BAPTÊMES DE II O I S ET DE DAUPHINS
Cérémonies observées au baptême de Philippe-Auguste, de saint Louis, de Jean II, de Charles V, de Charles VI, de Louis XI, de Charles VIII, de Cliarles Orland , de Louis XII, de François Ier, de François II, de Henri III, de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV, de Louis XVI.
Philippe-Auguste, né le samedi 21 août 1165, fut baptisé le lendemain par Maurice, évêque de Paris, celui-là même qui fit commencer la construction de la cathédrale actuelle. La cérémonie eut lieu dans la petite chapelle dite de Saint-Michel de la Place1, qui était située près du Palais, près de l'endroit où s'éleva plus tard la Sainte-Chapelle.
1 « In ecclesia Sancti Mickaelis de Platea. »
L'EN l' A N T
L'enfant eut trois parrains et trois marraines :
Hugues de Monceaux, abbé de Saint-Germain des Prés.
Hervé, abbé de Saint-Victor.
Eudes, jadis abbé de Sainte-Geneviève l.
Constance, sœur du roi.
Deux Femmes veuves de Paris*2.
Toutefois, le nouveau-né fut nommé Philippe, en considération de Philippe, comte de Flandre, qui peut dès lors être regardé comme un quatrième parrain 3.
Saint Louis naquit à Poissy et y fut baptisé. Les fonts baptismaux de l'église Notre-Dame, sur lesquelsune inscription futplacéeen 1 6504, ont été reproduits par Montfaucon 5.
Le saint roi rappelait fréquemment le souvenir de son baptême. Deux de ses historiens, Geoffroi de Beaulieu et Guillaume de Nangis racontent le fait suivant. Se trouvant un jour
1 II avait résigné ces fonctions vers 115V.
5 « Dune vidme Parisienses matrinœ extiterunt. »
3 Voy. Recueil des historiens, t. XII, p. 133. — Bibliothèque de l'École des chartes, XXe année (1839), p. 149. — De glorioto rege Ludovico, édit. Molinier, p. 177. — Guillaume le Breton, Philippidos liber II, vers 14.
* Voy. 1«' I'. Anselme, Histoire généalogique, 1. 1, p. 83.
s Monument de la monarchie françoise , t. II, pl. xix.
à Poissy, il dit à quelques-uns de ses familiers que Dieu lui avait accordé en ce lieu le plus grand bien et le plus grand honneur dont il eût jamais joui. On s'étonna, car il semblait qu'un tel éloge dût plutôt s'adresser à la ville de Reims où il avait été sacré. Le roi sourit et répondit qu'il s'agissait bien de Poissy, puisque c'était là que lui avait été administré le baptême. Et parfois, dans les occasions où il ne voulait pas prendre le titre de roi, il signait ses lettres Louis de Poissy ou Louis seigneur de Poissy l.
Le roi Jean II, né le jeudi 26 avril 1319, fut baptisé au Mans, le dimanche suivant, dans l'église Saint-Julien2.
Charles V reçut le baptême dans l'église Saint-Pierre de Montreuil 3, près de Vincennes où il était né.
Charles VI naquit le 3 décembre 1368, et il fut baptisé le 6 du même mois en l'église Saint- Paul. La cérémonie eut lieu « environ heure de prime, » c'est-à-dire vers six heures du matin. Elle se fit en grande pompe. Il y avait « tant de gens, qu'es rues on ne se povoit
1 Recueil des historiens, t. XX, p. 409. s Anselme, t. I, p. 105.
« Jbul., t. I, p. 109.
tourner, écrit Christine de Pisan, et moult estoit haulte et noble chose à veoir; le peuple, d'aultre part, alloit menant leste, sanz faire aulcun ouvrage, resjoys de la nativité de leur prince ' . » Ce qui ne contribua pas peu à accroître l'allégresse du populaire, c'est que le roi Fit largesse, donna huit parisis à qui voulut. C'était appeler tout le monde; aussi se pressa-t-on si bien dans la rue que plusieurs personnes furent étouffées par la foule, et que le cortège dut prendre un chemin détourné pour rentrer au palais. L'enfant fut tenu sur les fonts par le maréchal Charles de Montmorency. En même temps, Duguesclin « le ceignit de l épée, le fit chevalier2, » et fut ainsi son parrain d'armes. Les grandes chroniques de Saint-Denis nous ont conservé un intéressant récit de cette solennité :
Le mercredi ensuivant, sixiesme jour de décembre, ledit fils du roy fu cresticnné en Péglyse de Saint-Pol de Paris, environ heure de prime, par la manière qui ensuit. Et dès le jour de devant furent faites lices de mairien 3 en la rue, devant ladite
1 Le livre (les fait et bonnes meurs du sage roy Charles V, édit. Micliaud, p. 24.
s Anselme, t. I, p. 111. — Nous verrons que François II fut également fait chevalier le jour de son baptême.
