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AU CONSEIL COMMUNAL

Le Journal de Bruges a d'étranges façons pour un organe du parti qui prétend être le champion du libre examen, de la libre discussion.

M. Jean Van de Kerkhove fait donation à la ville de Bruges d'une somme de 2000 fr. dont les intérêts seront affectés à la dis* tribution de prix en effets d’habillements destinés aux enfants pauvres des écoles communales.

Mais dans l'acte notarié passé devant M. De Busschere entre la ville et le donateur, il est expressément dit que les 2000 fr. proviennent des droits d'entrée perçus à l'exposition des œuvres de Fritz Van de Kerkhove/artiste peintre, mort à l’âge de 11 ans.

La minorité du consëil ne propose point le rejet de la donation, mais se borne à démander qu’en présence du doute qui s’est élevé au sujet de l'authenticité des tableautins, le conseil renvoie la question à l'examen de la commission des beaux-arts. Quoi de plus naturel, de plus juste, de plus sage? Alors même qu'aucune contestation ne surgit au sujet d’une donation ou d’un legs, pareilles questions sont invariablement renvoyées à des commissions et font l’objet d'un rapport. Dans la séance même où fut demandé le renvoi, le collége avait de son autorité privée soumis pour rapport à la commission des finances un legs fait par feu le vicomte de Croeser, à l'église Ste Walburge.

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Le collége, contrairement à tous les précédents, à tous les usages, s'oppose, pour la question Van de Kerkhove, au renvoi. Il faut accepter purement et simplement la donation. Pas d'examen, pas de rapport, le voje aveugle!

La minorité ne s'accommode pas de ce système. Le collége réclame le vote séance tenante. La majorité vote oui, la minorité s’abstient.

Or voici le jugement du Journal de Bruges :

« L'opposition, dit-il, n'a pas de cœur. L'enseignement et le théâtre n’a pas de plus rudes adversaires. Aujourd’hui, c’est aux pauvres qu'ils s’en prennent et leur haine pour le libéralisme est telle qu'ils repoussent les bienfaits offerts par une main libérale. »

Mais qui donc le premier émit des doutes sur l'authenticité de l'œuvre de Fritz? Qui a ouvert une polémique acerbe, d'une extrême vivacité, qui s'est servi à l'égard de M. Jean Van de Kerkhove d'expressions plus que désobligeantes que nous aurions eu garde de reproduire?

L'Echo du Parlement tout d’abord. Et à la suite sont venus à la rescousse, le Précurseur, le Journal de Liége, la Meuse, la Flandre Libérale, la Chronique, en un mot les organes les plus accrédités du parti libéral et qui pour tout fervent sont paroles d'évangile.

Et c’est en présence d’une polémique qui est loin d’être épuisée, qui donne lieu en ce moment à une enquête de la part de la section brugeoise du Willemsfonds, enquête faite par l'inspiration de M. Van de Kerkhove lui-même et qui provoquera une réplique de la part de son contradicteur. M. Rousseau, c'est en présence de ces faits que le conseil communal doit sanctionner, sans examen, un acte public et consacrer par un document officiel l'authenticité d’une œuvre aussi contestée ?

Le collége échevinal a réclamé de ses dociles amis politiques un vote et l’a obtenu, mais ce vote n'aura d’autre caractère qu'un coup de majorité.

En refusant l'examen de la question, les amis de M. Van de Kerkhove, loin de lui avoir rendu service, feront supposer aux contemporains et à la postérité que toute cette singulière affaire ne supportait pas un examen sérieux.

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