LETTRE DE M. DE VOS
Voici enfin, pour terminer, deux documents (1), de nature différente, mais aussi probants, chacun dans leur espèce, que les esprits les plus difficiles puissent le désirer. Nous ne les présenterons sous aucun titre « ronflant » quoique la circonstance nous en donnerait largement le droit.
Parmi les extraits des lettres que nous avons donnés précédemment, on a pu voir, cité comme un des amis de la maison
(1) L'un de ces documents est la lettre de M. Héris (voir page 328).
Van de Kerkhove, M. De Vos, ancien procureur du Roi à Bruges, un des trois magistrats désignés par le Gouvernement, pour aller organiser les tribunaux de l'Egypte à l'instar de ceux d'Europe.
M. Van de Kerkhove dans une lettre à son ancien ami, toucha un mot de la triste lutte qu'il avait à soutenir contre les détracteurs qui ont été jusqu'à attenter à l'honneur d'une famille et à la considération de ceux qui la soutenaient. M. Van de Kerkhove avait été très réservé dans sa communication, évitant toute personnalité et tout nom propre.
Datée du 23 mars dernier et rapportée en Europe par un ami qui fut, paraît-il, retenu quelque temps à Paris, la réponse de M. De Vos contient, à son tour, quelques mots sur la croisade anti-patriotique. On comprendra sans peine de quel poids ces quelques mots viennent peser dans la balance L'honorable magistrat, lui aussi, comme M. Rütter, comme les dames qui viennent de désigner les panneautins auxquels elles ont vx travailler Fritz (1) comme la quarantaine d’autres attestants, est aussi clair que possible. Après des détails intéressants sur l'Egypte, son climat et sa civilisation, M. De Vos ajoute :
C'est bien dans ce pays que vous trouveriez à étudier et à » crayonner et que votre Fritz eût été heureux. Pauvre garçon! » il avait le cerveau si plein de tout ce qui est beau; il aimait si » passionnément les paysages; je n’ai pas été étonné d'apprendre » que si jeune encore, il avait déjà bien rempli sa vie : On con- » teste son talent précoce! Que ne conteste-t-on pas? — BIEN » QUE J’AIE VU CET ENFANT SI DOUX ET SI AIMANT, TRA- » VAILLER A SES TABLEAUTINS D’UNE MANIÈRE QU'UN » PEINTRE N'EUT POINT RÉCUSÉE, je ne saurais vous encou- » rager à continuer la polémique dont vous m’entretenez et à » l'occasion de laquelle vous invoquez mon témoignage. Je suis » incompétent en la matière; vous seul êtes en mesure et à » portée de discuter en connaissance de cause : votre loyauté et » votre honorabilité personnelle sont conséquemment mises en » jeu, et avec ceux qui ne vous connaissent pas ou qui de parti » pris ne tiennent pas compte de vos affirmations, la discussion » Ne nécessairement impossible. ; ob
) N. B. A mon sentiment, Fritz, qui vous a été FN si tÔt » et si cruellement, était un enfant vraiment extraordinaire et
(1) Entre autres le petit moulin ruiné à la Rembrandt sur un fond trèséclairé et le petit pont blanc si admiré à Bruxelles.
» exceptionnel : remarquablement intelligent et capable sous » certains rapports, il l'était sous d’autres beaucoup moins; » précisément pour cette raison, les critiques dirigées contre » sa gloire paraîtront sérieuses aux yeux d’un grand nombre » de gens. »
En présence de tout ce qui précède, des attestations déjà publiées, de celles contenues dans ce numéro, des lettres si Justes et si claires que l'ont vient de lire, nous n'aurons plus, à l'avenir, qu'à enregistrer les faits intéressants qui vont encore se produire ainsi que les actes officiels qui succèderont à cette éclatante justification. Ainsi que notre collègue de la Fédération nous avons mis énergie et courage à défendrela vérité. Les injures ne nous ont pas été épargnées; nous ne nous en souvenons plus ; nous sommes amplement payé de ce que nous avons pu faire ou supporter, par les marques d'estime et d'approbation que nous recevons des personnalités les plus honorables du pays et de l'étranger et par le triomphe d’une cause artistique que son caractère éminemment national nous rendait doublement chère. AD.S.
LE DROIT, 5 mai 1875.