3 Barrières de bois.
églyse, et aussi dedens ladite églyse environ les fons ', pour mieux garder qu'il n'y eut trop presse de gens.
Premièrement , devant ledit enfant ot* deux cens variés qui portoient deux cens torches, qui tous demourèrent en ladite rue, tenant lesdites torches ardans, excepté seulement vingt-six qui entrèrent dedens ledit moustier.
Et après, estoit messire Hue de Chasteillon, seigneur de Dampierre, maistre des arbalestiers.
Et plusieurs autres grans seigneurs et dames.
La royne Jehanne 3.
La duchesse d'Orliens, sa fille.
La contesse de Iiarecourt et la dame de Lebret, suers de la royne 4, lesquelles estoient bien parées en couronnes et en joyaux.
Et après, pluseurs autres dames et damoiselles, bien parées et bien aournées.
Et ainsi fu apporté ledit enfant jusques à lagrant porte de ladite églyse de Saint-Pol.
A laquelle porte estoient, qui attendoient ledit enfant :
Le cardinal de Beauvais % chancelier de France, qui ledit enfant crestienna.
Le cardinal de Paris en sa chàppe de drap sans
1 Les fonts.
s II y eut.
3 Jeanne de Bourbon, femme «le Charles V. 1 11 faut sans doute lire d'Uarcourt et d'Albret, sœurs de la reine.
3 Jean de Dormans, fondateur d'un collège qui porta son nom .
autres qui portoit un cierge en sa main, et le conte de Tanquarville si portoit une couppe eu laquelle estoit le sel, et avoit une touaille 1 en son col dont ledit sel estoit couvert.
Et après estoit la royne Jeanne d'Evreux*, qui portoit ledit enfant sur ses bras. Et monseigneur Charles, seigneur de Montmorency, et monseigneur Charles, conte de Dampmartin , estoit d'encoste luv J.
El ainsi issirent dudit hostel du roy, de Saint- Pol, par la porte qui est au plus près de ladite églyse.
Et tantost après ledit enfant, estoient : Le duc d'Orliens 4, oncle du roy.
Le duc de Berry.
Le duc de Bourbon, frère de la royne.
Les arcevesques de Lyon et de Sens.
Les évesques d'Evreux, de Constances, de Troyes, d'Arras, de Meaux, de Beauvais, de Noyon et de Paris.
Les abbés de Saint-Denis, de Saint-Germain des Prés, de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor, de Saint-Magloire, tous en mitres et en crosses : et tous furent au crestiennement.
Et le tint sur les fons ledit seigneur de Montmorency, et fu appellé Charles, pour lesdits seigneur de Montmorency et conte de Dampmartin qui ce meisme nom avoient.
1 Un linfje.
3 Veuve de Charles le Bel.
3 A côté de lui.
4 Philippe d'Orléans, Hls de Philippe VI,
Et après, fu reporté ledit enfant audit hostel de Saint-Pol par le cimetière de ladite églyse et par un huys 1 par lequel l'on entroit audit hostel, pour la presse qui estoit devant ladite églyse.
Et celuy jour fist le roy faire une donnée 9 en la cousture Sainte-Catherine 3 de huit parisis à chascune personne qui voultaler à ladite donnée. Et y ot si grant presse que pluseurs femmes lurent mortes en ladite presse 4.
Charles VII reçut également le baptême dans l église Saint-Paul. Il eutpour parrains Charles d'Albret, que le roi venait de faire connétable, et Charles deLuyrieux, gentilhomme savoisien; pour marraine Jeanne de Luxembourg, sœur du comte de Saint-Paul et dame d honneur de la reine 6.
