LE DERNIER MOT
M. Van de Kerkhove a répondu, dans l'Echo du Parlement, à l'enquête faite, par M. Rousseau, sur l'authenticité des œuvres du peintre prodige.
En même temps qu'il envoyait sa lettre à l'Echo du Parlement, il nous en faisait également parvenir une, accompagnée d’une attestation de M. Courtois, restaurateur et cafetier à Bruges.
Dans la lettre qu’il nous adresse, M. Van de Kerkhove cite une douzaine de personnes occupant à Bruges des positions trèshonorables, ingénieurs, magistrats, fabricants, professeurs, etc., chez lesquels M. Rousseau aurait trouvé des renseignements exacts, précis, tous en faveur de l'enfant.
Je m'attendais donc à lire, dans la longue lettre adressée par M. Van de Kerkhove à l'Echo du Parlement, non-seulement la liste des personnes désignées dans la lettre que nous avions reçue mardi, mais des certificats signés de ces personnes et attestant l'authenticité de l'œuvre. Il n’y a pas un mot de cela. M. Van de Kerkhove se borne à protester à sa manière contre l’enquête; mais il ne proteste pas, je suis obligé de l'avouer, comme un homme qui a raison.
Pour détruire l'enquête de M. Rousseau, il n'y avait qu'un moyen : donner des preuves irréfutables que c’est l'enfant qui a fait les tableaux.
M. Van de Kerkhove ne donne pas une preuve.
Sa défense se borne à ceci :
M. Wallays, directeur de l'académie de Bruges, un des attestants de l'enquête, n’est pas connu de M. Van de Kerkhove, et
n'est jamais allé chez lui. L'opinion de M. Wallays n’a donc aucun poids.
M. Dobbelaere n'est entré chez le père de Fritz que quand Fritz avait cinq ans.
Etc., etc.
Qu'est-ce que ceia prouve? Rien de tout. Ce n'est pas cela qu'on demande à M. Van de Kerkhove : c’est de démontrer clairement, de façon à convaincre le public et la critique, que e’est son enfant qui a produit les cent-soixante tableaux exposés au Cercle.
J'ai trouvé l'enquête mal faite et ne prouvant guère non plus. Mais, devant la lettre de M. Van de Kerkhove, je suis obligé de déclarer que l’enquête doit avoir raison.
Comment! pendant trois ans, un enfant peint dans la maison de son père, une maison ouverte à beaucoup de monde, et il ne se trouve pas dans tout ce monde vingt personnes pour attester que l’enfant a peint, qu'on l'a vu peindre, et-que ce sont bien les tableaux exposés qui ont été exécutés par lui!
Il faudrait, pour cela, que l'enfant eût été tenu enfermé; il faudrait qu'on eût caché ses essais comme choses honteuses; est-ce cela qui a été fait?
Sinon, que le père produise des preuves capables de détruire les enquêtes les plus sceptiques.
Dans la réponse de M. Rousseau, il y a deux choses qui témoignent d’une manière sérieuse contre M. Van de Kerkhove : les déclarations de Victor Van Hove et de M. Van de Wiele, parrain de l'enfant.
Victor Van Hove est de mes amis. Je lui ai écrit deux fois pour lui demander son opinion, afin qu'il me donne des renseignements qui fussent de nature à éclairer le public. Il m'a répondu deux lettres dans lesquelles le parti-pris de ne rien dire est aussi caractéristique que possible.
Or, M. Rousseau affirme que M. Van Hove lui a dit : « On me persécute pour que je témoigne que je l'ai vu peindre. J'ai pitié de la situation où s’est mis M. Van de Kerkhove... Je ne puis cependant pas me déshonorer pour le sauver. »
Voilà le sentiment qui était dans les deux lettres que H. Van
Hove m'a écrites : son embarras pour dire une vérité qui devait compromettre la sincérité de M. Van de Kerkhove.
M. Van de Wiele, le parrain, proteste également, affirmant que l'enfant « n’a jamais peint. »