La gloire de Fritz, que l’on voulait également enterrer, ayant de ce fait été examinée de près, commence à rayonner. Dans le monde des arts, la lettre de M. Heris, publiée dans notre dernier numéro, fait d'autant plus sensation qu'elle a paru dans les journaux spéciaux en même temps que celle, écrite du Caire, à M. Van de Kerkhove père, par M. De Vos, ancien procureur du roi à Bruges, et que d’autres attestations significatives.
(Voir la lettre de M. De Vos, page 341).
Nous ne sommes pas de l'avis de M. De Vos en ce qu'il dit de la polémique. Il s’agit ici d'établir une gloire nationale, et de faire respecter la vérité. C'est surtout en honorant leurs hommes de génie, que les petits pays se font apprécier. En eux s’affirment le caractère de la nation et sa vitalité. Le caractère de Fritz, c'est la sincérité. Fritz est lui-même, il ne relève de personne; de là, l'abondance, la variété et l'unité de son œuvre, si colorée, si pleine de sentiment. Il n’a pas perdu son temps à imiter mais il s'est rencontré parfois, comme cela devait être, avec plusieurs
maîtres. En effet, tous les artistes ont la même origine, sont des produits des aspirations du temps; par conséquent, tous ont nécessairement plus ou moins les mêmes traits.
Voici comment, dans une correspondance d’un journal de province, nous nous exprimions naguères sur la question Van de Kerkhove :
« Au fond cette question est maintenant vidée.
» Pas n'était besoin, pour les gens qui prennent la peine de réfléchir, de la lettre de M. Heris démontrant le mérite des tableautins et la possibilité qu'ils aient été peints par Fritz. M. Rousseau lui-même, en dressant une enquête, FIT PAR CE SEUL FAIT LA DÉMONSTRATION.
» Reste à prouver l'authenticité.
» Les témoignages pour sont de toutes sortes, ils s'élèvent à une cinquantaine et ne sont pas attaqués. Les témoignages contre se réduisent à deux, ceux du parrain et du peintre Van Hove, ami de la maison.
» Le parrain avait pour ainsi dire perdu de vue l'enfant depuis plusieurs années quand il s'empressa, à l'émission des premiers doutes, d’accourir à Bruxelles afin d’enlever à son filleul sa réputation !
»y M. Van Hove, lui, dit blanc d'abord; et puis, quand il s'aperçoit que par là, chacun crie au miracle, au génie, qu'il sera bientôt convaincu d’avoir méconnu ce génie, il se ravise, son amour-propre l'emporte et il finit par dire noir ouvertement!
» Les témoignages défavorables sont évidemment inspirés par de petites passions.
» La question est donc jugée. Frédéric Van de Kerkhove avait le feu créateur. Etouffé de son vivant, il serait encore, si l'on n’y prenait garde, étouffé après sa mort, par la malveillance et la sottise, qui s'efforcent de lui enlever sa gloire. »
LA CLOCHE DU DIMANCHE, 2 mai 1875.
Nous nous sommes abstenu jusqu'ici de nous prononcer dans cette curieuse affaire, ne voulant pas prendre position avant d’avoir réuni les éléments d’une sérieuse conviction.
Le fait en cause se réduit à ceci : Fritz Van de Kerkhove, fils d'un marchand de tableaux de Bruges, mort à 10 ans,
Pr
est-il l’auteur des petits tableaux (paysages) merveilleux qui ont été exposés il y a quelques mois à Bruxelles et qui figurent actuellement à l'exposition de Liége? Ou bien l'enfant n'est-il pas l’auteur de ces tableaux, et dans ce cas le public a-t-il été le jouet d'une incroyable supercherie? — Et dans ce cas, quel serait l’auteur des tableaux? — Serait-ce le père Van de Kerkhove, qui peint aussi des tableaux, ou si ce n'est lui, qui est-ce?
Telles sont les données du débat public, ou tout au moins les prétextes sous lesquels il se dissimule. Mais en réalité, le débat a un autre but et il vise une autre personne : M. A. Siret, Directeur du Journal des Beaux-Arts et commissaire d’arrondissement à Saint-Nicolas, qui le premier a révélé au monde artististique ce petit prodige qui s'appelle F. Van de Kerkhove et qui a appelé l'attention de tous les artistes sur les paysages inimitables et transcendants créés par ce jeune génie que la mort a moissonné en sa fleur.
