesse Sophie, tante du roi, qui en fut saisie d'effroi, et vint demander au roi que ces insolens fussent à l'instant chassés de la marche des corps et métiers qui défilaient sur la terrasse.

Le récit de madame Gampan est incomplet.

Les fruitières-orangères offrirent, pour la bouillie du nouveau né, un joli chaudron d'argent et de petites cuillères d'or.

Les boulangers firent, sur le champ, dans le vestibule, un essai du pain le plus délicieux, qui fut aussitôt présenté à la reine.

On ne peut vraiment rappeler sans émotion ces témoignages d'amour, auxquels succéda si vite la haine la plus implacable qu'un peuple ait jamais vouée à son souverain.

Le désir de lui plaire inspira aux serruriers

une délicate attention, dont celui-ci se montra vivement louché.

Les serruriers ont voulu se distinguer par un chef-d'œuvre d'industrie, dans un genre où l'on sait que S. M. n'a pas dédaigné de s'exercer dans son loisir. Gonnoissant son goût pour la mécanique, ils ont imaginé une serrure à secret dont on assure que l'essai a depuis été la i I avec le plus grand succès. 11 est tel que, lorsqu'on veut l'ouvrir, on en voit sortir tout à coup un Dauphin extrêmement bien fait.

À l'instigation de quelques courtisans prévenus, le roi a essayé d'en découvrir lui-même le ressort. On y conduisit adroitement S. M., et elle fut si contente de cette galanterie qu'elle donna trente louis de sa poche au corps des serruriers '.

Les poissardes jouèrent naturellement le principal rôle dans ces naïves manifestations de la joie populaire.

Les dames de la halle vinrent complimenter la reine, et lurent reçues avec le cérémonial que l'on accordait à cette classe de marchandes. Elles se présentèrent, au nombre de cinquante, vêtues dérobes de soie noire, ce qui jadis était la grande parure des dames de leur état ; presque toutes avaient des diamants.

La princesse de Ghimay fut à la porte de la chambre de la reine recevoir trois de ces femmes, qui

1 Bachaumont, t. XVIII, p. 110 et 145.

Furent introduites jusqu'auprès du lit. L'une d'elles harangua Sa Majesté. Son discours avait été fail par M. de La Harpe, et était écrit dans un éventail sur lequel elle jeta plusieurs fois les yeux, niais sans aucun embarras; elle était jolie et avait un très bel organe.

La reine fut touchée de ce discours et répondit avec une grande affabilité.

Le roi fit donner un grand repas à toutes ces femmes. Un des maîtres d'bôtel de Sa Majesté9, le chapeau sur la tète, était seul assis au milieu de la table pour leur faire les honneurs 3.

En sortant de chez la reine, les poissardes se rendirent chez le roi. La porte de ses appartements fut ouverte à deux battants, et le duc de Cossé, gouverneur de Paris, introduisit les

1 Eu voici le texte :

Madame,

Toute la France a déjà témoigné à Votre Majesté sa joie si vive et si vraie de la naissance de Monseigneur le Dauphin. Nous avons fait éclater nos transports avec tout l'amour que nous avons pour Vous; il nous est permis aujourd'hui de porter aux pieds de Votre Majesté les expressions de nos cœurs : ce droit-là nous est plus cher que la vie.

Il y a si longtemps, Madame, que nous Vous aimons sans oser Vous le dire, que nous avons besoin de tout notre respect pour ne pas abuser de la permission de Vous l'exprimer.

2 « On exigeait des preuves de noblesse, ou au moins l'anoblissement au troisième degré, pour les charges de maitre-d'hôtel. » Note de Mme Campan.

3 Mme Campan. t. I, p. 217.

vingt-quatre déléguées. L'une d'elles lut avec beaucoup de grâce ce compliment fort bien tourné :

Sire,

Le ciel devait un fils à un Roi qui regarde son peuple comme sa famille, nos prières et nos vœux le demandaient depuis longtemps : ils sont enfin exaucés .

Nous voilà sûrs que nos petits-fils seront aussi heureux que nous, car cet enfant si chéri doit vous ressembler.

Vous lui apprendrez, Sire, à être bou et juste comme Vous même. Nous nous chargerons d'apprendre aux nôtres comment il faut aimer et respecter son Roi.

Le Dauphin eut aussi son petit discours :

Monseigneur.

