UN ARTISTE
JOURNAL DE BRUGES, 31 mars 1875.
La section brugeoise du Willems-Fonds avait convoqué lundi dernier ses souscripteurs en assemblée extraordinaire. A l'ordre du jour se trouvait la nouvelle enquête dans la Question Van de Kerkhove.
Le premier point qui s’offrait à la discussion était naturellement la question de compétence. Le Willems-Fonds peut-il de par son programme intervenir dans une affaire de cette nature? — Après que le membre président de la séance eut succinctement exposé les faits et démontré combien le lyrisme imprudent des premiers parrains de l'enfant-peintre avait contribué à provoquer l'esprit de parti pris chez les premiers enqueteurs, le secrétaire, se basant sur le premier article des statuts du Willems-Fonds, exprima l'opinion que là compétence de la section brugeoise en ressortait clairement.
En effet, ce premier article dit : « Het Willems-Fonds is gesticht ter aanmoediging van de studie en het gebruik der Nederlandsche taal en ter behartiging van alles wat kan bijdragen tot de verstandelijke en zedelijke ontwikkeling der vlaamsche bevolking, ten einde op die wijze den algemeenen nationalen volksgeest in België te versterken. »
Les arts sont bien la forme la plus originale sous laquelle se manifeste l'esprit national et leur rôle comme agent de civilisation dans le peuple est incontesté. D'ailleurs, le Wil/ems-Fonds s’est occupé d'art en bien des circonstances déjà et la musique aussi bien que le dessin prend une place importante dans la série de ses travaux. Ceci est tellement bien compris par tous les
souscripteurs que dans une séance précédente la section avait sans aucune objection voté la création d’un cercle artistique brugeois parmi ses membres.
La question Van de Kerkhove est une question d'art de première importance pour Bruges et ressort donc directement de la mission du Willems-Fonds à Bruges.
L'assemblée, entièrement du même avis, vota la question de compétence affirmativement et à l'unanimité sauf une protestation non motivée contre l'ordre du jour et actée au procès-verbal.
Ce vote acquis, l'opportunité de l'enquête même est mise en discussion. Plusieurs membres prennent la parole. On est généralement d'avis que si la première révélation du jeune Fritz était de nature à soulever des doutes, l'enquête de M. Rousseau n'a, de son côté, rien résolu. Une seule partie a été admise à y faire. valoir ses preuves. Il n’y a pas été suffisamment tenu compte, ni de la parole d'honneur d'un homme généralement estimé, ni des témoignages qu'il a invoqués ou pouvait invoquer. La question reste donc en suspens et demande une solution équitable. Cette solution ne peut être que le résultat d’une nouvelle enquête où les deux parties seront entendues par devant tiers non intéressés.
Un vote unanime (moins une voix) décide que la section brugeoise du Willems-Fonds prendra sur elle d'organiser la nouvelle enquête et la confiera aux soins d'une commission spéciale, choisie parmi les souscripteurs.
Les pouvoirs et le rôle de cette commission sont déterminés dans les articles suivants, également votés par l'assemblée.
1° L'assemblée élira une commission d'enquête.
20 Cette commission sera choisie parmi les souscripteurs de la section brugeoise du Willems-Fonds.
30 Elle se composera de cing membres.
4° Pour le cas de non-acceptation de la part d'un ou de deux membres désignés, il sera dès l’abord nommé deux suppléants.
50 La commission par son élection même est autorisée à s'adjoindre dans ses recherches autant d'artistes qu'elle le jugera nécessaire.
6° Pour la partie technique de l'enquête, elle constituera une commission d'artistes-experts dont un tiers sera désigné par elle, et les deux autres tiers par les parties contendantes et, à leur refus d'office, par la commission.
Les résultats de l'élection seront rendus publics après acceptation des membres désignés pour ce comité d'enquête.
JOURNAL DES BEAUX-ARTS, 1 avril 1875.