M. A. Siret passe pour appartenir au parti catholique; c’est plus qu'il n'en fallait pour attirer sur sa tête toutes les foudres de la libre-pensée et de la presse libérale. Samuël Hymans, de l'Écho du Parlement se distingua dans cette campagne; il ouvrit ses colonnes toutes larges aux adversaires et aux rivaux de M. Siret; il y entassa tout ce que la passion et le parti pris peuvent accumuler de sophismes et de mensonges; — et dans sa rare impartialité, :l refusa de publier ensuite les pièces du procès qui étaient de nature à le convaincre ou d'erreur, ou d'imposture ou de mauvaise foi.
L'un des amis de Samuël, M. J. Rousseau, critique d'art, avait un intérêt direct à discréditer M. A. Siret, indépendamment de la question d'opinions politiques et religieuses. M. J. Rousseau vise au poste de Directeur des Beaux-Arts, et il a cru voir dans M. A. Siret un compétiteur redoutable. La Chronique — journal incorruptible, — se fit l'écho de cette fable, et écrivit sur cette donnée quelques-unes de ces colonnes baveuses et hargneuses dont les feuilles de trottoir ont le monopole et le secret.— La réponse ne se fit pas attendre. Elle était péremptoire : jamais M. A. Siret n'a visé à la Direction des Beaux-Arts; sa candidature n'est donc pas en cause : mais Les plans ambitieux de M. J. Rousseau n'en ressortent pas moins de cette polémique ; elle a suffisamment mis en relief le desintéressement qui a dicté ses diatribes à l'adresse de F. Van de Kerkhove, derrière lequel on visait directement M. Siret.
re
Quand au fond de la question, il se réduit à une constatation de fait. En vain l'Écho de Samuel a-t-il accumulé une série de témoignages suspects, M. Siret lui a opposé des centaines de témoignages concluants qui, dans leur ensemble, ne laissent plus place à aucun doute. La Fédération artistique s'est pro- noncée à cet égard en termes formels et son appréciation vaut bien celle des amis de M. J. Rousseau et des détracteurs de M. Van de Kerkhove.
Le problème, abstraction faite des témoignages, trouve encore une autre solution sans réplique. Si Fritz n'a pas fait les tableaux (qui de l'avis des deux camps sont des chefs-d'œuvre inouïs), qui les a faits ?
Tous, adversaires, détracteurs, libéraux, catholiques sont d'accord pour reconnaître que ce n’est pas le père Van de Kerkhove. Il n’en est capable; jamais il ne s’est élevé au-dessus d’une honnête médiocreté; etune douzaine prise au hasard des tableaux (de Fritz) seraient suffisants pour le faire ranger dans la catégorie des hommes de génie.
Encore une fois, si ce n'est pas Fritz, qui a fait ces paysages, qui les a peints!
Ici les détracteurs sont muets, d’une impuissance radicale, absolue.
Il a fallu, pour peindre ces tableaux où le génie éclate à chaque trait, une nature exceptionnelle, primesautière, transcendante, franchissant d’un seul bond tous les sentiers battus, et résolvant d'intuition les problèmes les plus redoutables et les plus ardus de l’art. Il a fallu un prodige; le créateur a fait de Fritz Van de Kerkhove un paysagiste prodige, comme il avait fait de Henri Mondeux, pâtre ignorant et presque idiot, un calculateur prodige, comme il avait fait de Pic de la Mirandole un savant prodige, comme il crée des improvisateurs prodiges, — comme pour prouver à un siècle animalisé qu'il n'est point de limites aux puissances des facultés de l'âme; comme pour se jouer des calculs des Littrés qui tendent à démontrer que l’homme n'est qu'un mollusque perfectionné, un grand singe dont le cerveau s'est successivement dégrossi au contact de la société et de la civilisation !
Samuël et son ami Rousseau n’ont malheureusement que trop de points de contact avec l'école du grand singe; abstraction faite de leurs convoitises surexcitées par rapport à la Direction des Beaux-Arts, ils sont désolés, exaspérés de voir un enfant prodige qui, sans avoir été à l'école, leur donne des leçons à
tous et domine leur intelligence obtuse et enténébrée de toute la distance qui sépare la terre du ciel.
