DEUXIÈME PARTIE
SOMMAIRE : I. Exposition de quelques unes des œuvres de Fritz à Gand après sa mort. — II. Exposition de 165 tableautins au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles, à Anvers, à Gand et à Liége. — III. Opinion de la presse belge et étrangère sur ces expositions. Articles publiés.
C'est le 6 février 1875 qu'a eu lieu au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles l'exposition de 165 tableautins de Frédéric. Cette exposition provoqua parmi le public et parmi les artistes une émotion trèsvive, et, sans y mettre la moindre réserve, tout le monde s’attendrit et admira. Semblable exhibition eut lieu à Anvers, à Gand et à Liége et partout l'impression fut la même. Dans ces deux dernières localités, la disposition de la grande et vive lumière indispensable aux tableautins, laissa beaucoup à désirer.
Nous allons déposer la plume et laisser parler la presse par ses critiques d'art spéciaux en position de diriger, avec l'indépendance et le talent voulus, l’action de l'opinion publique. Ce sont MM. Fétis, Ch. Buis, G. Lagye, E. Leclercq, Max Sulzberger, C. Lemonnier, etc. Ces articles n'ont trait pour le moment qu'aux expositions. La polémique se dessinera dans la troisième partie : toutefois, on en percevra les éléments précurseurs déposés au sein des restrictions
plus ou moins nettement formulées que l'on va rencontrer.
Rappelons ici, avant de reproduire les articles annoncés, que le premier journal qui, après nous, ait parlé des tableaux de Fritz, est le Journal de Gand du 13 octobre 1874. Nous avions signalé, dans le Journal des Beaux-Arts, les tableautins de l'enfant exposés dans des coins perdus du Salon de Gand. La Commission, comme nous l'avons déjà dit, page 30, fit placer les tableautins sur un chevalet au milieu d’une des salles. C’est alors que Bertram, dans le Journal de Gand précité, s'exprima comme suit :
Jetons quelques fleurs sur la tombe de cet enfant extraordinaire, Fritz Van de Kerkhove, auquel le Journal des Beaux-Arts a consacré tout un article biographique. Nous l'avons connu, ainsi que sa famille, et nous tenons de tout son entourage qu'il n'y a rien d'outré dans ce que dit le biographe de son génie précoce et de son cœur. Il suffit d'ailleurs de voir au Salon ses deux paysages (1378 et 1370), pour comprendre combien d'espérances la mort a anéanties en l'enlevant aux arts et à sa famille désolée.
Ces paysages ne sont pas de notre temps. Tout y est extraordinaire et d’une conception à la fois sévère, hardie, mystérieuse, mélancolique, profonde et singulièrement poétique. C'est la nature vue des yeux de l'âme et traduite avec le faire des anciens maîtres. Ce que cet enfant serait devenu, nul ne peut le dire. C'était un voyant. La vue de telles œuvres, faites dans l'espace de trois années, de sept à dix ans, bouleverse l'imagination. C’étaient là les jeux de l'enfant, et il a laissé, dit-on, près de trois
cents tableaux semblables!