ÉTÉ
Les œuvres ou du moins une partie des œuvres de Frédéric Van de Kerkhove (165 panneautins), ont été, en premier lieu, exposées au mois de février 1874 au local du Cercle artistique de Bruxelles. Elles ont
provoqué, parmi le public et les artistes, une sensation extrême qui s'est traduite par une admiration sans réserve. Les organes de la presse ont été unanimes à saluer cette exposition comme un des événements artistiques les plus extraordinaires qui se soient produits en Belgique. On trouvera plus loin les articles d'une certaine importance que ces journaux y ont consacrés. Comme observation générale je crois être en droit de faire remarquer que ceux qui, dès l'origine, m'avaient taxé d'exagération, ont montré un enthousiasme plus accentué que le mien.
Cette exhibition m'a valu une série de questions auxquelles j'ai répondu dans le Journal des Beaux- Arts. Mes réponses se trouvent dans ce volume sous une autre forme et aux places voulues par la disposition des matières. Je les ai naturellement augmentées et fortifiées d'après les faits nouveaux qui se sont produits. Les lecteurs me pardonneront s'ils rencontrent de temps en temps quelques redites. Elles sont inévitables dans un travail du genre.
A la dernière heure on a exprimé l'opinion que toutes les grandes villes de Belgique devraient être mises à même de voir ces tableautins pour l'édification comme pour l'enseignement du public. Cela a eu lieu. Après Bruxelles c'est Anvers qui a exposé l'œuvre de Fritz par les soins du Cercle artistique. Gand est venu ensuite puis Liége. A Gand c'est la Société des sans nom non sans cœur qui apris l'initiative, à Liége c'est la Société libre d'Émulation.
Le petit personnage que l'on rencontre dans presque tous les panneautins, a été placé là, comme nous
M ve
l'avons déjà dit, par M. Van de Kerkhove, père. Les tableaux de l'enfant n'avaient pas été destinés à être montrés au public et le père, trompant ainsi sa douleur , avait glissé l'ombre de son fils au milieu de son œuvre. Quelques personnes à qui Fritz avait donné de ses travaux, sont venues après sa mort prier M. Van de Kerkhove de peindre la silhouette de l'enfant dans un coin du paysage comme souvenir. Il n'est peut-être pas inutile que le public connaisse ce détail; on s’expliquera ainsi la différence assez caractéristique qui existe entre la touche de l'enfant et celle du père; on remarquera que la pose de l'enfant est toujours en harmonie avec le caractère du paysage. En général Fritz rêve, assis ou marchant, et il y a quelque chose qui vous prend à la gorge et aux yeux quand on suit, par la pensée, le cours des idées qui devaient dominer ce petit génie au milieu de la nature où tout était pour lui tristesse, poésie et mystère.
On s'est demandé aussi comment il se fait que pendant trois ans on n'ait pas parlé des œuvres de Fritz.
La réponse est aussi simple que péremptoire :
Pendant ces trois ans M. J. Van de Kerkhove a exposé des œuvres de son fils à Courtrai, à Namur, à Louvain, à Bruges et à Gand.
Personne ne les a remarquées.
Seulement, après la publication de mon article dans le Journal des Beaux-Arts du 15 septembre 1874, la commission de l'exposition de Gand retira des coins où ils avaient été maladroitement pla-