Nos cœurs vous attendaient depuis longtemps ; ils étaient à Vous avant votre naissance. Vous ne pouvez entendre encore les vœux que nous faisons autour de votre berceau. On vous les expliquera quelque jour. Ils se réduisent tous à voir en Vous l'image de ceux à qui vous devez la vie '.

A ces délicats hommages succédèrent des acclamations, des élans de tendresse beaucoup

1 Compliments des vingt-quatre dames marchandes à la halle de Paris, à l'occasion de la naissance de monseigneur le Dauphin, prononces par elles. Paris, 1781, in-4°.

moins académiques. Le Mercure de France* nous a conservé une chanson en douze couplets, dont le dernier fut, pendant plusieurs jours, répété par toute la France. En voici le texte, d'après Marie-Antoinette, et tel qu'elle 1 envoya à Mme de Lamballe 2 :

Ne craignez pas, cher papa,

D'voir augmenter vot' famille,

Le bon Dieu z-v pourvoira.

Fait's-en tant <pf Versailles en fourmille :

Y eût-il cent Bourbons cheu nous,

Y a du pain, du laurier pour tous.

Toutes les poésies ne furent pas de si bon goût. Quand on avait constaté le sexe du petit prince, il donnait des promesses de virilité qui avaient été jadis remarquées déjà chez Louis XIII. Cette turgescence, fréquente chez les enfants, est déterminée par la plénitude de la vessie. Mais les poissardes ne savaient pas cela, et elles célébrèrent à leur façon ce petit incident :

1 Numéro de novembre 1781, p. 98.

* Elle lui écrivait le 21 novembre : « Le roi trouve que vous manquez de mémoire et que vous ebantez autrement les couplets des poissardes, et là-dessus il m'a répété celui-ci, que vous ne savez pas bien. » Feuillet de Goncbes, t. I, P. 135.

Noire charmante Antoinette Vient de faire un petit bout, Et j'avons vu la broquette De not' Dauphin à tretous.

Elle levoit,

Elle dressoit, Oh ! ce sera un compère.

Elle levoit,

Elle dressoit, Ça vous promet un maître don.

La Correspondance secrète 1 ajoute :

Cette polissonnerie a fait rire toute la Cour, l'a fait rire aux larmes. Quelques femmes ont baissé les yeux et vouloient rougir; mais dans une joie aussi grande, aussi universelle, on doit naturellement passer bien des choses. Le Roi a applaudi et a ordonné aux poissardes un bis qui les a toutes mises hors d'elles de plaisir. Elles ont recommencé avec des figures, des mines, des contorsions dans leur genre, plus plaisantes les unes que les autres. Sa Majesté leur a promis une fête lorsque la Reine seroit relevée de couches.

Les Mémoires secrets'2 me fournissent encore trois mentions bonnes à recueillir :

4 novembre. Entre les divers Te Dewn chantés depuis la naissance du Dauphin, il faut distinguer celui que Mme Médard, bouquetière de Sa Majesté

1 Tome XII, p. 138.

2 Tome XV III, p. 122, 126 et 207.

et delà famille royale, doit faire chanter demain en l'église rovalc et paroissiale de Saint-Germain l'Auxerrois. Il doit être précédé d'une messe solennelle en musique.

(J novembre. Le délire patriotique pour la naissance d'un Dauphin, loin de se ralentir ne fait que s'accroître par la fermentation générale. Les femmes le manifestent jusques dans la frivolité de leurs modes. Elles portoient, il v a quelque temps, au lieu de diamants aux oreilles ou dans les cheveux, des médaillons au cou; ensuite elles y ont substitué des Jeannettes, c'est à dire des croix d'or, comme en ont les femmes de la campagne, hieutôt enrichies de diamants superhes. Aujourd'hui c'est un dauphin qui a pris la place de ce signe de notre religion. Enfin, les broderies à la mode pour les souliers sont un nœud à quatre rosettes, surmonté d'une couronne dont le centre est occupé par un dauphin; au dessus est écrit en lettres d'or : Vive le Roi! au milieu Vive la Reine! et au dessous Vive inonscitjneitr le Dauphin!

m ci vibre. Des courtisans racontent que M. le comte d'Artois ayant envoyé sou (ils, M. le duc d'Angouléme, rendre ses devoirs à M. le Dauphin, il lui avoit demandé au retour comment il l'avoit trouvé. Ce prince lui ayant répondu, avec l'ingénuité d'un enfant : « bien petit. » « Mon fils, vous le trouverez bien grand dans quelque temps, » lui répliqua-t-il.

