‹ L'enfant de BrugesChapitre 43 sur 83 · RE · texte numérisé non relu

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même son talent d'artiste, il s'exagère singulièrement son mérite d'écrivain. Ses plaisanteries visent d’ailleurs d’insignifiants détails qui ne versent aucune lumière au procès. Qu'importe le prix qu'on a payé le pctit tableau que nous avons entre les mains? Sans compter qu'il a été payé ce qu'en demandait le marchand, son mérite est d’avoir établi que M. Van de Kerkhove a peint des marines et que sa facture est absolument la même que celle de Fritz.

Nous ne savons pas du reste jusqu’à quel point nous sommes tenus d'insérer les lettres dans lesquelles on accuse des tiers, en affirmant à leur charge des faits absolument faux.

Si c'est ainsi que-l'on espère établir le contraire de ce qu'ont déclaré les témoins de M. Rousseau, on se fait d'étranges illusions. On s'en fait de plus vives encore si l’on croit imposer la foi par l'intimidation.

Cela dit, voici la nouvelle lettre de M. Van de Kerkhove :

Monsieur le rédacteur en chef de l’Echo du Parlement,

J'apprends avec infiniment de plaisir que beaucoup de personnes s’informent de ma réponse à l'enquête de Bruges. Vous êtes bien bon, Monsieur, d'appeler cela une enquête. Appelez cela l'affaire Rousseau et Ce et vous serez dans le vrai. Les motifs de mon retard sont expliqués dans une réponse que je viens de faire à l'Echo de Bruxelles. Vous voyez, monsieur, que je fais l’article pour vos journaux; je rends le bien pour le mal; vous ne me remercierez pas, je n'y tiens pas.

Je suis heureux aussi que le public s'intéresse à cette affaire. Notez bien, monsieur, que cela devient l'affaire Rousseau, en place de l'affaire Van de Kerkhove. L'Echo de Bruxelles me semble malade. Signe du temps.

Je vous prie, monsieur, de vouloir insérer cette petite histoire de votre panneautin, intitulé un Fritz et qui n'était ni un paysage, ni un Fritz, mais bien et dûment une marine peinte par moi. Ce panneautin, que vous conserviez si précieusement dans votre-tiroir, devait me couvrir de confusion, de honte et de désespoir. Vous voyez, monsieur, que j'ai encore ma tête, et que sous peu, je crois, vous allez perdre la vôtre. Ce serait vraiment dommage.

Donc, ce matin, à huit heures, je me rends chez M. Van Dycke, l'heureux possesseur de l'illustre panneau, auquel j'en

avais fait cadeau et voici la conversation exacte qui s'établit entre nous : — Bonjour, Kerkhove, j'ai reçu une lettre de vous m'engageant à aller vous voir. — C'est vrai, étant rhumatisé, je ne pouvais sortir. — Quelle affaire n'est-ce pas avec ces petits panneautins de Fritz! Qui aurait cru cela? — Oui, c’est justement à propos de cela que je viens, et pour ne pas y aller par quatre chemins, je vais comme toujours droit au but. Vous avez reçu la visite des hommes de Rousseau, Pickery et cet autre marchand de plâtre. — Oui, ils m'ont embêté même assez longtemps et ont fait ce qu'ils pouvaient, par leurs demandes insinuantes, pour me porter à faire des déclarations contraires à l'attestation que je vous avais signée. — Puis-je savoir combien vous avez vendu ma petite marine que je vous avais donnée pour rien? — Mais, oui, J'ai reçu cent francs. — Diable! cent francs, cela me flatte. — Moi aussi, je voudrais en avoir encore, etc.

Voilà, monsieur, comment ces messieurs ont fait leur enquête, c'est tout bonnement une indignité. N'osant offrir de l'argent, ils achètent pour 100 fr. un panneautin qui en vaut bien 5 et encore! Vous avez fait là une bien mauvaise affaire, monsieur le rédacteur.

Je ne vous en présente pas moins mes salutations empressées.

J. VAN DE KERKHOVE.

ÉCHO Du PARLEMENT, 25 mars.

Bruxelles, 24 mars.

Monsieur le rédacteur,

Nous sommes forcés d’opposer une dénégation formelle aux deux assertions qui nous concernent dans la lettre de M. Van de Kerkhove.

Il est inexact que les tableaux qui nous ont été montrés eussent été frottés, comme il le dit, en vue de notre visite, avec de l'huile bouillie, chose dont tout peintre se fût inévitablement aperçu.

Il n'est pas moins inexact que nous ayons proféré aucune des exclamations admiratives qu'il nous attribue, en regardant ces petits panneaux.

Agréez, monsieur le rédacteur, l'assurance de notre considération distinguée C. VAN CAMP.

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