Lorsque nous invitions M. Rousseau à se renseigner personnellement, comme nous l’avions fait, dans le milieu où avait vécu l'enfant dont l'œuvre était en jeu, nous espérions que cette enquête personnelle aurait été faite dans toutes les règles, recueillant le pour et le contre et avec la volonté de tout enregistrer, favorable ou non à l'opinion émise.
Ce qui s'est passé montre que nous nous étions trompé et nous avons le droit d'en exprimer ici notre peine et notre profond regret.
L'enquête de M. Rousseau rendue publique, SANS CONTRE PARTIE, mettant en avant des opinions personnelles qui entachent l'honneur d'un homme, devait avoir et a eu un déplorable résultat. Elle a déplacé la polémique; la question d’art est devenue la question secondaire; les insinuations, les accusations, toutes, en apparence, à l'adresse d’un seul homme, ont exaspéré celui-ci, et, ainsi qu'il le répète à tous, le sentiment de son droit et de la vérité méconnue de ses assertions, s'est traduit avec une violence qui lui a fait faire tort à sa propre cause. Mais, si la forme a fourni aux adversaires de M. V. D. K. un moyen d'attaque nouveau, le fond n'en reste pas moins debout. Or, on l'oublie trop, ce n’est pas de la manière d'écrire de M. V. D. K. qu'il s’agit, c'est de l'œuvre admirable de son enfant mort. Comment reviendra-t-on au calme nécessaire, comment mettrat-on de la clarté dans ce qui est maintenant aussi confus que les plus grande ennemis de M. Van de Kerkhove puissent le désirer?
On nous annonce deux enquêtes nouvelles, l’une par le Wällems-fonds, l'autre à Anvers. Que M. Van de Kerkhove fournisse à toutes celles qui s’organiseront, les pièces qu'il possède. De notre côté, nous avons un dossier intéressant, que nous mettons à la disposition de qui de droit dans l'espèce. Examinons maintenant, en les dépouillant de commentaires, les faits révélés par l'enquête Rousseau et les réponses qui y ont été faites ou qui peuvent y être faites. Nous serons aussi bref que possible.
Et d'abord, à propos du panneautin signé du père et identique à ceux du fils; au lieu d’un paysage, c'est une marine représentant un naufrage, et, dit M. Van de Kerkhove, tout-à-fait différents des peintures de son fils.
Voilà une pièce que le public a le droit de réclamer. Nous
demandons qu'elle soit exposée à Gand en même temps que les œuvres de l'enfant. Et si M. Van de Kerkhove sait où il y en a encore de pareilles, qu'il tâche d'obtenir de leurs possesseurs de s'en dessaisir pendant quelques semaines en faveur des expositions qui doivent encore avoir lieu. Le public qui a parfaitement su acclamer les petits chefs-d'œuvre, saura tout aussi bien comparer les œuvres du père avec celles du fils.
Passons sur M. Wallays qui exprime une opinion personnelle fort blessante mais sans importance.
M. Dobbelaere a fait le portrait de Mme Van de Kerkhove et il n’a pas vu peindre l'enfant, ce qui est tout simple puisque l’enfant ne peignait pas à cinq ans.
M. Van Hollebeke fait, dit M. Van de Kerkhove, une déclaration complètement contraire à celle qu'il a faite au Cercle de Bruxelles en présence « malheureusement », de personnes étrangères. C'est grave, mais M. Van de Kerkhove peut se rappeler la date de sa visite au Cercle et il peut faire un appel à la mémoire de ceux qui ont assisté à cette petite scène. Celle-ci doit avoir frappé les spectateurs. Il était, en effet, assez intéressant pour eux de se trouver en présence du père de Fritz, interpellant un artiste de Bruges qui a vu peindre l'enfant. La chance est petite, mais en pareil cas il ne faut rien négliger. Le frère de M. Van de Kerkhove assistait à cet épisode et l’on s’est rappelé qu'un des assistants s’est dit être artiste sculpteur.
