‹ L'enfant de BrugesChapitre 36 sur 83 · PAR · texte numérisé non relu

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Je suis peut-être fort ridicule, pour employer le terme de l’artiste dont j'ai parlé plus haut, mais, dans mon âme et conviction,

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je crois au prodige. Si je me trompais, ou plutôt si l’on m'avait trompé, si J'étais la dupe d'une exécrable mystification, qui aurait trouvé des complices parmi des personnes, jouissant jusqu'ici d'une inaltérable réputation de loyauté, ma présente déclaration ne me causerait aucune gêne.. Je n'ai jamais hésité à reconnaître une erreur, n'ayant de répugnance que pour l'hypocrisie et pour le mensonge. Ce jour là, je me tournerais avec indignation contre ceux qui auraient surpris ma religion et Je leur ferais une guerre impitoyable. Le temps établira de quel côté est la vérité. Pour le moment, j'ai considéré comme mon devoir d'exprimer librement ma manière de voir, et les considérations qui m'ont amené à conversion complète.

GUSTAVE LAGYE.

ÉCHO DE BRUXELLES, 12 mars 1875.

Monsieur le rédacteur,

On me communique seulement aujourd’hui un article inséré dans votre journal du 8 mars où vous vous occupez de moi. Je suis trop habitué aux aménités de certaines feuilles à mon égard «t Je suis depuis trop longtemps sur la brèche pour m'émouvoir de n'importe quelle appréciation il est fait de ma personne ; mais il y a une espèce d'injure que je ne me laisserai jamais adresser impunément, c'est celle qui repose sur une fausseté ou sur un mensonge.

Dans le n° du 28 février de mon Journal des Beaux Arts, QUATRE JOURS AVANT la séance académique où il a été question du procès-verbal de la séance du mois de septembre dernier, je disais dans ma lettre à M. Rousseau ce qui suit : « Après la communication faite par moi à la classe des beaux-arts, à l’unanimité, sur la proposition d’un de ses membres (je me suis trompé, J'aurais dû dire de deux de ses membres, MM. Alvin et Fétis), il fut décidé que l'exposition se ferait par les soins de l’Académie, lorsqu'un de nos collègues fit remarquer que ce genre d’exhibitions n'incombait pas à l’Académie, et que ce serait poser un

précédent peut-être fâcheux par les conséquences qu'il entratnerait. On examina ensuite comment l'exposition pouvait se faire; je m'offris pour la demander au gouvernement et l'on se sépara satisfait de penser que les tableaux qui avaient si vivement frappé la classe seraient communiqués au public. »

Je maintiens l'exactitude de ce qui précède et je fais remarquer de nouveau qu'il y a loin de cette décision administrative à la forme de dénigrement attribuée à l'Académie pour les besoins de la cause.

Vous assurez que l'on a dit et imprimé que l’Académie avait pris l'exposition Fritz sous son patronage et que c'est « probablement M. Siret qui a fait cela. »

Je donne à cette insinuation le démenti le plus absolu. Je n'ai Jamais dit ni imprimé rien de pareil.

Il s’est, paraît-il, trouvé quelqu'un pour trahir le huis-clos des séances de la classe des beaux arts afin d'en saisir la presse avant que la publication du Bulletin permît de le faire sans inconvenance. C'est là affaire de délicatesse ne portant préjudice qu’à celui qui s'est rendu coupable de l’indiscrérion.

À part la question de principe, Je n’en aurais, pour ma part, été aucunement contrarié si l'on s'était tenu à un récit exact. Malheureusement ïl paraît n’en pas être ainsi, et ne voulant suivre personne sur le terrain des indiscrétions, je me vois forcé de demander au public d'attendre l'apparition du Bulletin oficiel avant d’asseoir son jugement.

Pour toutes les autres injures qu'il vous plaira de m'adresser, fût-ce même celle d'appeler mystificateur celui qui consacre son énergie à donner à la patrie commune une gloire de plus, vous avez, monsieur, carte blanche. Je le répète, je suis bronzé.

Recevez, monsieur, mes salutations.

AD. SIRET.

JOURNAL DES BEAUX-ARTS, 13 mars 1875.

C'est une étude psychologique à faire, fort curieuse mais assez triste au fond, que l'effet produit par la révélation du talent prodigieux du petit enfant de Bruges. Nous avouons que, mal-

gré notre assez vieille expérience du cœur humain, nous avions encore trop compté sur l’avers de la médaille. Il nous semblait que ce pauvre petit étant mort et constituant en réalité un de ces prodiges exceptionnels que produit bien rarement la terre, les passions mauvaises n'auraient pas trouvé à s'exercer. En effet, il n'y avait là plus de rivalité à craindre pour l'avenir, et, quant au point de comparaison, il était puéril de le mettre un instant en ligne de compte. Une exception unique ne constitue point une règle et ne devait porter ombrage à aucun talent. Qui songera, par exemple, à trouver moins superbe la Lande aux corbeaux de M. Coosemans, celui de nos paysagistes peut-être qui, avec M. Chabry, se rapproche le plus du faire et du sentiment de Fritz, qui trouvera moins ombreuses et moins luxuriantes les vallées de M. Van Luppen, moins profonds et moins vrais les beaux sites de Melle Beernaert, parce qu’on aura vu et admiré ces petits chefs d'œuvre en miniature ?