L'Écho du Parlement a publié dernièrement une lettre d'un M. Van Hove, qu'il appelait le coup de grâce! — et cela parce que le dit Van Hove, contrairement à ce qu'il avait soutenu auparavant, déclarait qu'il avait vu peindre par M. Van de Kerkhove, père, depuis la mort de Fritz, des tableaux en tout semblables à ceux de Fritz. — Aujourd’hui on sait à quoi s'en tenir sur la moralité du dit Van Hove et sur les mobiles qui le font agir ; ils sont tout aussi désintéressés que celui de M. J Rousseau ; en tout cas, ses assertions ont été démenties catégoriquement, preuves à l'appui, tant par M. Van de Kerkhove que par mille témoignages irrécusables.
Le coup de grâce, l'Écho ne tardera pas à le recevoir : une enquête sérieuse le convaincra de mauvaise foi manifeste, en même temps qu'il sera prouvé que cet ami de M. de Bismark, en essayant de souiller de sa bave l’une de nos gloires nationales,
a fait une fois de plus acte de bon citoyen.
LA CLOCHE DU DIMANCHE, 9 mai 1875.
On comprend que c’est l’abomination de la désolation : un peintre de génie, un enfant prodige, découvert, révélé au monde artistique par un écrivain qui n'est ni franc-maçon, ni même libéral...
A-t-on jamais vu pareille outrecuidance ?
Aussi périssent plutôt tous nos chefs-d'œuvre, toutes nos gloires nationales que de tolérer pareille usurpation.
Les catholiques sont des crétins, vous dis-je ; ils sont incompétents pour juger des choses de l'intelligence, et quand un critique de la trempe de M. Ad. Siret vient signaler à l’univers cette étoile unique qui s'appelle Fritz Van de Kerkhove, vite, la libre-pensée toute entière de se voiler la face et de crier au scandale ! au mensonge!
Les tableautins de Fritz, il y a quelques mois, étaient incomparables pour tous, splendides, inouïs. C’étaient des œuvres de génie dans toute la force du terme. Mais comme c’est M. Siret qui les a fait connaître comme tels, une coalition s’est formée
parmi les énergumènes des Loges, et on fait l'impossible, d'une part pour discréditer les tableautins à l'étranger, d'une autre part, pour empêcher qu'ils ne figurent à titre de propriété dans les musées de l'Etat Belge.
O patriotisme des sectaires de la libre-pensée, c’est ainsi tou- Jours que tu nous a trahis dans toutes les grandes occasions.
Les témoignages les plus concluants, les plus flatteurs continuent à consoler M. A. Siret des indignités accumulées contre lui par ses indignes adversaires. La lumière et la conviction se font de plus dans les intelligences que la passion ou l'intérêt n'aveugle pas. Fritz est bien l’auteur des paysages que l’on sait, ou bien ces paysages n'ont pas d’auteur : ce qui serait une merveille encore plus merveilleuse. Mais, comme le dit si bien M. Siret, dans le dernier n° du Journal des Beaux-Arts, il semblerait que l'âme de Fritz elle-même plane sur sa famille comme pour la venger de la plus odieuse des coalitions : la sœur de Fritz, qui n’a pas 13 ans, qui n'a jamais reçu lecon ni de dessin, ni de peinture, ne voila-t-elle pas qu’elle aussi, bravant et M. Hymans (Samuël) et Jean Rousseau, se met aussi à peindre de petits tableaux, genre Fritz, et que ces tableaux de la sœur sont aussi, comme ceux du frère, des œuvres de génie. Elle n'est pas morte celle-là; elle travaille sous les yeux du monde artistique stupéfait. C'est à faire crever de dépit et l'Echo du Parlement et la Chronique et toute la séquelle des scribes qui se nourrissent au même râtelier.
Le vénérable M. Heris, expert des musées royaux de Belgique, a écrit à M. Van de Kerckhove une lettre qui suffirait à elle seule pour venger celui-ci de toutes les méchancetés qu’on a dirigées sur lui. Elle se trouve dans le dernier numéro du Journal des Arts, pleine de faits et d'une logique convaincante. Elle est malheureusement trop longue pour être reproduite ici.
Mais nous nous reprocherions de ne pas citer un passage. Elle résume tout ce qu'il y a de bassement anti-patriotique dans les diatribes de l'Echo du Parlement et se termine par ce trait plein d'humour :
« Si une pareille chose se fut révélée chez les sauvages, ceux-c1 auraient réservé leurs plus grands honneurs pour un être aussi prodigieux Nous avons bien dégénéré : car si nos ancêtres pouvaient revenir et voir ces délicieux petits panneaux et apprendre comment on les a accueillis, ils seraient morts une seconde fois
d'indignation! »
LE PRÉCURSEUR, 21 Ma 1875.