Rien à dire de MM. Piquery, Collinet, Joostens et Leclercq. Il n'y a pas un seul fait dans ces diverses déclarations, car si, il y à deux ans, en visitant la maison Van de Kerkhove, on n'y a pas vu de panneautins, il n'y a là rien de nouveau. On a répété cent fois le peu d'importance qu'on attachait à ces petits morceaux de bois non encadrés, le soin que Fritz mettait à les cacher partout surtout aux étrangers ; or, il y a deux ans, l'enfant vivait.
Nous ne nous occuperons pas des commentaires qui terminent l'enquête ; ils n’ont pas la bienveillance qui seule aurait pu laisser la question dans la voie où elle devait marcher.
A la suite d’un nouvel article, M. Rousseau raconte une conversation qu'il a eue avec M. Van Hove, ami de M. Van de Kerkhove, conversation de laquelle il résulte que M. Van Hove considère M. Van de Kerkhove comme un maniaque d'amour paternel, voulant constituer à son fils une réputation alors que le pauvre enfant « était incaple de rien faire ». En outre, M. Rousseau constate que M. Van De Wiele, parrain de Fritz,
est allé dès le début de l’exposition, déclarer dans les bureaux de l'Echo du Parlement que l'enfant n'avait jamais peint. M. Van de Kerkhove nous apprend qu'il avait cessé ses relations avec M. Van de Wiele, par suite de difficultés en affaires, deux ans et demi avant la mort de Fritz, à peu près la période pendant laquelle l'enfant a peint. Nous ne parlerons donc pas davantage de M. Van de Wiele.
Quant à M. Victor Van Hove, nous devons consigner ici un souvenir qui a gardé une grande place dans notre mémoire. En 1873, M. Van Hove exposa à Anvers une scène de la vie de pécheur, charmant tableau dont nous fimes un éloge bien mérité. A la suite de notre article, le peintre crut devoir nous remercier par écrit. L'année d’ensuite, le 2 où le 11 septembre (nous ne saurions préciser laquelle de ces deux dates) nous rencontrâmes M. Van Hove au salon de Gand. Notre sympathie pour sa dernière œuvre nous rapprocha. Nous entrâmes en conversation. Il y avait, à l'exposition, deux tableaux de Fritz, dans l’un desquels le père avait touché quelques petites figurines. Nous étions au milieu de notre étude sur l'enfant prodige, nous connaissions la liaison de M. Van Hove avec la famille Van de Kerkhove. Naturellement nous devions causer de Fritz en présence de ses œuvres. En effet, c'est ce qui eut lieu: nous étions avide de détails concernant l’enfant et M. Van Hove corrobora tout ce que nous en savions déjà ; il nous dit que cet enfant n'aurait pu vivre « avec un cerveau si exalté, » il s’extasia avec nous, il déplora avec nous la perte de Fritz. Pendant ce temps M. Eugène Landoy (Bertram) qui prenait des notes pour son Salon de Gand, nous rejoignit; il allait et venait, il admira avec nous les petits tableautins : lui aussi était l'ami de la maison Van de Kerkhove : il prit part aux éloges de M. Van Hove et aux miens et il consigna son jugement en termes éloquents, dans le Journal de Gand du 13 octobre (voir page 50). Et pas un mot de doute, pas un soupçon jeté dans notre esprit de la part de M. Van Hove : une simple, franche et complète admiration.
Nous aurions mieux aimé ne pas avoir à faire ici cette déclaration, mais, en conscience, nous ne pouvions pas nous taire.
Bref, pas un seul fait positif rien que des faits négatifs : des artistes qui n'ont pas vu et qui ne croient pas. {1 ne fallait pas aller à Bruges pour cela. D'autre part, aucune visite aux signataire des attestations, aucune enquête sur la moralité de ceux-ci, aucune mention des pièces fournies en ce sens et publiées en partie par le Précurseur; une déclaration des plus importantes en
re
faveur de M. Van de Kerkhove passée sous silence, une lettre d'un artiste français distingué, venant poser le premier jalon de l'enquête artistique que M. Rousseau met au-dessus de toute autre, traitée d’acte étourdi, en un mot, malveillance visible pour tout ce qui peut établir la vérité des assertions de M. V. D. K.