Pourquoi chez l'homme ce retour égoïste et jaloux sur luimême? Ne peut-on donc pas être généreux un seul instant, même devant la mort? Le sentiment unanime est l'admiration. Celle ci est arrachée, aux plus récalcitrants, parce que la vérité se montre, au grand jour, avec une force telle que l’on se noïierait si on voulait nager contre le courant. L'admiration imposée, subie, comment font quelques-uns pour ne pas la donner à qui la mérite? Ne pouvant douter de l'œuvre qui est là visible à tous les yeux et tangible à toutes les mains, que fait-on ? On nie l’auteur, et, jugeant son semblable d'après soi-même, ne pouvant, en définitive, rien découvrir qui ne confirme d'une façon irréfutable les simples vérités qui ont été révélées à ce sujet, on se rejette sur des mots vides de sens, sur des on dit sans aucune autorité, sur des banalités ou des accusations sans fondement, sans preuve aucune. En résumé, d’aucuns s’écrient : C'est une supercherie. C'est une mystification.

Pour la centième fois, une supercherie, au profit de qui? Une mystification, dans quel but ?

Tous sont d'accord (ou bien peu s'en faut) pour nommer ces panneaux une collection de chefs-d'œuvre que les plus grands maîtres ne désavoueraient pas. Eh bien, on a pu admirer tout cela pour la somme de... 50 centimes au profit des pauvres. Combien seraient heureux d’être mystifiés ainsi ! S'il y avait supercherie, il y aurait un mystifié : ce serait le grand artiste qui se cacherait derrière l'enfant ou ce serait le père qu'on accuse de collaboration.

Singulière mystification que celle qui a déjà obtenu les résultats suivants, sans compter l'avenir : Une recette d'entrées de plus de 2000 frs (frais du Cercle déduits) qui seront remis pour la plus forte part entre les mains de M. le Bourgmestre de Bruges afin d'être distribués aux nécessiteux de cette ville et dont le surplus servira à fonder à Bruxelles quelques berceaux à la crèche Marie. Henriette ; une vente de petites biographies dont le produit sera versé dans la Caisse des artistes lorsque les exhibitions du pays auront pris fin.

Voilà, décidément, une bonne mystification.

Mais ce n'est pas tout.

Un marchand anglais a offert à M. Van de Kerkhove une somme de 80,000 fr. pour la collection entière et complète de tout ce que Fritz a produit. Ce monsieur voulait exhiber les petits chefs-d'œuvre dans le monde entier, et comptait en retirer une fortune. M. Van de Kerkhove a refusé. — Très-bien, répondront les grincheux, mais c’est reculer pour mieux sauter. M. Van de Kerkhove attendra et il aura davantage : sa mystification l'enrichira.

En effet, c'est pourquoi, sans doute, il vient d'offrir au pays CENT des plus beaux petits tableaux exposés dans les Cercles artistiques et que, sur un simple vœu exprimé par la Direction des Beaux-Arts, vœu que nous lui avons transmis, il vient de nous faire connaître qu’il y ajoute la neuvième planche contenant les premiers essais de son enfant, planche qu'il vient d'envoyer au Cercle d'Anvers, où elle est exposée depuis le 10 de ce mois. La mystification devient de plus en plus évidente.

Parlons de cette neuvième planche.

Dans le nombre des douteurs, il faut établir deux catégories : ceux inspirés par leurs petites passions et ceux qui recherchent sincèrement la vérité. Plusieurs de ceux-ci ont maintes fois, par écrit et de vive-voix, demandé l'exposition de ces ébauches, de ces tâtonnements, excessivement précieux dans l'espèce et pouvant faire faire un grand pas à la question. M. Van de Kerkhove, père, qui est tout entier au désir d'aider les investigateurs, qui a mis sa maison à la disposition de l'enquête qu'il réclame avec une énergie croissante, s'est empressé de réunir tout ce qu'il a pu trouver dans la maison, et, de la cave au grenier, on a cherché les plus informes esquisses, sur planches de boîtes à cigares non préparées, sur morceaux de douves de tonneaux, sur bois à allumer le feu, tout cela non équarri, ayant toutes les formes imaginables, et on a constitué avec ce pandemonium le

neuvième panneau qui est, en ce moment, soumis au public ainsi que nous venons de le dire.

