TROISIÈME PARTIE
SOMMAIRE : Articles de journaux et de revues. — Lettres. — Documents. — Procès-verbaux. - Enquêtes. — Certificats — Attestations.— Rapport du Willems-Fonds. — Commentaires et annotations.
La troisième partie de ce volume renferme les pièces nécessaires pour apprécier, dans toutes ses phases et sous toutes ses formes, la marche qu'ont voulu imposer à l'opinion publique quelques écrivains dont le mobile paraît avoir été — s'il faut en croire certains journaux et des rumeurs plus ou moins publiques — puisé dans des considérations personnelles complètement étrangères à la question Van de Kerkhove. Il semblerait même acquis que l'Enfant de Bruges qui aurait dû être une cause d'orgueil national, qui allait donner à notre école flamande moderne un éclat particulier, que ce météore enfin, qui avait brillé dans le ciel de l’art avec une si courte mais si puissante intensité, devait absolument disparaître de la scène pour faire place à des calculs intéressés. Ces calculs devaient conduire, à un but nettement indiqué, quelques spécialités travaillées de désirs dont l’assouvissement pouvait être compromis par la révélation à laquelle notre nom se trouvait attaché par hasard!
C'est à ne pas croire! Malheureusement pour nos adversaires, quelques organes indiscrets que l'on va
En
connaître, ont affirmé le fait; quelques partisans maladroits ont laissé percer le bout de l'oreille. D'autres renseignements qui ne seront sans doute jamais du domaine de la publicité, ont aussi jeté leur triste clarté sur ces misérables détails et autorisent aujourd'hui à ne plus conserver aucun doute sur le point de départ de la bataille engagée autour du pauvre enfant. Bataille odieuse, car pour arriver à la gagner, il fallait arracher à la patrie Frédéric Van de Kerkhove et chercher à l'écraser sous le mépris public. Comme on le verra, tous les moyens ont été employés par ses ennemis. Tour à tour, des enquêtes basées uniquement sur des appréciations personnelles dues à des hommes dont plusieurs n'avaient jamais mis le pied dans la maison Van de Kerkhove ou jamais vu un seul tableautin de Fritz — des conversations répétées et devenues de véritables cancans, imprimées à l'insu même et au grand déplaisir de ceux qui les avaient tenues — des affirmations contraires à des déclarations librement faites à une époque où la controverse n'existait pas, arrachées à des malheureux, on ignore par quels moyens. Puis quand ils ont vu que la discussion les condamnait, ils ont voulu l'étouffer. Après les menaces, après la pression, après la trahison d'une généreuse amitié, sont venues les insinuations de mystification, de supercherie, de spéculation. On a été jusqu'au bout dans l'énoncé des soupçons. Refusant de croire à l'honneur du père, niant les aptitudes d'artistes célèbres et de spécialités reconnues, on a exigé des constatations, des certificats : on en demandait quelques-uns, on en a produit cent. Parmi les témoins sont venus des hommes, types d'honneur, des notoriétés sociales de tous genres, affirmer qu'ils avaient vu l'enfant travailler, non pas une fois mais cinquante fois, cent fois. Et puis voici que tout à coup la petite
sœur de Fritz se révèle, après la mort de son frère et sous l'influence de l’indignation que la croisade organisée soulève en elle. Son talent est moins personnel peut-être mais identiquement semblable, comme procédé, à celui de son frère mort. Sait-on ce qui a eu lieu à la suite de ces foudroyantes conclusions? On a fait semblant de ne pas entendre, de ne pas voir. Et quand, justement ému et indigné, nous avons forcé nos ennemis, sinon à s’avouer vaincus, du moins à reconnaitre la vérité là où elle éclatait, sait-on quelle a été leur conduite?
Les uns ont haussé les épaules en criant à la lassitude.
Les autres se sont tus.
Maintenant, que la patrie et la postérité les jugent.
JOURNAL DE BRUGES, 20 février 1875.
M. Van de Kerkhove, le père de l'enfant prodige dont tout le pays s'occupe en ce moment, vient d'adresser la lettre suivante à la Meuse. Comme nous avons reproduit la correspondance de ce journal, où il était question du jeune Fritz, M. Van de Kerkhove nous prie d'insérer également sa réponse. La voici :
Bruges, le 19 février 1875.
Monsieur le Rédacteur de /a Meuse,
Le Journal de Bruges reproduit une correspondance adressée de Bruxelles à /a Meuse et copiée par la Belgique du 15 février, dans laquelle il est dit, que des personnes qui ont connu notre pauvre enfant dont les œuvres sont exposées en ce moment au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles, était hydrocéphale et qu'on n'a jamais pu lui apprendre à lire ni à écrire. Ces
personnes ont induit le correspondant en erreur et n'ont jamais connu Fritz. Il aimait certainement beaucoup plus à s'occuper de ses panneautins que d’aller à l'école, mais il lisait fort bien et soignait son écriture aussi bien que ses petits tableaux; il a même remporté des prix à l'école moyenne de la ville. Le directeur de cette école, M. Mouzon, m'a dit un jour que si nous avions pu le conserver, Fritz serait devenu un homme fort remarquable. Permettez-moi aussi, Monsieur, de relever une autre petite erreur : il ne peignait pas avec un vieux couteau à palette, mais bien avec un couteau très mince et très flexible ; il s’aidait aussi d'un petit canif pour ses reflets dans l'eau et ses petits arbres blancs.
Je profite de l'occasion, Monsieur, pour déclarer sur l'honneur que jamais, sauf la petite silhouette peinte par moi, comme souvenir de notre enfant, quelques minuscules réparations d'écaillures accidentelles et la signature, (le pauvre Fritz n'ayant jamais songé à signer quoi que ce fût) tout est absolument du cher mort. Tout ce que M. Siret a écrit est de la plus exacte vérité. J'espère que vous voudrez bien insérer cette lettre dans votre estimable journal.
Recevez Monsieur, pour ce que votre article a de bienveillant pour notre cher enfant, l'assurance de toute ma considération.
J. VAN DE KERKHOVE, fils.
ECHO DU PARLEMENT, 22 février 1875.