LE COUP DE GRACE
M. V. Van Hove nous donne communication de la lettre suivante qu'il a adressée à M. Siret, aussitôt après l'apparition du dernier numéro du Journal des Beaux-Arts. Son témoignage est le dernier coup porté à la fable Fritz. Il a vu M. Van de Kerkhove exécuter sous ses yeux quarante ou cinquante paysages identiques aux tableaux exposés.
Bruges, le 3 avril 1875.
Monsieur,
Dans le dernier numéro du Journal des Beaux-Arts, et à propos de l'enfant de M. Van de Kerkhove, vous dites qu’à la dernière exposition de Gand, je vous aurais dit que les deux petits paysages exposés sous le nom de cet enfant, étaient très bien, que c'était un enfant génial, etc., etc.
Cette dernière expression ronflante n'est point de moi. Voici comment la chose s'est passée. Nous étions réunis à trois, Van de Kerkhove, vous et moi, devant les petits tableaux; Van de
Kerkhove m'a alors interpellé me demandant si j'avais vu peindre son enfant, et j'ai répondu affirmativement. Oui, monsieur, je l'ai vu peindre, et comme je l'ai dit à M. Rousseau lors de sa visite chez moi, je l’ai vu remplir par des teintes plates de terre de Sienne pure les intervalles laissés entre des contours dessinés par son père. D'ailleurs la douleur que lui causait la mort de son enfant était si navrante que je l’approuvais dans tout ce qu'il disait de son enfant, croyant par là le consoler. J’ai eu tort de me laisser impressionner à ce point et il aurait beaucoup mieux valu pour lui, et pour moi, ne pas l’encourager dans cette folie.
Je ne pouvais prévoir alors le bruit considérable que vous alliez faire, par la suite, de cette affaire.
Je n'ai jamais vu faire des paysages par le fils de M. Van de Kerkhove; j'ai terminé chez lui un tableau que je lui avais cédé contre des tableaux anciens et des antiquités. Ce travail a duré trois à quafre semaines, et pendant ce laps de temps M. Van de Kerkhove a fait pour ainsi dire sous mes Jeux 40 & 50 petits paysages de la même grandeur et ressemblaut identiquement aux petits tableaux exposés au Cercle, à Bruxelles À cette époque l'enfant était mort depuis sept à huit mois.
Jamais je n'aurais parlé de cette affaire si vous ne lui aviez donné l'extension exagérée que l’on connaît, mais devant tout ce bruit j'ai cru de mon devoir de dire à mes amis ce que je savais à ce sujet.
J'ai tardé autant que j'ai pu de me mêler publiquement de tout cela, et je sais de bonne part que vous avez été trés étonné de ne pas voir un certificat signé de moi parmi ceux recueillis à Bruges par M. Van de Kerkhove. Malgré les meilleurs relations que j'avais avec lui et la plus sincère amitié je ne puis pourtant pas dire ce que je ne pense pas.
Je vous préviens, monsieur, que c'est tout ce que j'ai à dire à ce sujet, et que dorénavant je ne répondrai plus un seul mot aux insinuations les plus malveillantes, pas plus que je n'ai répondu à la lettre ordurière dont m'a gratifié M. Van de Kerkhove il y a trois ou quatre jours.
Veuillez insérer la présente dans votre plus prochain numéro
et recevoir mes civilités.