‹ L'enfant de BrugesChapitre 55 sur 83 · DOSSIER VAN DE KERKHOVE · texte numérisé non relu

DOSSIER VAN DE KERKHOVE

A la fin de mon dernier article, j'annonçais que je remettrais la publication des pièces que j'avais entre les mains et qui avaient dicté la conduite que j'ai tenue dans cette affaire, jusqu'au résultat de l'enquête du Willems-Fonds, dont je n'entendais pas 1nfluencer les investigations.

Depuis les choses se sont singuliêrement aigries, Non seulement on apporte dans toute cette affaire une passion et une partialité incroyables, mais encore, ceux qui, comme moi, ont, dès le principe, déclaré qu'ils se tourneraient contre les mystifica-

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teurs, si on leur apportait la preuve irréfutable de leur culpabilité, se trouvent en butte à une véritable hostilité de la part de leurs anciens et meilleurs amis.

C'est ainsi que l’Opinion d'Anvers, pleinement raffermie dans sa conviction première, par l'enquête à charge de M. Rousseau et par la lettre de M. Van Hove, abuse complaisamment de son facile triomphe, et me somme de répondre à ce dernier document.

Je défère d'autant plus volontiers à ce désir que je publie plus loin quelques pièces ds nature à lui servir de contre-poids,

Voici la lettre de M. Van Hove : (Voir page 261).

Il n'entre pas dans mes habitudes d'incriminer la sincérité des gens qui ne sont pas de mon avis. Je tâche d'apporter dans mes différentes polémiques une modération et une convenance que je voudrais voir imiter par mes adversaires.

Je me bornerai à opposer à la lettre de M. Van Hove, une attestation qui, elle aussi, a quelque valeur : (C'est la déclaration du lieutenant-colonel Letten. Voir p. 277).

Si je rapprochais de cette déclaration, le témoignage de M. Adolphe Siret, rapportant qu'au dernier Salon de Gand, il s'est trouvé en compagnie du dit M. Van Hove et de M. Eugène Landoy; que M. Van Hove qui, aujourd'hui, seulement, dégage bruyamment sa responsabilité, s’est extasié avec ses interlocuteurs sur da précocité de l'enfant-phénoméne, allant même jusqu’à estimer que le jeune Fritz n'aurait pu continuer à vivre, «avec un cerveau aussi exalté » je serais en droit de montrer quelque défiance à l'endroit d’un témoignage aussi tardif et surtout, aussi contradictoire.

M. Van Hove, me dira t-on, a été guidé par l'intérêt, par la pitié qu’il portait à M. Van de Kerkhove, aveuglé par l'amour paternel. « J'ai eu tort, confesse-t-il naïvement, de me laisser impressionner. » Oui, certes, et très-grand tort. Puisqu'il pouvait d'un mot démasquer la fraude, et qu'il ne l’a point fait, il y aurait donc eu de sa part ou une approbation tacite, ou une véritable complicité. On me permettra, du moins pour le moment, de n'accorder qu'une importance relative au derner mot de M. Van Hove, refuté d'ailleurs, par tant d’autres témoignages.

Il y a encore la déposition de M. Wallays, directeur de l'Académie de Bruges, qui ayant démandé à M. Cloet, un de ses professeurs, comment il avait pu délivrer uue attestation en faveur de l'authenticité de l'œuvre du jeune Fritz Van de Kerkhove, a recueilli cette réponse mémorable : « Oui, je l'ai vu peindre, mais je n'ai pas vu ce qu'il faisait. »

Comment concilier ce propos avec le texte de la déclaration, signée par M. Cloet lui-même, et dont voici le texte dans son intégrité :

Le soussigné déclare sur l'honneur, avoir vu travailler le jeune Fritz, fils de M. Van de Kerkhove à une partie de ses tableautins envoyés au Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles et y exposés en ce moment.

Bruges, 10 janvier 1875. ù | Signé : B. CLoET, artiste peintre,

Qui des Van Hove et des Cloet d’hier ou d'aujourd'hui ont raison ?

C'est au public, ou plutôt aux enquêtes qui s'organisent en ce moment à décider.

Aucun peintre, a-t-on dit, n’a vu travailler le jeune Fritz. Voici deux attestations précises qui prouveront le contraire :

Le soussigné déclare avec satisfaction qu'il a vu peindre plus d’une fois le jeune Fritz Van de Kerkhove, sur de petits panneaux, desquels on en a envoyé une partie à l'exposition de Bruxelles.

