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LA QUESTION ÉLUCIDÉE

Oui, c'est toujours de la question Van de Kerkhove qu'il sagit.

Le dernier numéro du Journal des Beaux-Arts était presque tout entier consacré à l’élucidation de cette question hiéroglyphe. M. Siret s’en est donné jusque-là sur son phénomène, et les fragments de lettres du père de l’enfant-prodige, écrites avant que ses œuvres eussent soulevé tant de doutes sur leur authenticité, étaient de nature à remettre un peu de baume sur les blessures saignantes des croyants.

Ces fragments de lettres, en effet, ont un accent de bonhomie et de franchise auquel les esprits ingénus et les consciences honnêtes peuvent se laisser prendre sans être ridicules.

Mais il n’y avait encore là que des « preuves de sentiment. »

Ce que M. Siret rappelait d’une conversation avec M. Van Hove, à l'exposition de Gand, l'an passé, était de nature à faire naître des doutes sur la sincérité actuelle de M. Van Hove.

En effet, à Gand, ce dernier semblait avoir admis la réalité du génie du jeune Fritz; mais il paraît que M. Siret avait mal compris. M. Van Hove vient d'écrire à l’'Echo du Parlement une lettre fort vive, sinon indignée, protestant contre le récit de M. Siret et remettant les choses aux places qu'elles doivent occuper.

M. Van Hove s'accuse de s'être « laissé impressionner » par la douleur de M. Van de Kerkhove à la mort de son enfant à ce point d'approuver tout ce qu'il disait, et il aurait mieux valu, ajoute-t-il, pour lui et pour moi, ne pas l’encourager dans cette

Jolie.

Enfin, chose grave, M. Van Hove affirme avoir vu M. Van de Kerkhove peindre, pour ainsi dire sous ses yeux, 40 à 50 petits paysages de la même grandeur et ressemblant identiquement aux petits tableaux exposés au Cercle, à Bruxelles. À cette époque, lENFANT ÉTAIT MORT DEPUIS SEPT A HUIT MOIS.

Il serait donc prouvé que M. Van de Kerkhove père aurait peint, depuis la mort de son enfant, un nombre considérable de petits paysages pareils — si ce ne sont les mêmes — à ceux qui ont été exposés au Cercle.

LE

Ceci, me semble-t-il, clot toute discussion.

Pourquoi M. Van Hove n'a-t-il pas fait cette déclaration publique depuis longtemps? Il ne le dit pas; mais on sent dans sa lettre un sentiment de réserve qui tient à des causes indifférentes à la question en elle-même — soit affaire d'intérêt, soit affection pour la famille Van de Kerkhove.

Tâchons maintenant de tirer de tout cela des conclusions rationnelles. Je ne crois pas que nulle enquête, même optimiste, puisse tenir contre la lettre de M. Van Hove; il est donc permis d’en finir avec le phénomène brugeois.

La sincérité de M. Siret n'est pas en cause; d’autres que lui {moi d’abord) ont cru à la réalité d’un phénomène qui n'était point impossible. Entraîné dans la voie de l'enthousiasme, il a peut-être çà et là dépassé les bornes du réel. Ce n'est point un crime...

M. Van de Kerkhove, de son côté, a été entraîné peu à peu dans cette même voie où M. Siret s’est engagé naïvement, étourdiment. Peu à peu, le père de l'enfant mort, troublé par cette mort même, exalté par l'idée d'élever un monument à la mémoire d’un enfant qu’il adorait, a laissé s'établir une phénoménalité qui ne lui pesait guère, en se disant, sans doute : « Cela ne fera de mal à personne. et cela me fera au cœur un grand bien. » Le sentiment égare presque toujours; il n'y a que la raison qui soit une conseillère sage et désintéressée.

Une fois parti pour le pays des chimères, on ne sait point quand on en reviendra. Le phénomène a pris des proportions auxquelles, bien certainement, M. Van de Kerkhove n’a jamais pu penser : mais il s'était avancé trop loin pour reculer.

