‹ L'enfant de BrugesChapitre 69 sur 83 · RAPPORT DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE DU WILLEMS - FONDS · texte numérisé non relu

RAPPORT DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE DU WILLEMS - FONDS

Nous donnons en supplément la traduction du Rapport de l'enquête du Willems-Fonds, extraite, ainsi que les quelques lignes qui la précèdent, de la Fédération Artistique. (Voir plus haut).

Tout le début en est littéral jusqu’à la seconde lettre adressée

à M. Rousseau par le comité, inclusivement. Puis vient un résumé jusqu'au paragraphe commençant par : « Quant au premier point... »

D'après la traduction officielle que l'on nous communique à l'instant, il y a à noter comme errata à notre supplément : 19 « Volgens de herinneringen van den getuigen » doit être traduit par « d’après les souvenirs du témoin » et non par « autant que le témoin se le rappelle. » 20 Une faute d'inadvertance se trouve au paragraphe commençant par : « La seconde question à résoudre... » [l faut : « plus obscure » et non moins obscure. »

Le reste de la traduction émanée du Willems-Fonds, ne diffère, en aucun point essentiel, de celle de la Fédération.

Nous avons lu plusieurs fois ce document rédigé en langue flamande Une lecture répétée en est nécessaire, la clarté manquant dans le style, l'ordre dans le groupement des faits, et les contradictions entre ceux-ci et les déductions du rédacteur s'y rencontrant plus d'une fois. En effet, après avoir loyalement consigné des témoignages indiscutables et donné des preuves palpables de la vérité, le rapporteur en tire des conclusions tantôt expressément affirmatives, tantôt vagues et hésitantes, comme s'il avait eu peur de trop accentuer la vérité.

Ces nuances de forme donnent une importance d'autant plus grande au fond du rapport, on le comprendra sans peine. Nous n'avons à y voir que les faits : ceux-ci ont seuls de la valeur. Le reste ressemble à une commission de savants réunis pour décider si, oui ou non, le soleil a brillé tel jour et qui, après avoir résolu affirmativement et péremptoirement cette question, avec preuves à l'appui, en déduirait que, par conséquent, il subsiste encore quelque incertitude à cet égard.

Regrettons encore, avec l’un de nos confrères, que la commission d'enquête, après avoir accueilli dans son rapport des circonstances insignifiantes, n'ait pas cru devoir y mentionner la déclaration si catégorique du docteur Valcke, conseiller communal et médecin de l'enfant, et celle tout aussi grave de l'honorable M. De Vos, ami de la maison, actuellement procureur général auprès des tribunaux internationaux du Caire. Ce dernier, pendant un récent séjour en Belgique, a corroboré verbalement en les accentuant, les détails qu’il avait donnés dans sa lettre à M. Van de Kerkhove.

Qu'on ne l'oublie pas : M. Van de Kerkhove, négociant estimé et ancien conseiller communal à Bruges, un parfait

honnête homme et reconnu comme tel même par ceux que ses opinions três-tranchées rendent ses adversaires, avait été accusé d’être un mystificateur et d'avoir mystifié le public et son pays sur la cendre encore chaude de son fils unique.

Eh bien, après HUIT MOIS des plus minutieuses, des plus tenaces et des plus persévérantes recherches, après les démarches les plus inquisitoriales auprès d’un très grand nombre de témoins, après un travail de juges d'instruction voulant découvrir un coupable, la commission d'enquête n’a pas trouvé un seul fait, PAS UN SEUL qui fût en contradiction avec les dires de M. Van de Kerkhove, au contraire : toutes les attestations ont été confirmées, toutes les principales déclarations trouvées exactes, même fortifiées et corroborées par quelques faits nouveaux très importants. Tels sont :

1° La désignation expresse et formelle de certains des panneautins exposés à Bruxelles et auxquels Mad. X°** et M. Dumon de Menten ont vu travailler l'enfant.

20 La déclaration de M. Mazeman, encadreur et greffier du conseil des Prudhommes, qui, ses livres de commerce en mains, a montré que M. Van de Kerkhove a fait encadrer chez lui des tableautins de Fritz, jusqu'en novembre 1872, donc plusieurs mois avant la mort de l'enfant; que, depuis, il n'a plus commandé semblable travail et que, d’après les souvenirs du témoin, ces panneautins PORTAIENT DÉJA LE NOM DE FRITZ. M. Mazeman en a reconnu un, remis par M. Van de Kerkhove à la commission d'enquête (1).