Depuis est venue la réponse de M. Van de Kerkhove et de nouveaux commentaires de M. Rousseau de moins en moins bienveillants. I] fallait cependant faire la part de l'émotion extraordinaire que doit éprouver un homme qui se voit mis sur la sellette des accusés alors qu'il se sait victime de fausses allégations.
Après examen et sans se faire les champions de la violence, que M. Rousseau, et ceux qui condamnent l’emportement de M. Van de Kerkhove, veulent bien pour un instant se mettre à sa place en admettant sa bonne foi parfaite. L’habitude de la polémique, l’art de manier la plume et de trouver, dans une longue éducation littéraire, les mots disant des choses tout aussi rudes mais d'une autre façon, tout cela les empêcherait peut-être de dépasser certaines bornes ; mais un homme qui, il y a quelques mois encore, suivait paisiblement le cours de sa vie seminégociante, semi-artistique et qui, tout à coup, se voit jeté dans une lutte acharnée, grâce à la malencontreuse idée d’un inconnu qui s'est avisé de trouver admirables des petites peintures jetées à droite et à gauche dans sa maison... cet homme, lancé hors du centre où il a vécu, ne peut évidemment tenir tête à des adversaires qu'on prendrait pour des chasseurs acharnés à leur proie. Nous avons, pour notre part, de bien grandes excuses à faire à M. Van de Kerkhove, et, si cela continue, cela tournera chez nous au remords. En effet, si nous ne nous étions extasié devant les premiers tableautins de son pauvre enfant quil nous soumettait timidement, rien de pareil ne lui serait arrivé. La Belgique aurait peut-être un enfant célèbre de moins (qui paraît du reste lui être plutôt à charge), les petits panneaux auraient été un simple souvenir de famille et un honnête homme ne serait pas exposé à soutenir une lutte inégale... jusqu'à présent du moins.
Dans la phase nouvelle où est entrée la question, nous devons cependant tâcher de nous reconnaître. Quelles sont les véritables pièces du procès ?
Du côté des douteurs : le panneautin signé du père et qu'ils disent être du fils. — La conversation de M. Van Hove avec M. Rousseau. — La démarche du parrain dans les bureaux de l'Echo du Parlement.
Lorsque le public aura été admis à voir le panneautin identique, on pourra discuter la valeur du premier point. Le second, nous venons de voir ce qu'il vaut, de même que le troisième. Que reste-t-il ?
Quant aux opinions esthétiques sur le plus ou moins de possibilité qu'un enfant ait exécuté cette œuvre, sur l'ancienneté des panneaux, etc., on nous permettra de ne pas en tenir compte; tout peut être soutenu pour ou contre, tout peut être expliqué par des procédés: nous devons-nous en tenir aux faits. Je n’en trouve pas d’autres dans le dossier des incrédules.
Du côté de M. Van de Kerkhove nous voyons : à la date d'hier, 32 attestations de personnes qui ont vw peindre l'enfant ; il y en a qui, sous serment, désigneront les panneautins auxquels elles l'ont vu travailler ; 15 attestations de personnes qui savaient que Fritz peignait: 11 enquêtes privées, dont plusieurs devenues publiques et rendant toutes hommage à la véracité de M. Van de Kerkhove. Une lettre d'un desartistes les plus honorables et les plus distingués de Paris, en son nom et au nom « d'hommes du métier » déclare que ces panneautins ne peuvent, selon eux, émaner que d’un enfant à cause de « leurs audaces et de leurs naïvetés » que ne commettrait plus un élève ayant seulement six mois d'atelier.