Et il a continué de marcher, jusqu’au bord du fossé, où il vient de faire la culbute.

C'est dommage! Il y avait là une question physiologique extrêmement attrayante et dont les savants en ws auraient pu tirer beau parti.

Ent...

L'existence, n'est-il pas vrai, est une étoffe tissée de fils cassants et composée de déceptions.

* NELR

Ce qui restera de tout le bruit fait autour du nom d'un enfant, c'est le fait que l’auteur des petits tableaux exposés au Cercle (que l'enfant y ait peu ou point travaillé et je crois qu'il y a

travaillé) a un vrai talent, beaucoup de finesse et de grâce, une adresse remarquable et un don, une faculté toute personnelle pour produire l'harmonie entre les éléments divers qu'il met en œuvre.

Je connais beaucoup de paysagistes de talent et de réputation qui échangeraient volontiers ces qualités-là contre les leurs.

JACQUES

LE DROIT, 7-avral,

L'affaire ou plutôt la question Fritz Van de Kerkhove vient encore de se compliquer, par les articles de MM. Lagye et Siret, parus dans la Fédération artistique et le Journal des Beaux- Arts, et par une lettre de M. Van Hove à M. Siret, dans l'Écho du Parlement.

M. Lagye déclare que s'il est croyant, c'est que, sceptique d'abord, il se trouve en possession de témoignages précis, dont rien ne l’autorise à mettre en doute la sincérité et l’honorabilité, témoignages qu'il publiera après l'établissement des résultats de l'enquête dressée en ce moment par le Willems-Fonds.

L'article de M. Siret, qualifié par l'Opinion, d'Anvers, de lyrisme échevelé, se distingue au contraire par le calme et la simplicité. (On pourra juger de notre appréciation aisément, puisque M. Siret annonce qu'il enverra gratuitement le dernier numéro du Journal des Beaux-Arts, à tous ceux qui le lui demanderont par carte-correspondance.) Il est suivi d’un supplément contenant des extraits du dossier relatif à « l'enfant de Bruges. » Clairement présentée, la narration de la conduite de M. Siret, dans toute cette affaire, ressort surtout de sa correspondance avec M. Van de Kerkhove. On y voit comment les panneautins peu-à-peu excitèrent une admiration générale, particulièrement chez les membres de l’Académie, un seul excepté, et comment, par suite de doutes émis par M. Rousseau sur l'unité de l'œuvre, cette admiration disparut rapidement:

Dans son article, M. Siret retrace l'attitude singulière du peintre Van Hove. Après s'être extasié avec lui, dit-il, devant les panneaux de Fritz exposés au salon de Gand, avoir corroboré tout ce que M. Siret savait déjà concernant l'enfant prodige, M. Van Hove lui dit que, d’après lui, cet enfant n'aurait pu vivre «avec un cerveau si exalté. » M. Eugène Landoy (Bertram), lié comme M. Van Hove avec la famille Van de Kerkhove, admira avec ces messieurs les deux panneautins, et consigna en termes éloquents son jugement dans le Journal de Gand du 13 octobre.

M. Siret s'étonne qu'après avoir pris une telle attitude, M. Van Hove déclare ensuite à M. Rousseau qu'il considère M. Van de Kerkhove comme un maniaque d'amour paternel, voulant constituer à son fils une réputation alors que le pauvre enfant «était incapable de rien faire. » On s'étonnerait à moins.

A l’article de M. Siret, M. Van Hove prend feu. Il répond immédiatement par une lettre insérée aussitôt dans l'Écho du Parlement. Dans cette lettre, M. Van Hove débute par une inexactitude, provenant d’une étourderie. Il reproche à M. Siret d'affirmer dans son article que lui, M. Van Hove, avait qualifié Fritz d'enfant génial. Or, cela n’est pas exact, M. Siret ne lui a pas attribué cette affirmation, chacun peut s'en convaincre par la lecture de l’article en question.