Bruges, 14 mars 1875. À k Signé : Léon Rousseau, artiste peintre.

(Déclaration faite en flamand).

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Le soussigné déclare avoir vu travailler Fritz Van de Kerkhove, aux petits tableautins qui sont en ce moment à l'exposition de Bruxelles et dont j'en possède un, en souvenir, avec bonheur.

Bruges, 10 février 1875. è ; Signé : Pauz Van Dycxe, artiste peintre.

A ces témoignages précis je joindrai celui de l’ouvrier chargé d'encadrer les panneaux, qui ont figuré aux expositions de Bruxelles, d'Anvers et de Gand.

Le soussigné déclare qu'il a encadré des centaines de petits tableaux peints par Fritz Van de Kerkhove et dont une partie ont été exposés au Cercle Artistique et Littéraire, à Bruxelles.

Bruges, 13 mars 1875. A. MAZEMAN.

On a demandé une enquête contradictoire. Cette enquête, quoique non encore organisée, se fait. Le peintre Van Hollebeke, consulté par M. Rousseau et ses amis s'est prononcé contre l'authenticité de l’œuvre en cause. Un témoin, honorable à tous égards, vient déclarer que telle n’a pas toujours été l'attitude de cet artiste :

Le soussigné déclare sur son honneur, que se trouvant à l'exposition de Fritz, à Bruxelles, il a entendu interpeller Monsieur Van Hollebeke, auquel on demandait s’il avait vu peindre le jeune Fritz Van de Kerkhove aux tableau” tins exposés. Il a affirmé le fait à deux reprises différentes.

En foi de quoi, je signe la présente déclaration.

Gand, le 25 mars 1875.

Signé : Van DE KERKHOVE-VAN DEN BROECK.

Conseiller provincial, 6, rue du Poivre.

Non seulement l'enfant n'a jamais peint, a-t-on dit, mais il n'a jamais eu seulement de professeur. En voici un cependant que je présente au public :

Le soussigné reconnait avoir donné des leçons de dessin, de peinture à l'aquarelle et au pastel de paysage et de perspective, au jeune Fritz, fils de M. Van de Kerkhove, alors que celui-ci n'avait que cinq ans. Le nombre des panneaux qu'il a peints à l'huile et dont une partie ont été vus par moi, doit au moins s'élever à 5 ou 600, et cela pendant les années 1870, 71, 72 et 73.

Je les certifie véritables.

Bruges, 14 février 1875.

Signé : VINCENT, restaurateur de tableaux.

(Traduit du flamand).

L'enfant était un idiot, incapable d'aucun effort d'imagination et même de mémoire :

Le soussigné déclare, que, pendant un an environ, il a donné leçon à Fritz Van de Kerkhove.

Il a pu constater que cet enfant n'était pas dépourvu de moyens, qu'il avait de bonnes dispositions pour l'étude, mais, qu’à cause de son état maladif, il ne faisait que peu de progrès.

Le soussigné déclare, en outre, avoir remarqué que Fritz aimait beaucoup le dessin ; il parlait souvent d'avoir peint dans l'atelier de son père et avait quelquefois en poche de petites planches barbouillées de peinture.

Bruges, le 22 mars 1875.

F. CaLrauw, instituteur communal à Bruges.

Se refuse-t-on à accorder créance à cette attestation, en voici une, bien autrement sérieuse, émanant du directeur de l'Ecole moyenne de l'Etat, qui a eu l'enfant sous sa direction pendant plusieurs années, et qui s’est même livré, à son sujet, à quelques études assez curieuses pour être consignées ici :

Le soussigné Directeur de l'Ecole Moyenne de l'État à Bruges, certifie les faits suivants :

1° Le jeune Fritz Van de Kerkhove est entré à l'École Moyenne, comme élève de 1r€ année de la section préparatoire, le 3 octobre 1870, à l'âge de huit ans ;

2° Il a fréquenté les cours jusqu’à vers l’époque de sa mort, en août 1873, mais d'une manière très irrégulière. Ses jours d'absence ont été au moins aussi nombreux que ses jours de présenee ;

3° Le jeune Van de Kerkhove, quoique maladif, était un enfant bien développé physiquement, mais il avait la tête très-forte ;

4° Il avait les yeux ordinairement fixes, le regard plongeant ; il était d’une attention de beaucoup supérieure à celle des enfants de son âge ; rien ne pouvait le distraire quand il écoutait les explications de son maître ;