1 Par suite d'agrandissements successifs, l'hôtel Saint- Paul cl ses jardins avaient fini par couvrir tout ['espace aujourd'hui compris entre la rue Saint-Paul, la rue Saint-Antoine, la rue du Petit-Musc et la Seine, réserve faite de l'ancienne église Saint-Paul et de son cimetière. Ce dernier était situé au chevet de l'église et englobé dans les jardins de l'hôtel nue le cortège traversa, à l'abri de la foule, pour rentrer à l'hôtel,
s « Hoc est, dit le Glossaire de Ducange, donatio et distributio, pra?sertim illa qure fit pauperibus. » Au mol doua.
3 Place voisine de l'église Saint-Paul et située du coté opposé de la rue. Cousture et couture étaient synonymes de culture et désignaient tout espace cultivé. "Voy. Ducange, au mot culture.
* Édit. Paulin Paris, t. VI, p. 267.
ronicjue du religieux de Saint-DeJiis, édit. Bella-
Louis XI, né à Bourges le 3 juillet 1 12 \, vers trois heures de l'après midi, fut baptisé le lendemain dans la cathédrale, au bruit des cloches sonnant à toute volée. Il eut pour parrains Jean, duc d'Alençon, et Martin Gouge, évéque de Clermont1, chancelier de France; pour marraine Catherine de Îlle-Bouchard, comtesse de Tonnerre, une des dames de la reine. Guillaume deChampeaux, évoque et duc do Laon, officia, assisté de Pierre I lutin, chapelain du roi. Ce dernier tint les deux bassins d'argent2, et il en reçut la valeur, conformé* ment à l'usage. Au mois de novembre suivant, le roi ordonnait de lui paver quarante livres,
pour et en compensation des bassins d'argent qui lurent portez au baptisement de M. le Dauphin; lesquels bassins ledit H ut in devoit avoir, comme il disoit, par les statuts et coustumes royaux, à cause de ce qu'il ayda à faire ledit baptisement8. »
Je constate en passant qu'au mois de sepguet, t. III. p. 69. — Chronique de Jeun Raoulet, dans Vallet de Viriville, Chronique de Jean Chartier , t.. III, p. 144.
1 Saffragant de Bourges. Le siège archiépiscopal de Bourges était vacant.
4 Vov. ci-dessus, p. 227.
3 Extrait des mémoriaux de la chambre des comptes, dans Godefroy, Histoire de Charles VI, p. VI 2.
tembre 1-467, Louis XI consentit à tenir sur les fonts la Hlle de Denis Hesselin, son panetier l.
Charles VIII naquit au château d'Amboise. Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, le baptisa. Il lui servit aussi de parrain, avec Ëdouard, prince de Galles, fils de Henri VI. Le prince de Galles était venu en France pour solliciter des secours contre Édouard IV, qui avait détrôné et tenait captif le roi Henri VI. Jeanne de France, duchesse de Bourbon et sœur du roi, servit de marraine à l'enfant.
Marié avec Anne de Bretagne le 6 décembre 1 491, elle eut l'année suivante un fils, nommé Charles Orland, qui fut baptisé en grande pompe dans la chapelle du Plessis. Il eut pour parrains les ducs d'Orléans et de Bourbon, pour marraine la reine de Sicile 2, « tous habillez de drap d'or moult riche, » dit une relation contemporaine.
Le duc de Nemours portait le cierge.
Le duc de Foix portait la salière d'or. Le comte de Vendôme portait l'aiguière.
1 Bibliotliècjue de V École des chartes, 3e série, t. I (1849), p. 487.
s Marguerite de Savoie, mariée à Louis III, roi de Sicile. Devenue veuve, elle épousa Louis de Bavière, comte palatin du Rhin.
L'oncle de la reine 1 portait le bassin et la serviette.
Le prince d'Orange portait le jeune Dauphin. Mme de Nemours portait le bout du drap d'or qui couvrait le Dauphin.
Mme l'amirale2 portait le chrémeau.
I /enlant fut baptisé par un cordelier qu'on avait surnommé le saint homme. « Et le dict saincl homme, que le Roy, durant le baptesme, tenoit par La main, le nomma Charles Orland. Et furent dictes plusieurs bénédictions et grâce-, à Dieu que 1 on n'a point accoustumé de dire 3. »
Loris XII naquit à Blois en 1462. Il n'était pas Bis de roi : Marie de Clèves l'avait donné sur le tard à Charles d'Orléans. Louis XI, quoique cette naissance le mécontentât fort, consentit a cire le parrain de l'enfant.
