‹ L'enfant de BrugesChapitre 62 sur 83 · AD · texte numérisé non relu

AD

LA FÉDÉRATION ARTISTIQUE, 23 avril 1875.

La Fédération Artistique était sous presse, lorsque nous avons recu, de la part de l'artiste, signalé par nous dans notre dernier numéro, la réponse suivante :

Anvers, le 16 avril 1875.

Monsieur le Rédacteur,

Je tiens à vous dire qu'il n’y avait rien d'outrageant, ni pour votre personne, ni pour celle de monsieur Isenbaert, dans les propos que J'ai tenus devant ce dernier et dont vous me parlez dans votre honorée du 13 courant.

Vous me conviez pour faire partie d’une commissién d'eri- : quête qui doit se réunir samedi prochain.

Je décline cette mission; car de l’avis de tous les artistes que j'ai entendus, comme du mien, cette affaire des tableaux Van de Kerckhove est jugée.

Je reprends le mot d'un de jvos spirituels confrères. — Nous en somme à l'enquête du tatouage Tichborne.

Veuillez, agréer, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de ma parfaite considération.

Suit la signature.

Nous ne releverons pas ce que cette lettre a de peu satisfaisant Dire à un écrivain : « J'ai traité votre journal d’infâme, mais cela n'avait nullement rien de désobligeant pour vous, » c'est à peu près comme si, après avoir reproché à un détaillant de vendre à faux poids, on l’assurait courtoisement de sa plus sincère estime.

Notre correspondant proclame la chose jugée. Elle l’est, peutêtre, pour l'Echo du Parlement, pour l'Opinion et pour lui, mais le public commence à être d’un avis différent.

Si au lieu de rééditer des plaisanteries d’un goût douteux, notre correspondant avait accepté notre invitation, il aurait probablement été témoin d’un spectacle assez curieux, et qui vient de faire une impression décisive sur les membres de l'enquête organisée par le Willems-Fonds de Bruges.

Il aurait pu voir, la sœur de Fritz Van de Kerkhove, une fillette âgée de treize ans, et presqu'aussi forte que le petit phénomène dont on nie la possibilité, improviser en quelques minutes, sous les yeux des membres de l'enquête, des paysages, genre Fritz, parfaitement réussis.

Chose digne de remarque, si Fritz a eu un professeur de dessin et de perspective, Mlle Van de Kerkhove n’a jamais pris un crayon ou un pinceau en main, du vivant de son frère, qu'elle a depuis voulu imiter et égaler.

Il est vrai que les incrédules auront la ressource de prétendre que c'est la sœur qui a peint les tableautins attribués à Fritz et de se rabattre sur le second phénomène, en haine du premier.

Quoi qu'il en soit, nous avons offert à notre correspondant tous les moyens de s'éclairer autrement qu’en lisant quelques journaux et en causant avec des artistes prévenus ou imparfaitement renseignés. S'il refuse, c'est son affaire; mais du moins, qu'il s’abstienne de formuler des jugements péremptoires, dans une question qu'il ne daigne pas même examiner.

Voici encore une déclaration complémentaire, qui a sa va- Jeur :

Outre ma première déclaration, je tiens à dire qu'il y a quelques jours en causant avec ma femme, du regretté Fritz Van de Kerkhove, ma fille aînée, nous fit remarquer qu’à l'époque qu'elle jouait avec Fritz, ce dernier lui commendait souvent, d'aller prendre dans la boîte de petites bouteilles avec des couleurs (tubes en plomb) qu'il mettait avec un couteau sur des morceaux de bois.

Bruges, le 12 avril. Signé : L. GOBIN.

Capitaine du port.

L'Opinion nous demande la permission de ne pas sacrifier sa conviction à la nôtre. Nous l'avons simplement priée de bien vouloir examiner à nouveau la question et surtout de remarquer les contradictions contenues dans l'enquête de M. Rousseau, qui demeure pour elle paroles d'évangile.

Elle ne voit dans les attestations que nous avons publiées que des commérages sans importance, mais les témoignages contestés et controuvés de MM. Van Hove, Cloet et Van Hollebeke sont, à ses yeux, sans appel. Il parait, aussi, que le médecin de Fritz se prononce contre l’authenticité de l'œuvre. Nous aurons l'avantage de voir ce spécialiste et de lui demander de bien vouloir consigner sa déclaration sur le papier. Il nous est impossible de discuter un simple on dit; ce n’est pas sur de pareilles bases que nous aurions jamais engagé une polémique, pour laquelle, nous continuons à recueillir, tous les jours, de nouveaux documents.

GUSTAVE LAGYE.

LA CHRONIQUE, 23 avril 1875.

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