Franchement, quand je vois où nous sommes partis et où nous sommes arrivés, je dois déplorer de plus en plus que des juges véritables, des magistrats, n'aient pas, dès le début pu être commis à diriger cette question qui pourtant aurait dû intéresser la fibre nationale par le but glorieux où elle pouvait aboutir. Ettout cela est, pour le moment, perdu dans les invectives, les petites passions, les personnalités les plus tristes répugnant aux esprits élevés et aux cœurs droits. Nous adjurons donc, au nom de la patrie commune, les enquêtes qui vont se produire, de porter dans la question le calme et l’impartialité du juge, de s'isoler des commentaires, des opinions personnelles, des correspondances irritantes, de ne s'attacher qu'aux faits, à la recherche de la vérité; surtout, de produire publiquement et à nouveau toutes les attestations données, car il est étrange qu'il ait été fait jusqu'à présent grand bruit des témoignages qu’on a pu recueillir contre M. Van Kerkhove et que ce qui parle en sa faveur ait été passé sous silence.
Nous continuons à enregistrer les documents qui peuvent avoir de l'intérêt pour la question Fritz. Plus tard nous publierons
des correspondances d'un caractère plus intime. Pour aujourd'hui notre journal se bornera à insérer deux lettres d’un artiste français dont la compétence ne sera pas révoquée en doute et que nous nommerons lorsqu'il nous aura autorisé à le citer (1).
(19 novembre 1874.
» Monsieur,
» Je vous remercie bien vivement de votre aimable lettre et de » l’obligeance que vous avez mise à m'envoyer les photographies. » Déjà la semaine dernière j'avais reçu cinq panneaux et le por- » trait du pauvre Fritz.
» Je ne saurais trop vous dire combien tous et moi particuliè- » rement, nous admirons ces peintures étonnantes, non pas à » cause de leur extraordinaire habilité, mais par le sentiment » profond et la poésie qu'elles renferment. Plusieurs paysagistes, » entre autres M. Van Marcke, ont été frappés de la perfection » de quelques-uns des paysages que je leur ai montrés et je ne » crois pas qu'il y ait un artiste français qui ne serait fier de si- » gner de pareilles œuvres. »
À ma demande et sur le désir exprimé par M... vingt-cinq panneaux lui avaient été, comme on vient de le voir, expédiés. Voici comment il est accusé réception de cet envoi à M. Van de Kerkhove.
« 14 novembre 1874.
» Je ne saurais trop vous exprimer l'impression profonde que » j'ai ressentie en examinant attentivement les peintures de votre » pauvre enfant. Ce qui me confond ce n’est pas son extraordi- » naire habileté ou l'emploi étonnant de moyens (en terme d'’a- » teliers nous disons ficelles) que seuls les vieux praticiens pos- » sèdent, c'est surtout le sentiment exquis, la poésie qui règne » dans la plupart des panneaux que vous avez eu l'obligeance de » me communiquer; il fallait que la nature fit sur lui une bien » grande impression pour qu'il ait pu l'exprimer ainsi, non-seu- » lement avec une grande vérité et une grande finesse de coloris, » mais encore et surtout en y apportant cette expression pro: » fonde que les natures d'élite, celles qui ont reçu la flamme » d'en haut, ont seules le don de communiquer à leurs œuvres.
(1) Nous pouvons le citer aujourd'hui; c'est M. Ed, Garnier, artiste dessi- A.S.
nateur à la manufacture de Sèvres,
» Les artistes qui ont vu ces panneaux, ne tarissent pas en » éloges, et M. (1), mon rédacteur en chef, a été comme moi » émerveillé..….. »
Un abonné de l'Echo du Parlement s'est déjà donné beaucoup de mal pour débrouiller ce qu'il appelle mes contradictions. Je ne pense pas que ces découvertes donneront beaucoup de clarté aux débats. Il est très:vrai que depuis ma notice du mois de septembre j'ai dû revenir sur mes impressions premières à la suite d’une quantité considérable de panneautins que je n'avais pas vus. Il est même possible qu'avec le temps j'aurai encore à modifier mes appréciations. Il est parfaitement vrai que j'ai dit que M. Van de Kerkhove n'a jamais su peindre un arbre ni une pierre. Je l'ai cru et je lui en demande mille fois pardon ici, mais je suis encore du même avis. M. Van de Kerkhove a le sentiment du pittoresque, de l'originalité, mais rien dans ses compositions ne le porte à la poésie de la nature ni au sentiment de la mélancolie. La représentation des misères humaines, la caricature, voilà surtout où il brille et il faut vraiment être aveugle volontaire pour faire de lui l’auteur des « chastes » et ravissants petits paysages que chacun admire. Je me bornerai à dire à l'abonné du 3 mars que tout cela ne change rien absolument à mes convictions comme cela ne changera absolument rien aux siennes. Je crois et il ne croit pas. Voilà tout. Nous avons affaire à un cas exceptionnellement simple et grand, et, à mon sens. admirable. Lui y cherche autre chose, une chose qu'il n'y trouvera pas, parce qu'elle n’y est pas.