30 La déclaration spontanée du greffier de la justice de paix à Nieuport, auquel, DU VIVANT DE FRITZ, pendant un dîner à la Clef d'or, un commis de M. Van de Kerkhove a parlé des «jolies choses que peignait le fils de son patron. »

4° Enfin, et ceci est capital lorsqu'on songe à toutes les fausses allégations qui ont été produites, une discussion artistique entre le père et le fils a lieu en présence d'une des dames X'‘**, et, à propos d'un ciel critiqué par le père, l'enfant s'écrie : « Mon ciel est juste, je l'ai encore observé ce matin! »

Le travail de la commission d'enquête peut paraître superflu aux uns, incomplet aux autres; mais il a, en réalité, une haute importance, pour l'avenir surtout, beaucoup moins encore parce

(1) Non-seulement M. Van de Kerkhove aurait dû organiser sa mystification sur la tombe de son fils, mais d’après la déclaration de M. Mazeman, il aurait dû la préparer longtemps d'avance, spéculant ainsi sur la mort possible de Fritz’.

qu'il dit que parce qu'il n’a pas trouvé à dire: aussi occuperat-il sa place dans le livre que nous consacrons à cet intéressant épisode.

En terminant, nous sommes à nous demander si nous ne devons pas un témoignage de reconnaissance à nos adversaires. Sans la tempête qu'ils ont soulevée, nous n'aurions pas eu toutes ces attestations, toutes ces lettres probantes ; sans la première enquête, nous n’aurions pas eu la seconde, nous n’aurions pas celles qui ne cessent de se faire d’une façon privée à la maison de M. Van de Kerkhove ; sans le déni de Fritz nous n'aurions pas songé à écrire « l'enfant de Bruges, » ce procèsverbal complet d'une question si originale, nous n’aurions pas enfin Louise Van de Kerkhove à qui l'indignation fraternelle a mis le pinceau à la main et qui, pour prouver son frère, se met presque à l'égaler. Sans l'opposition, le silence se serait fait peu à peu, les preuves auraient été négligées, et, le doute surgissant alors que les années auraient passé sur les faits et sur les hommes, il n'y aurait plus eu aucun moyen possible de faire constater la vérité, les témoins étant allés rejoindre dans la tombe le pauvre enfant dont aujourd’hui ils ont défendu la mémoire.

On nous dit que parmi les pièces de l'enquête déposées dans la Bibliothèque publique de la ville de Bruges, il en est qui pour le bien de la cause et l'édification du public, doivent voir le jour. Nous avons l'intention d’en prendre connaissance, et, le cas échéant, nous les communiquerons à nos lecteurs.

M. Van de Kerkhove vient d'adresser la lettre suivante à la commission d'enquête :

Bruges, le 16 novembre 1875.

Messieurs,

Je viens de prendre connaissance du rapport sur la question des tableautins de mon regretté fils.

Je n’ai à y considérer que les faits recueillis par vous, et si favorables à la cause de la justice et de la vérité. Je désire vous remercier publiquement, au nom de cette vérité, des peines que vous vous êtes données; mais aussi je prends la liberté de vous adresser deux réclamations sur deux passages de votre rapport.

19 Dans ce que vous me faites déclarer au sujet de ma participation aux tableautins de mon fils, il doit y avoir malentendu. J'ai déclaré sur l'honneur, comme je l'avais déjà fait ailleurs et

comme je le répête ici, que je n'avais peint aux tableautins, que pour y mettre la petite silhouette de Fritz et restaurer quelques éraflures (bien peu). Voilà à quoi se borne ma coopération.

20 Je ne me plains pas du récit concernant le dessin que le jeune X*** prétendait avoir reçu de Fritz; mais je pense être en droit d'ajouter à cette historiette la note suivante :

Je n'ai jamais vu le jeune X*** ni avant ni après la mort de mon enfant, je ne le connais pas, jamais je n'ai eu avec lui de relations ni directes ni indirectes, j'ignore absolument le motif qui l'a fait agir.

Agréez etc.

(signé) J. VAN DE KERKHOVE.

LA FÉDÉRATION ARTISTIQUE, 9 décembre 1875.

