‹ L'enfant de BrugesChapitre 42 sur 83 · ALORS · texte numérisé non relu

ALORS

Maintenant que l'authenticité des tableaux se trouve contestée, on semble vouloir en amoindrir la valeur.

Nous maintenons nos appréciations.

L'auteur, quel qu’il soit, est un peintre de talent, un maître.

Si c’est un enfant, il est merveilleux.

Nous pouvons nous tromper, sans doute; mais jusqu'à ce que l'on ait fourni des preuves que nous nous trompons, nous persistons à penser que Fritz était un enfant merveilleux. L'espèce d'enquête de l'Echo du Parlement, loin de les ébranler, raffermit nos convictions.

M. Rousseau, qui a dressé cette enquête, s'est rendu à Bruges avec la pensée que les tableaux attribués à Fritz ne sont pas de lui et l’espoir d’en obtenir la preuve.

De semblables dispositions sont défavorables à la découverte de la vérité. Rarement la déesse se révèle à ceux qui la recherchent avec légèreté, sans se garer contre les entraînements auxquels tous sont sujets.

M. Rousseau s'est adressé aux principaux peintres de Bruges pour se renseigner.

Ce n'est pas naturel.

Il eut été plus rationnel que ces principaux peintres se fussent adressés à M. Rousseau pour lui fournir des renseignements.

En effet, leur dignité se trouve compromise.

Si Fritz est l’auteur des tableaux, c'est à eux qu'il appartient d’abord de le reconnaître, d’acclamer cette heureuse vérité. S'il ne l’est pas, ils sont tenus avant tout de dénoncer l’imposture, de dévoiler la supercherie. Ce qui ne leur est pas permis, c’est de rester indifférents, de s'abstenir.

De deux choses l’une : ou ces messieurs ont prévenu la commission du cercle artistique que les tableaux exposés dans le local de cette société ne leur semblaient pas authentiques, ce dont M. Rousseau a pu avoir connaissance, et alors l'enquête se comprend, a sa raison d'être; ou bien ils n’ont pas averti la commission et dans ce cas leur conduite est d'autant plus blâmable qu'interrogés par M. Rousseau et ses amis, ils affirment maintenant avec la plus grande énergie que Fritz n’a jamais peint.

Si Messieurs Dobbelaere, peintre d'histoire, ancien lauréat de Rome, chevalier de l’ordre de Léopold, — Van Hollebeke, peintre d'histoire, — Leclercq, peintre portraitiste, — Joostens, paysagiste, professeur à l'académie de Bruges, — Wallays, divecteur de cette académie, chevalier de l’ordre de Léopold, tous

habitants de Bruges, ont, comme l’attestent MM. Rousseau, Van Camp, Gosselin, Collinet et Pickery, la conviction que les tableaux exposés au Cercle artistique de Bruxelles et signés Fritz Van de Kerkhove ne sont pas de lui, comment ont-ils attendu pour se prononcer qu'on allât à Bruges les interroger, plus de quinze jours après la fermeture de cette exposition?

Poser la question, c'est la résoudre.

MM. Dobbelaere, Van Hollebeke, Leclercq, Joostens, Wallays, n'ont pas de conviction.

Leurs actes démentent leurs paroles.

Ces actes les condamnent.

Et leurs paroles aussi :

M. Wallays s'écrie que s'il avait admiré Fritz, il serait honteux d'être Brugeois; il mériterait, dit-il, d'être pris pour Ch:inois, s’il croyait à cette « farce monstrueuse. »

Quelle passion dans ce langage, quelles marques d’égarement!

La férocité de M. le directeur de l'Académie de Bruges nous éclaire, elle raffermit nos convictions.

Il ne convient pas de revenir sur ces convictions, l'affaire étant entrée dans une phase nouvelle, devant être prochainement éclaircie par la constatation des faits.

Le gouvernement, à qui l'offre des tableaux est faite, se trouve obligé de produire la lumière.

Espérons qu'il y parviendra.

La direction des Beaux-Arts fera bien, pour ne pas s'égarer, d'écouter aussi peu que possible les gens passionnés, incrédules, de parti-pris, qui disent : « Ceci est bien plus fort que l'eau de Lourdes! »

La première chose à faire, c'est d'interroger avec bienveillance M. Van de Kerkhove et les personnes sur le témoignage desquelles il s'appuie

La deuxième et dernière, de demander l'avis de l’administration communale, des autorités de Bruges, principalement en ce qui concerne la valeur morale des gens interrogés.

Somme toute, il suffit d'aider M. Van de Kerkhove à établir la vérité.

Le gouvernement, on le sait, avait accepté l'offre des tableaux faite par M. Van de Kerkhove. Nous apprenons que M. Van de Kerkhove laisse le gouvernement libre de ne pas donner suite à son acceptation.

Cela n'est pas plus concluant que l'enquête.

Pour établir la vérité, il faut la rechercher avec soin, sans parti-pris.

Si M. Van de Kerkhove est un imposteur, une enquête faite solennellement et avec impartialité démontrera son imposture ; l'enquête de M. Rousseau ne démontre rien; en opérant une pression sur l'opinion publique et sur l'entourage de M. Van de Kerkhove, elle rend difficile sinon impossible la constatation de la vérité; cette constatation ne peut plus s’obtenir qu'en détruisant, à force de bienveillance, les effets de cette pression, particulièrement sur M. Van de Kerkhove et son entourage.

L'Echo du Parlement a tout embrouillé.

Le numéro de ce jour de ce journal contient l'explication de M. Van de Kerkhove et la réponse de M. Rousseau. L'explication n’est pas claire et la réponse pas concluante.

M. Van de Kerkhove espérait avoir un entretien amical avec M. Rousseau. Forcé de changer de ton par l'attitude de celui-ci, il se trouble et perd la possession de ses moyens? Ce n'est pas étonnant.

Le débat, dit M. Rousseau, est devenu pitoyable. C'est aussi notre avis. Mais à qui la faute? A M. Rousseau. Pour le terminer, il suffit d'établir si Fritz a peint ou s’il n’a pas peint. C'est un fait à vérifier, voilà tout.

Pour le vérifier, il faut des natures droites plutôt que des experts. L'enquête doit être formée d'artistes et de gens éclairés.

L'ECHO DU PARLEMENT, 25 mars.

Quand nous avons ouvert nos colonnes à cette polémique c'était en vue d'éclaircir une question d'art, fort digne assurément d’une controverse entre écrivains sérieux et surtout entre artistes. Au lieu de cela, nous recevons de M. Van de Kerkhove des lettres qui, loin de répondre par des faits et des atguments, nous entretiennent d'une suite de fariboles absolument dépourvues d'intérêt et même de convenance. On verra par l'épitre umprimée ci-dessous que si M. Van de Kerkhove déprécie lui-

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