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cés, deux paysages de Fritz et les exposa à la rampe. A partir de ce moment, la foule se pressa devant les deux tableaux jusqu'aux derniers jours de l'exposition qui étaient venus. Le Journal de Gand et le Précurseur consacrèrent à ces panneaux des articles très enthousiastes. On les trouvera plus loin.
Depuis que nous vivons avec l'héritage délaissé par l'Enfant de Bruges, nous sommes parvenu, croyonsnous, à force de comparer et d'étudier, à une classification logique de ses travaux. Certes, ce n'est pas l'interprétation de son génie, chose impossible, d'après nous, mais c'est l'explication de l'emploi de son temps et du mouvement de ses idées. Qu'on veuille bien nous suivre et que ceux qui sont plus ou moins familiarisés avec les œuvres de Fritz, ne perdent point celles-ci de vue en nous lisant.
D’après des notes qui nous sont communiquées par le père, il résulte de recherches faites dans les papiers de la maison, que Fritz, vers l’âge de 4 ans, dessinait soit au crayon, soit à la plume, soit avec le canif, des constructions accompagnées de quelques lignes de paysage; les murs de la maison et ceux du voisin étaient couverts de griffonnements de ce genre. On a retrouvé une boîte de bois sur laquelle l'enfant a dessiné au canif une tombe avec son nom... Ce n’est que vers l’âge de 6 ans qu'il se manifeste un peu sérieusement. C'est donc à partir de cet âge qu'il faut prendre Fritz et le raisonner.
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Plus haut j'ai parlé des trois manières de peindre de Fritz. Déterminons maintenant les diverses époques de son activité artistique et des impressions qui y correspondent.
Sa première époque est celle où la vue des livres illustrés lui inspire l'idée de peindre des motifs plus ou moins semblables à ceux qui tombent sous sa main. Jamais cette espèce de ressouvenir n'est conforme au modèle, toujours l’idée dévie au départ et devient la sienne propre.
La seconde époque est une des plus intéressantes. Il accompagne son père dans les environs de Bruges et de Blankenberghe. Il n’y travaille pas sur place; il rentre avec des impressions qu'il exprime avec une grande finesse de touche et un sentiment extraordinaire de l'harmonie. Ces petits paysages, généralement en longueur, sont charmants. C'est pendant ses longs silences que Fritz les rêvait et les coordonnait.
La troisième époque correspond aux jours pendant lesquels il médita devant des eaux-fortes. Il est pour nous évident que certains effets de l'eau-forte l'ont beaucoup préoccupé. Je parle de l'effet et non du dessin et de la ligne. Il a certainement exécuté quelquesuns de ses paysages dans la pensée de conformer le résultat à celui que réalisent certains aquafortistes qui, dans les lointains surtout, arrivent à des intentions délicieuses.
La quatrième époque est celle où il a été quelques rares fois au théâtre avec son père. La vue des décors doit l'avoir enthousiasmé, car on trouve dans son œuvre une dizaine de panneautins décoratifs d'une
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superbe et crâne venue. Je croirais même que les panneaux dont je parle ont été peints le soir, si j'en juge par des effets de couleur autres que ceux qu'on obtient en plein jour ; l'enfantaura pensé que ces choses destinées à être vues le soir devaient être traitées dans les mêmes conditions de lumière. Je donne cette dernière opinion sans y attacher une grande importance.
La cinquième époque est celle où il se sent attiré par le Ruysdael, le Van Goyen et le Corot de la maison paternelle. Les tonalités lui plaisent d'autant plus qu'elles sont les siennes et qu'elles se sont révélées à sa seconde époque, celle des promenades, alors qu'il regardait la nature et non des tableaux, alors qu'il rêvait et qu'il ne calculait pas. Tous les panneautins que je place dans cette cinquième époque, sont caractéristiques et tout le monde les a touchés du doigt.
La sixième époque, celle pendant laquelle il est mort, s'inaugure majesteusement par une demi douzaine d'admirables motifs de forêts, traités visiblement avec émotion et douleur. Oui, un indicible sentiment de majesté et de poésie a tourmenté et enthousiasmé l'enfant pendant qu'il peignait ces solitudes grandioses et ombreuses. C'est ce qui l'a tué.
Comme on le verra par la suite,on a beaucoup raisonné sur la matière, on a même peut-être un peu divagué, grâce à l'extraordinaire et à l'imprévu de la question, mais les grandes lignes que nous avons tracées dans notre essai de classification, sont restées debout et le père à qui nous les avons soumises en a reconnu la justesse et l'exactitude.
(Nous complétons la première partie de ce livre par la publication de quelques articles parus avant l'exposition. Nous avons dû nous montrer sobre de ce genre d'extraits et nous borner à donner ici la physionomie générale de la presse. On verra dans la seconde partie l'opinion publigne se dessiner et s'exprimer en présence des preuves produites.)
UNION DE L'OUEST (FRANCE), 8 novembre 1874.