Voici en quels termes le Journal des Beaux-Arts apprécie l'enquête du Willemsfonds de Bruges, enquête dont nous avons publié une traduction dans notre avant-dernier numéro :

Suit notre article du 30 novembre (voir page 377).

Nous sommes tout-à-fait de l'avis de notre confrère.

Le rapport du Willemsfonds a cela d'écrasant pour les adversaires de M. Van de Kerckhove, que manifestement intimidé par les journaux hostiles à l'authenticité de l'œuvre de Fritz et surtout par la lettre de M. Rousseau, infirmant, à priori, l'impartialité des membres de l'enquête, il appuie sur les témoignages négatifs et glisse sur les dépositions catégoriques, pour mieux faire ressortir cette impartialité.

Et cependant, quoiqu'incomplet, parfaitement neutre et pour ainsi dire indifférent, le rapport ne contient pas une ligne, pas un mot, qui n'établisse irréfutablement, qu'en affirmant : 1° que Fritz n'a jamais peint; 2° que jamais, de son vivant il n'avait été fait mention de ses dispositions extraordinaires; 3° qu'il était considéré généralement comme un pauvre enfant idiot, les ennemis de la jeune gloire du phénomène de Bruges n'ont produit aucune preuve réelle et se sont dérobés, au contraire, à toutes les investigations, de nature à les éclairer complètement.

Nous disons plus. En passant condamnation, après le résul-

He.

tat dérisoire du semblant d'enquête controuvé et démenti immédiatement par les déclarations les plus honorables et les plus concluantes, les journaux qui se sont contentés de nier, sans fondement, et d’ergoter, là où l’on demandait en vain des témoignages précis, ces journaux, dis-je, ont commis un véritable déni de justice. Lorsque plus soucieux de la vérité, nous recourrions laborieusement aux sources, et, sceptique au début, que nous mentionnons, pour les discuter, les arguments fournis à l'encontre de notre conviction fondée, aujourd’hui, ces journaux restent muets. Que leur importe qu’un honnête homme, et pour quelques-uns d’entre eux, un des soutiens les plus dévoués de leur opinion, un ancien conseiller communal honoré de l'estime de ses antagonistes politiques eux-mêmes, reste sous le coup d'un soupçon odieux? Il ne faut pas que leur infaillibilité soit compromise.

Heureusement que ce débat, qu'ou a cru étouffer entre deux portes de journaux, est prêt à se rouvrir et, cette fois, il sera victorieusement clôturé. Quel que soit le dédain affecté des ennemis de l'Enfant de Bruges, ils seront bien forcés d’y rentrer à nouveau. Il leur est réservé quelques surprises, contre lesquelles nous les défions bien d'essayer, même, de protester.

GUSTAVE LAGYE.

JOURNAL DES BEAUX-ARTS, 31 décembre 1875.

La Fédération artistique, d'Anvers, a tenu à se rendre compte des pièces de l'enquête du Willems-Fonds dont le nuageux rapport n’a, paraît-il, satisfait personne. Bien lui en a pris dans l’intérêt de la cause. Quelques témoignages sont rédigés en français, d’autres en flamand. Il a suffi de copier les premiers et de traduire les autres. La vérité en ressort avec un éclat auquel nousmême nous ne nous attendions pas. Ces pièces formeront certes la partie capitale du livre que nous espérons publier bientôt.

Nous félicitons et remercions M. Lagye. Sa manière d’agir, en cette circonstance, est d'autant plus méritoire, que, sceptique au début, pour ne pas dire plus, il est, sur notre protestation, remonté aux sources, et a voulu s'éclairer par lui-même, déclarant que s’il avait été abusé par des rapports calomnieux, il s'imposerait comme devoir de loyauté, sans aucune considération

d’amour-propre, de relations quelconques, sans ménagement pour aucun intérêt, personnel ou étranger, de poursuivre jusqu’au bout la justice et la vérité. C’est ce qui a eu lieu, et, comme notre confrère n'avait point de parti pris, qu'il n'était point un aveugle volontaire, sa tâche n’a pas été bien difficile. Les documents du Willems-Fonds mêmes, étaient superflus pour lui, mais, il faut l'avouer, ils sont venus lui apporter ainsi qu'à nous un puissant témoignage dans cette cause qu'à bon droit nous pouvons appeler « nationale. » C’est à ce titre que nous prions nos lecteurs, quelque fatiguée que leur attention puisse être, de bien vouloir prendre connaissance des documents ci-joints. Nous nous adressons à tous ceux chez qui la vérité est un besoin et qui tiennent à ce que de petites passions ou de petits intérêts personnels ne viennent étouffer ce qui peut et doit glorifier leur pays. AD. S.