Il a été constaté ailleurs que l'Art est l’une des rares publications étrangères qui aient suivi l'affaire Frédéric Van de Kerk: hove. Ses procédés ont même été dénoncés par M. Adolphe Siret dans le Journal des Beaux-Arts à « l'indignation du public honnête. » Mais aussi pourquoi ne pas se laisser attendrir par les témoignages de tous ces officiers de port, sergents de ville, cabaretiers et autres connaisseurs qui chantent la « gloire nationale » de l'enfant de Bruges? Pourquoi ne pas comprendre que, si les œuvres qu'on lui attribue et qu’on lui conteste sont prodigieuses, il importe peu qu'elles soient du père, du fils ou du saint-esprit? Il est vrai que, si l'on exposait publiquement, dans un de nos Cercles artistiques et littéraires, les élucubrations poétiques de tel membre de l’Académie royale de Belgique, on les trouverait peut-être merveilleuses pour un enfant malade, médiocre pour un homme fait et bien portant.
(Extrait d'une réclame en faveur de l'Art).
JOURNAL DES BEAUX-ARTS, 15 mai 1875.
Nous continuons à recevoir de nombreux témoignages de sympathie à propos de la question Fritz et nous avons (pourquoi ne le dirions-nous pas?) un certain mérite à ne pas en faire usage.
Toutefois nous croyons intéressant de donner ici une observation fondée qui nous est faite par un des artistes les plus considérables de notre école. Quoiqu'une partie des faits suivants aient déjà été signalés, nous croyons utile de ne rien distraire de ce qui nous a été dit :
« Beaucoup d'incrédules donnent pour unique raison de leur incrédulité « qu'il est impossible qu’un enfant ait fait cela! » Notez d’abord quel éclatant hommage cette exclamation rend au mérite de l'œuvre. Laissez-moi ensuite rappeler quelques exemples de précocité qui ne seront pas perdus pour l'histoire. Charles Verlat, à l’âge de 12 ans, a composé et lithographié une superbe bataille de Constantine que tout Anvers a admiré. Les dessins du jeune Brunin, que j'ai vus, sont surprenants. Ce jeune
homme habite Anvers; c'est presqu'un enfant et il dessine en maître. Michallon peignit à 12 ans un paysage superbe qu'un prince russe acheta en lui assurant une rente viagère. Notre Gevaert fit à 10 ans des compositions estimées. À Sèvres on se rappelle les débuts d'Henri Regnault et on y conserve des esquisses superbes qu'il fit à l’âge de 11 à 12 ans.»
En même temps, on nous écrit de Paris, au même sujet, qu'en 1874, le fils d'un peintre français distingué, M. de Hodencq, âgé de 11 ans, eut un tableau accepté au Salon. Il y a figuré sous le n° 443. Est-ce que nos incrédules ont bien réfléchi à tout cela? (1)
BULLETIN COMMUNAL DE LA VILLE DE BRUGES. — N° ri.
M. Van de Kerkhove avait offert au Conseil communal de Bruges une somme de deux mille francs produit des droits d'entrée à l'exposition des tableaux de son fils à Bruxelles.
Voici la discussion qui a eu lieu à ce sujet au sein du Conseil communal de Bruges.
L'extrait suivant est emprunté au Bulletin officiel de la coinmune.
Séance du 15 mai 1875.
8. Fondation du S' Van de Kerkhove en faveur de l'enseignement primaire.
M. De Busschere fait lecture de l’acte daté du 7 mai, par lequel le Sr Jean Van de Kerkhove fait don à la ville d’une somme de deux mille francs, produit des droits d'entrée à l'exposition, qui a été faite à Bruxelles, des tableaux de son fils, à charge d'en employer le revenu en prix et en distribution de vêtements aux élèves fréquentant les écoles communales de garçons.
Je crois, Messieurs, que nous serons unanimes pour décider qu’il y a lieu
(1) Ajoutons à ces noms ceux du jeune Vollon, de Paris; Verhas, de Bruxelles. Tous deux ont envoyé aux expositions publiques des œuvres que le jury d'admission n’a point refusées et qui ont été remarquées Ces jeunes artistes comptaient à peine 9 ou 10 ans à la date du 15 mai 1875.
An.S.