Il partit d'Amboise, et le lendemain arriva à Blois. Le cortège se forma au donjon dans Tordre habituel, et traversa la première cour où s'élevait 1 église Saint-Sauveur. L'évêque de Chartres ', prélat officiant, reçut le roi à la porte de la chapelle et l'on se rendit aux
1 Père du duc de Foix.
- Veuve <le Louis, bâtard de lîourgogne.
3 Goilefroy, Cérémonial françois, t. II, p. 138.
4 L'évéché de Blois ne fut érigé qu'en 161)7.
xvn. 15
fonts. L'évêque était Milon d'Illiers, que de nombreuses missions diplomatiques avaient révélé comme un habile négociateur.
Au milieu d'un religieux silence, on entendit la forte voix du roi répondre qu'il était le grand parrain de l'enfant. Il lui touchait les pieds. Le second parrain, Charles d'Anjou, comte du Maine, le tenait sous les bras. Ils étaient assistés des deux marraines, Marguerite d'Anjou, femme de Henri VI d'Angleterre, puis Isabeau de Beauvau, comtesse de Vendôme.
La cérémonie achevée, l'on vit le roi, l'air très irrité, aller se laver les mains. Un incident fort ordinaire lui avait paru d'un mauvais présage et avait allumé sa colère. Il monta chez la mère, et lui dit d'un ton bourru : « Madame, cest enfant, qui ne fait que naistre, m'a pissé en la manche quand je le tenois sur les fonts; quel signe esse? » On ne sait ce que répondit la pauvre duchesse. Mais au moment où le roi se levait pour sortir et s'éloignait du lit, son pied se prit dans le drap qui traînait jusqu'à terre, et il faillit tomber. « Et deux! » murmura-t-il . Et il partit fort mal content Au fond, ce que Louis XI repro-
1 « Et cum vellet recedere ab hujusmodi caméra, calcar
chai t surtout à l'enfant, c'est qu'il allait empêcher le retour à la couronne des apanages de la maison d'Orléans. Le duc Charles, déjà mourant, semblait prêt à emporter dans la tombe l'avenir de sa Famille, et voilà qu'une naissance presque miraculeuse ruinait toutes les espérances depuis si longtemps caressées par L'astucieux monarque. Enfin, il n'avait plus qu'un enfant mâle, celui qui fut Charles VI II, alors à<;é de deux ans à peine, et sur qui il ne comptait guère, car deux de ses frères étaient déjà morts au berceau. Louis XI redoutait aussi que le trône passât à la branche d'Orléans, ce qui arriva.
Louise de Savoie, dans son Journal, nous apprend que son fils « François, par la grâce de Dieu, roi de France, print la première expérience de lumière mondaine à Gongnac, environ dix heures après midi 145H, le douzième jour de septembre 1 . » Elle ne dit rien de son baptême.
stium accepit lintlieamen lecti, sic quod fere ccciclit, et tune dixit : n Et deux ! » Et de liis duobus casibus maie contcntus, ut videbatur. » Déposition d'Elisabeth de Vatan. dans le Procès de divorce de Louis XII. Reproduite par de Maulde, / rocedures politiques du règne de Louis XII p. 970.
1 Édit. Michaud, p. 87.
1b6 LA VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS.
Le premier enfant mâle de ce fils bien-aimé et de sa femme Claude naquit en février 1518 et reçut le nom de François l. Il fut baptisé le 25 avril de l'année suivante, et un chroniqueur qui nous a longuement décrit cette cérémonie fait remarquer qu'on dut la retarder ainsi, « pource que le père sainct et le roy de Sicile, duc de Lorraine, furent compères, qui estoient en pays lointains2. » Le baptême eut lieu à Amboise, le pape Léon X y fut représenté par Laurent de Médicis; le duc de Lorraine était présent. On lui donna pour commère la duchesse d'Alençon, « et il fut fait fort grosse chère 3. »
François II, fils aîné de Henri II, reçut le baptême dans la chapelle du château de Fontainebleau, le 10 février 1544. Avant de procéder à la cérémonie, le roi le fit chevalier. Le cardinal de Bourbon officia. Les parrains furent le roi François 1er qui lui donna son nom, et le duc d'Orléans. Mme Marguerite, fille de François Ier, fut marraine.