5° Il s'était peu lié avec les élèves de sa classe et ne prenait aucune part à leurs jeux pendant les recréations ;

6° Il était craintif, d’une grande sensibilité, pleurait ou s’emportait, quand il était contrarié ;

7° Ses progrès à l’école furent ceux d’un enfant ordinaire, à cause de ses fréquentes absences ; mais il était intelligent et mettait un soin extrême à bien faire ;

8° Quelque temps avant sa mort, sa vue parut s’affaiblir ; ses yeux grandement ouverts, avaient quelque chose de vitreux. Il devait déplacer fréquemment son livre, comme si les lettres dansaient devant lui. — Ce fait m'avait frappé, parce que je l'avais déjà constaté plusieurs années auparavant, chez un autre élève, mort peu de temps après, d'une congestion cérébrale ;

9° Je n'ai vu aucun des petits tableaux de Fritz avant sa mort; mais son père m'avait dit qu'il peignait et faisait de jolies choses.

100 J'ai été très affecté de la mort de cet enfant, que j'aimais autant qu'il m'était attaché. J'ai la conviction qu'il aurait fait de bonnes études, à cause de sa grande application et de son grand désir de bien faire ses devoirs.

Bruges, le 10 mars 1875.

Signé : Mouzon.

* LR

L'enquête partielle de M. Rousseau a bien rendu publics quelques-uns des témoignages qu’elle a recueillis, mais elle a passé légèrement sur ceux qui lui paraissaient sujets à caution, s'il faut en croire la lettre suivante, déjà publiée, du reste, par quelques journaux : (C’est la déclaration de M. Courtois, voir p. 204).

Voici encore une attestation, montrant que la vocation du Jeune Fritz n'était point un secret pour tout le monde :

La soussignée affirme ici, avec satisfaction, ce qn’elle a déclaré à un Monsieur qui est venu faire une enquête à Bruges, savoir que, le jeune Fritz qui fréquentait assidûment sa maison, y remplissait les murs de dessins à la craie, aux crayons de couleur, au crayon ordinaire et barbouillait même les portes et les tables et tout cela depuis sa plus tendre enfance.

Tous ceux qui appartiennent à mon ménage en ont été témoins. Je sais aussi que Fritz, peignait à l'huile,

Bruges, le 14 Mars 1875.

. Signé : Epouse DE Bakker.

(Traduit du flamand).

Comme on le voit, jusqu'ici, comme M. Siret, comme tous ceux qui se sont rangés du parti des croyants, je ne me suis fondé que sur des témoignages précis, de la sincérité desquels je n’ai aucune raison de douter. M. Siret a commencé à publier son dossier ; je publie le mien. Peut-être, ceux qui raïllent mon lyrisme et ma crédulité, reconnaîtront-ils qu'à ma place, ils auraient agi comme je l'ai fait.

Mais ma tâche n'est pas encore finie.

On a trouvé étonnant que les amis mêmes de la famille ignorassent la vocation et la passion de Fritz Van de Kerkhove pour la peinture.

Voici un faisceau de déclarations qui établissent péremptoirement le contraire :

Le soussigné reconnait, par la présente, qu'il a été, à différentes reprises, dans l'atelier de Monsieur Van de Kerkhove, et qu'il y a vu peindre par le jeune Fritz une quantité de paysages et de vues. Mais comme il considérait cet enfant comme un ignorant, il n’en a fait que peu de cas, d'autant plus que cela ne lui semblait pas remarquable, et ne pouvait servir que de passe-temps à cet enfant. Ensuite, j'ai vu que M. Van de Kerkhove père, a trouvé quelque chose, comme un bac, renfermant une quantité de panneautins peints par Fritz, et parmi lesquels, il y en avaient qui étaient adhérents l’un à l’autre par les couleurs.

Après la mort de Fritz, j'ai reconnu comme étant les mêmes, ceux envoyés à Bruxelles, ainsi que ceux qui se trouvent encore chez M. Van de Kerkhove. I n'y a que les figures qui n'ont pas été peintes par le jeune Fritz.

Bruges, le 24 février 1875.

Signé : A, MEESTER DE ZWAAF.

(Traduit du flamand).

J'ai vu peindre maintes fois, avant sa mort, Fritz Van de Kerkhove, et je lui ai demandé à différentes reprises un petit tableau. Signé : DE CLoEDT (Cx.).

(Traduit du flamand).

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