Une réflexion d’un ami et que nous consignons ici : Plutôt que d'admettre qu'il soit né un enfant de génie sur notre terre flamande, plutôt que d'admettre qu’un honnête homme, qui n’a jamais commis une action déloyale, dise la simple vérité, on préfère lui jeter à la face les plus détestables accusations, on préfère le croire capable d'organiser une mystification sur la tombe de son enfant, et, au fait « extraordinaire mais non impossible » d'un enfant prodige, on aime mieux substituer le MIRACLE de M. Van de Kerkhove, père — artiste-amateur assez peu prisé jusqu'à présent et à peine regardé aux expositions — devenu tout-
(1) Charton, Directeur du Magasin pittoresque.
à-coup l’auteur célèbre de ces petits chefs-d'œuvre qui font et feront encore courir le monde artistique, quoi qu'on puisse dire.
Nous avons donné dans notre dernier numéro les noms des personnes qui attestent sur l'honneur avoir vu travailler Fritz. Parmi ces noms se trouvent ceux de trois peintres, quoi qu'en dise l'enquête-Rousseau. A cette liste nous avons à ajouter les noms suivants : Damien Wattyn — Pauline Harinckx — D'Hooghe, tapissier — A. Van Acker, ancien commis de la maison, aujourd’hui sous-officier à Gand -— M. Calliau instituteur communal à Bruges, lequel a donné des leçons particulières à Fritz. — Courtois. — Voici déjà un total de 32 attestations d’une valeur sérieuse, si l'on veut bien comprendre que l’on s’occupait fort peu d’un enfant dont les travaux n'étaient nullement appréciés, soit qu'on ne vît pas le génie qui germait en lui, soit, comme c’est la vérité, qu'il cachât ses petits morceaux de bois. Il serait donc illogique de réclamer de beaucoup de personnes, qui ne fréquentaient que rarement la maison, des renseignements positifs.
Au noms qui précèdent, il faut joindre ceux que nous avons déjà donnés dans notre dernier numéro et qui sont : L. Gobin, capitaine du port. — Van Dyck, artiste peintre et antiquaire. — De Meester De Wael, fabricant de pompes. — J. Minne, brasseur à Damme. — J. Vincent, restaurateur de tableaux. — B. Cloet, artiste peintre. — De Baudigné de Mansart — A. Royon, armateur et banquier à Ostende. — Van Mullem, distillateur. — Arents, brasseur. — Louise de Bakker. — Gruvwé, directeur du dépôt des Invalides. — L. Rousseau, artiste peintre et antiquaire. — P. Tempelaers, employé à l'administration communale. — Du Mon de Menten. — De Clercq de Gheluwe à Coolkerke. — Marie De Reuck. — Mme de Backer. — Toutes ces attestations sont claires et décisives; quelques-unes renferment des détails d’une précision aussi nette qu'intéressante.
C'EST EN VAIN QUE NOUS AVONS DEMANDÉ AUX JOUR- NAUX DE REPRODUIRE CES NOMS.
Le parti pris s'est-il jamais mieux manifesté?
On nous transmet à l'instant une nouvelle liste qui porte le nombre des attestations à 32 d’une part et à 15 de l’autre.
Nous prions instamment nos confrères de la presse d'extraire de notre journal tout ce qu'ils jugeront utile à la recherche de la vérité dans la question Van de Kerkhove.