Henri III, né à Fontainebleau en septembre 1 55 1 , fut baptisé le 5 décembre. Il eut pour
1 François, duc de Bretagne, mort en 1536.
s Godefroy, Cérémonial, t. II, p. 139.
3 Histoire du chevalier Bayard, édit. Michaud, p. 598.
parrain Édouard V, roi d'Angleterre, qui se fi t représenter à la cérémonie, et Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, qui, deux ans après, était père de Henri IV. La marraine lut Jeanne d'Albret, femme d'Antoine. On donna à l'enfant les noms d'Ldouard-Alexandre, mais sa mère voulut qu'il s'appelât Henri l.
C'est le (> mars 9 1554, deux mois et demi après sa naissance que Henri IV fut baptisé dans la chapelle du château de Pau. Il eut pour parrains le roi de Navarre, son grandpère, et le cardinal de Vendôme, son oncle paternel. On choisit comme marraine Isabeau d'Albret, tante de l'enfant, alors veuve du comte de Rohan. « Pour ce baptême, écrit Favyn, furent expressément faits des fonts d argent doré. »
Lorsque Henri IV demanda à la Cour de Rome l'annulation de son m;iriage avec Marguerite, sa première femme, il chercha à faire établir que le cardinal de Vendôme avait été en cette circonstance le fondé de pouvoir du roi Henri II. Si le père de Marguerite eût été
1 J.-A. cleThou, Historiarum liber VIII. 5 Et non le 6 ou le 10 janvier, comme l'écrivent Favyn, p. S 10, et Uardouin de Péréfixe, p. 17.
le parrain de Henri IV, cette parenté spirituelle pouvait devenir une cause de nullité aux veux de l'Eglise, car le concile de Trente s'était prononcé dans ce sens. Au mois de septembre 1599, sept témoins vinrent donc déclarer, non seulement qu'ils avaient vu le cardinal de Vendôme présenter l'enfant au baptême, mais que certainement ledit cardinal le présentait comme fondé de pouvoir du roi de France. Cette thèse n'est pas sérieuse, et elle a été très bien réfutée par M. Eug. Halphen 1 .
Je note ici qu'au mois de mai 1 598, Henri IV fit baptiser un de ses fils naturels 2 avec un cérémonial semblable à celui qu'on employait pour les Dauphins. Le comte de Soissons, prince du sang, fut parrain, la duchesse d'Angoulême fut marraine, et les plus grands seigneurs prêtèrent avec empressement leur concours 3.
A ce moment, le divorce de Henri IV avec Marguerite n'avait pas encore été prononcé, mais la séparation était complète depuis long-
1 Voy. Enquête sur le baptême du roi Henri IV, 1878, in-18.
5 Alexandre, dit le chevalier de Vendôme, fils de Gabrielle d'Estrées, mort en 1629.
3 Godefroy, t. II, p. 161.
temps. C'est en UîOO que le roi épousa Marie de Médicis. Il en ent un fils 1 en 1001, puis deux filles en 1602 et 1606. Ces enfants furent ondoyés au moment de leur naissance '2, <ît les cérémonies du baptême remises h plus Lard. Elles eurent lieu, pour les trois enfants ensemble, le 14 septembre l(>0(>.
J'ai dit que le premier enfant de François Ier avait été baptisé deux mois et demi après sa naissance, parce qu'il fallait attendre l'acceptation du pape, choisi pour parrain. François II avait une vingtaine de jours lorsqu'il recul le baptême; Henri III et Henri IV l'attendirent deux mois et demi. Nous vovons ici
cpie le fils aîné du Béarnais le reçut à six ans seulement. Dès lors, ce fut une règle à la Cour de retarder ainsi cette cérémonie. « Les Enfans de France, écrit le P. Dan, incontinent après qu'ils sont nez sont ondoyez. L'on réserve les cérémonies du baptesme pour un autre temps, afin d'y apporter l'appareil digne de leur grandeur i. »
Le triple baptême des enfants de Henri IV devait avoir pour théâtre l'église Notre-Dame,
' Louis XIII, né le 27 septembre.