11 se trompait. En effet, le Dauphin, miné par le rachitisme, mourait à Meudon , le

17ti

-4 juin 1789. Il n'avait pas encore huit ans. Le même jour, M. de Villedeuil, ministre de la Maison du roi, allait annoncer au duc de Normandie qu'il était Dauphin de Fiance.

Le nouveau Dauphin avait vu le jour un peu moins de quatre ans après son frère, le 27 mars 1785, à six heures quarante -cinq minutes du soir.

Dès que la reine fut accouchée, le comte de Saint- Aulaire, lieutenant des gardes du corps du Roi, de service auprès de la Reine, alla à Paris, par ordre du monarque, annoncer cette heureuse nouvelle au corps de ville qui s'éloit déjà rassemblé, d'après les ordres que S. M. lui en avoit envoyés peu de temps auparavant. Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères, rentré chez lui, dépêcha des courriers extraordinaires aux ambassadeurs et aux ministres de France dans les cours étrangères, pour leur faire part de cette nouvelle. Tous ces courriers partirent dès le soir et moins de trois heures après l'accouchement de la reine.

Le nouveau-né fut baptisé le jour même, et nommé Louis- Charles, duc de Normandie, titre qu'aucun fils de France n'avait porté depuis le quatrième fds de Charles VII2. Je

1 Le comte de Saint-Aulaire arriva à l'hôtel de ville à huit heures dix minutes.

* Charles de France, successivement duc de Berry, de Normandie et de Guyenne, mort en 1472.

ne dirai rien des réjouissances qui eurent lieu dans Paris à l'occasion de cette naissance. Elles ne présentèrent aucun caractère exceptionnel, et elles sont décrites tout au long dans le Mercure de France du mois d'avril 1785 l.

Elles précédèrent seulement de dix années la mort de ce petit martyr, décédé au Temple en I7!)5. Le comte de Provence 2 put ainsi, après l;i chute de l'Empire, succéder à son frère el il mourut sans enfants en 1824.

La couronne échut dès lors au comte d'Artois*, deuxième frère de Louis XVI. Le comte d'Artois avait deux (ils, le duc d'An^oulème, d'esprit très borné, qui renonça en 1830 à ses droits au trône, et le duc de Berry, qui mourut assassiné le 13 février 1820. Il ne laissait que des filles; mais la duchesse se trouvait enceinte, et le 20 septembre elle donna le jour à un fds posthume, Henri, duc de Bordeaux, puis comte de Ghambord, dit Henri V. Celui-ci mourut sans postérité au mois d'août 1883, et avec lui s'éteignit la branche aînée des Bourbons.

1 l'njjcs 83 et suiv.

* Louis XVIII.

3 Charles X.

Sa généalogie peut se résumer ainsi :

Il en ni IV

Lodis XIII

Louis XIV

Louis, dit Monseigneur

Louis, duc de Bourgogne

Louis XV

Louis, Dauphin

Louis XVI Lodis XVIII Charles X

Loms XVII j 1

Duc Duc de Berry

d'Àngoulême

Duc de Bordeaux

Louis-Philippe Ier, chef de la branche cadette, avait été porté au trône par la révolution de 1830. Il descendait de Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

La généalogie de la maison d'Orléans s'établit donc de celte manière :

L'ENFANT. 179 Louis XIII

Louis XIV Philippe Iw, duc d'Orléans

Philippe II, le Régent

Louis, duc de Chartres

Louis-Philippe, duc de Chartres . J

Louis-Philippe- Joseph, dit E y alité

Louis-Philippe Ier

Ferdinand- Philippe

Louis-Philippe- Robert,

Albert, duc de Chartres comte de Paris

Louis-Philippe-

Robert duc d'Orléans

Ferdinand- Philippe , duc d'Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe Ier, mourut en juillet 1 8 42, laissant pour fils aîné Louis-Philippe- Albert, comte de Paris. A la mort du duc de Bordeaux, le comte de Paris devint le chef de la maison de France, et en cette qualité, prit le nom de Philippe VII. Il est mort le

8 septembre 1894. Son fils aîné, Louis-Philippe-Robert, duc d'Orléans, est aujourd'hui prétendant à la couronne de France et il se fait appeler Philippe VIII.

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