SUPPLÉMENT AU N° 24 DU Journal des Beaux-Arts.

QUESTION VAN DE KERKHOVE

La Fédération Artistique a pris vigoureusement en mains la défense d’une cause qu'elle considère à juste titre comme nationale. Nous l’en remercions et l'en félicitons. Aujourd'hui elle publie in-extenso les pièces de l'enquête du Willems-Fonds et elle les examine avec un soin minutieux. À notre prière, elle a bien voulu imprimer en forme de supplément pour notre n° 24, les colonnes qu'elle consacre à cette question. Si l'examen de notre honorable confrère soulève des observations, d'où qu'elles viennent, c'est la Fédération qui seule a le droit de les recevoir. Le Journal des Beaux-Arts ainsi que nous l'avons dit ailleurs, a maintenant pour devoir d'enregistrer les faits, et, en général, tout ce qui concerne cet épisode.

Les deux publications, du reste, appellent de toutes leurs forces dans cette affaire, la participation de ceux qu'anime l'amour de la justice, de la vérité et de la patrie. AD. S.

Nous venons de recevoir communication des pièces relatives à l'enquête du Willemsfonds brugeois, enquête dont nous avons rendu compte dans un de nos derniers numéros, en publiant la traduction du rapport officiel, présenté dans la séance du 18 octobre dernier.

La part que nous avons prise dans l'intéressante question qui a si vivement passionné le public, et autour de laquelle nos contradicteurs ont prudemment organisé, depuis, la conspiration du silence, nous fait un devoir de mettre ces importants documents sous les yeux de nos lecteurs.

Nous reproduisons textuellement, en suivant l'ordre adopté par le Willemsfonds, ces dépositions significatives, en nous contentant de résumer celles qui ne s'appuient sur aucun fait, et nous accompagnons le tout de quelques brefs commentaires.

M. LÉON ROUSSEAU, antiquaire.

A vu peindre Fritz Van de Kerkhove à des panneautins, dans le genre du n° 3 (1), exécutés sur des petites planches, sur papier, etc. Les trois autres spécimens lui semblent en dehors de la manière de Fritz.

Le témoin exhibe neuf panneautins, faits par son fils, âgé de 12 ans, et qui sont encore mouillés. — Ce sont les seuls qu'il possède. — Ce sont des paysages, genre Fritz, avec ceux duquel ils ont beaucoup de ressemblance et la manière est imitée de lui. Les petits tableaux que le sieur Rousseau a vu faire, représentaient déjà un sujet précis (ou déterminé).

Le témoin ne croit pas que le n° 2 soit de Fritz : l'ouvrage de celui-ci avait quelque chose de plus vague.

M. Rousseau n'a jamais vu exécuter par M. Van de Kerkhove un paysage convenable Fritz avait un esprit observateur, et interrogeait toujours. — Ce que le témoin lui a vu faire, accusait déjà du talent et était fait sans l’aide de son père. Aussitôt que celui-ci était parti, Fritz prenait la palette et les couleurs, et peignait. Il travaillait avec le couteau à palette, le pinceau, la brosse, les doigts. Il se couchait à plat par terre, avec de la couleur parfois à trois doigts. M. Rousseau lui a vu terminer des tableautins aussi loin que le n° 3, mais rarement davantage.

(1) La Commission d'enquête s'était munie de quelques petits panneaux, pour les soumettre aux témoins. Note de la Rédaction.

Déposition très détaillée. Le témoin certifie que Fritz peignait et surtout en l'absence de son père; loin d'être l'idiot que l'on sait, il avait un esprit observateur. Le témoin doute de l’authenticité de quelques panneaux, mais cette opinion, toute personnelle, il ne l’étaie sur aucune base. Le fait, seul, des aptitudes picturales du propre fils du témoin, disciple de l'Enfant de Bruges, prouve que la technique de Fritz, si surfaite, à dessein, par les ennemis de sa jeune gloire, était simple et rudimentaire, comme toutes les émanations du génie.

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