* Voy. ci-dessus, p. 76.
3 Le trésor des merveilles de Fontainebleau, p. 277.
260 r. \ VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS.
et Le programme des décorations à y établir était déjà arrêté 1 quand la peste se déclara dans Paris. La Cour s'enfuit à Fontainebleau, et c'est là qu'eut lieu la solennité.
La chapelle du château ayant été jugée trop étroite, 1 on para la cour du donjon avec une magnificence qui égala le luxe inouï déployé par l'assemblée.
Le temps étoit Fort clair et serain, mais les capes, les toques, les boutons et les cspées des princes et seigneurs, couvertes de pierreries, esclatoient plus que ne faisoit le jour. La garde seule de l'espée du duc d'Espernon valoit plus de trente mille escus. L'ornement et le luxe des princesses et dames estoit admirable, pource que la venu ne pouvoit soustenir la splendeur de l'or, nv la candeur de l'argent, ny le brillant des perles et pierreries qui couvraient leurs habillemens. Mais sur tout paroissoil la robbe de la Royne, estoffée de trente deux mille perles et trois mille diamans9.
Le cortège se forma dans l'ordre suivant :
Le prince de Vaudemont portait le cierge. Le chevalier de Vendôme portait le chrémeau. Le duc de Vendôme portait la salière.
Le duc de Montpensier portait l'aiguière.
1 Godefroy, t. II, p. 169.
2 Mercure français, t. I, p. 110. Voy. aussi Jean de Serres, Inventaire de l'histoire de France, t. 11, p. 200.
L'ENFANT. 2fi3
Le comte de S. tissons portait le bassin. Le prince de Gonti portait le coussin.
M. de Souvré portait reniant, que le prince de Coudé tenait par la main.
Le duc de Guise portait La queue du manteau d'hermine posé sur les épaules du Dauphin.
Suivaient vingt-quatre seigneurs portant des flambeaux, et derrière eux s'avançaient le parrain et la marraine.
Le pape 1 avait accepté les fonctions de parrain : il était représenté par le cardinal de Joyeuse, à qui une bulle spéciale avait déféré cet honneur 2. La duchesse de Mantoue était marraine.
Une très ancienne cuve baptismale en cuivre fut apportée de Vincennes, où elle était conservée. Elle passait pour avoir servi déjà au baptême de plusieurs rois de France. Quoi qu'on en ait dit, rien ne prouve qu'elle ait été employée; pour Philippe- Auguste, et elle ne le fut certainement pas pour saint Louis, puisque nous possédons le dessin des fonts bap-
1 Paul V.
5 Voy. Bulle de nostre sainct Père le Pape, contenant le pouvoir de léqat octroyé à. Mgr le cardinal 'île Joyeuse, pour la célébration du baptesme de Mgr le Daulpkin de France, avec uultres facilitez.. . 1606, in-12.
tismaux en pierre sur lesquels le sacrement lui fut administré. La cuve en cuivre, « un des plus beaux ouvrages que l'industrie arabe nous ait laissés, dit M. de Longpérier ', date de la fin du treizième, et rut, selon toute apparence, rapportée d'Orient par saint Louis. Transportée vers 1793 au musée du Louvre, elle figura aussi au baptême du duc de Bordeaux"2, puis à celui du prince Impérial3. »
Revenons au baptême de Louis XITI .
A en croire les récits contemporains, l'enfant, bien stylé par son aumônier, aurait montré, au cours de la cérémonie, beaucoup de mémoire et de présence d esprit. La scène mérite d'être rapportée :
Demande. Monsieur, que demandez-vous?
Réponse. Les cérémonies sacramentelles du baptême.
D. Avez-vous reçu le baptême?
R. Oui. Dieu merci.
D. Abrenuntias Satanae?
R. Abrenuntio.
D. Et omnibus pompis ejus?
R. Abrenuntio.
D. Et omnibus operibus ejus?
1 Revue archéologique, t. XI V (1666) , p. 306.
2 1er mai 1821.
3 14 juin 1856.
R. Abrenuntio.
D. Gredis in Deum, patrem omnipotentem, creatorem cœli et terne?
R. Credo.
D. Credis in Jesnin Christum, filium ejns, unicum Doininnm nostrum, natum et passnni?