Parmi les bruits sans nombre plus absurdes, plus ridicules les uns que les autres, qui ont été mis en circulation, il en est un seul dont nous croyions devoir dire un mot ici. Déjà à Bruxelles on nous avait signalé un individu, se prétendant ami de la maison Van de Kerkhove et des plus chauds encore, et qui, à ce titre, certifiait que, à sa connaissance, Fritz ne s’étais jamais occupé de peinture. Que, jusqu'à la mort de l'enfant, il avait ignoré cette vocation, que sans cela, au lieu de bonbons, il lui eût apporté des boites à couleur. I] l'avait dit au Cercle, il l'avait répété au directeur d’un des grands journaux de Bruxelles. Le zèle de cet ami nous parut si... honnête, que nous crûmes ne pas devoir nous en occuper. Mais voilà que ce même personnage reparaît à Anvers répandant partout le même dire.

Nous ferons remarquer que si c'est réellement un ami de la maison Van de Kerkhove, il serait assez delicat de spécifier le rôle qu'il joue en ce moment. Il y a là dessous probablement un petit mystère économique qui se dévoilera tôt ou tard comme se dévoilent tant d’autres turpitudes humaines. Cette circonstance pourtant et d’autres encore, ont engagé M. Van de Kerkhove à recueillir les attestations d’une foule de personnes de Bruges qui ont connu et aimé l'enfant et qui l'ont vu à l’œuvre. Ces attestations seront d'excellentes pièces pour l'enquête tant désirée.

Quant à nous, personnellement, malgré « le cercle restreint (heureusement) tout formé de buissons épineux où s’égosille une troupe d'oiseaux criards » ainsi que l'écrivait récemment dans ce Journal un de nos collaborateurs, nous ne nous sentons aucunement découragé dans l’œuvre que nous avons entreprise. Il est dans l'ordre naturel des choses que certains aient de la peine à pardonner qu'un autre qu'eux ait fait connaître au monde une œuvre que chacun admire ; on peut être assuré cependant que nous n’en tirons aucune vanité; le hasard à mis cette petite merveille sur notre route comme elle aurait pu frapper les yeux de l’un de ceux qui la combattent peut-être parce qu'ils n'en sont pas les révélateurs. [1 y a là quelque chose de très intéressant sans doute pour notre vie artistique, mais aucunement glorieux.

Si Fritz et sa renommée pouvaient par là se voir moins combattus, plus facilement acceptés par nos compatriotes, et si, du reste, la chose fût possible, avec quel empressement nous céderions au premier venu la satisfaction de la découverte! Et, si l'on

veut bien y réfléchir, on avouera sans peine que, pour essayer de donner à la Belgique un enfant illustre qui honorera ses annales, pour mettre au service de ce devoir de patriotisme et de conscience toute l'énergie dont nous sommes capables et cet enthousiasme qu'on nous reproche et dont nous sommes fier, nous ne méritons pas d'être voué aux gémonies et aux « oiscaux criards. » Nous mépriserions tout à fait ces derniers, si, en ne voulant atteindre que nous, ils n’arrivaient en même temps à retarder la consécration publique et solennelle du génie de Frédéric Van de Kerkhove.

M. J. Van de Kerkhove vient de faire donation à l'état des tableautins de son fils Fritz qui ont été exposés à Bruxelles, à Anvers, etc. Cette collection se compose, à quelques-uns près qui appartiennent à des particuliers, de cent paysages. M. Van de Kerkhove y a joint une cinquantaine d'essais qui remontent à la plus tendre enfance du pauvre Fritz. Cette partie de son œuvre est du plus vif intérêt.

Nous pouvons aflirmer que des sommes assez fortes ont été offertes pour l'acquisition des œuvres de l'enfant de Bruges. 40,000 francs ont été présentés pour les tableaux de l'exposition du Cercle; 80,000 francs ont été proposés pour l'acquisition de tout ce que Fritz a délaissé.

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Le Cercle artistique d'Anvers a ouvert l'exposition des œuvres de l'enfant de Bruges. On y remarque les premiers essais de Fritz lesquels viennent d'être rassemblés tels qu'ils ont été découverts un peu partout dans la maison du père. Cette collection provoque parmi les artistes une légitime curiosité et un énorme intérêt.

La recette de l'exposition du Cercle artistique de Bruxelles aura été une bonne fortune pour Bruges. M. J. Van de Kerkhove a remis cette somme (environ deux mille francs) au bourgmestre de la ville natale de Fritz. Une partie de la recette a été attribuée par Mme Van de Kerkhove à la création de berceaux à la crèche Marie-Henriette. Le produit de la vente des notices

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