‹ L'enfant de BrugesChapitre 3 sur 83 · PTT LEE TOME TE · texte numérisé non relu

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Le présent ouvrage n'aurait peut-être jamais vu le jour sans les circonstances dont nous allons nous faire le narrateur fidèle ainsi que le commentateur rigoureusement exact. Ce n'est pas nous qui avons donné à l'Enfant de Bruges l'importance exagérée, à certains égards, qu'il a acquise dans le cours des années 1874 et 1875; nous nous étions borné, en patriote et enamateur, à révéler au monde artistique unenfant dont l'œuvre phénoménal nous avait frappé. Avec nous l'Europe avait salué cette jeune gloire qui venait s'ajouter à toutes celles que la Belgique est fière de posséder. Rien n'avait été annoncé et offert par nous au public qu'après les investigations les plus minutieuses et les assurances morales et matérielles les plus concluantes. Le public, à qui une partie de l'œuvre de l'enfant mort avait été soumise, en confirma la valeur. Il n’y eut dès lors qu’un cri d'admiration pour tant de talent évanoui et plus d'une larme tomba des yeux du spectateur en songeant à la perte préma-

turée de ce vaillant petit artiste qui laissait du moins à sa patrie un nom impérissablie (1).

Nous aurons à indiquer comment et à quel propos, au milieu de l’attendrissement général, alors que la presse nationale et étrangère était presque unanime à saluer dans Frédéric Van de Kerckhove une personnalité artistique inattaquable, s'éleva une voix qui émit des soupçons sur l'authenticité de l'œuvre. Une longue polémique s'engagea sur ce point, elle ne fut pas toujours frappée ni au coin des convenances et du patriotisme, ni même, nous devons le constater, empreinte du sceau de la stricte loyauté. Ce fut avec un acharnement peu compréhensible, et que son excès mème condamna absolument dans l'esprit des personnes impartiales, que l’on s’attaqua aux moindres détails, que l’on osa écrire le mot de mystification et que l'honorabilité de la famille de l'enfant fut mise en cause, bien entendu au seul point de vue de l’authenticité de l'œuvre.

Cette persistance jeta du trouble dans les esprits et deux camps se formèrent. Des enquêtes furent organisées, des personnes de tout rang et de toute qualité, se rendirent à Bruges afin de juger par elles-mêmes, dans la maison de l'enfant ouverte à tout le monde, du milieu dans lequel il avait vécu. D’autres informations furent prises, des déclarations furent exigées et données, en un mot, cette affaire donna lieu à de longues instructions publiques et privées.

(1) Une notice biographique publiée par nous eut plusieurs éditions qui furent rapidement enlevées. Une traduction flamande de cette notice parut à Bruges, faite par M. Wens. Une traduction hollandaise fut insérée dans la Dietsche Warande de M. Alberdingk Thijm. Il y eut encore des traductions anglaises, allemandes, etc., mais on ne nous les a pas fait connaître directement.

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