M. Van Hove manque de vérité ; pourquoi? nous ne savons; mais il ne lui est pas permis à lui, de s'emporter, comme à M. Van de Kerkhove.

Son étourderie dénote ici l'entraînement. L'honorabilité, la bonne foi de M. Van Hove n'ont pas été mises en doute un seul instant, M. Siret s’est montré en tous points convenable avec lui, et cependant il termine sa lettre par cette phrase blessante que rien ne légitime :

« Je vous préviens. Monsieur, que c’est tout ce que j'ai à dire sur ce sujet, et que dorénavant je ne répondrai plus un seul mot aux insinuations malveillantes, pas plus que je n’ai répondu à la lettre ordurière dont m'a gratifié M. Van de Kerkhove il y a trois à quatre jours. »

Phrase qui suit l'attestation par laquelle M. Van Hove déclare avoir vu peindre « pour ainsi dire sous ses yeux, par M. Van de Kerkhove père, 40 à 50 paysages ressemblants dentiquement aux petits tableaux exposés au Cercle, à Bruxelles. »

De ceci l’on est en droit de conclure que M. Van Hove, artiste de mérite incontestablement, se passionne et s'égare dans le débat. Plus réservé, il ne se serait pas servi du mot identiquement, mot injustifiable de la part d’un homme qui a attendu, pour se prononcer franchement, si longtemps que le public peut lui reprocher avec raison d’avoir été berné par la divergence de ses déclarations successives.

L'attitude de M. Van Hove dans cette affaire est aussi passionnée que celle de M. Van de Wiele, parrain de Fritz, lequel s'empresse, au début, d'aller, dans les bureaux de l'Écho du Parlement, déclarer que l'enfant n'a jamais peint ; et que celle de ce journal, qui fait précéder la lettre de M. Van Hove de ce

titre : Le Coup de grâce, pour constater le résultat négatif, selon lui, de la recherche de titres glorieux à établir pour le pays.

Le juge qui se passionne doit être récusé.

Nous n'avons pas à examiner pourquoi M. Van Hove se passionne, mais à constater le fait. Peu importe à quelles impressions cet artiste obéit; il suffit de reconnaître son état pour ne pas admettre comme jugements ses déclarations, où d’ailleurs la contradiction existe, qui se détruisent mutuellement. M. Van Hove avoue lui-même qu'il se laissa d’abord influencer, par des motifs honorables sans doute, en faisant la première; on est en droit, vu sa surexcitation, de supposer qu'il se laisse également influencer par des motifs de même nature, en formulant la dernière. Cela étant, M. Van Hove n'est plus juge, il est témoin.

Pour savoir ce que vaut son témoignage, il faut le comparer à d’autres.

Des enquêtes ont lieu, attendons leurs résultats.

Jusqu'ici des témoignages contre l’authenticité des tableautins ont seuls été publiés.

Nous avons démontré leur peu d'importance.

Malheureusement, par suite du retard apporté à la publication des témoignages favorables, le public s’impatiente ; comme d’habitude en pareil cas, il préjuge, il se prononce. De là une action paralysante à la constatation de la vérité, contre laquelle nous réagissons énergiquement.

Que tendent à prouver les témoignages défavorables publiés si triomphalement par l'Écho du Parlement et l'Opinion? Que M. Van de Kerkhove a peint dans la manière de son fils et qu'il a retouché certains tableautins de celui-ci, M. Van de Kerkhove ne nie pas ces faits. I1 les explique parfaitement. Fritz, dit-il, est créateur, je suis imitateur. Voilà ce qu'il importe de vérifier.

Si M. Van Hove avait eu la conviction que les deux tableaux exposés à Gand ne sont pas de Fritz, certainement il aurait eu la loyauté d'en informer M. Siret.

ÉCHO DU PARLEMENT 8 avril, 1875.

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